Radio critique

06 déc. 2017

Retranscription interview du 12 août 2017
Entretien backstage à L’Étoile Rouge 

-AQUASERGE / Benjamin Vareille -

Audrey, Julien, Benjamin et les autres…

II. March Ides n’a pas interviewé Aquaserge

Kiwi, biche et désir (Mais la route c’est gris)

-PB: Tu utilises quel clavier sur Fait Divers, à ce propos, dans Kiss me, you fool?
JG: (Rires) C’est un petit piano anglais, qui est vraiment tout petit, et qui sonne justement comme celui qu’on avait à la Mami. C’est le piano de la reine du Danemark. C’est marqué dessus. Une marque anglaise, dont j’ai oublié le nom, alors je ne peux pas te dire. Il n’est pas très haut, non plus. Et pour la petite histoire, un jour de session sur Mandrax où l’on enregistrait live, celui qui est venu battre a amené un jus de kiwi, que j’ai bu avant de le poser sur le piano, et c’est la première fois qu’un liquide a dégouliné dans le piano jusqu’en bas, et qu’en conséquence les notes ont gonflé (rires)! C’était plus dur à jouer le lendemain, mais cela a donné une couleur particulière à l’album, dans les basses en tout cas… Du coup il fallait énormément appuyer parce que le bois avait enflé. On pourrait en parler des nuits, des anecdotes de studio.

-D’ailleurs Audrey, tu aimes bien Kiss me, you fool?  Une question pas innocente du tout
(Rires)
AG: Ouais, bien sûr! J’ai travaillé un peu dessus, je l’ai mixé avec eux, et j’aime beaucoup les deux disques solo de Julien.

-PB: Oui! Cerf, Biche et Faon, le premier, était vraiment décalé. Il fallait oser aller vers ça.
JG: J’ai toujours cette pensée : qu’est ce qui fait écrire les poètes, hormis les relations qu’ils cherchent, le désir de rencontrer quelqu’un qui leur plaise, l’amour…?

-On ne parle que de ça. L’amour, et la mort éventuellement.
JG: Voilà: qu’ont fait les poètes, si ce n’est d’avoir écrit pour plaire ou chercher à plaire? Un mec que j’adore, Richard Brautigan, n’a fait que ça, avant de s’être fait sauter la tête à la fin parce qu’il n’en pouvait plus, que toutes ses conquêtes venaient le hanter jusque chez lui. Parce qu’il en a trop fait, et qu’il cherchait trop cela. Alors oui, Cerf, Biche et Faon en regard, c’est vraiment des histoires de cœur qui tournent mal. Des erreurs d’amour.

Portrait de famille (Tiens tes bras le long du corps, pour voir)
-Tiens justement, choisis un auteur. Le premier qui te vient.
JG: Un auteur? Brautigan, je pense. Et ça fait vingt ans que je vis avec.

-C’est un copain.
JG: C’est un ami.

-Audrey, un auteur?
AG: Proust.

-J’ai un ami qui est juste derrière moi et qui avait l’habitude de me dire qu’il trouvait Proust  chiant parce qu’il écrivait avec sa mère dans son dos. Et j’ai aimé Proust pour ça.
(Rires)
AG: Ouais c’est la plus grande découverte littéraire, à mon sens.

-PB: Je le lirai quand j’aurai quarante ans. Tu fais un questionnaire de Proust?
-Oui, du coup. Un peintre?
JG: Moi c’est Monet. Je l’aime bien. C’est la première expo que j’ai vue, je crois. J’avais six mois.
AG: Hopper, moi.

-J’y avais pensé, regarde (je montre ma fiche où Hopper était un nom à évoquer).
AG: Oui! Tu y avais pensé à cause de la pochette.
JG: Et toi, si tu étais un peintre, ou un auteur?

-Comme ça, un peintre, je dis Hockney. Il est très léger, formidable.
JG: Je suis allé le voir à Pompidou oui. Dès la quatrième salle, je sature. Mais les premières périodes sont vraiment très bonnes. Tu es plutôt fan de sa première période, californienne?

-Oui, beaucoup, c’est cliché mais les piscines sont géniales. Mais pas que, ce qu’il a fait dernièrement sur tablettes et téléphones c’est incroyable de liberté.
JG: C’est pas mal oui, les quatre saisons, j’ai vu. Il prend des photos aussi, non?

-Oui, même un petit peu plus. Il a refait sur écrans un peu le même travail que ce qu’il faisait avec les polaroids, prendre en photo la perspective, repeindre. Une liberté dingue.
JG (à Pierre) : Pour rebondir sur ce que tu disais avec Stereolab –tu sais, que ça se ressemblait –il y a ce truc aussi en peinture chez David Hockney. Dans la période des piscines et même avant, dans les petits crobards sur canevas, il y a beaucoup de clins d’œil à ses maîtres. Aux personnes qu’il aimait bien, et ça passe par Picasso, et d’autres. C’est intéressant.
AG: Pour couper Julien, je pense aussi que ce qui se passe avec Stereolab, c’est que nous avons les mêmes racines. Ce n’est pas tellement que l’on descend d’eux, mais nous avons les mêmes racines.

-Ce ne sont pas vos jumeaux pour autant.
AG: Non, car il y a un net décalage d’années. Mais je veux dire que le côté krautrock, l’exotica…
JG: Le tropicalisme…
AG: On aime les mêmes choses. C’est une rencontre. En fait, ils ont écouté les mêmes trucs, que nous avons écoutés plus tard, et peu importe, nous les avons aimés en même temps.
JG: Ils ont une culture jazz, ils aiment les livres, et Tim a une des plus grosses collections de disques que je connaisse, une collection massive!
AG: Lætitia, traîne à nos concerts, on traîne aux siens, on a des amis musiciens en commun.
JG: On l’invite, aussi.
AG: Voilà, c’est devenu une scène, même s’il y a cet écart de temps.

-Julien parlait de famille, c’est ça, là.
AG: Oui.
JG: On se reconnaît, oui. Il faut reconnaître les gens avec qui tu as envie de bosser, aller vers eux, rencontrer les maîtres.

-Sa vraie famille on la reconnaît.
JG: Oui. On a beaucoup eu cette discussion avec Lætitia… Notamment au sujet d’un ami à nous, qui est à Toronto, et qui s’appelle Chris A. Cummings. Il avait ce groupe qui s’appelait Mantler,  maintenant devenu Marker Starling, et il fait de la soul de blanc.

-De la blue-eyed soul?
JG: Oui. Et il est chauve avec une barbe. Je l’ai invité à jouer deux fois, à Paris. Et Lætitia l’écoutait, un soir de Noël où elle était chez moi, et me dit: «ce mec est de la famille.» Il est parti enregistrer avec Sean des High Llamas, et Sean s’est mis à genoux devant lui, en disant: «tout ce que j’ai voulu faire dans ma vie, tu l’as fait.» C’est arriver à mélanger Brian Wilson, la soul, l’Amérique du sud, toutes ces influences. Et c’est la même envie que tu retrouves chez Chris, chez nous, comme chez Stereolab.
AG: Et Sean des High Llamas a beaucoup fait les arrangements des disques de Stereolab. Pour la connexion.
JG: Sean est vraiment le mentor de Tim Gane.
AG: Il n’est pas toujours cité dans les disques, mais on sait qu’il était là, derrière.
JG: Voilà, pour l’aspect pop orchestrale, c’est vraiment l’exemple de Tim.
AG: Il a aussi bossé avec O’Rourke, donc tout ça resserre encore les connexions.

-PB: Oui, Jim O’Rourke, qui avait intégré Sonic Youth l’époque précédant Sonic Nurse.
AG: Oui! En fait il était rentré dans le groupe pour filer un coup de main. Je suis très fan de ce qu’il fait, déjà en tant que musicien: c’est à la fois de la musique expérimentale, de la musique contemporaine, de la pop, et des tonnes d’autres choses… Mais aussi pour son côté savant, producteur, et ce qui suit. Il a joué live avec eux parce que Kim avait des problèmes pour jouer toutes les parties basse, je pense, et aussi de la guitare.

Synthèses (Je peux te prendre une cigarette ?)
-Puisque l’on est à Nexon: le théâtre c’est la vie?
JG: Ça l’était, oui.

-Et ça ne l’est plus?
JG: Ce qui était bien, en Grèce antique, c’est que chaque semaine, tous les problèmes et toutes les bonnes choses qui s’étaient passés durant la semaine étaient joués par des acteurs, avec des débats à la suite. Des pièces étaient écrites chaque huitaine. C’était comme les nouvelles, sauf que c’était joué par des acteurs à Athènes, et dans tous les petits bleds.

-PB: La catharsis.
JG: Oui, voilà. Ce qu’on a un peu oublié pour tomber dans des chimères, des objets plus synthétiques, disons du théâtre de synthèse.

-Quand vous venez ici, le but c’est un peu de restaurer ce théâtre-ci?
JG: Je ne sais pas. Mais il y a des gens qui nous disent après les concerts d’Aquaserge, et je l’ai véritablement entendu, qu’ils ont senti une forme de révélation, de sublimation, ou de transfiguration dans la musique…

-C’est bon signe (rires)!
JG: Ah ça l’a été! Il y a des soirs où l’on est fatigués, mais il y a des soirs où l’on est vraiment en forme. Il y a des dizaines de personnes qui m’ont parlé de ça, de révolution intérieure, je ne sais pas. Ils sont peut-être passés de l’autre côté du miroir, pendant un temps, avec notre aide. Voilà ce que je peux te dire.

-Pour finir: le plus bel album de tous les temps?
AG: Je ne peux pas te dire. Celui qui, à chaque fois que tu l’écoutes te fait cet effet…  
-Ton choix sera différent demain, la semaine prochaine, pas d’absolu. Celui qui ce soir pour toi est le plus beau?
AG: Ce serait quoi le disque que j’ai le plus écouté?
JG: Moi le disque que j’ai le plus écouté, je crois savoir lequel c’est. C’est Get up with it, de Miles Davis.Il est de 1973, je crois. Sa période paranoïaque, sous cocaïne avec les lunettes mouche. Les éditeurs venaient alors à sa maison en lui demandant: «Miles, tu n’as rien enregistré depuis trois ans, qu’est-ce que tu fous? L’avance, elle est où?» Et lui: «Je ne sais pas qui tu es, dégage…» Il était à cran. Et l’un d’eux a réussi à se faufiler chez lui et à voler les bandes de Get up with it.
(Rires)

-PB: Ah oui?
JG: Oui.
AG: Ah! Il y a un album qui m’a marquée et que je réécouterai, je pense, toute ma vie. C’est le disque de Mark Hollis, le chanteur de Talk Talk. Son album solo, qui est absolument magnifique.

 Fin !

 

Interview / / La Route du Sirque / 
Posté par : Benjamin Vareille
22 nov. 2017

Retranscription interview du 12 août 2017
Entretien backstage à L’Étoile Rouge 

-AQUASERGE / Benjamin Vareille -

Audrey, Julien, Benjamin et les autres…

II. March Ides n’a pas interviewé Aquaserge

Des voix et des voies (La magie du camping, le temps pourri et tout)
(Exit Benjamin Glibert)
-Est-ce qu’on peut discuter un peu des voix? Tout le monde chante sur le dernier album, ce n’était pas le cas avant.
JG: Bien vu. En tout cas moi j’ai eu la volonté, pour ce qui est de la voix d’Audrey, de la mettre plus en avant. Parce que cela fait des années que l’on chante et, on peut dire ça, je l’ai un peu poussée en studio. Même dans les mixes je voulais l’entendre au milieu, et les garçons autour.
AG: On essaie des trucs à la voix, vu que l’on n’est pas un groupe avec un chanteur en avant, qui soit leader. On cherche donc d’autres formes. Ça peut être Julien qui va prendre une voix lead ici, par exemple, mais qui serait plutôt comme un autre instrument, à l’opposé d’un chanteur à textes. Ensuite on se demande si l’écriture est bonne, parce qu’en concert ce n’est pas toujours aussi simple à retranscrire, comme sur un disque. On se demande enfin si on ne peut pas y aller tous, et comment le faire. Voilà à quoi on réfléchit.

-Benjamin chante aussi sur l’album, mais quels morceaux?
AG: L’ire…, Si loin, si proche.
JG: Tour du monde! Où il y a Julien Barbagallo aussi. Julien a fait des voix.

-Et tout le monde se retrouve sur C’est pas tout mais?
AG: Oui!

-Dans ce morceau la construction est bizarre. Tout à l’heure je disais que vous étiez un groupe du déplacement, géographique, topographique. Mais l’album est aussi intéressant pour ça, car autant la majorité des morceaux parlent de déplacements, autant C’est pas tout mais m’évoque un mec qui essaye de partir et qui n’y arrive pas. Il se tient sur le palier, au seuil, mais ne décolle pas.
AG: C’est exactement ça, et ça s’est fait de la même manière! Nous avons invité un copain à chanter pendant qu’on créait le morceau, en fait, et lui ne tenait pas en place. Il a voulu se déplacer parmi nous, avec un micro et un haut-parleur, et il s’est trouvé un peu mal-à-l’aise. Alors il a chanté son «mal-à-l’aise» pendant que l’on boeuffait. Après quoi on s’est dit que nous allions le mettre en scène. Sauf qu’une fois mis en scène, ça n’a plus fonctionné. Nous l’avons donc remis dans cette situation pour le piéger, et le réenregistrer!

-Et ensuite vous avez tous rechanté les parties ? C’est du cut up aussi.
AG: Nous avons tous fait semblant de chanter, pour ne garder que lui, en fait (rires)! Oui, ensuite j’ai tout remonté, et on s’est construit un scénario avec toutes ses interventions…
JG: On a choisi ensemble, c’est ça.

-Dans March Ides, le groupe dans lequel je joue, c’est même devenu une blague pour nous aussi. En répétition quand quelqu’un n’arrive pas à se décider, on se dit «C’est pas tout mais! » Donc ça m’évoque ça, cette voix qui dit le désir d’y aller vraiment, et qui n’y arrive pas. Et c’est bien d’avoir le contraste entre le morceau qui décolle vraiment, qui est très rythmique, très funky, et cette voix qui dit le malaise, cette espèce de «y aller, n’y aller pas»…
AG: Ah oui? Mais c’est exactement ça, lorsque l’on fait cette musique collective, quand on invite des gens à jouer avec nous: soit on prend la chose en cours, soit on attend la permission et finalement il n’y a pas la place. C’est compliqué. Dans le cas de ce morceau, le copain a plus l’habitude de faire ses chansons dans sa chambre, au fur et à mesure de son inspiration, alors qu’en groupe ça ne fonctionne pas de la même façon. On a donc trouvé intéressant de retraduire son hésitation. Et il a créé le morceau comme ça.

-Avec plus de pertinence que si quelqu’un l’avait repris et interprété. Sans artifice.
AG: Ah oui. Ce n’est pas un travail d’acteur. Mais finalement c’était son idée, et même si ça n’a pas marché sur le moment, on l’a remis en situation pour arriver à ce que l’on voulait.

-Avec qui est-ce le plus intéressant de travailler, dans vos collaborations? Sur Guerre EP, par exemple il y a Eddy Crampes.
AG: Voilà eh bien c’est lui. C’est Eddy qui était sur C’est pas tout mais…!

-Ah oui? Il y a eu Moonshine aussi récemment, le mini EP, sous la houlette de Dorian Pimpernel. Avec Chassol, Forever Pavot, et toi Julien. Tu es le seul membre de Aquaserge à être sur l’EP?
JG: Ah oui !
AG: C’est un projet solo de Julien. Il y avait Chassol qui était fan de leur chanson, TVCQJVD, et puis l’idée d’un échange Chassol / Aquaserge. Et il a finalement écrit les cordes pour un titre, et nous avons repris une chanson à lui. Et voilà!
-Oui, c’est le Birds de Big Sun, dont la reprise est top. Du coup avec Chassol, c’est  intéressant.
AG: Et Les Oiseauxsur l’EP de Aquaserge. C’est super, oui, on a travaillé avec lui à Paris pour La Maroquinerie. Et oui, on s’aime.
-Bonne réponse!

À l’anglaise (Je ne te vois pas pleurer)
-On peut revenir sur Canterbury? Il y aurait beaucoup à dire… C’est l’art du contraste, qui est propre à leur école: ce contraste entre le léger et le grave, car jamais les choses ne sont totalement noires ni innocemment légères, chez eux. J’ai l’impression que c’est valable aussi chez Aquaserge.
AG : Tant mieux alors, c’est un compliment… On a toujours peur de la lourdeur.
JG: Peut-être qu’il y avait ça chez les troubadours. Qui n’avaient jamais l’amour, mais qui le chantaient avec légèreté et avec dureté. Tu as aussi ça dans la musique brésilienne, de manière très forte. C’est arriver à avoir le «moonshine», justement, la journée noire ou la journée grise, mais malgré ça d’avoir la lumière aussi. Je ne sais pas ce que c’est, c’est une alchimie. C’est à force de travail. Et il faut trouver les bons mots, la bonne prosodie.
AG: C’est vrai que c’est quelque chose que l’on recherche, cette espèce de contraste. Parce qu’en fin de compte même moi quand je vais au cinéma, et que je vois un moment sombre avec une musique sombre, toutes ces redondances me sont insupportables.

-Il faut éviter le pathos.
AG: Oui. C’est quelque chose pour lequel on ne transige pas, on peut aller à fond dans le mauvais goût, pourquoi pas, mais par contre on va éviter le pathos.

-Vous vous fliquez pour ça, ou tout le monde a sa propre hygiène?
AG: Je ne pense pas que l’on seflique, mais personne n’y va, finalement. Alors oui, tout le monde a sa propre hygiène je crois.

-Bon. Soft Machine ou Matching Mole?
AG: Moi je suis fan de Matching Mole.
JG:Je n’ai pas besoin de choisir. Je n’ai pas de préférence, là, pas même affective, parce que Wyatt s’est fait virer, ou tout ça. Ce n’est pas très important. Il a voulu faire son truc à côté.

-Mais l’histoire est plus floue que ça. On ne sait pas si c’est lui qui avait prévu de se barrer en premier, après Fourth.
JG: Je ne sais pas, oui.
AG: Mais il était insupportable, de toute façon. C’est comme dans les histoires d’amour, ou les histoires d’amitié. Est-ce que l’on te vire ou est-ce que tu pars? C’est les deux.

-Oui c’est vrai, je crois que c’est vrai. En parlant de ça, dans l’esprit de rupture et de réunion, pour filer le contraste, deux albums représentatifs de ces deux pôles sont Rock Bottomet Tubular Bells. Deux pôles tardifs, pour être de 1974 et 1973. Oldfield est sur les deux d’ailleurs. Plutôt lequel?
JG: Là pour la peine plutôt Rock Bottom.
AG: Ouais, moi aussi.

-Bah moi aussi.
(Rires)
JG: Tu es plutôt dépressif, ou plutôt dépressif? Parce qu’on a affaire à deux gros maniaco-dépressifs…

-Oui, mais il y en a un qui sait être plus léger, et c’est Wyatt. L’importance de la légèreté.
JG; C’est Wyatt, c’est sûr. L’importance de dire: «stop, arrêtez de me foutre du poids sur le dos. Ce poids je n’en veux pas. Prends-le si tu veux, donne le à tes gamins, mais ton poids que tu te trimbales, tu le jettes loin de moi.» C’est important. (Rires) De pouvoir arriver à continuer, sans le poids émotionnel, affectif, qui te rattrape. Enfin tu sais très bien de quoi je parle, on connaît tous ça. Que ce soit dans la famille, avec les amis, ou les amours, ça pèse. C’est pourquoi il faut arriver à rester sur la pointe des pieds, en ballerine, en danseuse. Il faut rester une danseuse. Et danser c’est dur.
(Entre Pierre Bayrand, membre du groupe March Ides

-Pierre Bayrand : Et Stéréolab? La filiation avec votre travail se ressent beaucoup, dans l’utilisation des sons analogiques, des claviers comme le Farfisa, ce qui me rappelle un peu cet univers-là. Et il y a aussi Lætitia Sadier qui chante sur le dernier album de Julien. 
AG: Oui, on est fans de Stéréolab, on aime beaucoup!
JG: Oui, c’est la famille. C’est sûr qu’il y a peut-être une empreinte dans notre musique, mais peut-être aussi que ça va s’effacer comme ça, que l’influence va se gommer. Après, les accords de septième, il y en a partout, et j’en mets partout, et dans la manière dont j’ai appris à jouer ces dernières années ça évolue.

-PB: Cette façon de marteler un peu le clavier?
-Et sans parler de Sinclair, de jouer un peu droit comme ça?
JG: Aussi, oui. J’aimerais encore faire d’autres trucs,  c’est encore pop.

-PB: Il y a plusieurs asymétries dans Aquaserge quand même.
JG: Oui, mais derrière cela reste toujours des systèmes d’accords, des chartes d’accords. Mais pour le dernier album, Laisse ça être, et même dans Kiss me, you fool, il y a l’utilisation d’accords simples, et je te parle juste de mon médium, de l’harmonie, afin de faire des accords pas très compliqués afin que l’on puisse chanter dessus. Qu’il n’y ait pas des accords comme ce qu’on faisait dans nos premiers albums, où c’est véritablement plus tendu. Ce très cher Serge, tout cela, c’est impossible à jouer, à retranscrire sur scène. On avait des partitions, et tous les accords étaient vraiment des «clusters», comme on dit, des amas de notes. Là, nous sommes revenus plus vers des accords de quarte, de quinte, de septième, pour que l’on puisse chanter. Il y avait vraiment cette idée derrière.

-PB: Donc le titre la ligue anti-jazz-rock, c’est ironique?
JG: C’est une blague, oui.
AG: C’est une blague vraie !
JG: C’est une blague vraie, oui. Parce que Benjamin Glibert était sur un truc en studio et…
AG: Et moi je lui ai dit: «putain, c’est trop jazz-rock ton truc», et il a appelé le morceau comme ça.
(Rires)

Bêtes raves (Un orage… tu peux en prendre)
-PB: J’avais lu une interview dans laquelle tu te définissais plus comme venant d’un environnement punk.
AG: Oui, je viens plutôt du punk.
JG: C’est pareil pour moi, et les raves aussi. Mais tu n’y allais pas trop, toi?
AG: J’en ai fait quelques-unes. Mais c’est surtout Black Flag, le punk américain, qui m’ont marquée.

-Après Canterbury, c’est le grand écart…
AG: Oui! Mais on va dire que j’ai joué dans des groupes de punks, ensuite j’ai joué dans un groupe d’impros, et après j’ai joué avec Aquaserge. Alors oui, c’est une évolution dans la musique. Mais je me définis punk dans la mesure où je suis autodidacte, à la différence des autres, car je n’ai pas cette culture, que je n’ai pas appris la musique, et je ne suis pas savante.
JG: Moi j’ai eu la chance d’avoir le background qu’Audrey n’a pas eu, c’est-à-dire une formation classique à partir de très jeune, disons quatre-cinq ans, au piano. En cours particuliers d’abord, puis  je suis passé en école de musique. Et à quatorze ans j’en ai eu marre, j’ai appris la guitare tout seul, j’ai fait des groupes de punks, et après on est allés en raves. C’était la continuité du nouveau punk, cyber-punk, techno-punk, et après je suis revenu au jazz.

-Et le math-rock, non?
AG: Non.
JG: Ah, Shellac… On avait un disque à la maison, que j’avais acheté. Et on est allé les voir en concert, et franchement c’était la barbe. C’est la barbe.
AG: Je faisais du math-rock avant de savoir que ça existait. Je composais des mesures asymétriques alors que je ne savais pas compter, et finalement je me retrouve dans Aquaserge donc ce n’est pas étonnant (rires)!

-Non, en effet! Mais il y a des groupes comme PIL.
AG: Voilà! Alors je faisais du punk asymétrique.
JG: On était à fond dans des choses comme Dischord, et on s’est retrouvés là-dessus. Avec Fugazi ! 
AG: Oui, Ian McKaye. Mais aussi pour ce son de basse très particulier.
-Et tu joues sur une Dan Armstrong, en plexi. C’est fait exprès alors, ce son aussi «lourd»?
AG: Je ne dirais pas lourd, je dirais puissant. C’est rock. Après quoi, cela dépend de comment tu la joues. Quand on fait le morceau Si loin, si proche, je joue les notes aiguës en piqué et c’est hyper beau, ce son, très léger. Tu ne peux pas avoir ça avec une Fender Precision, ni avec une guitare. Au début je me suis retrouvé avec cette basse, que je trouvais un peu bourrine, et puis petit à petit j’ai vu que je pouvais en sortir plein de sons, et j’ai appris à la jouer de cette façon. C’est un instrument qui peut être caressé, tu n’as pas besoin de le forcer pour le jouer. Parce que la patate est là.
JG: Tu peux être doux, aussi.
AG: Oui, tu peux être super doux, et du coup je joue très doucement sur cette basse. Mais si je l’attaque, je sais que j’envoie.

-Il y a des parties à la limite du pizzicati, sur l’album, c’est elle que tu utilises pour ça?
AG: Oui, c’est elle. Mais pas seulement, car sur l’album il y a trois basses, je crois.

-Tu as une pléthore de claviers, Julien. Il y a lesquels sur le dernier album? Le Philicorda y est?
JG: Non, pas le Philicorda. Il y avait un Farfisa VIP, un piano à queue –qui n’avait aucun son particulier, un son clinique que je n’aime pas du tout. J’aime les pianos qui ont du caractère, comme tous les pianos qu’on trouvait à Paris dans les années trente. Tous les pianos allemands, les pianos londoniens, mais il faut remonter avant 1930, c’est ça qui me plaît. C’est ça ma came. J’ai mis la main sur un Yamaha qui est super, que l’on a beaucoup enregistré sur À L’amitié, notamment, très beau. Mais c’est un encore un piano qui avait une âme, qui avait un son dédié. Maintenant tous les pianos ont le même son. Donc il faut encore que l’on trouve le moyen de passer le piano dans un Echotape, par exemple, pour le salir, et amener une nouvelle couleur. C’est comme de l’acrylique blanche que tu achètes, si on ne met pas trois pigments dedans, ça va être une couleur fade. Les nouveaux pianos Yamaha comme on en avait au studio, pour lesquels il y a plein de mecs qui vont, comme Keith Jarrett par exemple, trouver cela super, moi je trouve qu’il n’y a aucun caractère.

-C’est propre à votre école de style aussi, de prendre des instruments et de les détourner, de s’attacher à leur voix…Donc il ne peut pas vraiment y avoir de comparaison. Tu parlais d’échos à bandes, par exemple, avec March Ides nous avons un vieux Wem de 68 dont on se sert de la même façon, notamment sur le saxophone, sur des instruments plus ou moins nobles, mais en utilisant la contrainte à chaque fois de ce détournement. Et c’est fou que l’on tombe encore par hasard sur des nouveaux sons en chemin.
AG: Oui c’est ça!
JG: Le Copycat? Oui, on avait le même. Oui voilà, il faut se laisser aller là-dedans, lâcher prise.

A suivre...

Interview / / La Route du Sirque / 
Posté par : Benjamin Vareille
10 oct. 2017

Retranscription interview du 12 août 2017
Entretien backstage à L’Étoile Rouge 

-AQUASERGE / Benjamin Vareille -

Audrey, Julien, Benjamin et les autres…

II. March Ides n’a pas interviewé Aquaserge

Chapiteaux et chapelles (Tu veux une boisson Nina ?)
- Benjamin V: Alors pourquoi être venu ici et pas dans un festival de musique précisément, qu’est-ce qui vous a convaincus de jouer au festival La Route du Sirque à Nexon?
Benjamin Glibert : On nous a juste invités ! Ah non, on fait très peu de festivals.
Audrey Ginestet: On n’est un pas un groupe de festivals d’été, non.
BG: Tu sais ça ne marche pas tant que ça, Aquaserge. Et c’est très bien, moi je suis très content de jouer dans des endroits où ce n’est pas un festival de musique, par exemple. Nous faisons notre truc, hors des contraintes…

- C’est un festival avec à sa base des genres qui ne sont pas juste de la scène, il y a des spectacles qui naviguent entre la danse, le cirque et la performance par exemple, sans oublier d’aborder la musique. Qu’elle soit rock, plus ou moins expérimentale, jazz, prog… Mais on est quand même loin d’une programmation type Printemps de Bourges, où vous étiez avec le quintette dans une formation très rock.
BG: Mais on aurait mieux fait de dire non à Bourges et oui à Nexon… À Bourges on était vraiment noyés dans la masse…
AG: C’est le super marché de la musique.

-Mais c’était punk, et vous avez joué quoi, quarante minutes ?
BG: Oui voilà. Pour nous c’est marrant, mais ça n’est pas hyper agréable quand tu es dans une énorme place, où il n’y a pas grand monde.
AG: Ah tu le vois comme un truc punk, pourquoi pas.

-Bah il y a ce côté très…
AG: On s’en fout on y va!

-Mais ici, pourquoi est-ce mieux? Il y a le chapiteau, c’est clôt, tous les gens voient ce qui se passe sur scène?
BG: Disons qu’on ne contrôle rien, mais les gens viennent ici pour nous écouter.
AG: Enfin on va voir.
BG: Je pense que les gens qui sont là sont plus réceptifs.
Julien Gasc : Mais Nexon ce n’est pas mal comme nom, en tout cas. Demain on joue à Belvezet, ça m’a évoqué Belzébuth. Et Nexon ça m’a évoqué l’amiral Nelson et le président Nixon!
(Rires)

-Vous devriez faire des tournées uniquement comme ça, en fonction de ce que les noms vous évoquent…
BG: Mais tu sais on ne choisit pas vraiment nos dates, enfin nous ne sommes pas vraiment encore au stade où l’on peut choisir…
AG: Non on ne choisit rien du tout.

-Vous avez recommencé à tourner en Europe récemment, en Angleterre, en Belgique…
JG: En Suède, en Pologne! On part un peu à la rentrée aussi.
BG: En Pologne c’était super! L’Est, je pense que c’est à développer. On n’a fait qu’une date…
AG: Mais c’est génial, la Pologne.

-Parce qu’ils sont très sensibles à ce genre de scène, je pense. Plus qu’ici, l’Europe de l’ouest, grand nord, très habituée à ça…
BG: Le problème que l’on a, c’est qu’ici on est catalogués dans une scène un peu pop, rock, qui ne correspond pas forcément le mieux à ce que l’on fait.

-En même temps c’est compliqué de vous classer, rien ne correspond vraiment à votre genre. C’est quoi l’étiquette qui est la plus adaptée pour Aquaserge ? Parce que si l’on regarde sur Bandcamp, sur les sites critiques, on voit psyché, art rock, avant rock, aussi, et cinematic-surrealistic-jazz j’ai vu… Il y a même un londonien ou une londonienne il me semble qui a dit pour vous définir que c’était expérimental, mais écoutable! Qu’est-ce que ça veut dire «expérimental, mais écoutable»?
JG: C’est-à-dire que la chapelle de l’expérimental, c’est toujours les mêmes mecs, qui se regardent en coin. Est-ce qu’il va aimer le son de synthé? À Paris en tout cas, la scène expé, c’est dix personnes qui sont à tous les concerts, et tu vois les mêmes têtes. Je ne les connais pas, mais tu les vois. Je suis allé voir Phew avec un ami qui va voir beaucoup de musique expérimentale, il voit tout le temps les mêmes, et ça s’est vérifié.
BG: Il y a moins de public aussi.
JG: Mais ça se regarde, et si «le» mec n’aime pas, tous les autres vont être là: «aghh!» Et il y a un peu une réaction en chaîne immédiate.

-Tu ne trouves pas qu’il y a un peu un phénomène foire aux curiosités pour ça? Par exemple quand c’est un festival qui n’est pas forcément de l’ampleur du Psych Festival, ou d’un TINALS, et que des gens viennent les voir sur scène en se demandant s’ils vont enregistrer des aspirateurs et des machines à laver?
JG: Là c’était le festival SonicProtest, pour la peine. Mais oui, pourquoi pas? C’était le cas.
BG: C’est tout le problème des cases, ou des cadres.

-En même temps en étant dans un collectif comme Aquaserge, que ce soit par le nom ou par le style, vos références sont déjà une forme qui est liée aux étiquettes. D’où l’impossibilité d’être populaire, c’est ce que tu disais, que ça ne «marche pas» trop.
BG: Eh oui, mais c’est ça qui est difficile.
AG: On est un peu anachroniques… Alors trouver un endroit qui nous corresponde, ce n’est pas si simple.

-Vous vous sentez anachroniques?
AG: Oui.

Persistant résistant (Il y a des souris à la maison)
-Le titre L’Ire est au rendez-vous m’a un peu fait penser à L’Europe, de Noir Désir, bizarrement, parce que c’est aussi un morceau sombre, qui tente la phrase cryptée de radio Londres dans un climat d’urgence. Et je trouve que c’est le morceau le plus sombre de l’album, vous ne trouvez pas?
JG: Que ce soit sombre? Il y a un rapport à la lumière quand vient la deuxième partie justement, ça s’éclaire un peu. Mais c’est vrai que le début est très noir. C’est une espèce de blues tropical…

-Pendant que vous tentez de faire une sorte d’état des lieux, c’est ça?
AG: Oui, c’est vrai, dans les paroles.
BG: Ce qui est difficile c’est que les morceaux se construisent vraiment au fur et à mesure pour nous, donc il n’y a jamais une idée finale ou globale de là où l’on va. Mais ensuite, quand nous avons écrit les paroles, nous voulions quelque chose de politique, et donc de noir, oui effectivement. D’où le système de codage que l’on a mis en place dans l’écriture des paroles.
AG: C’est une vision assez noire de l’époque, une époque raciste…

-De lendemains d’attentats…
AG: Oui voilà. On l’a codée comme si on était en guerre et que l’on ne pouvait pas dire ce que l’on avait à dire.

-Si vous ne l’aviez pas codé ce morceau, cela passerait différemment, et tout le monde penserait que vous avez cédé à l’appel du politiquement correct, que ce serait juste normal. Le fait même de le coder c’est aller à contre-courant, et ça c’est de la résistance. Vous n’êtes pas un groupe anachronique alors, vous êtes un groupe résistant.
AG: Moi j’ai l’impression de résister, en tout cas.
JG: Tout ce truc anachronique, j’y pense. Peut-être qu’on ne serait pas là si on l’était vraiment. On serait enfermés dans notre chambre.

-Avec la peur de sortir?
JG: Oui c’est ça. Brian Wilson l’a bien fait, pour la peine, il l’a chantée, et il l’a expérimentée. «I wasn’t made for these times». Il a passé cinq ou six ans au plumard. Lui a vraiment fait l’expérience de cet anachronisme, et il en est allé au bout, je pense.

-Mais être dans une formation comme un groupe de musique, ou le format d’un morceau de rock, permettent aussi en tant que postures ou que matières ce genre de regard, un décalage plus uchronique qu’anachronique –ou alors il faut jouer sur de vieux instruments. 
JG: Ce sont des chroniques de notre temps, mais à notre manière peut-être. Les chansons sont un témoignage d’un moment de notre vie partagée. Et, si je ne me trompe pas, le témoignage d’une période.

-Alors l’album est composé de ces observations, de ces témoignages d’instants «t»?
JG: Laisse ça être oui, je pense que c’est un peu de ça. C’est le témoignage d’une époque qu’on a vécue, d’une utopie que nous avions et que l’on a recrée en studio, avec le film de Guillaume Bordier autour, et la vie en commun. Je pense que c’est le témoignage biographique de «nous»!

Arty show (Et du café et des tisanes aussi)
-Vous avez une scénographie ou pas?
BG: Minime.

-Dans les tenues à la Daevid Allen?
BG: Oh on a une mini scénographie qui est Julien, quand il vient danser devant, par moment… Normalement il danse, quand il est dans ses bons jours, et ce soir il va danser.
JG: (Rires) La pression…
BG: Il va peut-être même faire le poirier, parce qu’il est très gym et cirque!

-Il va faire un ATR?
JG: Un Atari Teenage Riot.
(Rires)
AG: Non, il n’y a pas de scénographie.

-Et l’interaction avec le public, elle existe? À Bourges par exemple, il n’y a pas d’interactions, pour ainsi dire.
AG: c’est différent à chaque fois, ça dépend des dates. Parfois il va y avoir un public hyper contemplatif, des gens qui dansent, ou alors des punks qui sont à fond dans autre chose.

-Il y a des gens qui dansent sur du sept temps?
AG: Si, si! Il y en a qui dansent.
BG: C’était un peu le rêve qu’on avait. Bon, les gens n’arrivent pas forcément à danser, mais ils se trémoussent par moments, oui.
AG: Je vois dans des concerts des gens bouger, et ça fait toujours plaisir. Ce n’est pas la majorité du public, mais ça arrive. Moi je danse un peu, des fois! Mais ça dépend des soirs…

-Outre les costumes, l’aspect visuel de votre travail reste important. Dans les concerts, il n’y a personne en avant réellement chez vous, à part Benjamin qui est plutôt au centre, sur scène.
BG: Oui. Il fallait bien que quelqu’un s’y colle.

-Mais le visuel existe en dehors de ça aussi. Ne serait-ce que pour les pochettes d’albums, par exemple. Pourquoi est-elle comme ça, et que représente-t-elle, la pochette de Laisse ça être?
AG: Nous avons fait une commande à une artiste, qui l’a librement interprétée. Mais je voulais qu’il y ait quelque chose qui résiste. Et ça résiste à la gravité du coup.

-Ça résiste à la lecture aussi.
AG: Oui! (Rires) Mais ça c’est l’artiste aussi! Elle s’appelle Maia Flore, c’est une photographe qui se met en scène. C’est elle, sur la pochette. Au départ je lui avais demandé: «pourquoi pas une femme qui jette un pavé?» Puis: «pourquoi pas une femme suspendue à un pavé?» Et ça s’est transformé en ça. (Audrey prend une reproduction de la pochette, la bouge de sens en fonction de l’horizontalité réelle de la prise de vue) Voilà, sur la pochette nous avons l’impression qu’elle est assise, mais en réalité au moment de la prise de vue elle était allongée sur le sol. Et nous avons simplement retourné la photo.

-Oui j’ai un sens des perspectives et des dimensions, je vois très bien !
(Rires)
AG: Oui, toi tu vois mais les gens ne le voient pas forcément.

-Mais j’aime bien que ça résiste d’abord à la lecture, que ça ne s’offre pas tout de suite. Et puis sur l’image il y a aussi cette trace rouge, très inattendue, menaçante. Elle me rappelle le jet de sang du Théâtre de la Cruauté d’Antonin Artaud.
AG: Oui ! En fait c’est une fille qui se suspend souvent, dans ses photos. Or il y a eu une expo à Paris qui nous a inspirée et qui s’appelait Soulèvement au Japon, sur l’histoire de la peinture, de l’art, et dont le curator était Georges Didi-Huberman. Il avait toute une approche autour du soulèvement dans l’histoire de l’art, jusque dans la peinture classique, en mêlant le soulèvement avec les désirs, le drapé, et ainsi de suite. Et finalement cela se retrouve dans cette image. Pour qu’il y ait un soulèvement, même politique, il faut qu’il y ait un soulèvement des corps, et donc qu’il y ait un désir. Et le désir, c’est le drapé rouge. Voilà.

-Je vais devoir enchaîner avec le désir maintenant… Alors Aquaserge, objet de désir ?!
(Rires)
BG: Groupe désirant. Machine désirante, pour deleuzer !
JG: Machine désir? Il y a ce désir de danser, d’être dans le corps, oui.

-Paradoxalement c’est un corps complexe chez vous, il est écrasé sur la pochette. Le désir y est à la verticale ou alors c’est un faux désir à l’horizontale?
AG: Eh oui, mais elle suit les contraintes que je lui ai imposées. C’est vrai, mais je pense que chacun parvient maintenant à y voir ce qu’il aime. Je crois que la pochette la plus claire de ce point de vue est celle d’avant. Le EP, tu vois lequel ?

-Oui, Guerre EP. Mais la référence visuelle n’est pas si évidente. C’est aussi le problème de l’originalité. On propose quelque chose d’un peu avant-gardiste et on risque de s’adresser seulement aux initiés. Mais d’un autre côté si c’est trop évident on perd l’intérêt, et la visibilité.
JG: Oui et c’est l’avantage aussi. Pas de ne pas être visible, mais de toucher justement les snobs, comme les gens raffinés, qui ont du goût. En général ce sont les musiciens, les poètes, les artistes… Des gens qui peuvent aussi se reconnaître dans Aquaserge. On a des potes artistes, qui n’ont rien à voir avec ça, qui n’ont jamais joué une note, et on trouve une beauté là-dedans. Parce qu’il y a une rareté, entre toutes ces choses.

-Oui, et moi je crois au snobisme pour ces raisons là, cette circulation sans titre. Ce n’est pas un terme péjoratif à mon sens, il ne faut pas le refouler, si cela donne droit à ça.
JG: Non, c’est sûr! Snobisme party, comme disait Boris Vian.

A suivre...

 

Interview / / La Route du Sirque / 
Posté par : Benjamin Vareille
29 sept. 2017

Retranscription interview : Plateau Beaub Fm 
Le 12 août 2017

-AQUASERGE / Benjamin Vareille -

Audrey, Julien, Benjamin et les autres…

I. Des uns, fidélité!

Formé à Toulouse en 2005 autour du noyau dur de trois musiciens, et complété à travers le temps par l’arrivée d’atomes complémentaires, frondeurs de la scène, inconnus frappés, copains et autres prétendants à la famille, il y a un groupe français qui aimerait bien rester là où on l’attend, mais qui vous salue bien. Aquaserge ne répond à aucune des questions attendues, convient qu’à rien ne sert la musique, qu’il vaut mieux voir élastique, jouer serré, et avoir les coudées de ses camarades dans les côtes mais droit au cœur. Partis défendre Laisse ça être, leur dernier opus paru chez Almost Musique et Crammed Discs en début d’année, le collectif de Audrey Ginestet, Julien Gasc, Benjamin Glibert, Manon Glibert et Julien Chamla –en formation quintette –abuse de pyrotechnies imaginaires, de tours de force dada et de contre-pieds cinglants, ces très chers anglais, avec dans leurs sillages le frisson fébrile des étiquettes orphelines.
Invités à jouer à Nexon dans le cadre du festival de la Route du Sirque, cuvée 2017, le groupe a d’abord répondu à une interview radiophonique pour Beaubfm.89 où l’on apprend rien ou son contraire en excellente compagnie, avant de discuter backstage à L’étoile rouge de nouveau, d’abord seul façon Tintin, puis accompagné, mon loulou.
Chaque chapitrage de cet échange est augmenté d’une intervention off de Manon Glibert entre parenthèse, dont le degré de synchronicité s’avère toujours inouï.

Quant au livret dudit entretien, partition ad lib, il comporte des traces de tropicalisme, de soulèvement au japon, de la Reine du Danemark, de Radio Londres, de l’amiral Nelson, de lunettes mouche, de piscines californiennes, de plexiglas et de kiwi.

I. Des uns, fidélité!

Quoi c’est, et à quoi sert ?
Benjamin V: Vous êtes à Nexon ce soir pour une représentation qui est à 22H30, vous défendez Laisse ça être… Nom, prénom, instruments, professions des parents, signe astrologique, c’est à vous.
(Rires)
Julien Gasc : Beh alors je chante, je fais du synthé.
Benjamin Glibert : Je chante et je fais de la guitare. Je m’appelle Benjamin.
Audrey Ginestet : Et moi je chante et je joue de la basse, et du synthé, et je suis Gémeaux.

-La musique c’est quoi, et à quoi ça sert, Aquaserge?
AG: À rien.. (Rires). Ça ne sert à rien.

- La musique c’est inutile?
BG: Oui, je crois que c’est sa force.

- C’est parfaitement indispensable, puisque c’est inutile?
JG: Voila. Le superflu nous est indispensable.
(Rires)

- C’est quel Aquaserge que l’on voit ce soir, c’est quel alias ? Parce qu’on a le trio, le quintette, il y a l’octette…
BG: Quintette ! On ne rentrait pas à huit, on leur a demandé de rentrer chez eux… Mais oui c’est le quintette.

- Généralement il y a une différence entre ce que vous faites, live et studio, le personnel qui est en studio n’est jamais le même, ça change tout le temps?
AG: Oui!

- Une soixante de personnes ont bossé avec vous ces dernières années, c’est ça?
BG: Oui, tout à fait. On a calculé pour la blague, et il y a pas mal de gens qui passent…

- Et maintenant c’est resté. Soixante personnes c’est énorme, et pourtant il y a un noyau dur. C’est qui le noyau dur ?
BG: On ne sait toujours pas exactement, mais ça a commencé à trois, maintenant on est cinq, puis après on sera huit, ou on sera peut-être vingt…Il y a Barbagallo Julien, Gasc Julien…
JG: Glibert Benjamin.
BG: Et ça c’est la première mouture. Après Audrey Ginestet, en plus, Manon Glibert, Julien Chamla. Et puis après l’orchestra: Sébastien Cirroteau, Robin Fincker, Olivier Kelchtermans.

Name dropping sequence
- Donc dans tous ces gens-là, qui participent et qui sont le noyau dur d’Aquaserge, vous avez tous aussi des projets personnels. Vous êtes un collectif plus qu’un groupe, on peut le dire?
BG: Ça s’est dit.
AG: Oui les deux! Les deux.

- Collectif et groupe. Le groupe évolue, mais en même temps il y a beaucoup de collaborations. On peut parler d’April March, Melody’s Echo Chamber, Burgalat…
BG: Stereolab, Lætitia Sadier, et Aksak Maboul maintenant qu’on a eu l’occasion de les rencontrer et de jouer avec eux…
JG: Acid Mother’s Temple…

- Chassol, Emile Sornin et Forever Pavot...Il y a une hiérarchie, un ordre de préférence autour de qui intervient en live, qui intervient en studio chez vous ?
BG: Ce n’est pas très réglé, mais non, c’est en fonction de qui passe, qui a envie…

- Comme l’album précédent À l’amitié le sous-entend il y a une forme élastique de fidélité chez vous, alors est-ce que Aquaserge c’est un groupe fidèle ou infidèle ?
JG: C’est compliqué… Si on peut dire que regarder le mec d’à côté c’est de l’infidélité, par exemple, alors on est infidèles, oui.

LCE soundsystem
- L’album est paru en janvier, et le titre déjà, Laisse ça être, est intéressant. Alors moins clin d’œil mutin aux Beatles qu’en fait la référence à la volonté de capter une sorte de produit en gestation, c’est ça ? C’est le film de Michael Lindsey Hogg ?
BG: C’était plus le processus qui nous a fait penser à Let it be des Beatles. Ils avaient décidé de faire un album filmé, un film enregistrement, un truc comme ça, immergé dans sa création… Bon au final ça n’a pas vraiment abouti, mais c’était le process que l’on trouvait marrant. Mais toi tu en parleras mieux peut-être, Audrey, de comment on appelle ce cinéma ? Parce qu’Audrey vient de la partie…
AG: Essai ! Essai documentaire. Enfin voilà de notre côté autour de l’album, nous avons travaillé avec un cinéaste, Guillaume Bordier. Il a filmé nos trois sessions d’enregistrement pour essayer de capter en cinéma «le moment» où la musique se fait.

- Le processus créatif ?
AG: Oui et puis quand est-ce que la musique est là, enfin la musique, c’est-à-dire le morceau, la chanson, le hit, le truc que l’on va choisir. C’est marrant parce que Guillaume Bordier s’est rendu compte qu’il n’y est jamais. Il avait beau filmer tout le temps, quand il regarde les rushs, «le moment» n’y est pas. Il est où ce moment où la musique est là ? Il se passe plein de choses, mais la musique est peut-être là après…
BG: Oui ou elle est déjà là et on ne l’a pas vue arriver. C’est l’instant, c’est ça que tu veux dire?
AG: Oui !
BG: L’instant de création, l’instant X n’existe pas en fait…

- Du coup il y aura un produit fini, il y aura un film?
AG: Oui il y aura un film. Il est presque fini d’être mixé. J’étais en mixage là, il n’y a pas très longtemps…Le film va circuler en festivals de films d’abord, et ainsi de suite. En fait c’est un film indépendant que l’on sort, ce n’est pas de la promo pour le groupe.

- C’est un prolongement naturel de l’album ?
AG: C’est un prolongement, oui.

- Le titre est aussi dans ce côté un peu trompe la mort : vous ne voulez pas être un groupe qu’on laisse passer, qu’on laisse à regarder ou qui se laisse entendre. Parce que, sous-entendu derrière «Laisse ça être», et j’aime bien penser à ce côté paradoxal, il y a une forme de résistance, et non pas un laisser aller.
BG: Oui, je le voyais un peu comme ça aussi.
AG: Oui, ce n’est pas : «on se laisse aller». Mais en même temps «Laisse ça être» c’est aussi, puisque l’on crée à plusieurs, toutes les difficultés propres à cela. Qui est-ce qui décide, et à quel moment on décide que l’un va jouer cela et l’autre autre chose, que cette idée est bonne et pas une autre ? Et on s’est dit que là on irait à plein, et que l’on laisserait venir la musique, venir les idées, on laisserait le monstre se mettre en place et exister, oui.

Résistance anglaise
- C’est intéressant, on parlait de résistance à l’instant, plutôt que d’un laisser-aller, et vous êtes un groupe français… Ce qui me fait penser à la résistance française. C’est les paroles embouteillées de L’ire est au rendez-vous, un petit peu, c’est ce jeu-là. Donc ça se met en place mais vous avez des contraintes à la base ?
AG: Oui, il y a des contraintes. Mais c’est très très libre, c’est un peu comme le travail des Dada, des Surréalistes, tous ceux-là. On va dire que le «laisse ça être» c’est aussi qu’aujourd’hui la musique est quand même très formatée là où nous on essaye au contraire de laisser faire même le mauvais goût, laisser faire l’autre, laisser faire ce qui vient.
BG: Oui le «ça» ce serait un petit peu ce qu’on ne peut pas nommer parce que l’on ne sait pas vraiment quelle forme «ça» a…

- C’est le «das»!
AG: Ouais voilà.
BG: Oui peut-être. Ce n’est pas Heidegger ça ?

- Intéressant car quand la résistance est française, étrangement elle est sur la BBC.
L’Angleterre n’est jamais loin ?

AG: Oui. (Sourire)

- Surtout chez vous. On peut parler alors de Canterbury à loisir, on vous a comparés à Henry Cow, on pense à Soft Machine. Il y a des références qui sont plus importantes pour vous que d’autres? Robert Wyatt c’est évident…
AG: Ouais!
BG: Fred Frith moi je suis assez fan, ouais.
AG: Moi j’adore Dagmar Krause, la chanteuse donc de Henry Cow.

Voyage immobile
- Autre chose d’important sur l’album c’est aussi l’aspect voyage immobile. Écouter un album c’est un voyage très statique, et pourtant chez vous il y a beaucoup de géographie, on parle de Virage sud, de Tour du monde… C’est quoi, c’est un éloge de la distance, Si loin, si proche ?
AG: Ah tiens! On n’y avait pas pensé… Mais oui bien sûr !

- Rendez-vous, tour du monde, tout est topographique…
JG: La distanciation entre les sujets, entre les personnages aussi. Cela veut dire qu’on peut être à côté, et ne pas avoir du tout la même idée du son, ou de comment il va sortir, de comment il va être produit. Par exemple on a un sujet qui va essayer de rationaliser, et l’autre qui va dire : «non mais laisse ça être, laisse le jouer comme ça.
AG: On est proche et loin.
JG: Oui voilà. On est hyper proches par certains aspects, et par d’autres complètement différents, où l’on n’est pas en accord. Nous sommes en accord désaccords.
AG: C’est peut-être une invitation au monde, à être un peu plus comme ça, si on va à la rencontre de l’autre.
JG: Être un peu plus ouvert.

- De l’éloge de la distance à l’éloge de la différence, il n’y a qu’un pas en fait ?
BG: Oui.
JG: Peut-être à l’éloge de l’ouverture de soi, quand on n’arrive pas vraiment à éclore.
AG: Aussi à s’autoriser des mélanges de styles musicaux, qui ne se font pas, ou à s’approprier des trucs…

- Ça passe par le détournement donc.
AG: Oui.

- Le fait de dire «laisse ça être» et non pas «let it be», c’est déjà une récupération, une sorte de manière de se tenir, ou de récupérer ce qui n’est pas forcément à vous. On dit «si loin, si proche», vous ne dites pas «so close, so far away», c’est intéressant ce détournement «à la française».
JG: Post Situ…

- Vous n’êtes pas un groupe français, vous êtes un groupe «à la française» en fait !
(Rires)
JG: Oui il y a une dimension post-situationniste un peu, aussi…

-Parodique aussi ?
JG: Auto-parodique aussi! Ça peut arriver… (Rires) Dans Tour du monde

- Mais il y a des tas de petites phrases comme ça, que l’on peut récupérer: «domination colonialiste» dans un morceau qui s’appelle Tintin je trouve ça à mourir de rire.
BG: Ah je n’y ai pas pensé non plus…

Meet Julien Gasc
- Il y a des tas de choses comme ça, dedans. Est-ce qu’au final on peut le dire : groupe à la française, groupe cosmopolite, groupe multi-casquettes, et vous êtes obsédés par la géographie, alors vous êtes quoi, un groupe de rock deleuzien ?
AG: Pourquoi pas ?
JG: Ah…  Je ne l’ai jamais lu. Vu oui, mais jamais lu.
AG: Moi j’adore l’abécédaire, oui.

- Aquaserge si c’était un film, ce serait Le beau Serge, ou La vie aquatique ?
JG (off): Oui j’ai vu les deux, mais il y a un côté La vie aquatique. La troupe sur un bateau, ça va très bien, la foire sur un bateau c’est pas mal.
-Tout le monde sur un yellow submarine…
JG: Oui. Et Bill Murray quand même, Bill Murray pour toujours, super fan de Bill Murray.

A suivre...

 

Interview / / La Route du Sirque / 
Posté par : Benjamin Vareille
21 août 2015

RENCONTRE AVEC JANI NUUTINEN

Rencontre avec Jani Nuutinen, dans le cadre des représentations d'Intumus Stimulus,
au festival la Route du Sirque 2015, 
Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin.


Musique et technique : Bastien Desvilles

Intumus Stimulus


Intumus stimulus
est un spectacle de magie mentale imaginé par Jani Nuutinen. C’est un spectacle qui explore les sens humains, leurs capacités, leurs limites, leurs défauts et leurs atouts. Un spectacle qui nous fait croire à l’existence de la perception extrasensorielle. 
Une soirée où l'on peut se rencontrer humblement. Coupé de nos a priori et de nos pensées rationnelles, un moment où on se calme, on s’écoute et on laisse entrer l'inconnu - un moment étrange où tout semble possible. 

Comme une suite à Une séance peu ordinaire, créée à la demande du Sirque en 2009 pour être jouée chez l’habitant, Jani Nuutinen poursuit son exploration de la magie mentale. A l’intérieur de sa nouvelle petite structure autoportée, le finlandais, directeur de cirque, homme-orchestre, nous fait redécouvrir nos cinq sens, leurs capacités, leurs défauts, leurs limites et leurs atouts.
Se couper du monde de l’extérieur, de ses a priori et de ses pensées rationnelles, pour pouvoir écouter ses sens, douter, aimer, avoir peur ou encore s’émerveiller dans cette séance de magie peu ordinaire entrecoupée de moments de dégustations et de discussions…
Le cirque et la magie fusionnent dans l’imaginaire de Jani Nuutinen. Une création singulière où tout semble possible, un saut sans filet avec des techniques expérimentales et faillibles, un pas vers le vrai mentalisme.



Au festival La Route du Sirque



À partir de 15 ans
Chapiteau Circo Aereo – Pelouse centrale
Durée 1h40 – Tarifs 20€/15€/8€

Vendredi 14 août > 19h00
Samedi 15 août > 19h00

Mardi 18 août > 19h30 
Mercredi 19 août > 19h30
Vendredi 21 août > 19h30
Samedi 22 août > 20h00   

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com


Intumus Stimulus


Ecriture, mise en scène et interprétation :
Jani Nuutinen 
Régie générale : Nicolas Flacard 
Costumes : Isabelle Decoux 
Regard extérieur : Jean-François Bourinet 
Cuisine : Rebecca Marlot 
Création culinaire : Mélanie Leduc

Production Circo Aereo
Coproduction Cirque-Théâtre d’Elbeuf – Pôle National des Arts du Cirque Haute Normandie ; Agora – Pôle National des Arts du Cirque  Boulazac Aquitaine ; Le Sirque – Pôle National des Arts du Cirque Nexon Limousin ; Théâtre Jean-Lurçat – Scène Nationale d’Aubusson ; La Mégisserie – EPCC de Saint-Junien ; Théâtre de Cusset – scène conventionnée cirque
Soutiens Espace Périphérique – Mairie de Paris – Parc de la Villette ; DGCA – Aide à la création pour les arts du cirque ; Conseil Régional du Limousin – Aide à la création ; SPEDIDAM – Aide à la création diffusion
Circo Aereo est conventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication / Direction Régionale des Affaires Culturelles du Limousin pour son projet artistique sur la période 2014 – 2016.


Visitez le site de la compagnie Circo Aereo
Découvrez l'intégralité de notre dossier sur La Route du Sirque.

                                                                          

Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
19 août 2015

RENCONTRE AVEC MARTIN PALISSE

Rencontre avec Martin Palisse, dans le cadre des avant-premières de Slow Futur avec Zombie Zombie, 
au festival la Route du Sirque 2015, 
organisé par le Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin

La création de Slow Futur aura lieu du 11 au 14 novembre 2015,
au Théâtre National de Bretagne à Rennes, dans le cadre du festival Mettre en Scène.


Musique et technique : Bastien Desvilles


Slow futur


Après POST et Still life (présentés en 2011 et 2014), Elsa Guérin et Martin Palisse poursuivent leur recherche sur le jonglage et son potentiel chorégraphique, dramatique et poétique. Dans Slow futur, ils mettent en scène une manière de faire corps et d’être ensemble face à l’avancée inexorable du temps : deux humains, un long tapis roulant… qui défile comme le temps qui passe, comme la vie…
Portés par une musique originale et live du groupe Zombie Zombie, ludique, effrénée et envoûtante, les deux tentent l’unité face au mouvement qui les emporte.
Dispositif scénographique et agrès de cirque, le tapis devient le sujet d’une curieuse écriture chorégraphique à la fois verticale (le jonglage) et horizontale (le déplacement).
Entre immobilité en mouvement, ralentis hypnotiques et accélérations saisissantes, Slow futur déroule une montée en puissance, immergeant acteurs et spectateurs dans une expérience physique du son et de la lumière.
Martin Palisse dirige le Sirque – Pôle National des Arts du Cirque de Nexon en Limousin. 


Avant-premières au festival La Route du Sirque,
avec Zombie Zombie

Dès 8 ans
Chapiteau Sirque
Durée 1h – Tarifs 20€/15€/8€ 

Vendredi 14 août > 21h00
Samedi 15 août > 21h00
Dimanche 16 août > 20h00

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com


Slow Futur

Conception, mise en scène et scénographie :
Elsa Guérin & Martin Palisse 
Musique originale : Zombie Zombie 
Interprétation : Elsa Guérin, Martin Palisse, Etienne Jaumet, Cosmic Neman, Dr Schonberg 
Création, construction installation lumineuse et régie lumière : Thibault Thelleire (création avec Elsa Guérin & Martin Palisse) 
Construction scénographique : (tapis roulant) Stephan Duve 
Régie son et plateau, direction technique : Gildas Céleste

Production Cirque Bang Bang
Coproduction Festival Mettre en scène – Théâtre National de Bretagne à Rennes ; Le Sirque – Pôle national des arts du cirque de Nexon en Limousin ; Le Carré Magique de Lannion-Trégor – Pôle national des arts du cirque en Bretagne ; La Verrerie d’Alès – Pôle national cirque Languedoc-Roussillon ; La Cité du cirque – Pôle régional des arts du cirque au Mans ; Sémaphore – scène conventionnée théâtre et chanson à Cébazat ; Théâtre de Cusset – scène conventionnée cirque ; La Maison des jonglages – scène conventionnée jonglage(s) à La Courneuve.


Ecoutez l'interview d'Elsa Guérin, au sujet de Slow Futur.
Découvrez l'intégralité de notre dossier sur La Route du Sirque.

 

Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
18 août 2015

RENCONTRE AVEC PHIA MÉNARD

Rencontre avec Phia Ménard, dans le cadre des représentations de L’après-midi d’un foehn Version 1,
au festival la Route du Sirque 2015,
organisé par le Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin

Musique et technique : Bastien Desvilles



L’après-midi d’un foehn version 1
 Note d'intention


"Combien de temps vit un sac plastique ? Entre la mélasse du pétrole et son utilisation, combien de temps ?
Rien, comparé au temps où il va errer sur la planète au gré des vents et des tourbillons.
Libérer ses mains, se tenir debout ou à l’envers, être l’objet de tous les mouvements.
Juste un bruit et la caresse de l’air.
Le dispositif de cette performance est celui d’une turbine simple permettant de créer un vortex. Les objets façonnés à partir de sacs plastiques évoluent dans l’espace réagissant au mouvement de l’air contrôlé par la protagoniste.
Là commence sa vraie vie, celle de son autonomie, poche anonyme parmi les poches du monde entier, en
route pour une éternité putrescible !
Et surtout pourvu qu’il y ait du vent pour franchir les obstacles, pour franchir les océans et les montagnes et faire d’autres rencontres, et se frotter à de nouvelles vies.
Et si nous aussi, humains, accrochés au sol, nous pouvions nous échapper de la gravitation pour enfin flirter avec le libre arbitre des vents, et nous laisser transporter dans les valses de l’air ?
Et si en toute insouciance, nous nourrissions notre soif de défricher des territoires inconnus, de mener des
combats incertains pour faire de chacun de nos membres une partie de nous, autonome et incontrôlée."


Phia Ménard, août 2010


Au festival La Route du Sirque

Dés 5 ans
Salle Georges Méliès
                                                                                                  
Durée 25 min.  – Tarif 6€ 

Vendredi 14 août > 16h30 et 18h00

Samedi 15 août > 16h30 et 18h00
Dimanche 16 août > 16h30 et 18h00
Mardi 18 août > 16h30 et 18h00
Mercredi 19 août > 17h00 et 18h30
Jeudi 20 août > 17h00 et 18h30
Vendredi 21 août > 17h00 et 18h30
Samedi 22 août > 16h30 et 18h00

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com



L’après-midi d’un foehn Version 1


Conception et écriture :
Phia Ménard
Assistée de : Jean-Luc Beaujault
Interprétation : Jean-Louis Ouvrard
Création de la bande sonore : Ivan Roussel d’après l’oeuvre de Claude Debussy
Régie de tournée : Olivier Gicquiaud
Diffusion de la bande son en alternance : Olivier Gicquiaud, Claire Fesselier, Ivan Roussel, Mateo Provost
Marionnettes : Conception Phia Ménard  / Réalisation Claire Rigaud
Administration, Diffusion : Claire Massonnet
Chargées de production : Clarisse Mérot et Honorine Meunier
Chargé de communication : Adrien Poulard

La Compagnie Non Nova est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC
des Pays de la Loire, le Conseil Régional des Pays de la Loire, le Conseil Départemental de Loire-Atlantique
et la Ville de Nantes. Elle reçoit le soutien de l’Institut Français et de la Fondation BNP Paribas.

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est artiste associée à l’Espace Malraux Scène nationale de Chambéry et de la Savoie, au Théâtre Nouvelle Génération - Centre Dramatique National de Lyon et au Centre Chorégraphique National de Caen / Basse-Normandie.

Remerciements chaleureux à Pierre Orefice, aux enseignantes et élèves de l’Ecole Gaston Serpette / Nantes
(Maternelle et Cours Préparatoire année 2008/2009), à Pierre Watelet et Mathilde Carton du Muséum
d’Histoire Naturelle / Nantes, et Pascal Leroux du Collectif la Valise / Nantes.

Visitez le site de la compagnie Non Nova
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Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
17 août 2015

RENCONTRE AVEC ELSA GUÉRIN

Rencontre avec Elsa Guérin, dans le cadre des avant-premières de Slow Futur avec Zombie Zombie, 
au festival la Route du Sirque 2015, 
organisé par le Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin

La création de Slow Futur aura lieu du 11 au 14 novembre 2015,
au Théâtre National de Bretagne à Rennes, dans le cadre du festival Mettre en Scène.


Musique et technique : Bastien Desvilles


Slow futur


Après POST et Still life (présentés en 2011 et 2014), Elsa Guérin et Martin Palisse poursuivent leur recherche sur le jonglage et son potentiel chorégraphique, dramatique et poétique. Dans Slow futur, ils mettent en scène une manière de faire corps et d’être ensemble face à l’avancée inexorable du temps : deux humains, un long tapis roulant… qui défile comme le temps qui passe, comme la vie…
Portés par une musique originale et live du groupe Zombie Zombie, ludique, effrénée et envoûtante, les deux tentent l’unité face au mouvement qui les emporte.
Dispositif scénographique et agrès de cirque, le tapis devient le sujet d’une curieuse écriture chorégraphique à la fois verticale (le jonglage) et horizontale (le déplacement).
Entre immobilité en mouvement, ralentis hypnotiques et accélérations saisissantes, Slow futur déroule une montée en puissance, immergeant acteurs et spectateurs dans une expérience physique du son et de la lumière.



Avant-premières au festival La Route du Sirque,
avec Zombie Zombie

Dès 8 ans
Chapiteau Sirque
Durée 1h – Tarifs 20€/15€/8€ 

Vendredi 14 août > 21h00
Samedi 15 août > 21h00
Dimanche 16 août > 20h00

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com


Slow Futur

Conception, mise en scène et scénographie :
 Elsa Guérin & Martin Palisse 
Musique originale : Zombie Zombie 
Interprétation : Elsa Guérin, Martin Palisse, Etienne Jaumet, Cosmic Neman, Dr Schonberg 
Création, construction installation lumineuse et régie lumière : Thibault Thelleire (création avec Elsa Guérin & Martin Palisse) 
Construction scénographique : (tapis roulant) Stephan Duve 
Régie son et plateau, direction technique : Gildas Céleste

Production Cirque Bang Bang
Coproduction Festival Mettre en scène – Théâtre National de Bretagne à Rennes ; Le Sirque – Pôle national des arts du cirque de Nexon en Limousin ; Le Carré Magique de Lannion-Trégor – Pôle national des arts du cirque en Bretagne ; La Verrerie d’Alès – Pôle national cirque Languedoc-Roussillon ; La Cité du cirque – Pôle régional des arts du cirque au Mans ; Sémaphore – scène conventionnée théâtre et chanson à Cébazat ; Théâtre de Cusset – scène conventionnée cirque ; La Maison des jonglages – scène conventionnée jonglage(s) à La Courneuve.


Ecoutez l'interview de Martin Palisse, au sujet de Slow Futur.
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Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
15 août 2015

RENCONTRE : DIDIER ANDRÉ ET JEAN-PAUL LEFEUVRE

Rencontre avec Jean-Paul Lefeuvre et Didier André, dans le cadre des représentations de La Serre, Chez Moi Circus et Ni Omnibus,
au festival la Route du Sirque 2015, 
organisé par le Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin

Musique et technique : Bastien Desvilles



Atelier Lefeuvre & André

 À propos des artistes


Copains depuis belle lurette, Jean-Paul et Didier sont pourtant façonnés par des parcours différents que rien ne prédestinait au chapiteau et encore moins à la scène.
Jean-Paul avec son BEPA agriculture/élevage, option bovins-porcins travaille sur le domaine familial, Didier, dessinateur industriel, chez Moulinex. Ils participent en amateurs curieux aux ateliers du Cirque du Dr Paradi, le premier tenté par les monocycles et l’équilibre sur les mains, le second, avec sa formation de matheux, tout naturellement attiré par le jonglage.Au printemps 1985, ils tombent un peu par hasard sur la documentation annonçant l’ouverture de ce qui deviendra le prestigieux Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne et décident de tenter leur chance. La première promotion de Châlons présente son spectacle de fin d’étude en 1989. Une compagnie, et pas des moindres, se montre intéressée par le talent des nouveaux promus : Archaos.
Une tournée plus tard, Jean-Paul et Didier fondent avec six anciens camarades de Châlon, le Cirque O, autre fabuleuse troupe renommée du cirque moderne. Puis, en 1994, leurs chemins se séparent, Didier va faire un petit tour du côté de l’Institut de jonglage et de Philippe Découflé tandis que Jean-Paul co-fonde Que-Cir-Que dont il devient l’une des trois figures de proue.

Jean-Paul et Didier se retrouvent finalement en 2001 pour créer en duo La Serre. Un spectacle poéticoagricole dont les 30 minutes de prouesses rocambolesques, légères et drôles sont loins des exercices de style habituels. Titillés par l’envie de faire durer le plaisir, ils complotent en 2003 une version longue de La Serre : ce sera Le Jardin, qui marque également leur soumission à la loi frontale de la salle.
En décembre 2007, ils créent à nouveau pour la salle Bricolage érotique, leur troisième spectacle en duo.
En 2011, alors qu’ils ont l’habitude de se produire ensemble sur scène, ils décident de créer
individuellement leur propre spectacle. De cette expérience naitra le concept 8m3 (La surface de jeu) regroupant les deux solos Chez moi circus et Ni Omnibus, qu’ils présenteront aussi cette année au festival.


La Serre

Conception et interprétation : Didier André et Jean-Paul Lefeuvre
Production : Atelier Lefeuvre & André, Par les Chemins Production

Chez Moi Circus 
Conception et interprétation : Didier André
Avec le regard complice de : Jean-Paul Lefeuvre

Production : Atelier Lefeuvre & André, Par les chemins
Sur une initiative de : l’Yonne en Scène
Avec le soutien : du Conseil Départemental de L’Yonne.

Ni Omnibus

Conception et interprétation : Jean-Paul Lefeuvre
Avec le regard complice de : Didier André et Hyacinthe Reisch

Production : Atelier Lefeuvre & André, Par les chemins 
Sur une initiative de : l’Yonne en Scène
Avec le soutien : du Conseil Départemental de L’Yonne. 

Visitez le site de l'Atelier Lefeuvre & André
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Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles