Radio critique

06 déc. 2018

ENTRETIEN AVEC MICHAEL DE COCK

Rencontre avec Michael de Cock, dans le cadre des représentations de Kamyon,
au Vigenal, à Limoges,
pour le Festival des Francophonies en Limousin 2015.


Musique et technique : Bastien Desvilles

Ecoutez également notre interview de Gianina Cărbunariu, au sujet du spectacle Solitaritate,
Festival des Francopnonies en Limousin 2015.

Kamyon

Un voyage vers une terre promise. Sur sa route à travers l’Europe, une petite fille quitte la Syrie avec sa mère et se demande pourquoi elle ne peut emporter que deux petits sacs et pourquoi elle doit laisser derrière elle toutes ses peluches. Toutes sauf une. Laquelle prendre ? L’ours avec un seul œil ? Le singe avec la cravate verte et jaune ? Installé à l’intérieur d’une remorque de camion, le public assiste à la fois à la pièce et à ce qui se passe dans le monde extérieur. Il est le témoin d’une réalité qui se découvre devant lui. La réalité de l’immigration clandestine, des questions qu’on se pose, des objets qu’on laisse derrière soi et des rêves que l’on construit quand on est une petite fille à l’arrière d’un camion de transport longue distance.

Créer un théâtre de 40 places dans une remorque et faire voyager ce théâtre sur la route empruntée par les migrants est un pari fou. Tout comme la petite fille, le camion traverse l’Europe, de la Turquie à l’Angleterre et va à la rencontre d’une poignée de spectateurs de tous âges (à partir de 8 ans) qui tracent à leur tour un chemin à travers ce large territoire. Parler de l’immigration clandestine, des voyages cachés parmi les marchandises en suivant le trajet de nombreux migrants, c’est également nous permettre à nous, spectateurs et témoins de toute l’Europe de comprendre et de réfléchir au monde dans lequel nous vivons.

Depuis plus de 10 ans, Michael De Cock s’est emparé des questions liées à l’immigration, en tant qu’auteur, journaliste mais également dans son travail de metteur en scène. Il y a eu, pour lui et pour Mesut Arslan, une nécessité et une urgence à créer la performance théâtrale et musicale Kamyon sur ce thème. Pour raconter des histoires sur le monde dans lequel nous vivons, sur notre société, des histoires qui comptent, nous touchent et dans le même temps, nous font réfléchir sur le monde que nous construisons. Et ce ne sont pas les migrations massives récentes qui pourraient lui donner tort : c’est un sujet majeur qui concerne tous les pays européens, tous les gouvernements et tous les citoyens.
Invité à présenter son texte en première lecture dans le cadre de Nouvelles Zébrures 2015, Michael a rencontré plusieurs classes avec leurs instituteurs, ainsi que des associations, à Limoges et en Creuse. 
Ces rencontres ainsi que les questions que soulevaient les enfants, lui ont permis de peaufiner son texte, en particulier dans son approche de la version française, lui qui est néerlandophone.
Le spectacle, ayant eu sa première en mai à Istanbul, va donc rejoindre Limoges en septembre, après avoir traversé toute l’Europe de l’Est et la Belgique et avant de rejoindre la Grande-Bretagne : comme la trace poétique qui suit la route d’une petite fille, cachée dans un camion.


Kamyon

14 représentations entre le 28 septembre et le 3 octobre, à Bourganeuf et au Vigenal à Limoges
Dans le cadre du Festival des Francophonies en Limousin 2015
Durée : 1h
Tout public à partir de 8 ans

Conception : Michael De Cock (t,arsenaal mechelen) et Mesut Arslan (Platform 0090) 
Texte et direction : Michael De Cock 
Créé avec : Deniz Polatoglu, Rudi Genbrugge, Stef Depover, Kristin Rogghe et Mesut Arslan 
Jeu : Jessica Fanhan
Traduction : Birsen Taspinar
Dramaturgie : Kristin Rogghe
Scénographie : Stef Depover
Costume : Myriam Van Gucht
Film d’animation :  Deniz Polatoglu
Technique : Dieter Lambrechts et Rutger Mollen sous la direction de Felix Goossens 
Technique vidéo : Turan Tayar

Production : t,arsenaal mechelen et Platform 0090
En collaboration avec : Ex Ponto Festival
Remerciements à : Salman Saimouaa

Ce projet est cofinancé par l’Union européenne. L’Europe s’engage en Limousin avec le Fonds européen de Développement Régional

Tournée : 
20 au 24 mai 2015 : première à Istanbul/Turquie 
1er juillet au 23 août 2015 : Zomer van Antwerpen - Anvers / Belgique 
18 au 20 septembre 2015 : Ex Ponto Festival – Ljubljana / Slovénie 
Novembre 2015 : Unicorn Theatre – Londres / GB

 

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Bastien Desvilles
01 déc. 2018

ENTRETIEN AVEC JEROME RICHER

Rencontre avec Jérôme Richer, dans le cadre des représentations de Tout ira bien,
à l'Espace du Crouzy, Boisseuil
pour le Festival des Francophonies en Limousin 2015.


Musique et technique : Bastien Desvilles

Tout ira bien

« Nous avons tous une histoire avec les Roms. Je veux dire, nous avons tous une petite anecdote personnelle à raconter où les Roms jouent un rôle important ». C'est par ces mots que Jérôme Richer commence Tout ira bien, pièce qui est, pour l'auteur, une tentative d'interroger notre relation à la communauté rom. Et dans le même temps, ce que cette relation dit de nous.
Loin de piéger le spectateur dans des grilles de lecture toutes faites, Jérôme Richer décortique les discours excluant qui jouent sur la peur de l'autre. Il en appelle à notre capacité à penser de nouvelles utopies humanistes et généreuses.
Construit en trois parties, ce spectacle mélange différentes techniques théâtrales. Dans la première partie, ce sont les procédés du stand-up qui sont convoqués. La deuxième qui s'intéresse à un mariage gitan qui s'est déroulé en Valais, en Suisse, reprend des moyens propres à l'agitprop avec un rapport très frontal des comédiens au public. La troisième partie enfin est construite comme un oratorio et revisite un épisode sombre de l'histoire suisse où des enfants Jenisches étaient enlevés de force de leurs familles pour être éduqués soi-disant au travail et à la discipline entre 1926 et 1971.
« C'est l'espoir qui porte le texte, l'espoir de briser la distance qui nous sépare les uns des autres, de renouer avec une communauté solidaire, ouverte aux autres et à la différence. C'est l'espoir que soit réduite la peur qui nous éloigne, la peur qui nous rend petits, aigris et mesquins. »


Tout ira bien
jeudi 1er octobre et vendredi 2 octobre 2015, 20h30 Espace du Crouzy Boisseuil,
dans le cades du Festival des Francophonies en Limousin 2015.

Texte et mise en scène : Jérôme Richer
Collaboration artistique : Olivia Csiky Trnka
Avec : 
François Revaclier, Fanny Brunet, Mathias Glayre, Frédéric Mudry, Marcela San Pedro
Vidéo : Nicolas Wagnières
Musique : Andrès Garcia
Lumières : Joëlle Dangeard
Costumes : Irène Schlatter
Accueil en partenariat : avec l’Espace du Crouzy à Boisseuil
Production : La Compagnie des Ombres
Coproduction : Théâtre du Grütli.
Avec le soutien de : la Loterie Romande, Pro Helvetia–Fondation Suisse pour la culture, Fondation Ernst Göhner Co.

Jérôme Richer a reçu pour l’écriture du texte une bourse culturelle de la Fondation Leenaards ainsi qu’une bourse d’aide à la création de la Ville de Genève en 2012.

Ce projet est cofinancé par l’Union européenne. 

 

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Bastien Desvilles
01 déc. 2018

ENTRETIEN AVEC GIANINA CARBUNARIU

Rencontre avec Gianina Cărbunariu, dans le cadre des représentations de Solitaritate,
au Centre Culturel Municipal Jean-Moulin à Limoges,
pour le Festival des Francophonies en Limousin 2015.

Musique et technique : Bastien Desvilles


Ecoutez également notre interview de Michael De Cock, au sujet du Spectacle Kamyion,
Festival des Francophonies en Limousin 2015.

En 2016, Tigern, de Gianina Cărbunariu sera joué dans une mise en scène de Sofia Jupither au Festival D'Avignon (Théâtre Benoît-XII, du 13 au 17 juillet).

Solitaritate


Tout commence par le partage de la salle où le public est installé. Les acteurs négocient la propriété des rangées de fauteuils où nous, spectateurs, sommes assis, assistant impuissants à un jeu de rivalités et de stratégies dont nous ignorons les règles. Nous sommes un auditoire silencieux, dans l’obscurité. C’est ce sentiment de confusion, d’impasse que vivent les classes moyennes citadines roumaines (et européennes) que Gianina Cărbunariu transpose sur scène au cours de cinq tableaux qui sont autant de fictions inspirées d’une réalité ou d’un type de discours présents dans la société roumaine contemporaine.

Du mur construit à Baia Mare pour séparer la communauté rom de la route principale entrant dans la ville, au couple qui s’interroge sur les avantages et les inconvénients du recours aux services d’une nounou philippine en passant par le chauffeur de taxi qui multiplie les courses et vend tous ses biens pour payer une opération pour sa fille, Gianina Cărbunariu dresse un portrait sévère de la classe moyenne citadine roumaine. Elle interroge plus largement notre acceptation silencieuse de règles destinées à stigmatiser toute différence, à rechercher des boucs émissaires et à étouffer tout ce qui pourrait nous rapprocher. Le parcours dans lequel elle nous entraîne fait apparaître une société roumaine obnubilée par une réussite à l’européenne, aux standards de vie promus par les médias et par Bruxelles, négligeant son histoire et ses singularités pour y parvenir.

Maniant avec brio la caricature et l’ironie, Gianina Cărbunariu répond à la commande faite par le projet Villes en Scène/Cities on Stage et livre un grand spectacle politique, critique à l’égard de son propre pays, mais aussi de toute l’Europe.


Solitaritate
Spectacle en roumain surtitré en français et en anglais
mardi 29 septembre et mercredi 30 septembre 20h30, CCM Jean Moulin, Limoges
dans le cadre des Francophonies en Limousin 2015
durée : 2h 

Texte et mise en scène :
 Gianina Cărbunariu 
Avec : Florin Cosulet, Ali Deac, Diana Fufezan, Adrian Matioc, Mariana Mihu, Ofelia Popii, Cristina Ragos, Ciprian Scurtea, Marius Turdeanu
Scénographie, lumière et vidéo : Andu Dumitrescu
Musique : Bogdan Burlàcianu
Chorégraphie : Florin Fieroiu
Costumes : Andrei Dinu
Assistante mise en scène : Sanda Anastasof 
Directeur technique : Florin Traian Ticu
Régisseur de scène : Stefan-Antonie Bucsa
Maquillage : Vlad Elena
Accessoiriste : Ana Dumnitru
Son : Bogdan-Vlad Ropcean
Lumières : Mihai Parau
Vidéo : Claudiu-Sebastian Mihailescu 
Machinistes : Petru Bara, Adrian-Mihai Modran, Alexandru Melnicenco, Mihai Uca, Iulius-Gigi Ghinies 
Responsable projet et coordination tournée : Ramona-Mihaela Hristea

Accueil en partenariat avec : les Centres culturels municipaux de Limoges
Production : Théâtre National Radu Stanca Sibiu, Théâtre National - Bruxelles, Festival d’Avignon 
Avec le soutien : du Programme Culture de l’Union européenne dans le cadre du projet Villes en Scène/Cities on Stage.
Accueil en France : avec l’aide du Ministère de la Culture roumain

L’Institut Culturel Roumain soutient la participation roumaine au Festival des Francophonies de Limoges -2015
Ce projet est cofinancé par l’Union européenne. L’Europe s’engage en Limousin avec le Fonds européen de Développement Régional

L’œuvre de Gianina Carbunariu est publiée en France aux éditions Actes Sud-Papiers et aux éditions L’Espace d’un instant. SoliTarité est publié chez L’Arche Editeur

 

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Bastien Desvilles
21 sept. 2017

CRITIQUE DE LECTEURS LYCEENS

LE POISSON BELGE
Léonore Confino
Actes Sud

Une création sonore réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

Le Poisson belge

Proche du conte ou de la fable, l'histoire tendre et féroce de Grande monsieur et Petit fille se déroule à notre époque à Bruxelles, d'abord en espace ouvert près des étangs d'Ixelles puis en espace clos dans l'appartement de Grande monsieur.
La rencontre surprenante d'un travesti et d'une orpheline devient pour ces deux êtres blessés par la vie une union/réunion salvatrice...
Grande monsieur, un vieux garçon solitaire, voit sa vie bien ordonnée bouleversée par l'intrusion de Petit fille. Sommé de prendre en charge la jeune orpheline, il l'aide à faire le deuil de ses parents, selon un rituel venu du Japon, tandis qu'elle le pousse à révéler et à accepter sa vraie nature en dépassant les traumatismes du passé, en achevant un deuil en suspens et en reprenant ce qui lui a été retiré.

Léonore Confino

Le goût de l’écriture est né d’observations dans ses « boulots d’appoints », en parallèle de ses études de cinéma documentaire.
En 2009 et 2010, elle écrit Ring et Building respectivement sur les thèmes du couple et du travail, publiées aux éditions l’Oeil du Prince. Catherine Schaub monte Building en premier. La pièce reçoit le Grand Prix du théâtre 2011. Puis la metteur en scène s’empare de Ring: création au petit Saint Martin en octobre 2013 avec Audrey Dana et Sami Bouajila. La pièce est nommée aux Molières 2014 dans la catégorie auteur. En 2012, Léonore termine sa trilogie avec le thème de la famille : Les Uns sur les Autres est créée au théâtre de la Madeleine avec Agnès Jaoui. 
La collaboration artistique avec Catherine Schaub est effervescente: elles co-dirigent ensemble les productions du Sillon et ont lancé en mai 2015 Parlons d'autre chose, un geyser sur l'adolescence, et en septembre 2015 leur dernière création, Le poisson belge, au théâtre de la pépinière avec Géraldine Martineau et Marc Lavoine (éditions Actes Sud). Léonore est nommée aux Molières 2016 en tant qu’auteur et Géraldine Martineau reçoit le Molière de la révélation féminine. Elle vient d’achever sa dernière pièce 1300 grammes, autour du cerveau humain et de la plasticité neuronale…
A l'étranger, Ring a été adaptée à New York, Rome, Athènes, Rio et San Francisco.

+ d'information sur ce texte par l'auteur :
Léonore Confino, "Le Poisson belge", comment est née l'envie d'écrire ce texte ?
Visionnez la vidéo

Le Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation artistique et culturelle, « Écritures contemporaines francophones et théâtre » a mis en place dans l'Académie de Limoges un comité de lecteurs lycéens du théâtre francophone. Dès 2005, des lycées d'autres académies et de l'étranger ont rejoint cette action. Pour l'année 2015-2016, il était composé d'environ 600 élèves de France (dont La Réunion), mais aussi d'Algérie, du Bénin et du Maroc.
Ce prix permet aux lycéens de plusieurs pays de découvrir des œuvres théâtrales modernes, atypiques, incisives, et pertinentes où l'acte de lire n'est plus seulement un rapport au texte mais aussi un rapport au monde.Il porte le nom de Sony Labou Tansi, grand auteur dramatique congolais dont l'œuvre marque l'histoire de la littérature francophone et qui fut un compagnon du festival des Francophonies en Limousin dès ses débuts. Sony Labou Tansi est décédé en 1995.

Le fonctionnement du prix

Au début de chaque année, les éditeurs sont sollicités et l'ensemble des textes qu'ils proposent est soumis à un premier comité de lecture réuni par les Francophonies en Limousin. Une sélection de 12 textes est faite et remise à un second comité de lecture "enseignants" qui fait la sélection finale des cinq titres présentés au jury "lycéens".
A partir de la rentrée scolaire en septembre, les lycéens membres du jury du prix Sony Labou Tansi 2017 découvrent les cinq œuvres sélectionnées :
Fin avril/début mai, à l'issue d'un vote, les lycéens de l'Académie de Limoges, réunis en atelier au CCM Jean Moulin à Limoges, et ceux des classes des autres établissements en France ou à l'étranger décernent le prix à l'un des cinq auteurs de la sélection.
Fin septembre, à l'occasion du Festival des Francophonies en Limousin, une lecture du texte primé est présentée à Limoges, suivie de la remise du Prix à l'auteur. En 2016 la lecture était dirigée par Elise Hôte et Renaud Frugier (Cie Méthylène Théâtre) avec des élèves ayant participé au Prix.

Les textes qui concouraient pour le prix 2017 étaient :

Hakim Bah (Guinée) : A bout de sueurs, Lansman
Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers
Marcelle Dubois (Canada-Québec) : Habiter les terres, Lansman
Mohamed El Khatib (France) : Finir en beauté, Les Solitaires intempestifs
Sébastien Joanniez (France) : Chouf, Espace 34.

Le Prix 2017 a été décerné à Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers

+ d'informations sur les auteurs et les textes (biographies, présentation des textes, ressources pédagogiques, interview, vidéo...) sur le site du prix Sony Labou Tansi des Lycéens ou sur theatre-contemporain.net

Ressources : site theatre-contemporain.net, Les Francophonies en Limousin, site du prix Sony Labou Tansi, Rectorat de l’Académie de Limoges et Canopé.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
08 sept. 2017

CRITIQUE DE LECTEURS LYCEENS

FINIR EN BEAUTE
Mohamed El Khatib
Solitaires Intempestifs

Une création sonore réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

Finir en beauté

La pièce se déroule à l'hôpital où la mère finit ses jours, puis au funérarium et ensuite au Maroc où son corps est inhumé.
Il s'agit d'une restitution des derniers jours de la mère de l'auteur, atteinte d'un cancer du foie en phase terminale et des moments qui suivent son décès. Le point de vue est celui du fils, et toute la famille accompagne ce moment douloureux. L'ensemble est présenté sous forme de chronique documentaire mais, loin d'être objectif, l'auteur ponctue sa «fiction documentaire » de remarques aussi drôles qu'émouvantes.

Mohamed El Khatib

Auteur et metteur en scène, il s'astreint à confronter le théâtre à d'autres médiums (cinéma, installations, journaux) et à observer le produit de ces frictions.
Après des études de Lettres (Khâgne), un passage à Sciences Po, puis au CADAC (Centre d'Art dramatique de Mexico) et une thèse de sociologie sur « la critique dans la presse française » (Dir. Nicolas Pélissier), il cofonde à Orléans en 2008 le collectif Zirlib autour d'un postulat simple : l'esthétique n'est pas dépourvue de sens politique.
Zirlib est le fruit d'une rencontre entre auteurs, acteurs, chercheurs, danseurs, vidéastes et musiciens de formations et d'horizons divers. Ce collectif envisage la création contemporaine comme une expérience, un geste sensible/social dont la dimension esthétique la plus exigeante doit se confronter au quotidien le plus banal. Le point de départ est toujours une rencontre. Rencontre avec une femme de ménage, un éleveur de moutons, un électeur du Front national, un marin. À partir de ces rencontres, se mettent en place des protocoles de recherche qui aboutissent à des formes dont chacun peut s'emparer immédiatement.
Depuis 2010, Mohamed El Khatib est accompagné par L'L, lieu de recherche et d'accompagnement pour la création contemporaine (Bruxelles) et le Tandem Arras-Douai – Scène nationale.
Il est artiste-associé au Théâtre de la Ville à Paris et au Centre dramatique nationale de Tours et artiste en résidence au REP Théâtre de Birmingham (GB). Il est également membre du comité de rédaction de Parages, la revue du Théâtre National de Strasbourg et participe régulièrement à la revue littéraire If dirigée par Hubert Colas. Ses pièces sont jouées en France et à l'étranger.
En 2010 il créé À l'abri de rien à la Scène nationale de Sète.
En 2012 il créé Sheep - pièce pour 7 danseurs et un mouton au Grand T à Nantes.v En 2014 il créé au festival actOral Finir en beauté et Moi, Corinne Dadat - pièce pour une femme de ménage et une danseuse.
En 2016 il est lauréat du Grand Prix de littérature dramatique pour son texte Finir en beauté.
En 2017 il prépare pour Arte la réalisation du film Renault 12 (Les Films d'ici) et il crééra à la Colline - théâtre national en partenariat avec le Festival d'Automne à Paris et le Théâtre de la Ville sa prochaine création STADIUM avec 53 supporters du Racing Club de Lens.

+ d'information sur ce texte par l'auteur :
Mohamed El Khatib, "A bout de sueur", comment est née l'envie d'écrire ce texte ?
Visionnez la vidéo

Le Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation artistique et culturelle, « Écritures contemporaines francophones et théâtre » a mis en place dans l'Académie de Limoges un comité de lecteurs lycéens du théâtre francophone. Dès 2005, des lycées d'autres académies et de l'étranger ont rejoint cette action. Pour l'année 2015-2016, il était composé d'environ 600 élèves de France (dont La Réunion), mais aussi d'Algérie, du Bénin et du Maroc.
Ce prix permet aux lycéens de plusieurs pays de découvrir des œuvres théâtrales modernes, atypiques, incisives, et pertinentes où l'acte de lire n'est plus seulement un rapport au texte mais aussi un rapport au monde.Il porte le nom de Sony Labou Tansi, grand auteur dramatique congolais dont l'œuvre marque l'histoire de la littérature francophone et qui fut un compagnon du festival des Francophonies en Limousin dès ses débuts. Sony Labou Tansi est décédé en 1995.

Le fonctionnement du prix

Au début de chaque année, les éditeurs sont sollicités et l'ensemble des textes qu'ils proposent est soumis à un premier comité de lecture réuni par les Francophonies en Limousin. Une sélection de 12 textes est faite et remise à un second comité de lecture "enseignants" qui fait la sélection finale des cinq titres présentés au jury "lycéens".
A partir de la rentrée scolaire en septembre, les lycéens membres du jury du prix Sony Labou Tansi 2017 découvrent les cinq œuvres sélectionnées :
Fin avril/début mai, à l'issue d'un vote, les lycéens de l'Académie de Limoges, réunis en atelier au CCM Jean Moulin à Limoges, et ceux des classes des autres établissements en France ou à l'étranger décernent le prix à l'un des cinq auteurs de la sélection.
Fin septembre, à l'occasion du Festival des Francophonies en Limousin, une lecture du texte primé est présentée à Limoges, suivie de la remise du Prix à l'auteur. En 2016 la lecture était dirigée par Elise Hôte et Renaud Frugier (Cie Méthylène Théâtre) avec des élèves ayant participé au Prix.

Les textes qui concouraient pour le prix 2017 étaient :

Hakim Bah (Guinée) : A bout de sueurs, Lansman
Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers
Marcelle Dubois (Canada-Québec) : Habiter les terres, Lansman
Mohamed El Khatib (France) : Finir en beauté, Les Solitaires intempestifs
Sébastien Joanniez (France) : Chouf, Espace 34.

Le Prix 2017 a été décerné à Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers

+ d'informations sur les auteurs et les textes (biographies, présentation des textes, ressources pédagogiques, interview, vidéo...) sur le site du prix Sony Labou Tansi des Lycéens ou sur theatre-contemporain.net

Ressources : site theatre-contemporain.net, Les Francophonies en Limousin, site du prix Sony Labou Tansi, Rectorat de l’Académie de Limoges et Canopé.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
11 août 2017

CRITIQUE DE LECTEURS LYCEENS

A BOUT DE SUEUR
Hakim Bah
Lansman

Une création sonore réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

A bout de sueur

A la suite d’une rencontre avec son amie Fifi, Binta décide de quitter son mari, qui la néglige et la bat, et ses deux enfants Biro et Alpha, pour émigrer à Paris. Elle ment à Bachir en invoquant une maladie de son frère, installé en France, pour partir rejoindre Marcel, qu’elle a séduit sur un site de rencontres. Bachir désespéré se rend en France où son beau-frère lui dévoile la vérité. Alpha et Biro tentent de rejoindre leur mère en se glissant dans un train d’atterrissage, et ne survivent pas au voyage. Bachir se suicide, et Binta, chassée par Marcel à qui elle a révélé la vérité, rentre seule au pays.

Hakim Bah

Auteur, poète et nouvelliste, Hakim Bah est né à Mamou en Guinée.
Il fait des études de mise en scène et dramaturgie à l’Université de Paris-Ouest Nanterre et effectue en parallèle des résidences d’écritures au Burkina Faso, en Guinée, en France ou au Maroc.
Son texte Sur la pelouse créé aux Récréâtrales 2012 par Souleymane Bah a été lauréat 2013 du comité de lecture de la Comédie de l’Est. Le Cadavre dans l’œil, mis en scène par Guy Theunissen en 2014, au Festival des Francophonies en Limousin en 2013, aux Regards croisés 2013 et mis en onde sur RFI dans une mise en lecture de Denis Lavant (Festival d’Avignon 2014). 
Ticha-Ticha, accompagné par le collectif À Mots Découverts, a été sélectionné par le bureau des lecteurs de la Comédie française, élu Coup de cœur du comité de lecture de l’Apostrophe et lu au Théâtre de l’Aquarium à Vincennes, au Lieu-Dit (Écriture en partage dirigé par Monique Blin) à Paris, aux Mardis-Midi du Théâtre 13, à l’Apostrophe, au Printemps des Inédits à Fontenay Sous-Bois et au Festival Text’Avril au Théâtre de la Tête Noire à Saran.
En 2015, son texte La Nuit porte caleçon est lauréat du comité de lecture du Tatmac et y est mis en lecture par Serge Tranvouez avec les élèves de l’ESAD.
Pour Le tarmac des auteurs à Kinshasa, il écrit Au moins nous ne serons pas seuls en enfer. La même année, il reçoit la bourse Beaumarchais pour son texte Convulsions, prix RFI Théâtre 2016. Il crée Gentil petit chien lors des Récréâtrales 2016 avec cinq élèves-comédiens de L’École de la Comédie de Saint-Étienne, quatre comédiens du Laboratoire ELAN sous la direction du metteur en scène burkinabé Aristide Tarnagda.
Son travail a reçu de nombreux prix (prix Journées de Lyon des auteurs de théâtre, 15e Prix d’écriture Théâtrale de la ville de Guérande en 2015, Prix des Inédits d’Afrique et d’Outremer, Prix du public au festival Text’Avril, Prix RFI Théâtre…).


 + d'information sur ce texte par l'auteur :
Hakim Bah, "A Bout de sueur" comment est née l'envie d'écrire ce texte ?
Visionnez la vidéo

Le Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation artistique et culturelle, « Écritures contemporaines francophones et théâtre » a mis en place dans l'Académie de Limoges un comité de lecteurs lycéens du théâtre francophone. Dès 2005, des lycées d'autres académies et de l'étranger ont rejoint cette action. Pour l'année 2015-2016, il était composé d'environ 600 élèves de France (dont La Réunion), mais aussi d'Algérie, du Bénin et du Maroc.
Ce prix permet aux lycéens de plusieurs pays de découvrir des œuvres théâtrales modernes, atypiques, incisives, et pertinentes où l'acte de lire n'est plus seulement un rapport au texte mais aussi un rapport au monde.Il porte le nom de Sony Labou Tansi, grand auteur dramatique congolais dont l'œuvre marque l'histoire de la littérature francophone et qui fut un compagnon du festival des Francophonies en Limousin dès ses débuts. Sony Labou Tansi est décédé en 1995.

Le fonctionnement du prix

Au début de chaque année, les éditeurs sont sollicités et l'ensemble des textes qu'ils proposent est soumis à un premier comité de lecture réuni par les Francophonies en Limousin. Une sélection de 12 textes est faite et remise à un second comité de lecture "enseignants" qui fait la sélection finale des cinq titres présentés au jury "lycéens".
A partir de la rentrée scolaire en septembre, les lycéens membres du jury du prix Sony Labou Tansi 2017 découvrent les cinq œuvres sélectionnées :
Fin avril/début mai, à l'issue d'un vote, les lycéens de l'Académie de Limoges, réunis en atelier au CCM Jean Moulin à Limoges, et ceux des classes des autres établissements en France ou à l'étranger décernent le prix à l'un des cinq auteurs de la sélection.
Fin septembre, à l'occasion du Festival des Francophonies en Limousin, une lecture du texte primé est présentée à Limoges, suivie de la remise du Prix à l'auteur. En 2016 la lecture était dirigée par Elise Hôte et Renaud Frugier (Cie Méthylène Théâtre) avec des élèves ayant participé au Prix.

Les textes qui concouraient pour le prix 2017 étaient :

Hakim Bah (Guinée) : A bout de sueurs, Lansman
Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers
Marcelle Dubois (Canada-Québec) : Habiter les terres, Lansman
Mohamed El Khatib (France) : Finir en beauté, Les Solitaires intempestifs
Sébastien Joanniez (France) : Chouf, Espace 34.

Le Prix 2017 a été décerné à Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers

+ d'informations sur les auteurs et les textes (biographies, présentation des textes, ressources pédagogiques, interview, vidéo...) sur le site du prix Sony Labou Tansi des Lycéens ou sur theatre-contemporain.net

Ressources : site theatre-contemporain.net, Les Francophonies en Limousin, site du prix Sony Labou Tansi, Rectorat de l’Académie de Limoges et Canopé.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
08 juil. 2017

CRITIQUE DE LECTEURS LYCEENS



HABITER LES TERRES
Marcelle Dubois
Lansman

Une création sonore réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

Habiter les terres

Ils l’ont lu dans le journal, le gouvernement va fermer les routes et récupérer les terres, condamnant leur village à disparaître. Alors Guyenne, ses habitants, ses ours et ses outardes se révoltent.
Un ministre est kidnappé et planté au milieu des navets, des barricades sont dressées, une outarde prend son envol munie d’une missive à l’adresse du gouvernement : tous attendent de pied ferme que le premier ministre se déplace en personne pour les rencontrer.
Dans ce village, les animaux parlent, les ministres prennent racine et les présages se réalisent. C’est alors qu’apparaît la fille Dubois, revenue de la ville après des années d’absence. D’abord mise à l’épreuve par le choeur des habitants, elle rejoint finalement la lutte jusqu’à l’envol final qui clôt cette fable politico-magique.

Marcelle Dubois

Suite à des études en Lettres-Art dramatique au Cégep Lionel- Groulx et en Création littéraire à l’UQAM, Marcelle Dubois fonde sa compagnie de théâtre les Porteuses d’Aromates en 2000. C’est sous cette enseigne qu’en tant qu’auteure/metteure en scène elle signe En vie de femmes (2000) et Condamnée à aimer la vie (2003). Son texte, Amour et Protubérances, fable pour bouffons, mis en scène par Jacques Laroche, fut produit à Premier Acte à Québec et à La Petite Licorne à Montréal en 2004-2005. Jam Pack, quant à lui est présenté au Théâtre d’Aujourd’hui en novembre 2008.
Son dernier texte, Œuvre de destruction a été lu au Festival du Jamais Lu en 2007, puis au Centre Georges Pompidou en France en 2008. Elle écrit également pour le jeune publicLe dragon de bois, présenté à la 20e semaine de la dramaturgie du CEAD, et La Ville en rouge, présenté à la Rencontre Théâtre ado de mars 2009. À l’été 2008 elle jouit d’une résidence de trois mois pour débuter l’écriture de son nouveau texte, Bercail, à la Maison des Auteurs des Francophonies en Limousin en France. Co-fondatrice du Festival du Jamais Lu, elle en assure la direction artistique et générale depuis dix ans. Elle participe également à la réalisation de Carte Premières, un outil de promotion desservant la relève théâtrale.
Dans une vision plus militante, Marcelle Dubois à été membre du conseil d’administration de l’Association des Compagnies de Théâtre de 2007 à 2010 et s’est impliquée au sein du comité directeur des États Généraux du théâtre tenus par le Conseil Québécois du Théâtre à l’automne 2007.

+ d'information sur ce texte par l'auteur :
Marcelle Dubois, "Habiter les terres", comment est née l'envie d'écrire ce texte ?
Visionnez la vidéo

Le Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation artistique et culturelle, « Écritures contemporaines francophones et théâtre » a mis en place dans l'Académie de Limoges un comité de lecteurs lycéens du théâtre francophone. Dès 2005, des lycées d'autres académies et de l'étranger ont rejoint cette action. Pour l'année 2015-2016, il était composé d'environ 600 élèves de France (dont La Réunion), mais aussi d'Algérie, du Bénin et du Maroc.
Ce prix permet aux lycéens de plusieurs pays de découvrir des œuvres théâtrales modernes, atypiques, incisives, et pertinentes où l'acte de lire n'est plus seulement un rapport au texte mais aussi un rapport au monde.Il porte le nom de Sony Labou Tansi, grand auteur dramatique congolais dont l'œuvre marque l'histoire de la littérature francophone et qui fut un compagnon du festival des Francophonies en Limousin dès ses débuts. Sony Labou Tansi est décédé en 1995.

Le fonctionnement du prix

Au début de chaque année, les éditeurs sont sollicités et l'ensemble des textes qu'ils proposent est soumis à un premier comité de lecture réuni par les Francophonies en Limousin. Une sélection de 12 textes est faite et remise à un second comité de lecture "enseignants" qui fait la sélection finale des cinq titres présentés au jury "lycéens".
A partir de la rentrée scolaire en septembre, les lycéens membres du jury du prix Sony Labou Tansi 2017 découvrent les cinq œuvres sélectionnées :
Fin avril/début mai, à l'issue d'un vote, les lycéens de l'Académie de Limoges, réunis en atelier au CCM Jean Moulin à Limoges, et ceux des classes des autres établissements en France ou à l'étranger décernent le prix à l'un des cinq auteurs de la sélection.
Fin septembre, à l'occasion du Festival des Francophonies en Limousin, une lecture du texte primé est présentée à Limoges, suivie de la remise du Prix à l'auteur. En 2016 la lecture était dirigée par Elise Hôte et Renaud Frugier (Cie Méthylène Théâtre) avec des élèves ayant participé au Prix.

Les textes qui concouraient pour le prix 2017 étaient :

Hakim Bah (Guinée) : A bout de sueurs, Lansman
Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers
Marcelle Dubois (Canada-Québec) : Habiter les terres, Lansman
Mohamed El Khatib (France) : Finir en beauté, Les Solitaires intempestifs
Sébastien Joanniez (France) : Chouf, Espace 34.

Le Prix 2017 a été décerné à Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers

+ d'informations sur les auteurs et les textes (biographies, présentation des textes, ressources pédagogiques, interview, vidéo...) sur le site du prix Sony Labou Tansi des Lycéens ou sur theatre-contemporain.net

Ressources : site theatre-contemporain.net, Les Francophonies en Limousin, site du prix Sony Labou Tansi, Rectorat de l’Académie de Limoges et Canopé.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
06 juin 2017

CRITIQUE DE LECTEURS LYCEENS

CHOUF
Sébastien Joanniez
Editions Espaces 34, 2014

Une création sonore réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

Chouf

Écrits au cours de voyages entre la France et l’Algérie, issus de rencontres ou totalement inventés, les textes de Chouf sont des pépites du passé, des bribes d’aujourd’hui, les éléments d’un pont qui se jette par-dessus la Méditerranée. Ici, la poésie tente de dire le silence et l’espoir. La page presque blanche allume des feux dans la nuit. Car l’Histoire n’a pas encore éteint nos souvenirs, ni coulé nos bateaux, ni entamé nos appétits.

Sébastien Joanniez

Né en 1974, Sébastien Joanniez commence par le théâtre, à Lyon, où il travaille comme auteurmetteur en scène et comédien.
Publiée chez différents éditeurs (Rouergue, Sarbacane, Espaces 34, Color Gang, Théâtrales), son oeuvre alterne littérature jeunesse et adultes, roman, théâtre, poésie, essai, album, chronique de voyage, cinéma, chanson.
Son roman Marabout d’ficelle (Éditions du Rouergue) a reçu le Prix J’aime lire (prix décerné par les enfants) au Salon de Montreuil en 2002. Devenu Ein Zwilling für Leo aux Editions Beltz (Allemagne), ce roman a été sélectionné au Deutscher Jugendliteraturpreis - Foire du livre de Francfort 2008.
Sa pièce, Désarmés - Cantique (Éditions Espaces 34), a obtenu le Prix Collidram (prix de littérature dramatique pour les collégiens) en 2008. Sa pièce Stroboscopie (Éditions Théâtrales) est finaliste du Grand Prix de littérature dramatique 2016.
Sa pièce Chouf (Éditions Espaces 34) est finaliste du Prix Sony Labou-Tansi 2017 (prix des lycéens francophone).
Sa pièce Moins un est finaliste de l’Inédithéâtre 2017 (prix des lycéens français).
Sa pièce En bas c'est moi (It's me down there), traduite en anglais par Simon Pare avec le soutien de la SACD, a été créé au hotINK International Play Reading Festival 2009 - New York.
Son roman Noir Grand (Éditions du Rouergue) est traduit et publié par Sanha Publishing en Corée du Sud (2014).
Auteur et comédien, il lit à haute voix ses textes, et participe à de nombreux projets (ateliers d’écriture, rencontres, scènes ouvertes...) dans les milieux scolaires, psychiatriques, pénitentiaires, associatifs, institutionnels.
Arrivé en Ardèche, il programme et organise le Festival Essayages depuis 2008, avec une multitude de partenaires, qui invite des auteurs à lire eux-mêmes un de leurs textes inachevés en public.
Il collabore fréquemment avec des musiciens, des plasticiens, des metteurs en scène, des comédiens, des cinéastes, répond à des commandes d’écriture, s’installe en résidence dans les classes, les immeubles, les théâtres, les bibliothèques, chez l’habitant, à l’étranger ou en France.

+ d'information sur ce texte par l'auteur :
Sébastien Joanniez, "Chouf", comment est née l'envie d'écrire ce texte ?
Visionnez la vidéo

Le Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation artistique et culturelle, « Écritures contemporaines francophones et théâtre » a mis en place dans l'Académie de Limoges un comité de lecteurs lycéens du théâtre francophone. Dès 2005, des lycées d'autres académies et de l'étranger ont rejoint cette action. Pour l'année 2015-2016, il était composé d'environ 600 élèves de France (dont La Réunion), mais aussi d'Algérie, du Bénin et du Maroc.
Ce prix permet aux lycéens de plusieurs pays de découvrir des œuvres théâtrales modernes, atypiques, incisives, et pertinentes où l'acte de lire n'est plus seulement un rapport au texte mais aussi un rapport au monde.Il porte le nom de Sony Labou Tansi, grand auteur dramatique congolais dont l'œuvre marque l'histoire de la littérature francophone et qui fut un compagnon du festival des Francophonies en Limousin dès ses débuts. Sony Labou Tansi est décédé en 1995.

Le fonctionnement du prix

Au début de chaque année, les éditeurs sont sollicités et l'ensemble des textes qu'ils proposent est soumis à un premier comité de lecture réuni par les Francophonies en Limousin. Une sélection de 12 textes est faite et remise à un second comité de lecture "enseignants" qui fait la sélection finale des cinq titres présentés au jury "lycéens".
A partir de la rentrée scolaire en septembre, les lycéens membres du jury du prix Sony Labou Tansi 2017 découvrent les cinq œuvres sélectionnées :
Fin avril/début mai, à l'issue d'un vote, les lycéens de l'Académie de Limoges, réunis en atelier au CCM Jean Moulin à Limoges, et ceux des classes des autres établissements en France ou à l'étranger décernent le prix à l'un des cinq auteurs de la sélection.
Fin septembre, à l'occasion du Festival des Francophonies en Limousin, une lecture du texte primé est présentée à Limoges, suivie de la remise du Prix à l'auteur. En 2016 la lecture était dirigée par Elise Hôte et Renaud Frugier (Cie Méthylène Théâtre) avec des élèves ayant participé au Prix.

Les textes qui concouraient pour le prix 2017 étaient :

Hakim Bah (Guinée) : A bout de sueurs, Lansman
Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers
Marcelle Dubois (Canada-Québec) : Habiter les terres, Lansman
Mohamed El Khatib (France) : Finir en beauté, Les Solitaires intempestifs
Sébastien Joanniez (France) : Chouf, Espace 34.

Le Prix 2017 a été décerné à Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers

+ d'informations sur les auteurs et les textes (biographies, présentation des textes, ressources pédagogiques, interview, vidéo...) sur le site du prix Sony Labou Tansi des Lycéens ou sur theatre-contemporain.net

Ressources : site theatre-contemporain.net, Les Francophonies en Limousin, site du prix Sony Labou Tansi, Rectorat de l’Académie de Limoges et Canopé.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
03 mai 2015

UNE ÉMISSION-FICTION À ÉCOUTER.

L’ACCUEIL DE L'IMAGINAIRE
Théorie en image selon Mouawad joué pour vous par un acteur et enregistré par Radio Théâtre le 19 février 2015 à Cerizay.

Première émission-fiction réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

Wajdi Mouawad est interprété par : Arnaud Agnel
Musique et technique : Bastien Desvilles

 

CROIRE ET ACCUEILLIR :

J'ai besoin de "croire" en l'imaginaire avant de m'engager.
Qu'est-ce que s'engager ? C'est accepter de donner plusieurs années de sa vie à quelque chose qui n'est, dans la réalité du quotidien, rien. Ce rien, je vais lui accorder plusieurs années de ma vie, donc je m'engage.
L'une des conditions pour que je m'engage est que j'y crois.
Mais pour y croire, cela ne doit pas être moi, cela ne doit pas sortir de mon imagination. C'est fondamental, car tout ce qui est sorti de mon imagination est flétri d'avance. Par exemple si je devais répondre à la commande d'un théâtre ou d'une radio je me retrouverais à me dire : "Sors de ton imagination une situation : c'est l'histoire de... " J’essaierais d'aller fouiller dans une biographie ou dans une histoire, mais je n'arriverais à rien. Ce serait un arbre sans fruits.
Pour que je m'engage c'est une condition : cela ne doit pas sortir de mon imagination. Ce qui ne veut pas dire non plus que cela doit parvenir de la vie ou l'imagination d'un autre. Non, en fait ça a lien, profondément lien, avec l'accueil.

 

SE PRÉPARER :

On dit souvent à l'acteur : "Prépare-toi bien, réchauffe-toi, mets-toi dans l'état". 
Quand j'étais à l'école de théâtre, on nous avait demandé de faire une recherche sur la notion de préparation. Cette notion de préparation est une chose très floue. Quand on est un jeune comédien de 19 ans, qu'on doit jouer Tchekhov et que le metteur en scène nous dit de nous mettre dans l'état du personnage qui vient de perdre sa maison, c'est flou.
Je suis dans ma loge, et je me dis :"Ok, je viens de perdre ma maison, je dois être dans l'état." 
On ne sait pas comment faire, c'est abstrait !

J'ai eu envie d'aller interroger des gens qui n'avaient rien à voir avec le théâtre, mais qui doivent aussi se préparer pour faire leurs métiers. J'avais trouvé un chirurgien, un gymnaste de très haut niveau, et une sœur carmélite qui était dans un carmel pour la vie et dont le métier était de prier.

Le gymnaste.
À la télévision, la caméra filme toujours les gymnastes avant qu'ils aillent faire leurs exploits à la barre fixe. On les voit... (silence) et ensuite ils y vont. Je voulais savoir ce qui ce se passe dans ce temps-là, avant qu'ils aillent exécuter leur performance.
J'ai demandé au gymnaste, et il m'a répondu :

"Je vois mon action.
Je ne me vois pas la faire.
Je vois ce que je vois quand je la fais."

C'est à dire qu'il voit le sol et le ciel avec ses propres yeux. Il ne se voit pas, il ne voit pas son corps en train de tourner. Au contraire, il voit tout tourner autour de lui : "Je fais ma routine dans ma tête, et quand j'arrive à faire cela sans jamais voir mon propre corps et en voyant toujours avec mes yeux, alors je suis prêt. Et j'y vais."


Le chirurgien du cerveau.
Le chirurgien m'a dit que ce qu'il faisait, c'est qu'il revoyait ses notes. Il regardait la radio une dernière fois, il relisait les analyses. "Comme un pilote d'avion qui doit avoir au dernier moment les informations les plus récentes sur les forces du vent, parce que les avoir deux jours avant n'aurait servi à rien."


La sœur.
Je lui ai demandé : "Comment vous préparez-vous pour la prière ?"
Elle a répondu :

"Je me lave les mains. Je vais me laver les mains et ensuite je retourne m'asseoir et j'attends. Au bout d'un certain temps je retourne me laver les mains. Et, je retourne m'asseoir. Si j'ai une idée qui me passe par la tête je ne la chasse pas, mais je n'insiste pas dessus. C'est comme un nuage qui passe : je le laisse passer au rythme auquel il a envie de passer. Quand il est passé, je vais me laver les mains et je reviens. Cela dure un temps, un certain temps. Et puis, à un moment donné, Il est là. Oui, il est là. Alors je lui parle. Et c'est ma prière."

 

FAIRE CONFIANCE : 

J'avais été impressionné par cette idée de faire confiance. 
D'avoir confiance en l'idée que cela va arriver, et qu'accueillir est exactement comme tirer une flèche avec un arc sans qu'il y ait une cible. Quand vous faites du tir à l'arc, vous voyez souvent les archers viser une cible, qui existait déjà bien avant qu'ils aient encoché. Il y a une cible. Et c'est pour cela qu'ils encochent la flèche.
Imaginez l'inverse : il n'y a pas de cible.
Alors ? Vous encochez, vous étirez... et vous lâchez la flèche ! Et c'est au moment où vous lâchez la flèche que la cible commence à exister. Au fur et à mesure que la flèche avance, la cible commence à exister. Elle est en train d'exister. La cible va apparaître au moment précis où la flèche va la frapper.
C'est le mouvement de la flèche qui fait exister la cible.
Il y a quelque chose de tout à fait semblable dans le geste de s'engager dans l'écriture d'une histoire ou d'une œuvre d'art. Quelque chose qui relève de cette confiance.
Et cette confiance naît du sentiment que "quelqu'un est là."

- Il y a. Il y a.
- Il y a quoi ?
- Et bien il y a, il y a.
- Il y a quoi, me demanderez-vous, et je vous répondrai : il y a.
- Mais quoi ?
- Mais, je vous réponds ! Il-y-a. Il-y-a-il-y-a. Il y a, voilà. Il y a : "il-y-a." Alors on s'engage.
- Mais, il y a quoi ? Quoi ?
- Euh, il y a, et ça suffit, on ne peut pas tout avoir. On ne peut pas avoir une assurance, une certitude sur tous les points. 

 

ETRE ATTENTIF :

Mais, alors, qu'est ce qui fait que "Il-y-a" apparaît ?
Je pense que c'est un choix, le choix de faire en sorte qu'il n'y ait que cela dans sa vie.
Être, à chaque instant de la vie, préoccupé, obsédé, être occupé, être inquiet.
Être dans le tremblement de  ce qui va arriver.
La moindre chose, la moindre chose qui passe, un autobus, l'heure de pointe, quelqu'un qui lit dans un métro, une histoire écoutée à la télévision, un morceau de... Une carte d'un jeu de carte trouvée par terre, un morceau de puzzle, un enfant qui rit, un cri, un hurlement un fait divers, une discussion avec un ami, une rencontre avec le public, n'importe quoi, n'importe quoi tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout.
Tout est énigme, tout est "indice de quelque
chose qui va apparaître".
Pourquoi j'ai été attiré par ce mégot de cigarette par terre ? Pourquoi tout à coup me touche-t-il ? Pourquoi ce jour-là "ce" mégot de cigarette, et la personne qui l'a fumé que je ne connais pas, me touchent ? Pourquoi ? Pourquoi ?

C'est un indice de quelque chose qui est invisible, et qui est important.
Alors je dois noter quelque part dans un cahier : "mégot de cigarette trouvé par terre".
Et puis continuer mon chemin.
Et puis, à un autre moment, quelque chose d'autre apparaît.
Qui crée une émotion. Qui crée un intérêt, qui crée un tremblement, une inquiétude, un bouleversement. Parfois c'est un rien, c'est le regard de la boulangère, dans la manière qu'elle a de vous vendre le pain.
Et bien vous sortez, et après avoir écrit "mégot de cigarette", vous écrivez "les yeux de la boulangère".
Et cætera.
Et à partir de ce moment-là, à un moment donné quelque chose s'agglomère.
Quelque chose s'agglomère de tout ça et "il-y-a" apparaît.
Et là, il faut vraiment l'accueillir.

 

REMONTER LES PISTES :

En vérité, je dirais que le travail d'imagination, c'est un travail qui, au fond, ne demande pas beaucoup d'imagination.
Pour moi, l'imagination c'est la boîte à outils du plombier qui vient pour déboucher des tuyaux, ou parce qu'il y a des joints qui manquent. Bien plus tard, lorsque l'Histoire vous est apparue, lorsqu'elle s'est présentée et que vous êtes entré dans la rencontre avec cette Histoire, vous discutez avec Elle. Si vous rencontrez quelqu'un qui vous touche profondément, au moment où vous le rencontrez vous ne savez pas s'il est né en Algérie ou au Mozambique. Vous ne le savez pas. C'est trois semaines plus tard, lors d'un café qu'il vous dit : "Tu sais, moi je suis né en Algérie et j'ai un frère jumeau." Au moment où l'on rencontre quelqu'un, l'on ne sait pas tout de la personne ni de son histoire.

Et bien c'est la même chose : au moment où vous rencontrez une histoire vous ne savez pas tout de cette histoire, et l'histoire ne sait pas tout de vous.
Il y a des angles, des tuyaux qui manquent, et avec votre boîte à outils c'est à vous de vous dire : "comment ça passe de là à là ?" Et bien, cela ressemble un peu à une petite boucle d'oreille perdue dans un drap froissé. Il faut déplier le drap.

Il faut déplier l'histoire, aller chercher dans les plis le petit élément qui va faire en sorte que ça tienne, que ça fonctionne. On peut appeler ça l'imagination, mais on peut aussi appeler ça "la confiance dans le dialogue avec l'histoire".

 

SE TENIR PRÊT :

L'accueil c'est : l'accueil à ce qu'il y a là, sans insister, sans lui fixer un rendez-vous.
Si vous voulez une autre image, c'est comme si vous aviez une maîtresse que vous aimiez passionnément, mais sans jamais, jamais vous donner rendez-vous. Et un jour, dans un pays dans lequel vous n'aviez jamais été, en Turquie par exemple, dans un petit village paumé dans lequel il y a un hôtel, là, soudainement vous vous dites : "Elle va venir !"

Imaginez cela dans la vie quotidienne, dans la vraie vie, et pas dans l'imagination.
C'est une folie ! Vous êtes au bout du monde, comment et pourquoi viendrait elle ? Pourtant, elle va venir, vous le savez. Alors, vous louez la chambre, vous préparez un repas. Vous allez chercher un bouquet de fleurs. Et vous nettoyez la chambre. Quand vous êtes sûr que tout est prêt, vous sortez, vous attendez un peu... Et puis elle arrive. Elle dit : "Oh ! Mais tu étais là ?" Vous dites : "Oui. Salut. Viens. La chambre est prête." Et bien il y a quelque chose dans le rapport à l'écriture qui est exactement appuyé sur le même "acte de confiance".
C'est à dire qu'il ne peut y avoir aucune certitude, aucune préparation, aucun contrat à l'avance pour que ça ait lieu.

 

 DOUTER SEUL :

Il ne peut pas y avoir de plan, il ne peut y avoir de structure dramaturgique préparée à l'avance.
Il ne peut pas y avoir de recette.
Pas d'atelier d'écriture.
Il pourrait y en avoir, mais seulement à partir du moment où l'on est convaincu.
Que l'on est seul.
Et que cet atelier-là n'est là que pour accentuer notre solitude et notre doute.
Là, oui.
Aller faire un atelier d'écriture dans l'optique de se rassurer, de "trouver des méthodes pour enfin écrire", c'est déjà raté. 

 

Suivez Wajdi Mouawad sur le net.
Prenez une heure en vidéo avec Wajdi Mouawad

SeulsEditions Léméac
Durée : 2h

Joué le 26, 27 et 28 septembre à l'Opéra-Théâtre de Limoges,
dans le cadre de la 30e édition du Festival des Francophonies en Limousin.

Texte, mise en scène et jeu : Wajdi Mouawad
Dramaturgie, écriture de thèse : Charlotte Farcet
Conseil artistique : François Ismert
Assistance à la mise en scène:  Irène Afker
Scénographie : Emmanuel Clolus
Éclairage : Éric Champoux
Costumes : Isabelle Larivière
Réalisation sonore : Michel Maurer
Musique originale : Michael Jon Fink
Réalisation vidéo : Dominique Daviet
Régie générale et plateau : Eric Morel
Régie son : Oliviert Renet
Régie lumière : Eric Le Brec'h
Régie vidéo : Dominique Mank
Suivi artistique en tournée : Alain Roy

Production :
Au Carré de l'Hypoténuse /France, Abé Carré Cé Carré /Québec, compagnies de création.
En coproduction avec : l'Espace Malraux - Scène nationale de Chambéry et de la Savoie, le Grand T - Théâtre de Loire-Atlantique, le Théâtre 71 - Scène nationale de Malakoff, la Comédie de Clermont-Ferrand - Scène nationale, le Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées, le Théâtre d'Aujourd'hui, Montréal.

Wajdi Mouawad est artiste associé au Grand T.
Accueil en partenariat avecl'Opéra théâtre de Limoges.

Au Carré de l'Hypoténuse est une association Loi 1901, conventionnée par le Ministère de la Culture et de la communication (DRAC Pays de la Loire) et soutenue par la Ville de Nantes.
Abé Carré Cé Carré bénéficie du soutien du Conseil des Arts et des Lettres du Québec.

Tournée : 
Teatro Valle Inclan, Centro Dramatico Nacional à Madrid, du 4 au 6 octobre 2013. 
Festival Solo, centre théâtral Na Strastnom à Moscou, 11 octobre 2013. 
Teatre Lliure à Barcelone, du 27 février au 2 mars 2014. 
La Filature à Mulhouse, du 14 au 15 mars 2014. 
La Comète - Chalons en Champagne du 18 au 19 mars 2014.

 

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Arnaud Agnel / Bastien Desvilles
16 déc. 2014

INTERVIEW DE DAVID GAUCHARD.

Dans le cadre du Festival des Francophonies en Limousin, le metteur en scène David Gauchard présente Kok Batay. 
A cette occasion, il dirige le comédien Sergio Grondin, qui est également l'auteur du texte.
Conversation autour des rouages de la langue de Grondin.

 

Bonjour David.
Peux-tu nous expliquer comment tu as rencontré Sergio Grondin ?

Par l'intermédiaire de Maël Le Goff, un producteur de Rennes qui travaillait déjà avec Sergio. Ensemble, ils avaient monté Le cabaret de l'impossible avec un conteur Breton et un conteur Québécois. Puis Sergio a eu envie d'écrire le texte Kok Batay. Maël est venu me voir : "J'ai vu ton travail, je sais ce que Sergio veut faire. Rencontrez-vous ». J'ai donc rencontré Sergio. On m'avait expliqué cette histoire de boxeur, d'identité, de Réunion, et je m'attendais à voir un créole black. D'entrée, et de moi-même, j'étais déjà dans un cliché. J'ai acheté un globe, pour vérifier dans ma géographie mentale où se trouvait la Réunion. J'avais toujours rêvé à des voyages vers le grand nord, je n'avais jamais pensé à aller dans les îles. J'avais acheté un globe trop petit : à côté de Madagascar, La Réunion ressemblait à une tête d'épingle. Je commençais à découvrir la réalité de ce qu'était La Réunion...

Quelle fut ta rencontre avec la langue de Sergio Grondin ?

Sergio m'a fait venir directement à la Réunion. Le voyage était épique : il y avait un cyclone à la Réunion, quarante-huit heures d'attente à Paris. Je suis arrivé épuisé deux jours plus tard ! Sergio m'avait invité à fêter Noël dans sa famille du côté de son père où l'on parlait créole. Ҫa parlait beaucoup trop vite pour moi, je comprenais seulement un mot sur trois. Ça a été ma première approche de Sergio.
Après on est allé visiter un premier rond de coqs, un combat de coqs. Mais pas un combat de coq officiel du samedi avec kermesse et tout. Non. Un petit combat de coq discret du lundi après-midi. L'ambiance autour de ces joueurs, l'alcool, l'argent en jeu, m'ont impressionné. On était entré dans le vif de l'écriture.

As-tu modifié des éléments du texte ?

Oui, j'ai gommé pas mal de choses. Le texte n'était pas définitif et parfois il résistait au plateau. J'ai retravaillé avec Sergio les tournures de phrases que je trouvais un peu "du sucre sur du miel", un peu too much, un peu trop facile, un peu trop, ... Comment dire ? Je n'avais jamais travaillé avec un conteur, et je voyais certains effets de manche. Je me disais alors: "Est-ce qu'on en a besoin ?" Est ce qu'on ne pourrait pas fermer le sens davantage pour mieux « ouvrir », plutôt que d'expliquer. Il a accepté que je retouche son texte. Je ne l'ai pas transformé, mais je l'ai dégraissé, un peu.

Et il en a été de même pour l'interprétation. Parce qu'il avait cette volonté de « parler bien », je lui ai mis le crayon dans la bouche pour une diction impeccable. J'ai essayé, non pas de gommer son accent créole comme on gommerait son identité, mais de l'amener à passer par des efforts de diction pour respecter son désir de parler juste. Et aussi parce que le texte parle beaucoup de boxe, j'ai souhaité réinjecter du corps. «Il faut que tu ailles courir un peu le matin, que tu te mettes en énergie parce que ton propos raconte ça. »

Quelles sont les particularités de la langue de Sergio Grondin ?

Il y a plusieurs niveaux de langue dans le texte. Sergio avait écrit l'histoire de manière totalement linéaire comme il le fait toujours pour avoir une bonne visibilité sur le début, le milieu et le dénouement. Puis, il recompose son scénario pour créer davantage de suspens. Ce procédé nous amène à découvrir, petit bout par petit bout, les éléments qui vont constituer le puzzle final et nous conduire à la résolution tragique, ici : un inceste entre frère et sœur. Il crée des pièges et des glissements, comme par exemple à la fin quand il nous dit il dit : "je suis Sergio Grondin" Tout d'un coup, on se demande si c'est son histoire ou si ce n'est pas son histoire. Qu'est ce qui est vrai ? Et qu'est ce qui n'est pas vrai ? Sa langue c'est ça : l'art de raconter les histoires et de les entremêler pour nous perdre.

Il a une langue assez simple et directe qui nous touche très vite. Elle fait mouche, en une heure il raconte beaucoup de choses. C'est une langue très séquencée, ce qui est agréable pour la mise en scène, ça m'a permis de créer beaucoup d'images pour illustrer, et d'amener aussi beaucoup de musique. Sa langue, c'est son amour de la langue française et du créole. Il est totalement libre dans son interprétation quand il parle en créole, libre et impressionnant. Les passages en créole sont souvent les situations violentes. C'est un créole assez agressif, lié au sujet de la pièce. Sur la langue française il est aussi brillant dans le jeu que dans sa diction. C'est clair et limpide : ses images arrivent vite, elles sont efficaces.

Dans ton travail tu tisses régulièrement des liens avec le rap, peux-tu nous en parler ?

Évidemment la culture rap, Sergio il l'a. Il le dit dans son spectacle : quand il était jeune il écoutait du rap, c'était un fan de NTM. Sa vision du rap dans le spectacle est un peu clichée. À un moment il fait un rap, mais ce n'est un très bon rap : il fait le rap de l'enfant qui rêve que son père est Rocky Balboa. Je trouve que le flow n'empêche pas la poésie et qu'il renforce la vitesse à laquelle les images passent devant nous. J'aime ces moments. Quand on décide de faire stop ou de suspendre, la parole prend soudain toute sa force. Cela met le spectateur en alerte. Ce n'est pas grave si dans les chansons l'on ne comprend pas tout au mot près. On comprend l'idée, on a la sensation, on ressent l'émotion. Parfois quand on veut être très intelligent sur un texte, qu'on veut trop laisser le spectateur réfléchir à la portée du texte, on se perd. Et moi je m'y ennuie. Ça devient très intellectuel, on y perd l'essentiel et la vivacité. Une posture se met en place. Or c'est du spectacle vivant. Si on voulait, on pourrait acheter le bouquin, prendre son temps et tourner dix fois un alexandrin ou un décasyllabe à l'endroit et à l'envers pour en comprendre tous les sens. Mais quand on joue on n'a qu'une cartouche, on n'a qu'une fois. L'acteur a choisi une option de jeu. Quand j'étais à l'école de comédien (ERAC) on pouvait passer une semaine entière sur le premier vers de Bérénice. C'était passionnant intellectuellement, mais quand on arrivait sur scène, on ne pouvait plus parler parce qu'on avait trop de choses à faire passer dans un seul vers. Je suis pour le travail à la table. Mais je suis pour le dégager dès qu'on arrive au plateau. Tout cela rejaillira grâce à l'intelligence de l'acteur.

Pour toi Kok Batay c'est un conte ou c'est un monologue ?

Quand j'ai rencontré cette langue, j'ai essayé d'amener Sergio sur mon terrain. Faire d'un conteur, un acteur et d'un conte, un monologue. Par exemple le fait d'avoir un apport scénographique important rend possible le silence. À certains moments il ne parle pas et une image ou un son prend place et quelque chose se passe. Dans l'univers du conte, souvent le conteur est assis sur sa chaise et il parle, il parle... Il parle ou il mime. Le vide n'est pas souvent présent. Sergio réussit à être les deux, à la fois un conteur et un acteur. C'est un joueur.

 

Lisez nos articles sur le Festival des Francophonies en Limousin.
Découvrez les prochaines créations de David Gauchard.
Visitez le site de L'unijambiste.

Kok Batay
Théâtre Expression 7, dans le cadre du Festival des Francophonies en Limousin.
mercredi 1er octobre 18h30 / jeudi 2 octobre 20h30 

Récit-combat de : Sergio Grondin
Mise en scène : David Gauchard
Musique : Kwalud
Lumières : Benoit Brochard
Scénographie : Fabien Teigné
Vidéo, graphisme : David Moreau

Production : Karanbolaz, La Réunion.
Production déléguée : Centre de production des Paroles contemporaines (CPPC), Rennes.
Coproduction et soutiens : Le Séchoir – scène conventionnée (St Leu – La Réunion), Le Grand Marché Centre dramatique de l’Océan Indien (La Réunion), Festival Mythos (Rennes), Théâtre l’Aire Libre (St-Jacques-de-la-Lande), DACOI, FEACOM, Région et Département de La Réunion, Ville de St-Joseph (La Réunion).

Tournée :
14 novembre 2014 , La Cité Miroir (MNEMA), Liège 
15 novembre 2014, Théâtre André Malraux, Chevilly-Larue
18 novembre 2014, Le Strapontin, scène des Arts de la Parole, Pont-Scorff
3 février 2015, Le Carré-Les Colonnes, Blanquefort 
6 février 2015, Espace Jean Legendre, Compiègne 

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Radio Théâtre
26 nov. 2014

INTERVIEW DE DAVID GAUCHARD.

Dans le cadre du Festival des Francophonies en Limousin, David Gauchard présente Kok Batay. 
A cette occasion, il prend le temps de nous parler de ses projets en cours et de ceux de la compagnie L'unijambiste.



Comment opères-tu le choix de tes textes ?

A ce jour j'ai fait un peu plus de dix spectacles, donc je peux regarder en arrière et déceler un dénominateur commun. Au bout d'un moment on se dit : « Tiens, est ce que je ne traiterais pas à chaque fois le même sujet ? » J'ai fait Hedda Gabler, Mademoiselle Julie, Ekatérina Ivanovna, Hamlet, Richard III par exemple. Quel est le dénominateur commun ? L'individu et la société. " Un et Le reste du monde ». Ça c'est un sujet qui m'intéresse. Seul contre le reste du monde. Et ce, même si l'on est un personnage détestable comme Richard. Celui qui est seul n'est pas forcément un pauvre gentil face au méchant reste du monde. J'aime cette tension : le groupe et l'individu. C'est cela qui me parle, et finalement qu'importe le style du texte. Par exemple je vais sans doute travailler prochainement sur Katzelmacher de Fassbinder dans lequel il est question de l'étranger et du village.

Mais j'aime aussi énormément la langue sculptée. J'ai du mal avec la langue sitcom. Quand j'ai monté Des couteaux dans les poules de David Harrower c'était la première fois que je m'attaquais directement à du "théâtre dit contemporain". Harrower a une langue particulière et ciselée, qui pour moi n'est pas une ennemie mais une amie. Pour Shakespeare, je travaille plus souvent avec André Markowicz qu'avec d'autres traducteurs parce que André travaille sous l'axe du décasyllabe. Il a une métrique particulière qui m'aide. J'aime les textes dont l'écriture a une forme et dont le sujet parle de l'homme face au monde.
Le seul spectacle pour lequel j'ai dérogé à cette règle est Le songe d'une nuit d'été. Je me suis laissé embarquer dans une trilogie avec Hamlet, Richard III, et Le songe. J'avais déjà une tragédie et une pièce historique. J'ai eu envie de faire une comédie. J'en ai eu envie parce que réaliser une comédie est un exercice difficile. Politiquement, je trouvais intéressant de pouvoir faire aussi bien un Richard III contestataire qu'une comédie. J'avais repris cette phrase de Deleuze : "Le système nous veut triste, il faut arriver à être joyeux pour lui résister ». J'ai fait mienne cette phrase pendant Le songe. Je me suis dit qu'inviter les gens à rire ensemble sur un bon auteur avait de la valeur. Politiquement je trouve cela aussi engageant que de faire un spectacle rentre-dedans qui va critiquer frontalement les formes de tyrannies.

De toute manière, quoi que l'on crée il y a toujours une portée politique, même si je n'aime pas dire cela parce que ça tombe sous le sens. On entend toujours cette même question bateau : « Est-ce que vous êtes engagé ? Est-ce que vous êtes politique ? » . On essaye souvent de coller aux artistes cette étiquette. Les artistes sont comme les autres, ils sont dans les mêmes questionnements sur les gouvernances successives, les partis politiques. On n'est ni plus idiots, ni plus intelligents que les autres. Et si on voulait faire de la politique on en ferait.

Je pense que l'art est politique par essence et qu'il ne doit pas porter la politique. Il n'est pas là pour ça. Il s'exprime comme il veut, l'art. Un jour il exprime un geste politique, et le lendemain pas du tout. L'art, c'est juste un autre endroit du monde. On a le droit d'observer le monde sans être obligé de le juger en se tenant dans des partis pris radicaux. Je ne dis pas que l'art se met au-dessus de la mêlée, je dis juste qu'on cherche trop à le mettre dans la mêlée. Pour moi il est à côté de la mêlée. Même si parfois il s'en mêle !

A partir de quand, pour toi, on parle de contemporain ?

Dans Ekatérina Ivanovna, le dernier spectacle, ce qui était intéressant c'est qu'en travaillant sur un texte de Léonid Andréïev (contemporain de Tchékhov), l'on s'attend à cette fausse imagerie de lenteur tchékhovienne. Pourtant quand on se promène dans les rues de Saint Pétersbourg et qu'on écoute les gens dans la rue, on se rend compte qu'ils parlent vite, normalement en fait. Quand on s'exprime dans sa propre langue au quotidien, on tchatche, on parle vite et c'est du vivant.
Qu'est ce qui fait le contemporain ? Qu'on travaille Tchékhov ou Shakespeare, c'est quand on a une langue vivante, même si elle a été écrite il y a longtemps. Le pari dans Ekatérina Ivanovna était par exemple de ne pas laisser de blancs entre les répliques. « Quand j'ai fini de parler, tu me réponds ». En revanche, si j'ai cinq répliques ou un monologue à jouer, je peux prendre le temps de l'hésitation. Dans la vie on se coupe tout le temps la parole. Pas en ce moment, parce qu'on a un micro et qu'on se le partage, (rires) mais habituellement on se coupe la parole, parce que les idées fusent et que l'on rebondit.

J'essaye de donner cette sensation. Pas forcément une sensation de réel, puisque quand on travaille sur de l'alexandrin ou du décasyllabe, on sait qu'on est sur une langue sculptée, mais une sensation de vivant. Pas du réalisme, mais du vivant. Ça, ça me plait.

Est-ce que c'est important pour un metteur en scène de se mettre en péril ?

Oui. Après dix ans de loyaux services à la cause shakespearienne, au classicisme revisité, j'avais envie de de me débarrasser de toutes ces étiquettes. Cette année je pars sur plusieurs projets pour essayer de travailler sur des sujets "contemporains". Pas forcément des auteurs contemporains, mais des sujets contemporains. Cette histoire de La Réunion dans Kok Batay par exemple fait écho à une histoire vraie : celle de l'identité réunionnaise, d'un illustre boxeur de l'île et surtout celle de l'intérieur intime de Sergio Grondin. Donc tout d'un coup je me déplace. A l'étranger et en travaillant avec un conteur. C'est un double déplacement. Quand je vais faire Der Freischütz de Weber à l'Opéra de Limoges je vais faire un opéra en allemand. Deux langues que je ne connais pas, l'opéra et l'allemand. Je vais aussi préparer Taeksis une chorégraphie avec le chorégraphe coréen Kim Sung Yong , pour travailler sur le sujet de la phototaxie, c'est à dire l'attraction-répulsion qu'on a pour la lumière, comme les insectes par exemple qui sont prêts à aller se cramer sur un réverbère. Donc je pars à Séoul, faire de la danse. Pour moi il y a encore un double déplacement, et ce n'est pas encore du théâtre.

Ma prochaine création avec L'unijambiste va s'appeler Inuk, et sera un jeune public à partir de huit ans. Cela non plus je ne l'ai jamais fait. Pour un jeune public ce sont d'autres codes d'écriture. L'idée c'est de partir sans texte pour réinterroger ma propre équipe et sa capacité à travailler autrement. Cette fois, on n'a plus Shakespeare. On n'a plus André Markowicz. On n'a plus les références de toutes les scènes cultes de Shakespeare et de comment tous les metteurs en scène ont réalisé le fantôme dans Hamlet.

Est-ce que c'est toi qui signeras les textes d'Inuk ?

Je vais partir en écriture de plateau. Je vais avoir besoin malgré tout d'un complice d'écriture. Arm, le rappeur avec qui je travaille habituellement, et qui est aussi le chanteur du groupe Psykick Lyrikah, sera ce compagnon. Ce sera déstabilisant pour lui aussi puisque je ne vais pas lui demander d'écrire des chansons de rap, je vais lui demander d'écrire un dialogue. Un dialogue métaphysique (rires). Pour écrire ce spectacle nous partirons découvrir la vie des Inuit de l'Arctique. On part en décembre dans le Nunavik.
Inuk, cela veut dire inuit au singulier : l'homme, l'individu. Puisque là-bas il y a beaucoup de chamanisme ce sera peut-être le dialogue de deux esprits animaux. Ce sera peut-être la rencontre entre un ours et un caribou, ou entre un phoque et un chien de traineau. Ce sera peut-être une discussion hors du temps, hors de l'espace sur l'homme, la femme, et sur ce que nous faisons là, sur terre.

Est-ce que ça va être un conte écologique ? Je compte trouver une réponse après ce voyage. Je sais juste que ce sera un spectacle peu bavard, tourné sur les sensations et le visuel.

Avec mes fidèles camarades et collaborateurs artistiques Nicolas Petisoff & David Moreau nous préparons une exposition qui en amont du spectacle nettoiera un peu les idées reçues : le mot esquimau sera expliqué, le mot anorak, le mot kayak. Des explications pour les enfants qui diront aussi l'influence des blancs sur les problèmes que connaissent aujourd'hui les Inuit. Il y aura aussi un rapport à la Francophonie puisqu'on va le créer dans le cadre du Festival des Francophonies, et que je pars dans le Nunavik qui est la partie francophone des Inuit de l'Arctique. Là-bas, j'aurai du temps pour travailler avec des élèves autour du beat box grâce à la présence de L.O.S à mes côtés. Le beat box nous paraissait une langue commune, proche du katadjak, le chant de gorge, qu'ils connaissent. Ne pas aller directement leur parler de Molière. Entrer plutôt en contact avec eux par rebond sur des choses ludiques.

Inuk sera une nouvelle manière de travailler. Cela instaurera un autre rapport dans l'équipe puisque soudain je serai sans savoir, sans pouvoir faire de prédictions sur l'agencement des scènes, sans avoir eu de discussion privilégiée avec le traducteur ou le dramaturge. Cette fois on part tous en même temps, et ça va recréer de l'horizontalité dans l'équipe. Ce sera au génie de chacun de s'exprimer. J'attends ça avec impatience.

Par ailleurs on commence à imaginer la possibilité que L'unijambiste ne soit pas associé qu'à mon nom, et c'est une bonne chose. La compagnie bouge pas mal. Elle accueille en son sein une mise en scène d'Emmanuelle Hiron, ma compagne, qui va créer Les Résidents. Ce spectacle est issu d'un d'une immersion de six mois dans un EPHAD à côté de Rennes. Pendant six mois Emmanuelle est partie réaliser un documentaire avec sa caméra. A partir de ce documentaire elle a eu envie de parler de la fin de vie sur les plateaux de théâtre. Ce sera donc du théâtre documentaire. La compagnie va de l'avant et je m'en réjouis !



Lisez notre interview de David Gauchard à propos de Kok Batay
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Kok Batay
Théâtre Expression 7, dans le cadre du Festival des Francophonies en Limousin.
mercredi 1er octobre 18h30 / jeudi 2 octobre 20h30 

Récit-combat de : Sergio Grondin
Mise en scène : David Gauchard
Musique : Kwalud
Lumières : Benoit Brochard
Scénographie : Fabien Teigné
Vidéo, graphisme : David Moreau

Production : Karanbolaz, La Réunion.
Production déléguée : Centre de production des Paroles contemporaines (CPPC), Rennes.
Coproduction et soutiens : Le Séchoir – scène conventionnée (St Leu – La Réunion), Le Grand Marché Centre dramatique de l’Océan Indien (La Réunion), Festival Mythos (Rennes), Théâtre l’Aire Libre (St-Jacques-de-la-Lande), DACOI, FEACOM, Région et Département de La Réunion, Ville de St-Joseph (La Réunion).

Tournée :
14 novembre 2014 , La Cité Miroir (MNEMA), Liège 
15 novembre 2014, Théâtre André Malraux, Chevilly-Larue
18 novembre 2014, Le Strapontin, scène des Arts de la Parole, Pont-Scorff
3 février 2015, Le Carré-Les Colonnes, Blanquefort 
6 février 2015, Espace Jean Legendre, Compiègne 

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Radio Théâtre
03 oct. 2014

DOCUFICTION

Au sujet du Dialogue avec le public à l'Ecole d'art,
rassemblant, spectateurs, non-spectateurs
et l'équipe du spectacle Shéda de Dieudonné Niangouna,
joué à la carrière de Boulbon.

   Alexia a vingt ans. Elle est jeune et belle.

   Particulièrement fluette, la peau pâle et les yeux bleus un peu trop gros. Une silhouette parfaite pour le plateau : juste assez menue pour ne pas être tout à fait à l'échelle d'un décor et provoquer un décalage visuel immédiat, les yeux suffisamment globuleux et expressifs pour tenir en haleine le type assis au bout du dernier rang durant tout Carmina Burana.

   Elle raconte les histoires avec intelligence et agrémente ses propos d'une gestuelle souple et vive.

  La chaleur du mois d'août s'est calmée quand le jour est tombé, la piscine glougloute, Alexia tourne le dos à l'éclairage électrique du perron. Elle joue avec les ombres des arbres, et c'est à cela que l'on peut reconnaître une bonne comédienne : l'utilisation maitrisée d'un contre-jour naturel afin de renforcer la puissance dramatique de la plus badine des conversations et susciter ainsi l'écoute de l'auditoire.

 

LA PRÉSENCE

   « J'avais pas vu Shéda encore ! Les gens parlaient beaucoup du spectacle. Ils disaient que c'était imparfait et trop long, mais que l'atmosphère était envoûtante, le texte chaud, brutal et que, réunis à la nuit dans cette carrière de pierre, on avait l'impression d'assister à une véritable épopée. Je me demandais si c'était une erreur d'assister au dialogue avec le public avant d'avoir vu le spectacle.

   Je me demandais si ça risquait d'arrêter mon imaginaire, de figer les choses. En fait, ça m'a énormément aidée à m'approprier le spectacle, parce que l'ambiance de la rencontre était très chargée et que j'ai pu commencer à rêver le spectacle avant même de l'avoir vu.

   Il a plu. La foule avait chaud mais l'air était moite, presque tropical. C'est quelque chose de voir le public tenir bon sous la pluie. Quand il pleut pour un spectacle, les rangs se vident, mais là, on était tous un peu subjugués par la présence de Dieudonné Niangouna, par la façon dont il parlait de son texte et par l'épaisseur de sa voix. Il a fini avec nous, à l'abri dans l'espace molletonné du foyer. On n'avait pas l'impression d'avoir les artistes d'un côté et le public de l'autre, on pouvait participer, parler directement avec les comédiens. On avait donc le sentiment de faire partie d'une aventure particulière, d'être unis et privilégiés sous cette pluie électrique, alors on a tenu bon en se serrant les coudes.

   Quand Dieudonné Niangouna s'exprimait, c'était comme s'il nous connaissait depuis longtemps. Il a installé tout de suite une proximité avec nous, et on a vu qu'il avait su créer une communion aussi au sein de son équipe, ça sautait aux yeux le plaisir qu'ils avaient d'être ensemble, parce qu'ils l'aimaient ou bien qu'ils avaient peur de lui. On voyait bien qu'il se jouait entre eux un rapport « hors cadre professionnel », un rapport ...

   - Fraternel ?

   - Ouais, fraternel, c'était beau.

   Comme ceux qui l'avaient déjà vu étaient invités à partager leur expérience du spectacle, une dame un peu âgée et toute menue s'est levée. Elle a parlé d'un comédien en particulier, qui faisait « de drôles de gestes avec ses mains », elle souhaitait lui rendre hommage. En parlant elle a imité un peu ses gestes. Elle a évoqué son monologue, que j'ai vu par la suite et qui était effectivement lumineux. Elle a dit la beauté de cet homme élancé, qui offrait les mots comme s'il avait la langue en feu. Elle a parlé du suspens de l'assemblée pendant son monologue, du désir que tous avaient de boire et boire encore ses paroles.

   Derrière elle, arrivé en retard, le comédien en question est entré. La foule a retenu son souffle. Il a marché vers elle, s'est approché si près qu'il se tenait dans son dos. Il a écouté la femme qui parlait de lui devant lui. C'était fou. On voyait tous l'homme, on savait tous qu'elle parlait de lui. Tous la voyaient ne pas voir. Suspens. La femme continue à raconter des choses sur cet homme, des choses si belles justement parce que cet homme n'est pas là et qu'elle peut dévoiler, comprendre devant nous comment il a pu toucher de si près son intériorité à elle. Dans son dos l'homme se tend_suspens_ on dirait qu'il va l'enlacer, d'un geste vif et sauvage, saisir sa taille d'un coup de patte.

   Soudain la femme se tait. Elle comprend qu'on ne l'écoute plus. Elle pense alors, parce que tous les regards sont tournés dans sa direction, qu'on a oublié de l'écouter précisément parce qu'on est occupés à la regarder. La femme se regarde, elle baisse les yeux vers sa poitrine. Elle vérifie qu'il n'y a pas quelque chose chez elle qui soit de travers, et qui ait pu détourner de sa parole l'attention de cent cinquante personnes. Soudain, (et c'est venu de rien, du Néant ou du ciel, d'où cette pensée lui vint-elle ? et elle a même le temps de penser qu'elle a le temps de penser à ça,  se demander d'où lui est venu ce savoir), la femme sait. Elle se retourne. Elle voit l'homme. Ils sont face à face.

   - Ils s'enlacent ? » 

 

LE LIEU 

   Ensuite les gens parlent du lieu de la représentation, la carrière de Boulbon. Les spectateurs évoquent la carrière, et avant même de l'avoir vue, Boulbon devient un lieu magique pour moi et tous ceux qui ne connaissent pas encore. Fantasmé sous un jour différent dans chacun de nos esprits, Boulbon a un pouvoir et Boulbon fait déjà théâtre, bien avant la représentation. Il s'agit d'un endroit sauvage, ou la main de l'homme et la nature se confondent. Comme pour les pyramides, c'est juste la main de l'homme qui a créé cette œuvre, mais quand on regarde cette falaise gigantesque, on a plutôt le sentiment que la terre a tremblé, qu'une bombe a explosé, ou que c'est le courroux des dieux qui a crevé la pierre. Le public est installé là, au milieu d'un trou béant, face à un mur de roche aussi haut qu'un immeuble. Au pied de ce mur, ils ont posé des baraquements, qui peuvent te faire penser à la cabane de Robinson, à un bidonville ou à un camp de réfugiés. Et cette équipe, ce collectif d'artiste, ce groupe d'hommes et de femmes, ils dévorent tous l'espace. .

   - A la rencontre du Syndicat de Critique, un homme avec qui je discutais m'a dit : « Ils ont pris Boulbon comme ils auraient pris la Bastille. On avait vu jouer devant le décor naturel de Boulbon, eux, ils ont pris Boulbon d'assaut.

   - C'est vrai, c'est vrai ! Pendant la représentation, ils jouaient sans cesse avec les différentes hauteurs, ils escaladaient, ils sautaient. Moi, j'essayais de regarder en face de moi, comme au cinéma ou au théâtre vers la scène, mais c'était impossible. Il y en avait un qui jouait à côté de moi, un autre derrière moi. Je ne savais pas où regarder, je devais tout le temps choisir où placer ma focale. Ça joue de tous les côtés, et tu dois décider quelle action tu veux suivre. Ou alors, (Alexia rit) c'est ta place dans le gradin qui choisit pour toi. Et eux, on aurait dit qu'ils, qu'ils...

(Alexia fait de grands gestes avec sa main pour indiquer un mouvement descendant, celui de la pluie ou de la chute d'un homme.)

    - Qu'ils tombaient du ciel ?

   - Oui ! Mais en fait ils arrivaient d'en haut, de la roche. Tu sais dans cet endroit, on est soumis aux éléments, à la force de la nuit. Eux, c'était comme si ils avaient vécu là depuis toujours. On se croyait en Afrique. D'un seul coup ce lieu, ce non-lieu théâtral entre passé, futur, sud et nord, ville, forêt, entre sommeil et éveil ou entre vie et mort, ce non–lieu prenait corps dans la carrière comme si tous ces humains s'étaient retrouvés coincés là, entre le monde traditionnel et le monde moderne, et avaient fini par habiter cet endroit pendant des années, avec l'ombre de la guerre plantée là entre celle des deux mondes.

 La prochaine création de Dieudonné Niangouna Le Kung-Fu sera donnée au Festival des Francophonies en Limousin, le 26 septembre à 20h30 et le 27 septembre à 15h30 au CCM John Lennon.

Ecoutez "le vrai Dialogue avec le Public" sur le site du Festival d'Avignon.

Joué du 7 au 15 juillet 2013 à la Carrière de Boulbon,
67e édition du Festival Avignon. 
Shéda 

Auteur-Metteur en scène : Dieudonné Niangouna
Compagnie : Les bruits de la Rue
Scénographie : Patrick Janvier
Constructeurs : Ludovic Louppé, Papythio Matoudidi
Création lumière : Xavier Lazarini
Création son : Robin Dallier
Création costumes : Vélica Panduru
Préparation des combats : DeLaVallet Bidiefono
Création musicale et musiciens : Pierre Lambla, Armel Malonga
Avec : Laetitia Ajanohun, Marie-Charlotte Biais, Madalina Constantin, Pierre-Jean Etienne, Frédéric Fisbach, Wakeu Fogaing, Diariétou Keita, Abdon Fortuné Koumbha, Harvey Massamba, Mathieu Montanier, Criss Niangouna, Dieudonné Niangouna.
Régie technique générale: Nicolas Barrot
Administration, production, diffusion : Antoine Blesson, Claire Nollez, Noëlle Ntsiessie Kibounou, assistés de Léa Couqueberg et Léa Serror 

Docu-fiction / / Focus Limousin / / Focus Avignon / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Radio Théâtre
01 oct. 2014

Rencontre avec Jean Lambert-wild en sortie de scène d'En attendant Godot.
Vertigineux quart d'heure.

En attendant Godot de Samuel Beckett.
Un spectacle de Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Marcel Bozonnet. 
Présenté les 26 et 27 septembre 2014 au Théâtre de l'Union,
dans le cadre de la 31ème édition du Festival des Francophonies en Limousin.
Propos recueillis par Emilie Barrier.


Les personnages d'En attendant Godot paraissent confrontés au vide de l'existence, à la vacuité. Dans le texte, le langage semble être une de leurs armes premières pour combler ce vide. Pensez-vous que le théâtre et l'acte de créer permettent aux hommes d'affronter la vacuité ?

Ouh là. D'abord vous commencez par un présupposé que je ne partage pas. Est-ce que ce texte parle du vide de l'existence ? Je ne pense pas. Je ne pense pas qu'il parle du vide de l'existence. Ce sont au contraire des existences bien remplies. Remplies d'amitiés, de drôleries, de tragédies, de peurs. Ça parle peut-être de beaucoup d'autres choses. Ça parle peut-être de la dérision de notre existence, de l'humour tragique de notre existence, mais pas de l'existence comme un vide. Je pense que c'est même une erreur de lecture. On me dit souvent « Beckett, le théâtre de l'absurde »... Mais ce n'est pas absurde Beckett. C'est extrêmement concret. Il suffit de lire les choses pour ce qu'elles sont, et pas d'essayer de commencer avec un présupposé. Moi vous savez je suis un peu idiot, je lis les choses comme ce qu'elles sont. Et je n'ai pas vu de vide de l'existence dans les échanges d'amitiés qu'il y a entre Vladimir et Estragon, ni dans ces curiosités de relation qu'il y a entre Lucky et Pozzo. Donc, voilà donc, ça c'est la première réponse pour le texte : je ne parierai pas là-dessus.

Quant à assigner au théâtre une fonction... Je trouve ça très étrange de commencer par la négative de ce que l'on est pour imaginer que le théâtre va combler une négative. Pour moi le théâtre ne "comble pas de négatif". Parce que pour commencer il n'y a pas de négatif en soi. L'existence n'est pas un vide ! C'est un plein ! C'est un plein je l'espère, d'amours, de pleurs de tristesses, et d'humanités. Donc le théâtre ne remplit pas un vide. Le théâtre exalte un plein. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Il va puiser dans la source de votre humanité des "puissances", qui font qu'à un moment vous êtes capable de contempler les cieux, de regarder les abîmes, et d'en rire. Voilà, au théâtre on tue les Dieux, on mange leurs petits commis, et l'on est capable de rire et de pleurer de ça. Ce n'est pas un exercice du vide. C'est même peut-être une pensée « petite bourgeoise » d'imaginer que : « Voilà, il y a ce vide... Etc... ». Moi, je ne crois pas. Le vide c'est une question petite bourgeoise pour moi. Je pense qu'il y a les actes de fureur du théâtre, et les emballements de l'âme que nous avons. Ces chocs émotionnels ne sont pas la preuve du vide, mais sont la preuve de la communauté d'esprits qui se fonde, des électricités qui nous animent, et de l'énergie. L'énergie ce n'est pas un vide ! C'est même presque une erreur de physique quantique ce que vous êtes en train de me dire.

Après, si l'on devait assigner un rôle au théâtre, il aurait cette curiosité de tout de suite s'en échapper. Parce que c'est un animal libre et mutant. C'est du vivant, il est en mutation constante, en transformation permanente. Assignez-lui un rôle et il s'en évadera. C'est une définition indéfinissable le théâtre.

Est-ce que pour vous c’est un endroit le théâtre ?

Bien sûr.

Quoi comme « endroit » ?

Un endroit, ce n’est pas un lieu.

Vous pouvez faire la différence ?

Entre un endroit et un lieu ? Oui. Par exemple le Théâtre de l’Union est un lieu. Cela peut être l’endroit du théâtre. Mais l’endroit du théâtre peut être ailleurs. Il peut être en vous. Il peut être dans vos nuits. Il peut être sur une place publique, il peut être sur une chaise, il peut être dans un murmure… L’endroit du théâtre est plus vaste  puisqu’il est justement l’exercice de votre humanité.
C’est un médium de transmission, qui existe depuis longtemps, et qui survit à tous les médias. Donc il y a des lieux où l’exercice de notre humanité est plus approprié, le Théâtre de l’Union par exemple, mais tous les endroits sont possibles. L’on peut faire théâtre à peu près partout. Il suffit de "ritualiser" cet exercice et d’en trouver la scène.

Ce que vous entendez par le "ritualiser" c’est lui "assigner des codes" ?

Ce n’est pas tout à fait lui assigner des codes. C’est "l’acte magique" par lequel la relation de transmission, entre un être qui se dépossède et un autre qui le reçoit devient possible.

D’accord. Et est-ce que vous pouvez me parler un peu du processus qui conduit une image intérieure à "passer" à la scène ?

Une image intérieure ? Moi je ne travaille pas avec des images intérieures.

Alors d’où viennent les "images extérieures" que j’ai vues ? Est-ce qu’elles sont nées de la scène ? Ou est-ce qu’elles sont nées dans votre esprit ?

Ah... Mais si l’on savait ce que l’on allait faire, on ne le ferait pas, il n’y aurait pas d’utilité.
D’où viennent les choses ? Viennent-elles d’ici ? Ou de là ? Moi, je crois à l’art de l’alliage. Je pense que le tout est beaucoup plus poreux que ça. Vos "image intérieures" comme vous les appelez, sont forcément construites par des images extérieures, qui se sont modifiées au contact d’autres images intérieures. Je pense que nos fulgurances, nos instincts animaux sont commandés par la capacité que nous avons d’être à l’écoute. Donc il faut simplement être à l’écoute, à l’écoute des signes (A ce moment précis les cloches se mettent à sonner, justement) et les symboles qui agissent autour de nous. Ils sont nombreux, comme une cloche qui sonne.
(Rires, cloches, silence)

Le son de ces cloches est électronique, vous le saviez ?

Oui, bien sûr et ça s’entend !

Est-ce que vous tissez des parallèles entre le théâtre et la philosophie ?
Est-ce que vous pouvez les décrire ?
(Silence)
C’est quoi pour vous la philosophie ?
(Un long silence)
Comme le théâtre peut-être : une tentative.

Pour moi le théâtre n’est pas une tentative. C’est très étrange tout ça. Pour moi la "tentative" c'est aussi un lieu commun. « On fait toujours une tentative...». Non, ce n’est pas une tentative. Tentative de quoi ?

C’est l'une des questions que j’avais envie de vous de vous poser. Est-ce que pour vous le théâtre serait une fuite du réel ? Une manière de le modifier ?

Pour moi cela ce sont des antiennes et des lieux communs petits bourgeois que l’on attache au théâtre. La fuite du réel ? Des fausses catharsis !
Non. C’est un exercice.
Un exercice d’humanité. Et il y a plusieurs façons de s’exercer à notre humanité, d’améliorer notre éducation au quotidien. Nous sommes des êtres friables que nous devons consolider. Et le théâtre permet cette consolidation. La philosophie aussi. Ce sont des exercices salutaires, mais ce ne sont pas des tentatives. L’existence n’est pas une tentative.

Qu’est-ce ce que c’est alors ? Qu’est-ce que l’existence ?

C’est une promesse.
Ce n’est pas la même chose.
Je précise pourquoi sur ça je suis un peu vif :
C’est une drôle de chose d’imaginer comme préambule un vocabulaire de la désespérance. La tentative porte en soi son échec. Elle le porte. On fait une tentative, on va lécher la vitrine, on va roder autour…
Moi, je ne fais pas des tentatives. Je veux bien des assauts, je veux bien des conquêtes, je veux bien une folie, je veux bien construire un empire des sens. Mais on ne tente pas d’aimer une femme, on l’aime ou on ne l’aime pas. On ne tente pas d’être un homme. On l’est ou on ne l’est pas. Par contre on peut consolider tout ça. On peut consolider son amour, on peut consolider son humanité.

Je trouve qu’aujourd’hui il y a quelque chose de théâtral, une sorte de degré infécond de la poésie qui consiste à employer ce que j’appelle "nos petites gènes de l’existence". Nous avons des petites gènes, des petites médiocrités. Un jour, l’on se sent vide, alors qu’en fait on n’est pas vide, on est simplement un peu fatigué. Ou un peu feignant, parce que, étonnamment, ce ne sont pas les plus fatigués qui se sentent vides, ce sont souvent les plus feignants. Et puis l’on se sent abattu, alors l’on ne sait pas si l’on peut tenter quelque chose. Une sorte de restriction de l’âme, restriction de génération… Et il n’y a pas de folie là-dedans !

Faut être plus dingue. L'existence justement est une promesse, et c'est une promesse dingue qui nous est faite. Qui plus est, c’est une promesse que l’on peut transmettre. L’existence est une joie des cellules ! Et le théâtre est l'expression de la joie de ces cellules-là. Presque, on pourrait dire : soyons fous. Faisons du théâtre pour réveiller nos mémoires enfouies, pour que vos mitochondries dans vos cellules finissent par frétiller de plaisir. Voilà, ça c'est une exaltation ! Un théâtre qui ne serait pas une exaltation, même du pire, même de la tragédie je trouve qu'il ne porte pas en lui la promesse d'une existence. Donc il est  déjà moribond. Or, c'est un art vivant. Vous voyez ?

C'est la même chose en philosophie. Donc la question des "parallèles", je ne l'emploierai pas. Je dirais que philosophie, poésie, théâtre, musique et beaucoup d'autres choses, littérature, peinture, sculpture, beaucoup, beaucoup d'activités humaines créent des conjugaisons dont le point central est à un moment votre "capacité à vous tenir droit". A être en résistance face aux assauts du monde, lequel nous couvre souvent de médiocrité. A être capable d'affronter la mort, et de le faire en riant. Cela n'est pas simple.

Voilà, c'est pour ça qu'on a besoin d'un peu de grandeur, sinon, et bien comportons-nous comme des singes, et nous n'aurons pas besoin de tout ça. Voilà, c'est ça qui est intéressant, et c'est pour ça qu'on a besoin de cet endroit en nous, et de lieux comme ici pour que cet endroit puisse respirer et se déployer pour devenir une zone de partage. Nous sommes des animaux grégaires, on a besoin de communautés : communautés d'esprit, communautés d'hommes, communautés d'artistes et communautés de publics. Et c'est ça qu'on recherche désespérément.
Vous avez une dernière question ? 

J'ai une dernière question, oui, mais moins méandreuse. C'est une question très pragmatique : je m'interrogeais sur  votre conception de la critique, sur l'importance que vous adjugez au fait de dire des mots autour du théâtre, de chercher, de creuser, et de laisser des traces. Et je me posais la question brutale de savoir comment vous allez développer la critique, ici en Limousin ?

Alors c'est très concret : d'abord je crois à la critique et je crois au libre exercice de la critique. Elle organise la mémoire de notre endroit. Elle en est une traduction, une amplification. La critique n'est pas un jugement, pas du tout. Ce n'est pas un jugement la critique, c'est une analyse de cet endroit, de cette mémoire, du placement que vous avez dans l'endroit où vous êtes.
Je l'expliquais dernièrement à quelqu'un : des amers qui nous permettent à nous de nous diriger, de savoir où je suis et ce que je suis. Suis-je plutôt ici ou plutôt là ?
Ce sont des points de navigation dans un espace gigantesque. Donc il faut que cette critique se développe. Elle se développera parce que je pense qu'aujourd'hui la critique doit être accompagnée de toutes les formes possibles. Il faut lui laisser cette liberté d'existence, de parole et d'esprit. Il faut pour ça lui en laisser la place. Donc nous aurons au Théâtre de l'Union, lorsque j'en serai le directeur, le plaisir d'accueillir  régulièrement l'AICT, qui est  l'Association Internationale de Critique Théâtrale. Il y aura des colloques, et ce sera un beau moment d'émulation et d'exaltation où l'on pourra confronter tous ces esprits et voir justement ce qu'il en sort.
Moi je suis toujours à l'écoute. Ce sont vraiment des endroits, pour le coup, d’expérience utile. Alors après, la critique elle est vaste, et aujourd'hui elle a tendance à se développer tout azimut. Il faut simplement qu'elle ne perde pas la colonne vertébrale de ce qui l'unit à notre royaume qu'est le théâtre.
Voilà, je ne pouvais pas dire plus.

 

Propos recueillis par Emilie Barrier.

Lisez nos autres articles sur les Francophonies en Limousin.

En attendant Godot
de Samuel Beckett

Théâtre de l'Union, Limoges, dans le cadre du Festival Les Francophonies en Limousin
vendredi 26 septembre 18h / samedi 27 septembre 15h / samedi 27 septembre 20h30 


Direction : Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Marcel Bozonnet
Avec :
Fargass Assandé / Vladimir
Michel Bohiri / Estragon
Marcel Bozonnet / Pozzo
Jean Lambert-wild / Lucky
Lyn Thibault / le garçon

Scénographie : Jean Lambert-wild
Lumières : Renaud Lagier
Costumes : Annick Serret-Amirat
Maquillages, perruques : Catherine Saint-Sever
Bruitages : Christophe Farion
Maquillage, habillage : Maud Dufour
Construction du décor : Ateliers de la Comédie de Caen sous la direction de Benoît Gondouin
Attachées de presse : Marianne Launay et Fabiana Uhart

Production déléguée : Comédie de Caen-Centre Dramatique National de Normandie 
Coproduction : Les Comédiens voyageurs, la Maison de la Culture d'Amiens, le Théâtre du Crochetan (Suisse), Le Troisième Spectacle (Suisse),Théâtre de L'Union-Centre Dramatique National du Limousin

Toutes les images du site sont réalisées par Emilie Barrier. Droits réservés. 

 

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Emilie Barrier
30 sept. 2014

Interview de Fabrice Murgia.
Au menu : les processus d'écriture, l'évolution d'un langage, l'imaginaire... et le théâtre de demain.

Fabrice Murgia est le metteur en scène de l'Opéra-Circassien Daral Shaga, présenté à L'Opéra Théâtre dans le cadre du Festival des Francophonies en Limousin.
Le Festival des Francophonies accorde au travail de Fabrice Murgia un intérêt particulier et a déjà accueilli plusieurs de ses créations précédentes : Le chagrin des Ogres, Life reset / Chronique d'une ville épuisée, Les enfants de Jéhovah.

 

Bonjour Fabrice Murgia.
Votre connaissance aigüe du plateau vous a permis de développer un univers très onirique. Comment naît une idée ? Et comment traduit-on une idée au plateau ? Pouvez-vous nous parler de ce processus ? Quel fut votre point de départ pour l'image des roses rouges et celle des abysses ?

Si une idée est narrative, elle naît de mon processus d'écriture. J'utilise des cartes heuristiques pour construire la structure du spectacle. Ce sont des dessins mentaux, des "mind map" comme on dit. Je travaille avec des logiciels de mind mapping pour rallier des mots sur une page blanche, comme on le ferait par exemple sur un tableau blanc. Je colle des images, des fragments, et très vite la narration se construit.
Ici, l'idée des plastiques est arrivée parce que je voulais voir des corps qui chutent dans l'eau. C'était l'une des images les plus fortes que j'avais par rapport à l'immigration. Des corps qui chutent dans l'eau, c'est ce que je connaissais de l'immigration et je voulais cela.
Dans ce livret qui m'a été donné, il y a cette chose assez douce : «Est-il possible que le bonheur ressemble à cet instant ?" J'ai donc commencé à m'imaginer que Le Père se noyait sur cette phrase.
Ensuite ? C'est très technique. On a pris du plastique.
Pourquoi du plastique ? Parce qu'on s'est dit que c'était ce qui ressemblait le plus à de l'eau. Et parce que ça peut être ignifugé.
Si cette scène fonctionne aussi bien, c'est aussi parce qu'elle est sans vidéo. Dans le spectacle l'œil s'habitue vite à ce que la persistance rétinienne s'arrête sur le tulle, ou au plateau.
Tout à coup pour cette scène, il y a le seul retro éclairage. Alors on peut créer une grosse profondeur, qui est beaucoup plus forte qu'elle ne l'aurait été si l'on n'avait pas eu le tulle avant.
Ce n'est pas trop technique, ça va ?

 

Non, c'est très bien.
Le plateau, s'il est maîtrisé, offre la possibilité de rendre visible aux yeux des autres nos images intérieures. C'est la particularité du théâtre. Que se joue-t-il lorsque l'on crée à plusieurs ? Comment créer une vision commune ?

Euh, je ne crois pas trop à la démocratie en art. Daral Shaga n'a pas été une création collective. Je ne fais jamais de création collective.
Je m'entoure d'artistes. Ces artistes me font des propositions qui viennent d'eux. Je leur fais des retours, et je réutilise ces propositions en les déformant. Mais l'idée principale de ces propositions provient toujours de moi.
Ici c'était différent, parce que je ne suis pas l'auteur du livret, ni le compositeur de la musique. On a pris la tête du projet un par un, en fonction des différentes étapes du processus d'écriture. J'ai eu la chance d'avoir un compositeur, un librettiste et un directeur artistique. Ils étaient très à l'écoute et le texte a évolué au fil des répétitions. Tout ça a été chapeauté par la compagnie Féria Musica et Phillipe de Coen.

 

Est-ce que vous pouvez me parler un peu de la notion de "plateau" ?
Quel est votre rapport au plateau ? Est-ce qu'il est vital ? Conflictuel ? Est-ce que le plateau modifie la façon de raisonner et la manière de voir le monde d'un homme ?

Non. Mais c'est vrai qu'à force de passer du temps dans les salles à y essayer des choses, on réussit à faire évoluer son langage. Ce qui fait avancer c'est aussi de travailler avec le même décor et le même dispositif. Au bout d'un moment on le modifie et il évolue par lui-même. En ne changeant pas de scénographie, ni de processus de narration tous les spectacles, on arrive à voir une image qu'on n'a encore jamais essayée, tout en étant assez persuadé que ça va fonctionner. Cette scène des corps qui tombent dans l'eau, on a branché, on a monté les curseurs et ça a marché. Ça a marché parce qu'on connaissait les matériaux.
On fait évoluer un langage, mais on ne lit pas un texte en se disant : "Tiens, quelle scénographie je vais inventer ? "
Non, on vit avec son univers.

 

À votre avis, vers où se dirige le théâtre ? Quel sera le théâtre de demain ?

Je crois que ce sera quelque chose de très pur, très simple.
Parce que ce sera un théâtre sans argent, un théâtre pauvre.
Et je pense que l'usage des technologies va peut-être nous permettre de faire évoluer la narration.
Aujourd'hui il y a surement des "Godard" dans des greniers, car tout le monde peut faire un film, on peut tous s'enregistrer avec un téléphone portable. En revanche, je pense vraiment que ce sera un théâtre sans moyen. Quoi qu'il arrive, on aura intérêt à créer des œuvres visuellement fortes, mais pauvres.

Merci beaucoup. J'ai une dernière question qui est moins officielle : il y avait quelqu'un qui vendait des roses devant le théâtre...

Oui, c'est lui.

 

 

Découvrez la programmation des Francophonies en Limousin

Daral Shaga
Jeudi 25 septembre et vendredi 26 septembre, Opéra-Théâtre, Limoges 
dans le cadre du Festival des Francophonies en Limousin
Durée :
1h20

Livret original :
Laurent Gaudé (Editions Actes Sud – Papiers, septembre 2014)
Direction artistique : Philippe de Coen
Mise en scène : Fabrice Murgia
Scénographie : Fabrice Murgia, Philippe de Coen, Bruno Renson
Musique : Kris Defoort pour trois chanteurs (Ensemble Voccal Lab) et trois musiciens (piano, violoncelle et clarinettes)
Création vidéo : Giacinto Caponio
Création lumière : Emily Brassier
Coordination technique : Joachim Pochet
Création son : Marc Combas
Assistant mise en scène : Hubert Amiel
Compagnie : Feria Musica

Chanteurs  Vocaal Lab
Mezzo soprano :
Michaela Riener
Basse et contre-ténor :
Maciej Straburzynski
Baryton :
Tiemo Wang

Musiciens
Piano :
Fabian Fiorini
Violoncelle :
Lode Vercampt
Clarinette : Jean-Philippe Poncin

Artistes circassiens Feria Musica :
Anke Bucher, André Rosenfeld Sznelwar, Renata Cerqueira Do Val, Laura Smith, Mark Pieklo

Production :
Feria Musica et l'Opéra-Théâtre de Limoges.
En coproduction : avec Le Sirque (Pôle National des Arts du Cirque de Nexon en Limousin), Le Festival les Francophonies en Limousin, Le Maillon - Théâtre de Strasbourg, l'Ensemble VOCAAL LAB (Pays-Bas).
Avec le soutien : du Ministère de Wallonie Bruxelles (Direction générale de la Culture, Service général des arts de la scène, service du cirque), Fonds de Création Lyrique, Centre National du Théâtre, la Fondation BNP Paribas, la Loterie Nationale, l'Aide à l'écriture lyrique de la Fondation Beaumarchais
Avec l'aide : du Centre communautaire de Joli Bois (Woluwé-Saint-Pierre), Trapèze asbl, Théâtre Wolubilis, Théâtre National de de la communauté française de Belgique.

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Radio Théâtre
12 janv. 2014

Et si je les tuais tous Madame,
texte et mise en scène d'Aristide Tarnagda,
Joué le 3 et 4 octobre à l'Espace Jules Noriac à Limoges
dans le cadre de la 30e édition du Festival des Francophonies en Limousin.

LE TEMPS, L'ADRESSE.

   Et si je les tuais tous Madame joue avec le temps.
C'est le temps d'un feu rouge, et cela dure soixante minutes.
Une femme dans sa voiture, et un homme qui lui parle de la rue.
L'homme s'appelle Lamine et il hésite. Il ne dispose que de quelques instants pour se décider à l'attaquer et la voler. Dans les quelques secondes du feu de circulation, l'homme a le temps de revenir sur les raisons de ce choix, de raconter son passé à la conductrice, de dialoguer avec ses voix, se souvenir, espérer, se juger, pardonner, cauchemarder. Le lieu de la représentation n'est pas l'espace Jules Noriac, ni le croisement d'une rue mais le siège de l'esprit. 

   Bien sûr, dans le réel il n'aurait jamais eu le temps de prononcer autant de mots, mais le théâtre ici nous donne accès aux couches de l'inconscient : on entend sa pensée, qui fuse mille fois plus vite que les mots dans le temps du discours. L'homme est assailli par ses pensées, écrasé par la décision qu'il doit prendre rapidement. Braquer ou non, l'étau se resserre autour de lui, il est soumis au temps très court qui lui est imparti. L'histoire toute entière de l'humain est concentrée dans le temps d'un feu rouge.
Bientôt, le feu passera au vert.

   La femme dans sa voiture n'est pas sur le plateau, elle est hors-champs. Nous (le public) incarnons la femme dans la voiture et le héros nous appelle Madame. Pour le temps de la représentation nous serons la femme qui est prise à partie. Chacun y lira ce qu'il voudra :
Soit que le texte s'adresse à nous, public bourgeois au sac Vuitton.
Soit qu'il s'agit simplement d'un procédé dramaturgique qui offre à Aristide Tarnagda la possibilité d'instaurer une situation simple, lisible immédiatement et chargée de tension. De ce choix dramaturgique découle un crescendo naturel, dans lequel pensée et panique s'accéléreront jusqu'à leur paroxysme.
Bientôt, le feu passera au vert.

 

L'EXIL, L'HONNEUR D'UN PÈRE.

   L'homme, il raconte son histoire.
Il raconte qu'il est parti de chez lui parce qu'il ne pouvait pas nourrir les siens.
Il avait honte du regard que son fils aurait pu poser sur lui.
Alors il est parti.
Nous, on ne sait pas.
On ne sait pas si partir est une attitude lâche, ou si c'est la seule solution pour ne pas devenir le père que l'on aurait aimé ne pas avoir. Le père que l'on n'aurait pas aimé avoir, c'est celui de son ami Robert par exemple, qui n'avait pas assez d'argent pour scolariser son enfant, celui qui devrait avoir honte.

   Le thème du père est très présent pendant toute la pièce, et il est l’élément moteur du texte.
L'homme est parti chercher fortune ou bien il s'est enfui, en tout cas il a fait cela parce qu'il a un enfant et qu'il doit assumer ses responsabilités.
Il souffre du manque des siens, particulièrement de celui de son fils qu'il a le sentiment d'avoir abandonné.

   De sa femme, on entendra moins de choses. La rencontre, le corps, la pluie d'août, la peur qui surgit quand elle cessa d'avoir ses règles. Des souvenirs généralement négatifs, sans oublier quelques-uns de ses leitmotivs : "Elle a commencé à me poser des questions, à me faire des reproches : Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? As-tu trouvé de l'argent ?" Dans ce récit, comme dans bien d'autres, c'est la rencontre avec les femmes qui vient compliquer la situation du héros et obstruer l'horizon.

 

LE DOUBLE ET LA TRAGÉDIE.

  L'ambivalence du personnage est très prononcée parce qu'il est en permanence pris entre deux enjeux et c'est ce qui va générer la tragédie. La lutte entre ces deux enjeux le déchirera et le coupera en deux. D'un côté il pense qu'il faut partir pour sauver l'honneur, d'un autre côté la voix de Robert, un ami d'enfance mort, le hante et l'invite au retour. Robert ne cesse de venir à lui pour lui dire que c'est mal d'avoir laissé sa femme et son enfant, qu'ils vont surement mal se débrouiller, qu'il n'aurait pas dû les laisser seuls et qu'il faut revenir. Pourtant Lamine-le-héros, sait que si il était resté, il aurait été minable aux yeux des siens, et qu'en partant il y a au moins un espoir. Ou alors : "Pas d'espoir, pas de travail", c'est une phrase qui sera dite plus tard. 

   Plus l'histoire avance, plus Robert prend de l'emprise sur la trajectoire de Lamine. L'importance croissante de ce personnage se traduit également dans l'occupation de l'espace : Petit à petit, Robert, qui restait au fond au début, isolé sur un pilotis, s'empare du plateau. Il se rapproche de nous et de son ami, le héros (son maître peut être, puisqu'il est tributaire de la pensée de son ami pour continuer à exister). Sa parole, son regard nous sont de plus en plus adressés. On ne sait plus lequel des deux fait avancer l'histoire, et l'on ne sait plus non plus du côté de quel homme se ranger. La tragédie naît précisément du caractère "indénouable" de la situation dans lequel se tient Lamine : braquer cette femme ou non, rentrer chez lui ou continuer l'exil. Aucune solution n'ouvrant sur un jour dégagé, il n'y a pas de "bonne décision".

 

LES LIENS ENTRE LA PAUVRETÉ ET LA VIOLENCE.

   Petit à petit, parce que cette femme est au feu rouge, et qu'elle a de l'argent, un sac Louis Vuitton, une voiture, Robert tente de convaincre son ami que le seul chemin vers la dignité passe par la brutalité. Il l'incite à être violent, non par gout de la violence, mais afin de pouvoir accéder à une forme de dignité. Ainsi, la pauvreté nous apparaît comme obstacle à la dignité. Sans argent pas de futur, pas de sécurité, rien dans l'assiette et pas d'éducation.

   En nous racontant cette histoire sans lui donner un lieu précis, Aristide Tarnagda confère à son récit une dimension universelle. La destinée de cet homme est finalement celle de tous les exclus, les laissées pour compte, les miséreux, les sans-pouvoirs, ceux qui ont tiré le mauvais numéro, ou qui sont nés dans le mauvais quartier, une cuillère en plastique dans la bouche. Ainsi Lamine est-il poussé en avant par la "volonté de croissance", la même que celle qui anime individuellement chaque homme et chaque femme, la même encore que celle qui motive toute jeune pousse à étirer sa tige afin de s’élever vers le soleil. Pousser vers le haut, debout, à la verticale, vers la vie.

  Selon le contexte, Nietzchze pouvait entendre trois sens différents au mot "vie" : 
- La vie comme l'opposé de la mort, comme un effort permanent pour accroître son bonheur, et qui, parfois, implique de lutter pour survivre.
- La vie comme l'ensemble des processus d'alimentation, de mouvement, de croissance, de reproduction, etc, lesquels ont parfois lieu dans le même temps et peuvent entrer en collision.
- La vie, comme l'action instinctive, c'est à dire par opposition à l'action réfléchie, comme le triomphe d'instincts et de pulsion sur la raison.

  En situant son personnage "à la charnière du bien et du mal", Aristide Tarnagda ouvre une porte sur les raisons profondes des "mauvais" choix". Tel un chercheur, un historien, il remonte aux racines de la violence humaine. Son approche n'est pas très éloignée du déterminisme scientifique qui observe la condition précédant une situation pour en déduire l'évolution "logique". Ce principe s'appuie sur la notion de condition nécessaire, et il correspond à ce que nous nommons dans la vie quotidienne le "rapport de cause à effet".

  La "volonté de croissance" conduit Lamine à progresser coûte que coûte, que ce soit dans la bonne ou dans la mauvaise voie, car parfois ce qui nous tire vers l'avant est à double tranchant. Ironie, imperfection du langage, nous utilisons la même expression pour évoquer ce qui fait grandir l'homme que pour nommer ce qui sait le faire régresser. Ainsi L'Economie Mondiale, pour parler d'elle même et de son désir insatiable d'expansion, utilise-t'elle également l'expression "volonté de croissance" afin de justifier les crimes qu'elle perpétue nonchalamment en écrasant de son talon Lamine et ses alter-ego.

 

LA PAROLE DES MORTS ET LA POLYPHONIE.

   De tout temps, le théâtre s'est offert le luxe de donner la parole aux absents. Peut-être est-ce là même l'une de ses premières raisons d'être. D'Eschyle à Shakespeare, en passant par Maeterlinck et par le Nô, les spectres ont toujours su admirablement emmêler l’esprit des héros tragiques. Parce que nous sommes des êtres de raison, mais également des êtres d'imagination, la parole des fantômes vient ébranler nos certitudes. Parce que, par définition, il n'existe plus dans le monde raisonné, le mort dispose de toutes les libertés : aussi incarne-t'il souvent nos désirs refoulés, enfouis, tels que la vengeance, ou encore l'homosexualité. Le fantôme donne une voix et un corps à l'inconscient. C'est pourquoi bien des dramaturges choisissent d'incarner ces caractères en un personnage fantastique, le spectre, qui se battra pour prendre le contrôle sur l'âme du héros. Faire parler les morts est donc une façon d'évoquer la part de l'homme que la société ne peut, ou ne veut admettre, mais qui bien souvent le pousse à l'action.

   Dans Et si je les tuais tous Madame, Aristide Tarnagda remet le destin du héros dans les mains des absents. Ce faisant, il le dépossède de la majeure partie de son pouvoir de décision. Lamine est prisonnier des voix qui habitent son esprit, celle de Robert et ceux qui sont restés au pays natal, comme sa femme ou son fils. Aristide Tarnagda reprend par bien des aspects les principes classiques de la tragédie, avec la présence du spectre, certes, mais aussi grâce à celle des musiciens qui incarnent le chœur.

   L'influence de la musique, et les moments cruciaux dans lesquels elle vient prendre sa place, illustrent parfaitement cette sensation de "chevauchement des voix de la conscience" dans laquelle chacun pourra se reconnaître. Le travail vocal sur le "flow", ou flot de pensée, parfois proche du rap, la superposition des voix et des textes viennent accentuer encore pour le spectateur le sentiment d’assister à un monologue intérieur. Lamine fait des allers-retours entre son espace mental et le monde extérieur (nous, Madame), mais son monde intérieur semble plus fort que le réel. La polyphonie de ces voix auront raison de lui et le conduiront, non sans lutte, à commettre l’irréparable. Ainsi, est-ce une vision du monde plutôt sombre que nous livre Aristide Tarnagda, dans laquelle Lamine, figure de l'homme-pantin pris dans l'étau du monde et de son esprit, n'est pas et ne peut être maître de son destin. 

 

Regardez l'entretien avec Aristide Tarnagda, réalisé par Jessie Mill.
Ecoutez "Zem Zem", le dernier album de Faso Kombat.

Et si je les tuais tous Madame / Lansman Editeur
Compagnie Théâtre Acclamations
Durée : 1h

Texte et mise en scène : Aristide Tarnagda, 
Avec :
Hamidou Bonssa
Lamine Diarra
et
David Malgoubri
Salif Ouedraogo.
du groupe Faso Kombat
Scénographie : Charles Ouittin
Assistantes à la mise en scène : Safoura Kabore, Sira Diarra
Lumière : Mohamed Kabore
Costumes : Huc Jean-Christophe Michel
Production : Compagnie Théâtre Acclamation et La Voie du Caméléon
Co-production : Récréâtrales, Institut français
Avec le soutien de : Festival des Récréâtrales /Ouagadougou/ Theater im Bauturm - Freies Schauspiel /Cologne/Allemagne/ Festival d'Avignon, Institut Français et Région Limousin, Festival des Francophonies en Limousin.

Et si je les tuais tous Madame a été créé en 2012 au festival Les Récréâtrales à Ouagadougou et présenté lors du Festival d’Avignon 2013.

Tournée : du 26 février au 15 mars 2014, Le Tarmac, Paris.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Radio Théâtre
21 déc. 2013

Remise du prix Sony Labou Tansi des lycéens 2013,
Dialogue d'un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis de Jean-Marie Piemme
pièce choisie par un comité de lecture composé de 1046 lycéens,
et lue par des élèves au théâtre de l'Union le 3 octobre,
sous la direction d'Elise Hôte et Renaud Frugier de la cie l'Unijambiste,
dans le cadre de la 30e édition du Festival des Francophonies en Limousin.

INTERVIEW DES ELEVES-COMEDIENS :

Dans Dialogue d'un chien avec son maître des enjeux importants pour la société, tels que l'exclusion ou l'éducation sont abordés. Le rêve est également fortement présent, car plusieurs scènes sont très imagées. Qu'est ce qui a primé pour vous ?  Est-ce la partie imaginaire ou celle concernant les engagements politiques ? 

   _ Ce qui m'a attirée, c'est l'aspect politique, parce qu'il est traité avec des "messages codés", qui s'avèrent être en fait de l'humour noir. On a travaillé deux jours sur des morceaux de la pièce, et c'était vraiment intéressant parce qu'on a fait de la mise en scène en s'appuyant sur ce côté" humour noir". Les coupes, le travail gestuel que nous avons effectué, fabriquaient du sens nouveau, en accord avec la pièce. C'était agréable de voir que l'on se rapprochait de plus en plus du texte.

 

Est-ce qu'il faut du culot pour faire du théâtre ?

   _ Il faut du travail et de la confiance en soi pour être capable d'y aller.
En coulisses, avant d'entrer en scène, on était tous dans un drôle d'état : "oh là là, j'ai envie de faire pipi. Ah ! J'ai le trac !" On disait  n'importe quoi, même des gros mots, tout ce qui nous passait par la tête, pour évacuer la peur.

   _ Oui. Je pense qu'il faut un certain culot. 
Il faut être capable de s'assumer devant pas mal de personnes. Il faut être capable de lire le texte et d'y mettre l'expression qu'il exige de nous. Par exemple, à un moment on doit tous crier : "Salaud !" Ce n'est pas quelque chose que tout le monde pourrait faire naturellement. Et sur scène c'est encore plus dur.

 

Et ça justement,  crier "Salaud" par exemple, c'est possible parce que toi tu défends un enjeu ? Ou parce que tu es avec un groupe ? Ou alors cela devient possible parce que tu es au plateau ? Dis-moi où tu trouves la ressource pour faire ça?

   _ C'est l'esprit de groupe !
Vraiment. On est tous ensembles. Et comme nous disait Elise Hôte, c'est vraiment une ambiance, une énergie de groupe qui est à trouver. On est tous ensemble, si il y en a un qui  se trompe, c'est tout le collectif qui va se tromper. S'il y en a un qui commence à donner une mauvaise ambiance, ou qui part trop bas dans les intentions de jeu, alors tout le monde risque de partir bas aussi. Tandis que si tout le monde est à fond, à ce moment là ça devient contagieux

   _ On a eu du temps pour travailler tous ensembles.
Il y avait des petits groupes qui se connaissaient, mais on vient de lycées différents, donc en réalité on ne se connaissait pas beaucoup. On était des inconnus, c'est vrai, mais on a eu du temps pour travailler ensemble et une sorte d'osmose s'est créée. On a même pensé à pouvoir faire comme une petite troupe après, pour retenter cette expérience et remonter sur scène ensemble.

 

Et si vous deviez travailler ensemble demain, sur quoi auriez-vous envie de travailler ?

   _ Euh, on n'y a pas vraiment réfléchi... En fait c'est l'ambiance super sympa du groupe qui nous a donné envie de l'expérience du collectif. Donc, ensuite si l'on est amené à faire quelque chose ensemble, alors à ce moment là, on réfléchira à un sujet qui soit intéressant, drôle aussi, parce qu'on a vraiment pris du plaisir à travailler de cette façon. Voilà, c'est juste une idée comme ça... A laquelle on va peut-être mettre des pieds, des bras, un corps.

 

Ok ! Alors Brainstorming... Vous êtes le metteur en scène. Vous décidez de travailler sur quel sujet ? Vous avez trois secondes pour réfléchir.

 _ Moi, si j'étais metteur en scène, je choisirais de travailler sur ce que l'on a l'air d'être, mais que l'on n'est peut-être pas... Sur la différence entre l'apparence que les gens diffusent, et leur personnalité réelle, qui n'est pas forcément en rapport.

 _ Moi je proposerais quelque chose de polémique, qui ferait réagir les gens. Iils sont dans la salle, et i ls se disent : "Ah. Oui... peut-être que l'on peut voir les choses sous ce jour là..." Quelque chose qui les fasses réagir, vraiment réagir et se questionner. Je voudrais qu'ils soient interloqués par ce qui est joué sur scène et qui leur est démontré.

 _ Euh, moi je ne sais pas. Ah, si. Des thêmes sur l'amour. Sur ce qui nous touche.

 _ Moi aussi, sur les rapports amicaux, et les rapports amoureux. Mais pas sous la forme dans laquelle on les voit tout le temps. Car justement le théâtre nous permet d'aborder la vie sous un angle différent, et c'est une chance dont on peut se saisir.

 _ Je ferai un remake de Roméo et Juliette... Non, je plaisante, ce serait plutôt sur la place de l'Homme dans la société  et par rapport à son entourage, car en ce moment, on parle beaucoup d'économie et d'écologie.

 

Donc, pour le théâtre, la place de l'Homme dans le monde, c'est un enjeu qui vous parait important ?

Tous en choeur : Oui ! Oui, oui, oui.
Evidemment, oui, parce qu'on en fait partie nous, du monde !

 

Découvrez les auteurs primés par les élèves les années précédentes.
Consultez le site du prix Sony Labou Tansi.

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation Artistique et Culturelle "écritures contemporaines francophones et théâtre" de l'Académie de Limoges, en partenariat avec la Maison des Auteurs, a mis en place un Comité de lecteurs lycéens qui se renouvelle chaque année. Pour 2012-2013, il est composé d'environ 1000 élèves du Limousin (Ahun, Bellac, Brive, Limoges, Saint-Junien et Tulle), ou de Die, Laval, Le Havre, Lyon, Pézenas, Saint-Etienne, de La Réunion (Trois-Bassins), de Guyane(Cayenne, Kourou), d'Algérie, de Belgique, et du Togo.
Le 7 mai dernier, les lycéens ont décerné le Prix 2013 à Jean-Marie Piemme (Belgique) pour sa pièce
Dialogue d'un maître avec son chien (éditions Actes Sud-Papiers). Le prix a été remis à l'auteur le 3 octobre, et la pièce a été lue par une dizaine de lycéens ayant participé au Prix 2013, dirigés par Elise Hôte et Renaud Frugier de la compagnie L'Unijambiste
L'objectif de ce prix est de faire lire, entendre et apprécier des œuvres contemporaines de théâtre d'expression française. Les cinq œuvres ont été étudiées en classe. Des comédiens sont allés à la rencontre des élèves et ont échangé avec eux autour des œuvres et du théâtre en général.
En septembre, des élèves volontaires ont participé à un stage de théâtre. Encadrés par des comédiens, ils ont préparé une lecture du texte lauréat. Cette lecture publique a fait partie du programme du Festival des francophonies en Limousin.

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
08 nov. 2013


Eloge du puissant royaume, d'Heddy Maalem,
joué le 4 octobre au Centre Culturel Municipal Jean Moulin, de Limoges.
dans le cadre de la 30e édition des Francophonies en Limousin.

 

AVANT D'ALLER VOIR UN SPECTACLE : CE QUE L'ON EN SAIT...

   Voici ce que l'on peut lire d'Heddy Maalem :
« J'ai rencontré les danseurs de Krump sans doute parce que je les ai toujours cherchés. Ils s'appellent Jiqsaw, Kellias, Crow... noms de code de leur identité réinventée. Le Krump est un mouvement profond, pas encore une marchandise. Il semblerait que le monde ait fait naître là où on ne l'attendait pas, une danse du dedans, authentiquement spirituelle, faite pour débusquer des monstres et dire l'inarticulé des paroles rentrées dans la gorge de ceux qui ne peuvent même plus crier. La seule danse qui vaille ».

 

POURQUOI CHOISIR CE SPECTACLE ?

Je ne sais pas ce qu'est le Krump.
J'apprends que, né dans les années 90, il a dix ans de moins que moi.
Les informations que j'ai pu récolter sont floues, le Krumping n'est pas encore théorisé.
Les vidéos m'ont laissée sur ma faim, ce n'est pas en cherchant sur le net que je me ferai une idée du krump.
Au plateau, il me semble l'avoir déjà rencontré, notamment à l'intérieur du spectacle Au-delà de DeLaVallet Bidiefono. J'en ai un vague, très vague instinct, mais à ce stade, je m'imagine seulement que le krump est une danse tonique, parfois agressive, qui travaille sur la transe, le passage à la mort, et qui comporte donc une dimension spirituelle.
C'est peu, et probablement erroné.
Une chose est claire au moins : je sais très bien pourquoi je vais voir ce spectacle, afin d'en savoir davantage sur le krump, et m'en faire une idée suffisamment précise pour l'expliquer à qui n'en aurait jamais entendu parler. 
Bien sùr, il me faudra tenir compte du fait qu'Eloge du Puissant royaume propose, non de regarder du Krump, mais d'assister à une représentation, une chorégraphie à part entière qui abordera surement de nombreux sujets. Le krump sera outil, vecteur de prise de parole, et non finalité. Il en sera probablement bientôt de même avec le krump qu'il en a été avec l'arrivée du hip-hop dans le paysage de la danse contemporaine : on allait au départ voir des chorégraphies comportant du hip-hop par curiosité et attrait de la nouveauté. A présent le hip-hop est si courant dans la danse contemporaine, qu'il est devenu un outil, auquel on peut faire appel dans tous types de chorégraphies. L'on pourrait d'ailleurs s'inquieter du risque pour le hip-hop d'être tout simplement "avalé par la danse contemporaine".

 

A QUOI NOUS ATTENDONS-NOUS QUAND NOUS ALLONS VOIR UN SPECTACLE ?

A quoi est-ce que je m'attends ?
A rien.
Je me souviens de ma surprise quand Radiohead a sorti en 2000 son album Kid A, qui est purement électronique, alors que j'aimais tant leur côté rock et romantique. J'étais très jeune alors, et j'en aurais pleuré de rage. J'avais le sentiment d'avoir été trahie, je ne comprenais rien à la musique électronique à laquelle je n'étais pas habituée, et dont j'étais persuadée qu'elle ne possédait aucune portée poétique ni émotion.
A présent j'adore cet album, à présent l'electro fait partie du paysage musical dans lequel nous évoluons tous.
L'éléctro ne choque plus les oreilles de personne, on en entend au théâtre, au cinéma, dans les publicités, dans les magasins et même dans le tramway.
Ce n'est plus un nouveau langage.
En ce qui concerne Éloge du puissant royaume, je m'attends donc à découvrir un langage nouveau pour moi, à ne pas le comprendre, à m'en vexer sûrement, et à ne pas aimer par conséquent.

 

QU'AVONS-NOUS VU ?

Voici les notes, que j'ai prises durant le spectacle.
En italique ce que j'ai vu.
Sans italique ce que j'en comprends à présent.

Un homme.
Face à nous, face au monde, immobile.
Saccades.
Salutation, il se présente à nous.
Entre un autre homme, une femme en robe de petite fille-saumon à la gestuelle plus courbe mais tout aussi intense.
Le sol est blanc, un couloir de lumière s'y dessine. Un duo se forme. Battle. Les autres regardent, encouragent.
Une belle femme marche. Coiffure afro géniale, short et basket. Elle bouge comme une poupée désarticulée.
Son corps semble dominé par une force extérieure qui lui dicterait ses mouvements.
Un homme faible sur ses jambes, titube comme s'il avait eu les mollets mangés par la polio. Sa silhouette est si étrange qu'on dirait qu'il s 'est échappé d'un dessin animé.
Nous avons sous les yeux des petits pantins qui s'agitent.

Le personnage
Ici, on ne nous donne pas à voir des danseurs au travail sur le plateau, mais bien des personnages, que chacun a nourri avec des influences différentes, du film d'horreur au cartoon, du jeu vidéo à la marionnette. Il y a d'ailleurs dans le parcours du jeune danseur de krump bien des similitudes avec celui du comédien qui part à la recherche de son clown : il doit atteindre un état de recherche et d'ouverture de l'inconscient, libérer la bête qui est en lui, la connaître puis l'apprivoiser, et accepter de ne pas refuser le basculement de l'énergie gaie à la noire.
« Cette danse est au fond de moi, mon personnage est un fantôme, j'explore le négatif de ma danse, l'underworld, pour une réincarnation en mieux, aussi intérieure que projetée. »
Le langage se ré empare de toute son animalité et retrouve ainsi sa beauté puisque les gestes des danseurs ne paraissent pas avoir de codes commun, et que chacun a une manière de bouger qui lui est propre, totalement personnelle et intime.
Pourtant, parce que chacun révèle sa personnalités brute, lavée de ce qui modifie et semble faire appel à des gestes immémoriaux, ces danseurs sont liés dans leur humanité, semblables. 

 

Accalmie.
Silence.
Chant lyrique.
Trois hommes de face nous regardent immobiles, à nu. Quelque chose d'intense se tisse entre eux et nous, à partir de ce vide.
Ils se meuvent lentement, leur ralenti s'étend et emplit le plateau.
Soudain, ils rompent l'apesanteur en taillant l'air de gestes vifs
Comment peut-on bouger si vite ?
Leurs mains sont rapides comme des flèches. Quelqu'un joue avec la télécommande et se moque d'eux : ralenti, accéléré, accéléré pause, ralentis, accéléré. Ils paraissent dans un autre temps, dans un passage.

Hors du ring, les femmes les observent.
L'on se demande quel est le lien entre ces trois là.
Ils se regardent, se touchent avec tendresse ou se soumettent les uns aux autres. Les femmes les rejoignent. Leur rapport est fraternel, amoureux.
Soudain, Rupture. Petits pas robotiques à la Jackson et bon gros son rap.

Énergie, et influence.
L'énergie qui sort d'eux est première, brute et sans entraves.
Elle est libre, excitée, animale, aussi sauvage que folle et sans limite, bien plus rapide que la pensée.
Aucune autre logique dans ces mouvements que celle de l'anarchie et de la fantaisie. Impossible de s'habituer à un recours à l'imagination si libéré, ils créent à chaque seconde.
Parfois pourtant_souvent_ on reconnaît, on retrouve du connu.
Les cercles qui se forment autour d'un solo et les scènes de combat nous renvoient au "cercle de transe et lutte avec le démon qui nous possède, la lutte visant à faire surgir notre animal", tel qu'on le rencontre aujourd'hui encore chez les lutteurs en Afrique de l'Ouest. En recourant à ce rituel, ils n'hésitent pas à convoquer le surnaturel dans la vie quotidienne afin de vaincre la noirceur. On verra également des liens avec la Capoeira brésilienne, laquelle a vu le jour en réaction à l'esclavage. Le hip-hop ressurgit, Buster Keaton n'est pas bien loin et le catch non plus. Les registres changent à toute allure, comme si cette danse avait su absorber toutes les influences.

 

Mouvement, figures.
Pour les femmes le mouvement part des fesses ou des seins, en rythme ou en arythmie.
Le mouvement des hommes prend naissance dans le ventre, dans le sexe, il est spasmodique et il soumet le corps. On appelle ça un « pop », un « Chest pop ». La poitrine bondit vers l'avant, et d'un coup, ploc, et elle explose comme du pop corn.
Break, silence. Spasme qui part du ventre encore. Pop, choc, onde de choc. Sursaut du muscle.

Le corps ancré lourdement au sol, le danseur lève une jambe et l'abat brutalement au sol, écrase du plat du pied et prend la force de la terre.
Frapper le sol comme un tambour, boum, on appelle ça un « Stomb ».

Les mains décochent des gestes à la vitesse de la lumière, les bras se déplient comme à la boxe pour adresser un coup à l'adversaire mais les poings sont ouverts et lancent des projectile invisibles,
c'est l'«Arm swing ».

 

Ils se tiennent juste face à nous et nous regardent, comme on pourrait toiser le monde.
Foudre, décharge. Electrochocs, ils jouent cela comme au théâtre, avec des regards public.
Mon imagination est ultra sollicitée, je vois un dessin-animé.
Il y a du mime, on implore le ciel ou bien on manifeste sa colère
A présent on joue la parole, on la mime vraiment en la stylisant, comme peuvent le faire les chanteurs de rap. La palabre. Conversation animée dans laquelle :
Il y a des gestes destinés à convaincre, comme en politique ou dans la rue.
On tape du pied.
On prend la foudre.
On exprime.
On reçoit des coups.
Le groupe vient encercler un homme
Quelqu'un pose la main sur son poitrail.
Le geste de « la paume ouverte qui touche l'autre » nous arrive à 15m, vient jusqu'au dernier rang.

Geste et signe.
La danse est un langage, le Krump est presque une langue car il comporte des gestes plus que signifiés, des gestes signifiants. Bien que muet, l'acte de la prise de parole est ultra présent. Ils signent, créent et adressent du sens. Les parallèles avec la langue des signes sont nombreux, et viennent brouiller les frontières, faisant de cette danse une danse particulièrement théâtrale.

 

Piano, c'est Bach. On entend des violons, on est presque Irlande.
Jouissance de l'autre, deux duos, hors du ring, le cinquième homme regarde. Je pense à la dispute de Marivaux.
La danse de la femme-robe-saumon est toute en courbes et elle nous regarde. Les mouvements sont spiralés, ils prennent naissance dans les genoux ou dans les coudes. La musique est sensuelle, sexuelle, mais le tapement de pied revient régulièrement rompre la belle sensualité.
Tap, tap, tap, ruptures rapides dans lesquelles la colère et la boxe jaillissent.

L'homme en vert entre, coucou, ils fusionnent et ils jouent.
La première rencontre était très rapprochée, mais leur relation évolue. L'homme et la femme se cherchent dans tout l'espace sans jamais se trouver, séparés, à distance comme s'il n'était possible de se trouver vraiment qu'une seule et unique fois, la toute première. 
A la suite de quoi nous ne pourrions que nous chercher, sans parvenir jamais vraiment à se trouver.

Gros son à nouveau.
On voit l'ombre géante des projecteurs sur le sol, le décor devient inquiétant. Je m'aperçois seulement maintenant combien le gril est bas, seulement maintenant car j'étais absorbée par leur rapport terrestre au plateau, les pieds tellement ancrés, la verticalité des corps qui travaillent en permanence debout et jamais au tapis.

Un homme crève au lointain. Chacun est en lui même, absorbé dans son agonie. Roulements d'épaules hip-hop, smurf. La musique et les ombres m'effraient, des zombies sont en face de nous et se déplacent comme des robots de gros singes aux bras bien écartés du corps. Dès qu'ils marquent un arrêt la tête revient en place et accuse un rebond.
Du rouge monte dans l'image, et souligne le crew, le groupe.
On encercle un ou une qui présente un solo. Des battles ont lieu, on crie, on chauffe, on encourage la bête avec la voix, sous forme de beatbox ou de mots en anglais :« Ouh, Jésus, destruction ».
On roule des mécaniques, on mime des geste de parade, d'intimidation, de démonstration, de culturisme.

Le monde, la communauté, l'intériorité : amour ou conflit.
Les cinq danseurs parlent un langage connu d'eux seuls mais absolument préhensible, ponctué de spasmes, lesquels sont déclenchés tantôt par le poids des éléments, tantôt par leurs bouleversements internes.
Ils se débattent avec leur condition humaine, et sont en conflit perpétuel, avec eux-mêmes ou avec les autres.
Le krump a vu le jour dans les années 90, en réaction à la violence des gangs dans les guettos de Los Angeles et aux émeutes de 92.
Thomas Johnson, dit Thommy the Clown en a été un des initiateurs avec le « clowning ». En prison, il passe beaucoup de temps à réfléchir aux inégalités entre les blancs et les noirs, ainsi qu'à la violence de son quartier qui survit sous l'égide des marchés de la drogue depuis des années. La situation est telle qu'un climat fataliste règne sur ces zones désertées économiquement, dans lesquelles un système de finances souterrain et tout puissant s'est installé : celui des marchés de la drogue. L'avenir des jeunes est donc étroit, et la loi du talion ravage les horizons : Oeil pour œil, dent pour dent, le principe ancestral de la vengeance entretient le climat d'insureté et d'injustice. Touché par la condition de ces jeunes, animé par des considérations sociales, Thomas Johnson se fait clown et met sur pied une danse : le clowning.
L'onde de choc de son invention est considérable puisqu'il en naîtra le krumping, danse qui se pratique au départ principalement en battle, sur un ring, et réussit l'exploit de rassembler les populations autour de ces tournois. Ainsi, le principe de la communauté conserve ses règles puisque les groupes de danseurs sont constitués en crew, affirmant ainsi leur appartenance à un groupe. Parce qu'elle permet enfin d'accéder à une forme de reconnaissance sociale, cette danse transcende l'adversité en une possible affirmation de l'identité. Le krump existe donc au départ comme alternative à une violence due à la pauvreté, un lieu possible d'épanouissement de soi. La rage née de ce climat abrupt trouve alors un espace de ritualisation.
Tight Eyez, sorte de gourou du krump qui recueille sous son toit les jeunes les plus désabusés pour les former déclare : « C'est une façon de rassembler les jeunes avant que le diable sorte ses griffes ».
Le krump est donc d'abord une danse sociale, politique, qui répond à une urgente nécessité de prendre la parole, à un besoin d'identification communautaire, et à une soif d'accomplissement de soi. 

 

DE QUOI AVONS-NOUS ETE LE TEMOIN ?

A la sortie, des spectateurs déçus souligneront la simplicité de la dramaturgie qui semble se contenter de proposer une succession de tableaux musicaux.
Faiblesse de l'écriture ? Désir de rendre hommage aux origines de cette danse qui sont celles du tournoi et donc de la séquence ? D'autres y verront peut-être là une grande humilité du chorégraphe, qui aura privilégié à l'écriture complexe l'accessibilité de tous à ce langage nouveau. Heddy Maleem, ce faisant, offre au public de découvrir cette danse jusqu'ici peu connue en France, et ouvre une large porte. Bientôt, le krump viendra trouver sa place au sein de nombreuses écritures chorégraphiques. S'il est aujourd'hui peu enseigné en France, il est certain qu'il le sera de plus en plus dans les années futures, et ne tardera pas, comme c'est à présent le cas du hip-hop, à s'inscrire de façon pérenne dans le paysage de la création contemporaine. Néanmoins, comme sa portée artistique a un puissant impact social , le krump risque de faire très vite l'objet de volontés de récupération et d'instrumentalisation. Souhaitons-lui de conserver toujours sa force et son indépendance.

 

Découvrez le site de la compagnie Heddy Maalem.
Traquez Tommy le Clown dans Tracks.

Eloge du puissant royaume
Création 2013
durée 60'

Chorégraphie : Heddy Maalem
Interprètes :
Anthony-Claude Ahanda, alias Jigsaw
Wladimir Jean, alias Big Trap
Ludovic Manchin-Opheltes, alias Kellias
Émilie Ouedraogo, alias Girl Mad Skillz
Anne-Marie Van, alias Nach
Scénographie : Rachel Garcia
Création lumière : Guillaume Fesneau
Bande sonore : Heddy Maalem et Stéphane Marin
Musiques : 
Hildur Gudnadottir «You» – Iannis Xenakis «Persephassa» - Arvo Pärt «Missa syllabica. Kyrie & Gloria» - 2 Fingers «Fools Rhythm» - Philip Glass «The Hours, The Poet Acts» - Stéphane Marin «Souffles» & «Bourdon» - Jean-Sebastien Bach «Prelude & Fugue No. 16 in G Minor, BWV 88» - Hesperion XXI, Jordi Savall «Canarios (Improvisation)» - Colin Stentson «Lord I Just Can't Keep from Crying Sometimes» - Saul Williams «Twice the First Time»
Production et coproduction :
Compagnie Heddy Maalem / La Briqueterie, Centre de développement chorégraphique du Val-de-Marne / Centre de développement chorégraphique Toulouse Midi-Pyrénées / Le Parvis, Scène Nationale Tarbes-Pyrénées / Atelier de Paris-Carolyn Carlson.
Création dans le cadre de la 17ème Biennale de Danse du Val de Marne à l'Atelier de Paris-Carolyn Carlson.
Soutien : 
Le spectacle est soutenu par l'Adami et bénéficie de l'aide à la diffusion de l'Arcadi pour la saison 2013/2014.
Résidences de création :
Centre de développement chorégraphique du Val-de-Marne / Atelier de Paris-Carolyn Carlson

Rédaction / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Radio Théâtre
12 oct. 2013

Rencontre avec Billy Ellucien, metteur en scène à Port-au-Prince, en Haïti, 
pour sa compagnie Foudize Théâtre.

Sa dernière création La fuite, adaptation de l'oeuvre de Gao Xingjian,
a été créée au Festival des Quatre Chemins, en 2012 en Haïti,
puis jouée au Festival Cap Excellence Théâtre, en 2013 en Guadeloupe.

Billy Elucien organise également un festival de conte depuis quatre ans : Kont Anba Tonèl 
(Avec : Mimi Barthélemy, France-Haiti / Francoise Diep, France / Joujou Turenne, Canada-Haiti / Benzo, Guadeloupe / Fayo, Guadeloupe)

Billy Elucien était invité par les Francophonies en Limousin cette année, afin de parler de son travail et de voir les spectacles programmés.
Nous le rencontrons au Centre Culturel Municipal Jean Moulin à Limoges, après la représentation de L'Homme Atlantique. Et nous parlons longtemps : de ce que nous avons vu ce soir-là, de son travail à lui, du théâtre en Haïti ou de tout autre chose ayant trait à Port-au-Prince : la musique, les bus, les gens, la danse.

 

CONVERSATION 

Qu'as-tu pensé du spectacle L'Homme Atlantique, adaptation de Marguerite Duras, et proposition du metteur en scène québécois Christian Lapointe ?

"Du linéaire"
 La forme (vidéo, son, lumière) ne ressemble pas à ce qui se fait en Haïti, donc cela m'a intéressé de point de vue-là. En Haïti, le théâtre explore plus le corps, la voix, et l'énergie.
Alors que l'Homme Atlantique, porte plus son attention sur le texte. C'est simplement dire le mot sans intention. Je ne connais pas bien l'écriture de Duras mais j'ai senti une linéarité dans ce que j'ai vu. Je n'ai pas été touché par le propos.

 

Peux-tu nous parler de ton spectacle La fuite ?

"Il faut affronter"
 J'ai trouvé l'histoire de La fuite proche de ce que j'ai vécu en 2004 : la chute du dictateur Jean Bertrand Aristide, prêtre président. À ce moment-là, il y a eu un fort mouvement étudiant. Les étudiants voulaient que l'université soit autonome. Il y avait un désir fort d'autonomie et de changement dans le pays. Et j'ai senti dans le texte de La Fuite, une chose similaire. Ce qui tue en Haïti, c'est la fuite. On n'aime pas la solitude. On fuit notre réalité car on ne veut pas toucher la plaie du doigt. Le rire est notre thérapie mais aussi notre manière de s’évader. Dans ce spectacle, je dis qu'il faut affronter.

 

A quoi ressemble le théâtre en Haïti ?

"Le rire"
 Le théâtre est très politique en Haïti.
Mais d'un autre côté, on cherche toujours du rire, même là où il n'y en a pas. C'est Molière qui disait :
« On corrige les mœurs en riant » !

"La production"
 Sur le plan de la production, créer en Haïti est difficile car il n'y a pas de mécène. Il y a un problème de mécénat mais aussi un problème d'espace de création, car il n'existe pas beaucoup de salle de théâtre. La Fokal (Fondation Connaissance et Liberté) a une salle polyvalente de 130 places : La Fokal-Unesco, et Les sœurs de Ste Rose de Lima, un auditorium. Ce sont les deux salles les mieux équipées. Le ministère de la culture ne subventionne rien, à part les fêtes patronales, le carnaval et les fêtes populaires.

"la diffusion"
 Généralement les productions théâtrales ne vivent pas longtemps. On ne peut pas faire des tournée a l’intérieur du pays. Il existe le Festival Quatre Chemins comme vitrine internationale, et les programmateurs y viennent, mais pas assez nombreux pour acheter les spectacles. On travaille donc toute l'année pour monter nos spectacles, qui sont souvent voués à ne jouer que dans le cadre du Festival des Quatre Chemins.

"Les artistes polyvalents"
 Il y a aussi un problème d'espace de travail. Avant le tremblement de terre il y avait déjà très peu de théâtres, maintenant seulement deux. Nous travaillons donc souvent en exterieur. Et cela nous demande une grande intelligence de rapport à l'espace, car celui-ci change tout le temps.
Cela développe certaines qualités, en Haïti tous les artistes sont polyvalents.

 

Suivez Billy Elucien et la compagnie Foudize Théâtre sur le net.
Découvrez les activitès de la Fokal (Fondation Connaissance et Liberté)

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Radio Théâtre
12 sept. 2013

Auteur, metteur en scène et comédien.
Au sujet de son spectacle Shéda, dans le cadre du 67e Festival d'Avignon.
Propos recueillis par Jean-François Perrier, mis en forme par Radio Théâtre.

SAISIR LE MONDE EN DIAGONALE

La ligne droite est impossible au théâtre.
On ne va pas d'un point A à B selon une trajectoire nette et directe.
Il y a forcément des ricochets, des accidents, des déformations ou des reflets.

 

S'ENGOUFFRER DANS LES EGOUTS

Genet disait :
"Au théâtre, on traverse le monde comme un voleur."
Et c'est ce qu'il faisait.
Je crois qu'on doit s'engouffrer dans les égouts, grimper par les gouttières, s'engager dans les couloirs et les tunnels obscurs, la lampe tempête à la main, pendant que le monde dort ou fait semblant de dormir. 

 

ECOUTER INCOGNITO

Faire des enquêtes, écouter incognito ce qui se dit.
Rendre cela dans l'écriture et au plateau.
Etre toujours en décalage par rapport à la réalité. 

 

NOUS JOUONS A UN JEU DANGEREUX

Pas d'évidence immédiate, pas de "vérité révélée".
Toujours, toujours, seulement des interrogations qui s’entrechoquent.
C'est un jeu fragile,
faillible et dangereux,
que celui auquel nous jouons au théâtre.

La prochaine création de Dieudonné Niangouna Le Kung-Fu sera donnée au Festival des Francophonies en Limousin, le 26  septembre à 20h30 et le 27 septembre à 15h30 au CCM John Lennon.

 

Joué du 7 au 15 juillet 2013 au festival d'Avignon, Carrière de Boulbon

Texte et mise en scène : Dieudonné Niangouna
Shéda est publié aux éditions Carnets Livres.
Scénographie : Patrick Janvier
Lumière : Xavier Lazarini
Son : Robin Dallier
Costumes : Velica Panduru
Préparation des combats : DeLaVallet Bidiefono
Musique : Pierre Lambla, Armel Malonga
Assistanat à la scénographie : Ludovic Louppé, Papythio Matoudidi
Coordination technique générale : Nicolas Barrot
Administration, production et diffusion : Antoine Blesson, Claire Nollez, Noëlle Ntsiessie Kibounou assistés de Léa Couqueberg, Léa Serror
Avec : Laetitia Ajanohun, Marie-Charlotte Biais, Madalina Constantin, Pierre-Jean Étienne,
Frédéric Fisbach, Wakeu Fogaing, Diariétou Keita, Abdon Fortuné Koumbha,
Harvey Massamba, Mathieu Montanier, Criss Niangouna, Dieudonné Niangouna et les musiciens Pierre Lambla, Armel Malonga

Interview / / Focus Limousin / / Focus Avignon / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Radio Théâtre