Radio critique

06 déc. 2018

ENTRETIEN AVEC MICHAEL DE COCK

Rencontre avec Michael de Cock, dans le cadre des représentations de Kamyon,
au Vigenal, à Limoges,
pour le Festival des Francophonies en Limousin 2015.


Musique et technique : Bastien Desvilles

Ecoutez également notre interview de Gianina Cărbunariu, au sujet du spectacle Solitaritate,
Festival des Francopnonies en Limousin 2015.

Kamyon

Un voyage vers une terre promise. Sur sa route à travers l’Europe, une petite fille quitte la Syrie avec sa mère et se demande pourquoi elle ne peut emporter que deux petits sacs et pourquoi elle doit laisser derrière elle toutes ses peluches. Toutes sauf une. Laquelle prendre ? L’ours avec un seul œil ? Le singe avec la cravate verte et jaune ? Installé à l’intérieur d’une remorque de camion, le public assiste à la fois à la pièce et à ce qui se passe dans le monde extérieur. Il est le témoin d’une réalité qui se découvre devant lui. La réalité de l’immigration clandestine, des questions qu’on se pose, des objets qu’on laisse derrière soi et des rêves que l’on construit quand on est une petite fille à l’arrière d’un camion de transport longue distance.

Créer un théâtre de 40 places dans une remorque et faire voyager ce théâtre sur la route empruntée par les migrants est un pari fou. Tout comme la petite fille, le camion traverse l’Europe, de la Turquie à l’Angleterre et va à la rencontre d’une poignée de spectateurs de tous âges (à partir de 8 ans) qui tracent à leur tour un chemin à travers ce large territoire. Parler de l’immigration clandestine, des voyages cachés parmi les marchandises en suivant le trajet de nombreux migrants, c’est également nous permettre à nous, spectateurs et témoins de toute l’Europe de comprendre et de réfléchir au monde dans lequel nous vivons.

Depuis plus de 10 ans, Michael De Cock s’est emparé des questions liées à l’immigration, en tant qu’auteur, journaliste mais également dans son travail de metteur en scène. Il y a eu, pour lui et pour Mesut Arslan, une nécessité et une urgence à créer la performance théâtrale et musicale Kamyon sur ce thème. Pour raconter des histoires sur le monde dans lequel nous vivons, sur notre société, des histoires qui comptent, nous touchent et dans le même temps, nous font réfléchir sur le monde que nous construisons. Et ce ne sont pas les migrations massives récentes qui pourraient lui donner tort : c’est un sujet majeur qui concerne tous les pays européens, tous les gouvernements et tous les citoyens.
Invité à présenter son texte en première lecture dans le cadre de Nouvelles Zébrures 2015, Michael a rencontré plusieurs classes avec leurs instituteurs, ainsi que des associations, à Limoges et en Creuse. 
Ces rencontres ainsi que les questions que soulevaient les enfants, lui ont permis de peaufiner son texte, en particulier dans son approche de la version française, lui qui est néerlandophone.
Le spectacle, ayant eu sa première en mai à Istanbul, va donc rejoindre Limoges en septembre, après avoir traversé toute l’Europe de l’Est et la Belgique et avant de rejoindre la Grande-Bretagne : comme la trace poétique qui suit la route d’une petite fille, cachée dans un camion.


Kamyon

14 représentations entre le 28 septembre et le 3 octobre, à Bourganeuf et au Vigenal à Limoges
Dans le cadre du Festival des Francophonies en Limousin 2015
Durée : 1h
Tout public à partir de 8 ans

Conception : Michael De Cock (t,arsenaal mechelen) et Mesut Arslan (Platform 0090) 
Texte et direction : Michael De Cock 
Créé avec : Deniz Polatoglu, Rudi Genbrugge, Stef Depover, Kristin Rogghe et Mesut Arslan 
Jeu : Jessica Fanhan
Traduction : Birsen Taspinar
Dramaturgie : Kristin Rogghe
Scénographie : Stef Depover
Costume : Myriam Van Gucht
Film d’animation :  Deniz Polatoglu
Technique : Dieter Lambrechts et Rutger Mollen sous la direction de Felix Goossens 
Technique vidéo : Turan Tayar

Production : t,arsenaal mechelen et Platform 0090
En collaboration avec : Ex Ponto Festival
Remerciements à : Salman Saimouaa

Ce projet est cofinancé par l’Union européenne. L’Europe s’engage en Limousin avec le Fonds européen de Développement Régional

Tournée : 
20 au 24 mai 2015 : première à Istanbul/Turquie 
1er juillet au 23 août 2015 : Zomer van Antwerpen - Anvers / Belgique 
18 au 20 septembre 2015 : Ex Ponto Festival – Ljubljana / Slovénie 
Novembre 2015 : Unicorn Theatre – Londres / GB

 

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Bastien Desvilles
01 déc. 2018

ENTRETIEN AVEC JEROME RICHER

Rencontre avec Jérôme Richer, dans le cadre des représentations de Tout ira bien,
à l'Espace du Crouzy, Boisseuil
pour le Festival des Francophonies en Limousin 2015.


Musique et technique : Bastien Desvilles

Tout ira bien

« Nous avons tous une histoire avec les Roms. Je veux dire, nous avons tous une petite anecdote personnelle à raconter où les Roms jouent un rôle important ». C'est par ces mots que Jérôme Richer commence Tout ira bien, pièce qui est, pour l'auteur, une tentative d'interroger notre relation à la communauté rom. Et dans le même temps, ce que cette relation dit de nous.
Loin de piéger le spectateur dans des grilles de lecture toutes faites, Jérôme Richer décortique les discours excluant qui jouent sur la peur de l'autre. Il en appelle à notre capacité à penser de nouvelles utopies humanistes et généreuses.
Construit en trois parties, ce spectacle mélange différentes techniques théâtrales. Dans la première partie, ce sont les procédés du stand-up qui sont convoqués. La deuxième qui s'intéresse à un mariage gitan qui s'est déroulé en Valais, en Suisse, reprend des moyens propres à l'agitprop avec un rapport très frontal des comédiens au public. La troisième partie enfin est construite comme un oratorio et revisite un épisode sombre de l'histoire suisse où des enfants Jenisches étaient enlevés de force de leurs familles pour être éduqués soi-disant au travail et à la discipline entre 1926 et 1971.
« C'est l'espoir qui porte le texte, l'espoir de briser la distance qui nous sépare les uns des autres, de renouer avec une communauté solidaire, ouverte aux autres et à la différence. C'est l'espoir que soit réduite la peur qui nous éloigne, la peur qui nous rend petits, aigris et mesquins. »


Tout ira bien
jeudi 1er octobre et vendredi 2 octobre 2015, 20h30 Espace du Crouzy Boisseuil,
dans le cades du Festival des Francophonies en Limousin 2015.

Texte et mise en scène : Jérôme Richer
Collaboration artistique : Olivia Csiky Trnka
Avec : 
François Revaclier, Fanny Brunet, Mathias Glayre, Frédéric Mudry, Marcela San Pedro
Vidéo : Nicolas Wagnières
Musique : Andrès Garcia
Lumières : Joëlle Dangeard
Costumes : Irène Schlatter
Accueil en partenariat : avec l’Espace du Crouzy à Boisseuil
Production : La Compagnie des Ombres
Coproduction : Théâtre du Grütli.
Avec le soutien de : la Loterie Romande, Pro Helvetia–Fondation Suisse pour la culture, Fondation Ernst Göhner Co.

Jérôme Richer a reçu pour l’écriture du texte une bourse culturelle de la Fondation Leenaards ainsi qu’une bourse d’aide à la création de la Ville de Genève en 2012.

Ce projet est cofinancé par l’Union européenne. 

 

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Bastien Desvilles
01 déc. 2018

ENTRETIEN AVEC GIANINA CARBUNARIU

Rencontre avec Gianina Cărbunariu, dans le cadre des représentations de Solitaritate,
au Centre Culturel Municipal Jean-Moulin à Limoges,
pour le Festival des Francophonies en Limousin 2015.

Musique et technique : Bastien Desvilles


Ecoutez également notre interview de Michael De Cock, au sujet du Spectacle Kamyion,
Festival des Francophonies en Limousin 2015.

En 2016, Tigern, de Gianina Cărbunariu sera joué dans une mise en scène de Sofia Jupither au Festival D'Avignon (Théâtre Benoît-XII, du 13 au 17 juillet).

Solitaritate


Tout commence par le partage de la salle où le public est installé. Les acteurs négocient la propriété des rangées de fauteuils où nous, spectateurs, sommes assis, assistant impuissants à un jeu de rivalités et de stratégies dont nous ignorons les règles. Nous sommes un auditoire silencieux, dans l’obscurité. C’est ce sentiment de confusion, d’impasse que vivent les classes moyennes citadines roumaines (et européennes) que Gianina Cărbunariu transpose sur scène au cours de cinq tableaux qui sont autant de fictions inspirées d’une réalité ou d’un type de discours présents dans la société roumaine contemporaine.

Du mur construit à Baia Mare pour séparer la communauté rom de la route principale entrant dans la ville, au couple qui s’interroge sur les avantages et les inconvénients du recours aux services d’une nounou philippine en passant par le chauffeur de taxi qui multiplie les courses et vend tous ses biens pour payer une opération pour sa fille, Gianina Cărbunariu dresse un portrait sévère de la classe moyenne citadine roumaine. Elle interroge plus largement notre acceptation silencieuse de règles destinées à stigmatiser toute différence, à rechercher des boucs émissaires et à étouffer tout ce qui pourrait nous rapprocher. Le parcours dans lequel elle nous entraîne fait apparaître une société roumaine obnubilée par une réussite à l’européenne, aux standards de vie promus par les médias et par Bruxelles, négligeant son histoire et ses singularités pour y parvenir.

Maniant avec brio la caricature et l’ironie, Gianina Cărbunariu répond à la commande faite par le projet Villes en Scène/Cities on Stage et livre un grand spectacle politique, critique à l’égard de son propre pays, mais aussi de toute l’Europe.


Solitaritate
Spectacle en roumain surtitré en français et en anglais
mardi 29 septembre et mercredi 30 septembre 20h30, CCM Jean Moulin, Limoges
dans le cadre des Francophonies en Limousin 2015
durée : 2h 

Texte et mise en scène :
 Gianina Cărbunariu 
Avec : Florin Cosulet, Ali Deac, Diana Fufezan, Adrian Matioc, Mariana Mihu, Ofelia Popii, Cristina Ragos, Ciprian Scurtea, Marius Turdeanu
Scénographie, lumière et vidéo : Andu Dumitrescu
Musique : Bogdan Burlàcianu
Chorégraphie : Florin Fieroiu
Costumes : Andrei Dinu
Assistante mise en scène : Sanda Anastasof 
Directeur technique : Florin Traian Ticu
Régisseur de scène : Stefan-Antonie Bucsa
Maquillage : Vlad Elena
Accessoiriste : Ana Dumnitru
Son : Bogdan-Vlad Ropcean
Lumières : Mihai Parau
Vidéo : Claudiu-Sebastian Mihailescu 
Machinistes : Petru Bara, Adrian-Mihai Modran, Alexandru Melnicenco, Mihai Uca, Iulius-Gigi Ghinies 
Responsable projet et coordination tournée : Ramona-Mihaela Hristea

Accueil en partenariat avec : les Centres culturels municipaux de Limoges
Production : Théâtre National Radu Stanca Sibiu, Théâtre National - Bruxelles, Festival d’Avignon 
Avec le soutien : du Programme Culture de l’Union européenne dans le cadre du projet Villes en Scène/Cities on Stage.
Accueil en France : avec l’aide du Ministère de la Culture roumain

L’Institut Culturel Roumain soutient la participation roumaine au Festival des Francophonies de Limoges -2015
Ce projet est cofinancé par l’Union européenne. L’Europe s’engage en Limousin avec le Fonds européen de Développement Régional

L’œuvre de Gianina Carbunariu est publiée en France aux éditions Actes Sud-Papiers et aux éditions L’Espace d’un instant. SoliTarité est publié chez L’Arche Editeur

 

Interview / / Focus Limousin / / Francophonies Limousin / 
Posté par : Bastien Desvilles
22 nov. 2018

CRITIQUES DE SPECTATEURS 
Zohra Sadaoui / Patrice Thomasse
Le Théâtre de l'Union, CDN Limousin, propose cette année à ses spectateurs des ateliers de critique, dirigés par le critique dramatique Jean-Pierre Han.
Le premier spectacle autour duquel ces ateliers ont eu lieu, était "Les époux" de David Lescot, mis en scène par Anne-Laure Liégeois.
Aujourd'hui, Radio Théâtre vous propose de découvrir le fruit de ces ateliers, en lisant la critique de l'une des participants, Zohra Sadaoui, et celle de l'un des participants, Patrice Thomasse.

Un couple sans histoires ?

Tout humain a sa propre histoire. Toute nation a sa propre Histoire. C’est en ce sens que Les époux, pièce écrite par David Lescot et mise en scène par Anne-Laure Liégeois, nous plonge à la fois dans l’univers historique de la Roumanie du 20ième siècle et dans un « je/u » dramatique du couple Ceausescu, interprété par les comédiens Olivier Dutillois et Agnès Pontier.

À peine entrés et installés dans la salle, le spectacle semble avoir commencé. La déambulation simultanée des deux acteurs, de stature opposée, sur une scène sobre, lumineuse et symétrique, les atours traditionnels et folkloriques dont ils sont parés, le décor en huis-clos de la scène m'interpellent quant à la nature de ce couple et à la tonalité de ce spectacle. S’agit-il d’un couple fusionnel, d’un couple original, d’un couple décalé ? S’agit-il d’un spectacle comique, clownesque, tragi-comique, burlesque ? Telles sont les questions qui traversent d'emblée mon esprit.

Tout commence par une histoire ordinaire. Un homme, une femme, issus tous deux d’un milieu traditionnel et campagnard, finissent par se rencontrer. Leurs « us et costumes » humbles et militants communs les unissent. Ils parviennent alors à devenir camarades de coeurs.

Une fois marié, le duo inséparable et fusionnel s’érige en Père et Mère du peuple roumain. Ils se métamorphosent et se défont alors de leurs habits humbles pour revêtir des tenues on ne peut plus solennelles. Une fois les rênes de la patrie en main, ils s’octroient les pleins pouvoirs et sèment alors la tyrannie dans leur pays. Désormais, communisme et despotisme se marient et s'allient.

D’une histoire ordinaire à une Histoire Extraordinaire, le parcours des deux époux est interprété de la façon la plus naturelle et débridée qui soit. Ici, tous les registres sont permis. Nous sommes pris dans l’histoire d’un couple banal aux personnalités clownesques et burlesques. Lui est grand, et elle petite : le duo s’annonce d’emblée décalé. Lui est hésitant -le bégaiement- et elle vaillante –sa posture autoritaire nous saute aux yeux. Par la suite, nous assistons aux exhibitions d’un duo politique hors pair, aux exigences implacables et démesurées. Lui comme Elle, sont avides de reconnaissance, à l’intérieur comme à l’extérieur de leur être. Lui comme Elle, au travers de leurs postures à la fois rigides et autoritaires, traduisent aussi bien leur soif de domination et de manipulation du peuple dont ils sont, pour ainsi dire, l'opium.

Ironie du sort, tout en nous dévoilant leur histoire et leur intimité, les époux au travers de scènes banales de la vie quotidienne, affichent finalement leur appartenance au commun des mortels. Humains nous-mêmes, nous sommes donc en face d’autres êtres humains qui, poussés par leur conquête de réussite et de pouvoir, se laissent à la fois manipuler par leurs désirs profonds et aveugler par leurs passions qui les mènent tout droit à la déchéance, à une déchéance Humaine.

Zohra Sadaoui

 

 

Dévoyez ! Dévoyez !


Nous avons trois soirs au Théâtre de l'Union afin de nous remettre en phase avec les lendemains de la seconde guerre mondiale, vus de l‘est : en Roumanie. Les velléités de rapprochement de ce qu’il reste des nations de cette vieille Europe, écartelée entre un fascisme à peine froid dont elle ne veut plus entendre parler et un communisme vers lequel elle aurait pu se tourner par dépit, la rendent attentive au fonctionnement des républiques socialistes d‘après-guerre, histoire de voir ce qui pourrait en ressortir…

S'il pouvait subsister quelques espoirs de ce côté-là, la révélation progressive des purges staliniennes et plus tard, en direct, celle de la chute du gouvernement des Ceausescu vont s’appliquer à nous désespérer définitivement de la possibilité d‘une vie libre dans quelque système politique que ce soit.

Ainsi je divaguais librement au sortir de cette représentation « Des Epoux » pièce conduite par Anne-Laure Liégeois sur un texte de commande à David Lescot. Et nous ne sommes pas surpris de voir chacun s’exprimer dans son domaine, celui de l’écriture pour lui et de la direction d’acteur et de la scénographie pour elle, dans le but, d’offrir la meilleure compréhension des psychologies autoritaires lorsqu’elles atteignent leur but : celui du plus haut niveau de commandement d‘un état.

Ils sont deux sur scène et ce sont les futurs époux Ceausescu, Nicolae et Elena, militants de la même section du parti.
La première partie de la pièce, menée tambour battant et de façon parfois un peu forcée par un Olivier Dutilloy et une Agnès Pontier folkloriquement costumés, nous informe de la banalité des deux personnages, qu‘aucun destin d‘exception ne semble a priori attendre.
Au moment de leur rencontre, dans les manifestations du parti communiste, Nicolae est bègue et plutôt misogyne. Il semble entrevoir la possibilité de s’affirmer en présence de cette jeune fille qu’il vient de rencontrer. Ainsi nait cet amour, comme d’autre naissent pour d’autres raisons. Celui-ci songe à s’épanouir en obtenant sa place et ses avantages au sein du parti.
Ils convolent, prennent leurs dimension politique en connivence avec le pouvoir, manœuvrent habillement, et digèrent les éléments du marxisme à leur sauce, tandis qu’en arrière-plan s'installe et se fond la projection d'images d‘archives.
A partir de cet unique lieu de vie, nous les voyons s’affirmer, grandir dans la démesure, et leur histoire se déroule sous nos yeux : les présidents en visite, la cérémonie d’adieu au vieux Conducator, les votes à main levée, les discours convenus et de circonstance... L’entière dimension historique du spectacle nous est ainsi livrée et ne nous quittera plus. Les comédiens en porteront tous les aspects mégalo-grotesques, à bout de bras.
De l’ascension à la déchéance, ils agissent en ambassadeurs de leur propre vanité, discutent et comparent les qualités de l’accueil des pays visités, comptabilisent les petites cuilleres chapardées, organisent des parties de chasse à l‘ours diplomatiques (bonjour monsieur Giscard), contrôlent l’avancée des travaux d’un énorme et prétentieux palais de marbre dont ils accepteront de prendre livraison seulement quand le choix des colonnes sera le bon.
Tous les doutes sur la crédibilité de l’entreprise théâtrale sont alors levés lorsque le jeu grotesque, qui jusqu’ici nourrissait la fiction, devient un outil acéré pour décrire le réel. Alors nous comprenons que nous sommes venus pour ça aussi, pour, à partir de nos vagues souvenir, et à supposer que nous soyons nés au milieu du XXème siècle, essayer de recoller ensemble les morceaux de nos mémoires saturées des scabreuses situations politiques d‘après-guerre. Parmi toutes, effectivement, celle-ci mérite une attention particulière.

La pièce restant centrée sur les Époux, l’aspect informatif de la pièce atteint cependant ses limites, car nulle part les atteintes directes à la vie du peuple ne sont évoquées. Métaphoriquement, par des combats de chiens projetés en vidéo, veut-on nous signifier pourtant l’existence d’une violence extérieure.
Depuis l’univers clos du palais, d’où ils gouvernèrent et sévirent cinquante année durant, aucune image cruelle n‘apparait, les assassinats convenant mal aux situations burlesques dans lesquelles Les Epoux se complaisent.
Pour notre plus grand bien, la mise en scène nous épargne donc leur exécution à tous deux. Nous sommes en 1989, les massacres de Timisoara viennent d’avoir lieu, après avoir tout de même brièvement évoqué les souffrances supportées par le peuple, un tribunal d’exception prononce la sentence … et fin de partie.

A un moment de notre histoire, étendue à celle de nos voisins d’Europe de l’est que nous pourrions avoir tendance à mépriser si nous ne nous surveillions pas un peu, je mets en balance les dérives de notre nation exprimées juste un peu plus tôt. Voilà à peu près ce à quoi je pensais en descendant les marches de l’Union ce vendredi d’octobre 2015 et voilà sans doute ce à quoi un théâtre peut servir.

Patrice Thomasse
                                                                                                                       

Le Théâtre de l'Union, Centre Dramatique National du Limousin, propose cette année une curieuse expérience à ses spectateurs : endosser le costume du critique !
Trois ateliers de critique seront donc dirigés par Jean-Pierre Han au Théâtre de l'Union cette saison.
Ils auront pour but une réflexion collective autour des œuvres vues et le passage à l'acte... d'écrire.
C'est la dimension du plaisir d'écrire et d'être spectateur qui sera mise en avant lors de ces ateliers.
Aucun niveau spécifique n'est requis, les ateliers sont ouverts à tous.
Critique dramatique, Jean-Pierre Han mène de nombreux ateliers de critique en France et est, entre autres, directeur de la revue frictions.
Radio Théâtre est partenaire de cette action et publiera au fur et à mesure des critiques de spectateurs rédigées lors de ces ateliers.

Pour en savoir plus, vous pouvez écouter notre entretien avec Jean-Pierre Han.

Trois rendez-vous sont proposés cette saison, autour des spectacles Les épouxRichard III - Loyauté me lie - et Neva
Il faut de préférence que les personnes souhaitant participer à l’atelier d’écriture critique assistent aux représentations suivantes :
 
Les époux 
de David Lescot. 
Mise en scène Anna-Laure Liégeois, le festin.
- du 14 au 16 octobre 2015 -
Représentation atelier le vendredi 16 octobre.
L’atelier critique a eu lieu le vendredi 16/10/15 à 18h30 et le samedi 17/10/15 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Richard III - Loyauté me lie - 
Une adaptation du Richard III de William Shakespeare. 
Un spectacle de  Jean Lambert-wild, Elodie Bordas, Lorenzo Malaguerra, Gérald Garutti, Jean-Luc Therminarias et Stéphane Blanquet.
- du 19 au 29 janvier 2016 -
Représentation atelier le vendredi 22 janvier.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 22/01/16 à 18h30 et le samedi 23/01/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Neva 
de Guillermo Calderón.
Mise en scène Paul Golub.
- du 1er au 4 mars 2016 -
Représentation atelier le vendredi 4 mars.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 04/03/16 à 18h30 et le samedi 05/03/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.

Tarif : 15€ par atelier d'écriture / forfait de 40€ pour les 3 ateliers + places pour les spectacles 
Attention, nombre de places limité à 15 personnes par atelier. 
 
Pour plus d'infos, n'hésitez pas à contacter le 05 55 79 15 78 ou par mail à public@theatre-union.fr

Les époux

Texte : David Lescot
Mise en scène et scénographie : Anne-Laure Liégeois
Assistée de : Audrey Tarpinian
Avec : Olivier Dutilloy, Agnès Pontier
Lumières : Dominique Borrini
Réalisation sonore : François Leymarie
Réalisation vidéo : Grégory Hiétin
Scénographie et costumes : Anne-Laure Liégeois
Régie générale : Antoine Gianforcaro
Régie son et vidéo : Guillaume Monard
Régie lumières : Patrice Lechevallier
Couture : Elisa Ingrassia

Avant-première les 25, 26 et 27 novembre 2014 au Volcan - Scène Nationale du Havre
Création les 6 et 7 mai 2015 au Cratère - Scène Nationale d'Alès
Co-production : le Festin - compagnie Anne-Laure Liégeois, Le Volcan - Scène Nationale du Havre


Prochaines dates


le 26 nov. 2015 - Les époux
La Merise - Trappes

Le 15 déc. 2015 et 16 déc. 2015 - Les époux
Espace des Arts -Chalon/Saône - Scène Nationale

Du 07 janv. 2016 au 09 janv. 2016 - Les époux
NEST Théâtre - CDN de Thionvile

Du 19 janv. 2016 au 22 janv. 2016 - Les époux
TDB - Théâtre Dijon Bourgogne - CDN

Du 02 févr. 2016 au 06 févr. 2016 - Les époux
Théâtre 71 - Malakoff

Le 25 mai 2016 et 26 mai 2016 - Les époux
L'Apostrophe - SN de Cergy Pontoise - Théâtre des Arts

 

Rédaction / / Focus Limousin / 
Posté par : Zohra Sadaoui / Patrice Thomasse
16 nov. 2018

CRITIQUES DE SPECTATEURS
Bernard Voisin / Tristan Gros
Le Théâtre de l'Union, CDN Limousin, propose cette année à ses spectateurs des ateliers de critique, dirigés par le critique dramatique Jean-Pierre Han.
Le premier spectacle autour duquel ces ateliers ont eu lieu, était "Les époux" de David Lescot, mis en scène par Anne-Laure Liégeois.
Aujourd'hui, Radio Théâtre vous propose de découvrir le fruit de ces ateliers, en lisant la critique de l'un des participants, Bernard Voisin.

Les dessous d'un couple de dictateurs

Ce sont deux personnes âgées assises côte à côte derrière une table d'école.
Nous sommes le 22 décembre 1989, il fait froid dehors et sans doute aussi ici, à l'intérieur.
Les deux vieux ont gardé leurs manteaux. Elena a dans les mains une enveloppe, peut être pleine de billets de banque, qu'elle manipule nerveusement ; personne n'y prête attention. Ils auront bientôt les mains liées par des cordes et mourront dans l'heure, criblés de balles par un peloton d'exécution. Cette scène est gravée dans les mémoires de ceux qui ont vécu la chute du mur de Berlin et l'écroulement des régimes socialistes. C'est une vidéo tremblante, terriblement exacte qui marque la fin du couple Ceausescu, la chute du pouvoir communiste en Roumanie et la fin du spectacle mis en scène par Anne Laure Liégeois au Théâtre de l'Union. Elle témoigne de ce moment magique pour les révolutionnaires, tragique pour les tyrans, où la mise en scène du pouvoir s'annule brusquement pour tomber dans un tout autre registre qui leur échappe.

David Lescot en connaît un rayon sur les organisations communistes : « tout ce que je sais », dit-il dans un de ses textes « je l'ai appris dans ce qui restait des colonies de vacances imaginées par les juifs du parti communiste français juste après la guerre ». Et il est vrai que ces organisations étaient porteuses d'un incroyable pouvoir d'émancipation pour des générations de jeunes gens des classes populaires. Anne Laure Liégeois, quant à elle s'intéresse à l'homme au pouvoir entre politique et libido plus ou moins satisfaisante.

Alors, le spectacle ? C'est une histoire assez cocasse, consternante quand on y pense, de deux abrutis finis, nullités absolues à l'école et qui finissent par accéder à un pouvoir absolu lui aussi. Et ça finit mal. On entre bien dans le jeu, on rit ou sourit souvent.

Mais le plus intéressant dans ce spectacle est la confrontation entre un théâtre, celui qui s'affirme, qui ne se cache pas, qui ne peut pas exister sans notre coopération (celui que nous offre l'équipe de création du spectacle) et le théâtre du pouvoir. Difficile de discerner la part de l'auteur, de la metteure en scène et des acteurs dans cette affaire : l'œuvre est homogène.

Des vidéos sont projetées sur les murs blancs d'une pièce sans porte mais munie d'une ouverture qui sert à la fois de vide ordures et de monte charges. Ces vidéos apportent pour certaines d'entre elles le réel d'un documentaire (discours, images d'actualités) et pour d'autres une dimension de mystère (on pense aux chiens qui apparaissent à des moments clés où le couple bascule dans la folie du pouvoir).

Sur scène, une actrice et un acteur (Agnès Pontier et Olivier Dutilloy), déguisés au départ en costumes traditionnels roumains vont nous raconter l'histoire du couple, les incarner parfois, prononcer des discours qui ont été réellement prononcés. Qu'en ressort-il ? Que Nicolae  Ceausescu et son épouse avaient une volonté égale à celle d'un artiste. Que Nicolae était un acteur capable de travailler avec acharnement pour surmonter son bégaiement sous la direction de sa femme, Elena, metteure en scène. Qu'ils sont devenus fous de mise en scène et de scénographie en grandeur réelle : on le voit dans les grandes célébrations socialistes et à travers les réaménagements de Bucarest.

Face à ce théâtre du pouvoir, un autre, tout simple, mais nécessaire, visible, démontable, fait pour éveiller. Celui qui en 30 secondes nous fait voir, par exemple, après une longue période de chastes fréquentations, la concrétisation de la relation de Nicolae et Elena Ceausescu, leur mariage et la naissance de leur progéniture. Condensé de pur théâtre à confronter à l'histoire et à notre actualité.


Bernard Voisin

 

Le festin : un homme, une femme, le pouvoir

Anne-Laure Liégeois, son nom je le connais. Je l'ai connue en tant que directrice du Centre Dramatique National d’Auvergne, à Montluçon. Elle avait appelé ce théâtre Le Festin, tout comme sa compagnie. Le Festin, nom fort intéressant et peu anodin...

Je me rappelle de sa mise en scène de La duchesse de Malfi, qui racontait le règne de cette femme, entre passion, amour et chaos. Mais je me rappelle surtout de son adaptation de Macbeth, de William Shakespeare, vue au Théâtre de l'Union il y a deux ans. 

Des époux Ceausescu, je ne connaissais que le nom, certaines images, et surtout l'idée qu'ils ont laissée derrière eux : celle de la dictature. J'ai donc découvert l'histoire, les trépas, les tourments de ce couple par le biais de ce spectacle. Cette pièce aurait donc pu être très historique, comme une visite guidée dans un musée poussiéreux et ennuyant, mais David Lescot et Anne-Laure Liégeois ont réussi ici à concevoir une œuvre artistique passionnante.

La scénographie, conçue par Liégeois elle-même, sert le spectacle. J'ai rarement vu une aussi bonne utilisation de la vidéo au théâtre. Trop souvent au théâtre, la vidéo est redondante, répète le propos, est superficielle ou irréfléchie. Ici, elle soutient le discours, apporte à la dimension formelle et intentionnelle une vrai puissance. Entre autres, la séquence vidéo dans laquelle il nous est donné à voir des chiens qui se battent est une allégorie très forte. 

La mise en scène qu’Anne-Laure Liégeois avait proposée de Macbeth était beaucoup plus sombre et désespéré que celle des Époux. Il y avait beaucoup d'acteurs sur le plateau, et au niveau de l'esthétique elle était proche du cinéma et de la peinture. Ici, nous sommes plongés dans une esthétique très différente, dans laquelle Liégeois mélange les genres avec aisance, et ce faisant pousse à son paroxysme la solitude d'un couple face à son peuple. On retrouve pourtant la même intention que dans Macbeth : celle de s’introduire dans l’esprit du couple despotique. La scénographie est construite comme si le spectateur était à l'intérieur du cerveau du couple, sur la surface duquel seraient projetés des images de fantasmes et de cauchemars. La dimension probablement la plus intéressante de ce spectacle est celle de l’intérêt qu’Anne-Laure Liégeois porte aux mécanismes du pouvoir et à la place du couple au sein du politique.

Ce n'est pas un hasard si les femmes tiennent une place centrale dans les œuvres d’Anne-Laure Liégeois. En tant que metteuse en scène, en tant qu’auteure qu’on pourrait qualifier de féministe, elle met un point d’honneur à interroger la place de la femme dans la société à travers le spectacle vivant. Ici, Madame Ceausescu est comme Lady Macbeth : c'est elle, dans l'ombre, qui dirige le monde. Liégeois a d’ailleurs écrit au sujet de ce personnage : « Pour tromper son ennui de femme parquée dans la sphère domestique, elle le conduit par la main, comme la mère conduit l'enfant. » C'est ici le même raisonnement qui est mis en œuvre pour traiter le personnage de Madame Ceausescu. 

Quant à l’image du « festin », elle aussi est récurrente dans le travail d’Anne-Laure Liégeois. C’est celle du couple à table qui se régale en mangeant, en parlant, en débattant et en préparant le prochain complot. On la retrouve dans Macbeth, mais aussi dans Les époux, sous la forme du festin des deux chiens enragés.

Tristan Gros

Le Théâtre de l'Union, Centre Dramatique National du Limousin, propose cette année une curieuse expérience à ses spectateurs : endosser le costume du critique !
Trois ateliers de critique seront donc dirigés par Jean-Pierre Han au Théâtre de l'Union cette saison.
Ils auront pour but une réflexion collective autour des œuvres vues et le passage à l'acte... d'écrire.
C'est la dimension du plaisir d'écrire et d'être spectateur qui sera mise en avant lors de ces ateliers.
Aucun niveau spécifique n'est requis, les ateliers sont ouverts à tous.
Critique dramatique, Jean-Pierre Han mène de nombreux ateliers de critique en France et est, entre autres, directeur de la revue frictions.
Radio Théâtre est partenaire de cette action et publiera au fur et à mesure des critiques de spectateurs rédigées lors de ces ateliers.

Pour en savoir plus, vous pouvez écouter notre entretien avec Jean-Pierre Han.

Trois rendez-vous sont proposés cette saison, autour des spectacles Les épouxRichard III - Loyauté me lie - et Neva
Il faut de préférence que les personnes souhaitant participer à l’atelier d’écriture critique assistent aux représentations suivantes :
 
Les époux 
de David Lescot. 
Mise en scène Anna-Laure Liégeois, le festin.
- du 14 au 16 octobre 2015 -
Représentation atelier le vendredi 16 octobre.
L’atelier critique a eu lieu le vendredi 16/10/15 à 18h30 et le samedi 17/10/15 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Richard III - Loyauté me lie - 
Une adaptation du Richard III de William Shakespeare. 
Un spectacle de  Jean Lambert-wild, Elodie Bordas, Lorenzo Malaguerra, Gérald Garutti, Jean-Luc Therminarias et Stéphane Blanquet.
- du 19 au 29 janvier 2016 -
Représentation atelier le vendredi 22 janvier.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 22/01/16 à 18h30 et le samedi 23/01/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Neva 
de Guillermo Calderón.
Mise en scène Paul Golub.
- du 1er au 4 mars 2016 -
Représentation atelier le vendredi 4 mars.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 04/03/16 à 18h30 et le samedi 05/03/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.

Tarif : 15€ par atelier d'écriture / forfait de 40€ pour les 3 ateliers + places pour les spectacles 
Attention, nombre de places limité à 15 personnes par atelier. 
 
Pour plus d'infos, n'hésitez pas à contacter le 05 55 79 15 78 ou par mail à public@theatre-union.fr

Les époux

Texte : David Lescot
Mise en scène et scénographie : Anne-Laure Liégeois
Assistée de : Audrey Tarpinian
Avec : Olivier Dutilloy, Agnès Pontier
Lumières : Dominique Borrini
Réalisation sonore : François Leymarie
Réalisation vidéo : Grégory Hiétin
Scénographie et costumes : Anne-Laure Liégeois
Régie générale : Antoine Gianforcaro
Régie son et vidéo : Guillaume Monard
Régie lumières : Patrice Lechevallier
Couture : Elisa Ingrassia

Avant-première les 25, 26 et 27 novembre 2014 au Volcan - Scène Nationale du Havre
Création les 6 et 7 mai 2015 au Cratère - Scène Nationale d'Alès
Co-production : le Festin - compagnie Anne-Laure Liégeois, Le Volcan - Scène Nationale du Havre


Prochaines dates


le 26 nov. 2015 - Les époux
La Merise - Trappes

Le 15 déc. 2015 et 16 déc. 2015 - Les époux
Espace des Arts -Chalon/Saône - Scène Nationale

Du 07 janv. 2016 au 09 janv. 2016 - Les époux
NEST Théâtre - CDN de Thionvile

Du 19 janv. 2016 au 22 janv. 2016 - Les époux
TDB - Théâtre Dijon Bourgogne - CDN

Du 02 févr. 2016 au 06 févr. 2016 - Les époux
Théâtre 71 - Malakoff

Le 25 mai 2016 et 26 mai 2016 - Les époux
L'Apostrophe - SN de Cergy Pontoise - Théâtre des Arts

 

Rédaction / / Focus Limousin / 
Posté par : Bernard Voisin / Tristan Gros
04 nov. 2018

CRITIQUES DE SPECTATEURS 

Le Théâtre de l'Union, CDN Limousin, propose cette année à ses spectateurs des ateliers de critique, dirigés par le critique dramatique Jean-Pierre Han.
Le premier spectacle autour duquel ces ateliers ont eu lieu, était "Les époux" de David Lescot, mis en scène par Anne-Laure Liégeois.
Aujourd'hui, Radio Théâtre vous propose de découvrir le fruit de ces ateliers, en lisant la critique de deux des participants.

Deux méchants clowns 

Anne-Laure Liégeois affectionne particulièrement l’étude des couples au pouvoir. Après les époux Macbeth, elle choisit de s’attaquer à l’histoire intime d’un couple contemporain : Elena et Nicolae Ceausescu. Et c’est tout naturellement qu’elle se tourne vers David Lescot, dont l’histoire familiale est toute empreinte du communisme, pour écrire le texte de cette pièce. Il en résulte un considérable travail historique qui offre une base solide à un spectacle contre toute attente très divertissant !

Car le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Anne-Laure Liégeois nous amène, avec beaucoup de finesse, d’intelligence et d’humour, à nous enfoncer dans les tréfonds de l’Histoire à travers le prisme de ce couple médiocre et inconsistant qui va pourtant parvenir à imposer une dictature implacable sur la Roumanie.

Tout d’abord, grâce au traitement burlesque de ces deux personnages magistralement interprétés par Agnès Pontier et Olivier Dutilloy : on suit médusés l’ascension de ces deux êtres plus que quelconques, pas franchement doués, loin s’en faut ! Les deux comédiens se donnent à corps perdu dans un jeu extrêmement physique, ce qui donne un rythme très intense au spectacle. Ils passent avec une aisance rare d’un registre à l’autre : lorsqu’ils commencent, on ne voit guère plus en eux que de piètres et méchants clowns. Puis, on les voit apprendre, petit à petit, à se mettre en scène. D’un non-jeu initial, le théâtre émerge tout en subtilité sur le plateau.

Anne-Laure Liégeois réussit le pari de ne tomber dans aucun des excès auxquels aurait immanquablement pu laisser place un sujet tel que celui-ci. Elle nous donne à voir la machine politique et ses dessous mais le trait n’est jamais forcé. D’ailleurs, on en arrive à les trouver presque attachants ces personnages, avec leurs petits travers (vol d’argenterie dans les demeures présidentielles et royales qui les accueillent) et leurs défauts (les voir s’extasier devant leur album photo auprès des plus grands de ce monde à leurs côtés).

On suit incrédules cette volonté farouche, ces efforts quotidiens pour combattre ces handicaps qui sont les leurs (son bégaiement à lui, sa banalité à elle). Quelle ascension vertigineuse jusqu’à leur chute, terrible, puisqu’ils finissent exécutés sous l’œil des caméras de télévision...
Mais là encore, la force de cette mise en scène réside dans le fait de nous présenter un spectacle tout en retenue et si intelligent ! Il nous apprend plein de choses sans en avoir l’air, et sans pour autant tomber dans le travers de n’être qu’une fresque historique.

Tout est une question d’équilibre, et Anne-Laure Liégeois réussit le pari de ne pas tomber ni dans la caricature ni dans la facilité : la scénographie somme toute minimaliste (trois pans de murs sur lesquels sont régulièrement projetées des images) laisse l’imaginaire du spectateur s’exprimer. On est presque toujours sur la retenue, laissant ainsi s’exprimer la force du propos plutôt que de l’imposer au spectateur par la force des images de destruction que d’aucuns auraient pu être tentés de projeter.


Isabelle Delbruyère

 

Il dit qu'elle est moche, elle dit qu'il est un abruti

Dans Les Époux, David Lescot délivre au monde une vision des femmes absolument glaçante.
Invité par la metteur en scène Anne-laure Liégeois à écrire l’histoire du couple Ceausescu et l’ascension fulgurante du dictateur, il fait le choix de tirer du mari le portrait d’un doux simplet quasi irresponsable, et de la femme celui d’une une harpie manipulatrice, contribuant ainsi, comme bien d’autres avant lui, au mythe d’Adam et Ève de la femme sorcière qui est la cause de tous les maux.
La mise en scène d’Anne Laure Liégeois remet pourtant en cause ce postulat. Et elle le fait avec finesse, de par le choix  de ne pas contester ce postulat, mais de le renforcer, par tous les moyens possibles, afin de le faire apparaitre clairement au spectateur.

Agnès Pontier et Olivier Dutilloy, les deux interprètes se donnent également à corps perdu afin de rendre visible le constat d’une féminité diabolique, en se jetant absolument dans la langue de David Lescot. Et c’est une langue brillante, quoi que l’on puisse penser de sa pensée. Hyper rythmée, drôle et mordante, sans répit et sans respiration, la langue exige des acteurs qu’ils se plient à son flow.

Anne Laure-Liégeois, qui a également monté Macbeth, et qui s’y connait bien en matière de sorcières assoiffées de pouvoir, créé au plateau un univers imbibé de féminité. À partir d’un espace neutre, mais véritable machine à jouer, composé de trois murs blancs qui serviront d’écrans, elle propose un univers sensuel et fantaisiste. La parfaite maitrise des couleurs dans les accessoires, costumes et lumière, les motifs végétaux des tapisseries projetés en vidéos, et même la violence du film des chiens de combats, tout dans son univers nous renvoie à la femme.

Que dire de ce spectacle, sinon que la metteur en scène est une personne intelligente, qui a su concevoir un univers cohérent, se positionner face au texte, et fabriquer des codes de jeu réjouissants pour le public et les acteurs ? Une femme tellement rusée, qu’on pourrait même la soupçonner d’avoir encouragé David Lescot à adopter ce point de vue pour qu’elle puisse développer le sien en contrepoint...

Certains reprocheront surement à Anne-Laure Liégeois le rythme du spectacle, qui il est vrai ne connait pas de véritable, transition, bascule ou rupture, avant la scène où Les Époux ont peur du monstre-foule qui grogne sa colère lors du dernier discours. Pour la défendre, on pourra leur répondre qu’il est dommage qu’en 2015 la convention classique de  « la bascule avant le paroxysme » soit encore si solidement ancrée dans les esprit des spectateurs et des artistes qu’elle rend bien des metteurs en scène timides de s’essayer à développer une autre forme d’écriture.

Laissons cette question-là ouverte, et rendons hommage à Anne-Laure Liégeois pour son art de la chute et pour l’horreur de la dernière scène, dans laquelle elle met en regard ses personnages guignols avec la réalité des images d’archives du procès des Caucescu. Giflés nous sommes, après nous être entichés des deux époux, de découvris les vrais, déjà morts, car vides d’humanité, dont les visages sont durcis par la haine et dont le physique réellement déformés par la méchanceté ressemble à celui de cadavres. 



Lisez une autre critique de spectateur au sujet du spectacle Les époux.

Le Théâtre de l'Union, Centre Dramatique National du Limousin, propose cette année une curieuse expérience à ses spectateurs : endosser le costume du critique !
Trois ateliers de critique seront donc dirigés par Jean-Pierre Han au Théâtre de l'Union cette saison.
Ils auront pour but une réflexion collective autour des œuvres vues et le passage à l'acte... d'écrire.
C'est la dimension du plaisir d'écrire et d'être spectateur qui sera mise en avant lors de ces ateliers.
Aucun niveau spécifique n'est requis, les ateliers sont ouverts à tous.
Critique dramatique, Jean-Pierre Han mène de nombreux ateliers de critique en France et est, entre autres, directeur de la revue frictions.
Radio Théâtre est partenaire de cette action et publiera au fur et à mesure des critiques de spectateurs rédigées lors de ces ateliers.

Pour en savoir plus, vous pouvez écouter notre entretien avec Jean-Pierre Han.

Trois rendez-vous sont proposés cette saison, autour des spectacles Les épouxRichard III - Loyauté me lie - et Neva
Il faut de préférence que les personnes souhaitant participer à l’atelier d’écriture critique assistent aux représentations suivantes :
 
Les époux 
de David Lescot. 
Mise en scène Anna-Laure Liégeois, le festin.
- du 14 au 16 octobre 2015 -
Représentation atelier le vendredi 16 octobre.
L’atelier critique a eu lieu le vendredi 16/10/15 à 18h30 et le samedi 17/10/15 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Richard III - Loyauté me lie - 
Une adaptation du Richard III de William Shakespeare. 
Un spectacle de  Jean Lambert-wild, Elodie Bordas, Lorenzo Malaguerra, Gérald Garutti, Jean-Luc Therminarias et Stéphane Blanquet.
- du 19 au 29 janvier 2016 -
Représentation atelier le vendredi 22 janvier.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 22/01/16 à 18h30 et le samedi 23/01/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Neva 
de Guillermo Calderón.
Mise en scène Paul Golub.
- du 1er au 4 mars 2016 -
Représentation atelier le vendredi 4 mars.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 04/03/16 à 18h30 et le samedi 05/03/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.

Tarif : 15€ par atelier d'écriture / forfait de 40€ pour les 3 ateliers + places pour les spectacles 
Attention, nombre de places limité à 15 personnes par atelier. 
 
Pour plus d'infos, n'hésitez pas à contacter le 05 55 79 15 78 ou par mail à public@theatre-union.fr

Les époux

Texte : David Lescot
Mise en scène et scénographie : Anne-Laure Liégeois
Assistée de : Audrey Tarpinian
Avec : Olivier Dutilloy, Agnès Pontier
Lumières : Dominique Borrini
Réalisation sonore : François Leymarie
Réalisation vidéo : Grégory Hiétin
Scénographie et costumes : Anne-Laure Liégeois
Régie générale : Antoine Gianforcaro
Régie son et vidéo : Guillaume Monard
Régie lumières : Patrice Lechevallier
Couture : Elisa Ingrassia

Avant-première les 25, 26 et 27 novembre 2014 au Volcan - Scène Nationale du Havre
Création les 6 et 7 mai 2015 au Cratère - Scène Nationale d'Alès
Co-production : le Festin - compagnie Anne-Laure Liégeois, Le Volcan - Scène Nationale du Havre


Prochaines dates


le 26 nov. 2015 - Les époux
La Merise - Trappes

Le 15 déc. 2015 et 16 déc. 2015 - Les époux
Espace des Arts -Chalon/Saône - Scène Nationale

Du 07 janv. 2016 au 09 janv. 2016 - Les époux
NEST Théâtre - CDN de Thionvile

Du 19 janv. 2016 au 22 janv. 2016 - Les époux
TDB - Théâtre Dijon Bourgogne - CDN

Du 02 févr. 2016 au 06 févr. 2016 - Les époux
Théâtre 71 - Malakoff

Le 25 mai 2016 et 26 mai 2016 - Les époux
L'Apostrophe - SN de Cergy Pontoise - Théâtre des Arts


Rédaction / / Focus Limousin / 
Posté par : Isabelle Delbruyère
21 sept. 2017

CRITIQUE DE LECTEURS LYCEENS

LE POISSON BELGE
Léonore Confino
Actes Sud

Une création sonore réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

Le Poisson belge

Proche du conte ou de la fable, l'histoire tendre et féroce de Grande monsieur et Petit fille se déroule à notre époque à Bruxelles, d'abord en espace ouvert près des étangs d'Ixelles puis en espace clos dans l'appartement de Grande monsieur.
La rencontre surprenante d'un travesti et d'une orpheline devient pour ces deux êtres blessés par la vie une union/réunion salvatrice...
Grande monsieur, un vieux garçon solitaire, voit sa vie bien ordonnée bouleversée par l'intrusion de Petit fille. Sommé de prendre en charge la jeune orpheline, il l'aide à faire le deuil de ses parents, selon un rituel venu du Japon, tandis qu'elle le pousse à révéler et à accepter sa vraie nature en dépassant les traumatismes du passé, en achevant un deuil en suspens et en reprenant ce qui lui a été retiré.

Léonore Confino

Le goût de l’écriture est né d’observations dans ses « boulots d’appoints », en parallèle de ses études de cinéma documentaire.
En 2009 et 2010, elle écrit Ring et Building respectivement sur les thèmes du couple et du travail, publiées aux éditions l’Oeil du Prince. Catherine Schaub monte Building en premier. La pièce reçoit le Grand Prix du théâtre 2011. Puis la metteur en scène s’empare de Ring: création au petit Saint Martin en octobre 2013 avec Audrey Dana et Sami Bouajila. La pièce est nommée aux Molières 2014 dans la catégorie auteur. En 2012, Léonore termine sa trilogie avec le thème de la famille : Les Uns sur les Autres est créée au théâtre de la Madeleine avec Agnès Jaoui. 
La collaboration artistique avec Catherine Schaub est effervescente: elles co-dirigent ensemble les productions du Sillon et ont lancé en mai 2015 Parlons d'autre chose, un geyser sur l'adolescence, et en septembre 2015 leur dernière création, Le poisson belge, au théâtre de la pépinière avec Géraldine Martineau et Marc Lavoine (éditions Actes Sud). Léonore est nommée aux Molières 2016 en tant qu’auteur et Géraldine Martineau reçoit le Molière de la révélation féminine. Elle vient d’achever sa dernière pièce 1300 grammes, autour du cerveau humain et de la plasticité neuronale…
A l'étranger, Ring a été adaptée à New York, Rome, Athènes, Rio et San Francisco.

+ d'information sur ce texte par l'auteur :
Léonore Confino, "Le Poisson belge", comment est née l'envie d'écrire ce texte ?
Visionnez la vidéo

Le Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation artistique et culturelle, « Écritures contemporaines francophones et théâtre » a mis en place dans l'Académie de Limoges un comité de lecteurs lycéens du théâtre francophone. Dès 2005, des lycées d'autres académies et de l'étranger ont rejoint cette action. Pour l'année 2015-2016, il était composé d'environ 600 élèves de France (dont La Réunion), mais aussi d'Algérie, du Bénin et du Maroc.
Ce prix permet aux lycéens de plusieurs pays de découvrir des œuvres théâtrales modernes, atypiques, incisives, et pertinentes où l'acte de lire n'est plus seulement un rapport au texte mais aussi un rapport au monde.Il porte le nom de Sony Labou Tansi, grand auteur dramatique congolais dont l'œuvre marque l'histoire de la littérature francophone et qui fut un compagnon du festival des Francophonies en Limousin dès ses débuts. Sony Labou Tansi est décédé en 1995.

Le fonctionnement du prix

Au début de chaque année, les éditeurs sont sollicités et l'ensemble des textes qu'ils proposent est soumis à un premier comité de lecture réuni par les Francophonies en Limousin. Une sélection de 12 textes est faite et remise à un second comité de lecture "enseignants" qui fait la sélection finale des cinq titres présentés au jury "lycéens".
A partir de la rentrée scolaire en septembre, les lycéens membres du jury du prix Sony Labou Tansi 2017 découvrent les cinq œuvres sélectionnées :
Fin avril/début mai, à l'issue d'un vote, les lycéens de l'Académie de Limoges, réunis en atelier au CCM Jean Moulin à Limoges, et ceux des classes des autres établissements en France ou à l'étranger décernent le prix à l'un des cinq auteurs de la sélection.
Fin septembre, à l'occasion du Festival des Francophonies en Limousin, une lecture du texte primé est présentée à Limoges, suivie de la remise du Prix à l'auteur. En 2016 la lecture était dirigée par Elise Hôte et Renaud Frugier (Cie Méthylène Théâtre) avec des élèves ayant participé au Prix.

Les textes qui concouraient pour le prix 2017 étaient :

Hakim Bah (Guinée) : A bout de sueurs, Lansman
Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers
Marcelle Dubois (Canada-Québec) : Habiter les terres, Lansman
Mohamed El Khatib (France) : Finir en beauté, Les Solitaires intempestifs
Sébastien Joanniez (France) : Chouf, Espace 34.

Le Prix 2017 a été décerné à Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers

+ d'informations sur les auteurs et les textes (biographies, présentation des textes, ressources pédagogiques, interview, vidéo...) sur le site du prix Sony Labou Tansi des Lycéens ou sur theatre-contemporain.net

Ressources : site theatre-contemporain.net, Les Francophonies en Limousin, site du prix Sony Labou Tansi, Rectorat de l’Académie de Limoges et Canopé.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
08 sept. 2017

CRITIQUE DE LECTEURS LYCEENS

FINIR EN BEAUTE
Mohamed El Khatib
Solitaires Intempestifs

Une création sonore réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

Finir en beauté

La pièce se déroule à l'hôpital où la mère finit ses jours, puis au funérarium et ensuite au Maroc où son corps est inhumé.
Il s'agit d'une restitution des derniers jours de la mère de l'auteur, atteinte d'un cancer du foie en phase terminale et des moments qui suivent son décès. Le point de vue est celui du fils, et toute la famille accompagne ce moment douloureux. L'ensemble est présenté sous forme de chronique documentaire mais, loin d'être objectif, l'auteur ponctue sa «fiction documentaire » de remarques aussi drôles qu'émouvantes.

Mohamed El Khatib

Auteur et metteur en scène, il s'astreint à confronter le théâtre à d'autres médiums (cinéma, installations, journaux) et à observer le produit de ces frictions.
Après des études de Lettres (Khâgne), un passage à Sciences Po, puis au CADAC (Centre d'Art dramatique de Mexico) et une thèse de sociologie sur « la critique dans la presse française » (Dir. Nicolas Pélissier), il cofonde à Orléans en 2008 le collectif Zirlib autour d'un postulat simple : l'esthétique n'est pas dépourvue de sens politique.
Zirlib est le fruit d'une rencontre entre auteurs, acteurs, chercheurs, danseurs, vidéastes et musiciens de formations et d'horizons divers. Ce collectif envisage la création contemporaine comme une expérience, un geste sensible/social dont la dimension esthétique la plus exigeante doit se confronter au quotidien le plus banal. Le point de départ est toujours une rencontre. Rencontre avec une femme de ménage, un éleveur de moutons, un électeur du Front national, un marin. À partir de ces rencontres, se mettent en place des protocoles de recherche qui aboutissent à des formes dont chacun peut s'emparer immédiatement.
Depuis 2010, Mohamed El Khatib est accompagné par L'L, lieu de recherche et d'accompagnement pour la création contemporaine (Bruxelles) et le Tandem Arras-Douai – Scène nationale.
Il est artiste-associé au Théâtre de la Ville à Paris et au Centre dramatique nationale de Tours et artiste en résidence au REP Théâtre de Birmingham (GB). Il est également membre du comité de rédaction de Parages, la revue du Théâtre National de Strasbourg et participe régulièrement à la revue littéraire If dirigée par Hubert Colas. Ses pièces sont jouées en France et à l'étranger.
En 2010 il créé À l'abri de rien à la Scène nationale de Sète.
En 2012 il créé Sheep - pièce pour 7 danseurs et un mouton au Grand T à Nantes.v En 2014 il créé au festival actOral Finir en beauté et Moi, Corinne Dadat - pièce pour une femme de ménage et une danseuse.
En 2016 il est lauréat du Grand Prix de littérature dramatique pour son texte Finir en beauté.
En 2017 il prépare pour Arte la réalisation du film Renault 12 (Les Films d'ici) et il crééra à la Colline - théâtre national en partenariat avec le Festival d'Automne à Paris et le Théâtre de la Ville sa prochaine création STADIUM avec 53 supporters du Racing Club de Lens.

+ d'information sur ce texte par l'auteur :
Mohamed El Khatib, "A bout de sueur", comment est née l'envie d'écrire ce texte ?
Visionnez la vidéo

Le Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation artistique et culturelle, « Écritures contemporaines francophones et théâtre » a mis en place dans l'Académie de Limoges un comité de lecteurs lycéens du théâtre francophone. Dès 2005, des lycées d'autres académies et de l'étranger ont rejoint cette action. Pour l'année 2015-2016, il était composé d'environ 600 élèves de France (dont La Réunion), mais aussi d'Algérie, du Bénin et du Maroc.
Ce prix permet aux lycéens de plusieurs pays de découvrir des œuvres théâtrales modernes, atypiques, incisives, et pertinentes où l'acte de lire n'est plus seulement un rapport au texte mais aussi un rapport au monde.Il porte le nom de Sony Labou Tansi, grand auteur dramatique congolais dont l'œuvre marque l'histoire de la littérature francophone et qui fut un compagnon du festival des Francophonies en Limousin dès ses débuts. Sony Labou Tansi est décédé en 1995.

Le fonctionnement du prix

Au début de chaque année, les éditeurs sont sollicités et l'ensemble des textes qu'ils proposent est soumis à un premier comité de lecture réuni par les Francophonies en Limousin. Une sélection de 12 textes est faite et remise à un second comité de lecture "enseignants" qui fait la sélection finale des cinq titres présentés au jury "lycéens".
A partir de la rentrée scolaire en septembre, les lycéens membres du jury du prix Sony Labou Tansi 2017 découvrent les cinq œuvres sélectionnées :
Fin avril/début mai, à l'issue d'un vote, les lycéens de l'Académie de Limoges, réunis en atelier au CCM Jean Moulin à Limoges, et ceux des classes des autres établissements en France ou à l'étranger décernent le prix à l'un des cinq auteurs de la sélection.
Fin septembre, à l'occasion du Festival des Francophonies en Limousin, une lecture du texte primé est présentée à Limoges, suivie de la remise du Prix à l'auteur. En 2016 la lecture était dirigée par Elise Hôte et Renaud Frugier (Cie Méthylène Théâtre) avec des élèves ayant participé au Prix.

Les textes qui concouraient pour le prix 2017 étaient :

Hakim Bah (Guinée) : A bout de sueurs, Lansman
Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers
Marcelle Dubois (Canada-Québec) : Habiter les terres, Lansman
Mohamed El Khatib (France) : Finir en beauté, Les Solitaires intempestifs
Sébastien Joanniez (France) : Chouf, Espace 34.

Le Prix 2017 a été décerné à Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers

+ d'informations sur les auteurs et les textes (biographies, présentation des textes, ressources pédagogiques, interview, vidéo...) sur le site du prix Sony Labou Tansi des Lycéens ou sur theatre-contemporain.net

Ressources : site theatre-contemporain.net, Les Francophonies en Limousin, site du prix Sony Labou Tansi, Rectorat de l’Académie de Limoges et Canopé.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
11 août 2017

CRITIQUE DE LECTEURS LYCEENS

A BOUT DE SUEUR
Hakim Bah
Lansman

Une création sonore réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

A bout de sueur

A la suite d’une rencontre avec son amie Fifi, Binta décide de quitter son mari, qui la néglige et la bat, et ses deux enfants Biro et Alpha, pour émigrer à Paris. Elle ment à Bachir en invoquant une maladie de son frère, installé en France, pour partir rejoindre Marcel, qu’elle a séduit sur un site de rencontres. Bachir désespéré se rend en France où son beau-frère lui dévoile la vérité. Alpha et Biro tentent de rejoindre leur mère en se glissant dans un train d’atterrissage, et ne survivent pas au voyage. Bachir se suicide, et Binta, chassée par Marcel à qui elle a révélé la vérité, rentre seule au pays.

Hakim Bah

Auteur, poète et nouvelliste, Hakim Bah est né à Mamou en Guinée.
Il fait des études de mise en scène et dramaturgie à l’Université de Paris-Ouest Nanterre et effectue en parallèle des résidences d’écritures au Burkina Faso, en Guinée, en France ou au Maroc.
Son texte Sur la pelouse créé aux Récréâtrales 2012 par Souleymane Bah a été lauréat 2013 du comité de lecture de la Comédie de l’Est. Le Cadavre dans l’œil, mis en scène par Guy Theunissen en 2014, au Festival des Francophonies en Limousin en 2013, aux Regards croisés 2013 et mis en onde sur RFI dans une mise en lecture de Denis Lavant (Festival d’Avignon 2014). 
Ticha-Ticha, accompagné par le collectif À Mots Découverts, a été sélectionné par le bureau des lecteurs de la Comédie française, élu Coup de cœur du comité de lecture de l’Apostrophe et lu au Théâtre de l’Aquarium à Vincennes, au Lieu-Dit (Écriture en partage dirigé par Monique Blin) à Paris, aux Mardis-Midi du Théâtre 13, à l’Apostrophe, au Printemps des Inédits à Fontenay Sous-Bois et au Festival Text’Avril au Théâtre de la Tête Noire à Saran.
En 2015, son texte La Nuit porte caleçon est lauréat du comité de lecture du Tatmac et y est mis en lecture par Serge Tranvouez avec les élèves de l’ESAD.
Pour Le tarmac des auteurs à Kinshasa, il écrit Au moins nous ne serons pas seuls en enfer. La même année, il reçoit la bourse Beaumarchais pour son texte Convulsions, prix RFI Théâtre 2016. Il crée Gentil petit chien lors des Récréâtrales 2016 avec cinq élèves-comédiens de L’École de la Comédie de Saint-Étienne, quatre comédiens du Laboratoire ELAN sous la direction du metteur en scène burkinabé Aristide Tarnagda.
Son travail a reçu de nombreux prix (prix Journées de Lyon des auteurs de théâtre, 15e Prix d’écriture Théâtrale de la ville de Guérande en 2015, Prix des Inédits d’Afrique et d’Outremer, Prix du public au festival Text’Avril, Prix RFI Théâtre…).


 + d'information sur ce texte par l'auteur :
Hakim Bah, "A Bout de sueur" comment est née l'envie d'écrire ce texte ?
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Le Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation artistique et culturelle, « Écritures contemporaines francophones et théâtre » a mis en place dans l'Académie de Limoges un comité de lecteurs lycéens du théâtre francophone. Dès 2005, des lycées d'autres académies et de l'étranger ont rejoint cette action. Pour l'année 2015-2016, il était composé d'environ 600 élèves de France (dont La Réunion), mais aussi d'Algérie, du Bénin et du Maroc.
Ce prix permet aux lycéens de plusieurs pays de découvrir des œuvres théâtrales modernes, atypiques, incisives, et pertinentes où l'acte de lire n'est plus seulement un rapport au texte mais aussi un rapport au monde.Il porte le nom de Sony Labou Tansi, grand auteur dramatique congolais dont l'œuvre marque l'histoire de la littérature francophone et qui fut un compagnon du festival des Francophonies en Limousin dès ses débuts. Sony Labou Tansi est décédé en 1995.

Le fonctionnement du prix

Au début de chaque année, les éditeurs sont sollicités et l'ensemble des textes qu'ils proposent est soumis à un premier comité de lecture réuni par les Francophonies en Limousin. Une sélection de 12 textes est faite et remise à un second comité de lecture "enseignants" qui fait la sélection finale des cinq titres présentés au jury "lycéens".
A partir de la rentrée scolaire en septembre, les lycéens membres du jury du prix Sony Labou Tansi 2017 découvrent les cinq œuvres sélectionnées :
Fin avril/début mai, à l'issue d'un vote, les lycéens de l'Académie de Limoges, réunis en atelier au CCM Jean Moulin à Limoges, et ceux des classes des autres établissements en France ou à l'étranger décernent le prix à l'un des cinq auteurs de la sélection.
Fin septembre, à l'occasion du Festival des Francophonies en Limousin, une lecture du texte primé est présentée à Limoges, suivie de la remise du Prix à l'auteur. En 2016 la lecture était dirigée par Elise Hôte et Renaud Frugier (Cie Méthylène Théâtre) avec des élèves ayant participé au Prix.

Les textes qui concouraient pour le prix 2017 étaient :

Hakim Bah (Guinée) : A bout de sueurs, Lansman
Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers
Marcelle Dubois (Canada-Québec) : Habiter les terres, Lansman
Mohamed El Khatib (France) : Finir en beauté, Les Solitaires intempestifs
Sébastien Joanniez (France) : Chouf, Espace 34.

Le Prix 2017 a été décerné à Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers

+ d'informations sur les auteurs et les textes (biographies, présentation des textes, ressources pédagogiques, interview, vidéo...) sur le site du prix Sony Labou Tansi des Lycéens ou sur theatre-contemporain.net

Ressources : site theatre-contemporain.net, Les Francophonies en Limousin, site du prix Sony Labou Tansi, Rectorat de l’Académie de Limoges et Canopé.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
08 juil. 2017

CRITIQUE DE LECTEURS LYCEENS



HABITER LES TERRES
Marcelle Dubois
Lansman

Une création sonore réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

Habiter les terres

Ils l’ont lu dans le journal, le gouvernement va fermer les routes et récupérer les terres, condamnant leur village à disparaître. Alors Guyenne, ses habitants, ses ours et ses outardes se révoltent.
Un ministre est kidnappé et planté au milieu des navets, des barricades sont dressées, une outarde prend son envol munie d’une missive à l’adresse du gouvernement : tous attendent de pied ferme que le premier ministre se déplace en personne pour les rencontrer.
Dans ce village, les animaux parlent, les ministres prennent racine et les présages se réalisent. C’est alors qu’apparaît la fille Dubois, revenue de la ville après des années d’absence. D’abord mise à l’épreuve par le choeur des habitants, elle rejoint finalement la lutte jusqu’à l’envol final qui clôt cette fable politico-magique.

Marcelle Dubois

Suite à des études en Lettres-Art dramatique au Cégep Lionel- Groulx et en Création littéraire à l’UQAM, Marcelle Dubois fonde sa compagnie de théâtre les Porteuses d’Aromates en 2000. C’est sous cette enseigne qu’en tant qu’auteure/metteure en scène elle signe En vie de femmes (2000) et Condamnée à aimer la vie (2003). Son texte, Amour et Protubérances, fable pour bouffons, mis en scène par Jacques Laroche, fut produit à Premier Acte à Québec et à La Petite Licorne à Montréal en 2004-2005. Jam Pack, quant à lui est présenté au Théâtre d’Aujourd’hui en novembre 2008.
Son dernier texte, Œuvre de destruction a été lu au Festival du Jamais Lu en 2007, puis au Centre Georges Pompidou en France en 2008. Elle écrit également pour le jeune publicLe dragon de bois, présenté à la 20e semaine de la dramaturgie du CEAD, et La Ville en rouge, présenté à la Rencontre Théâtre ado de mars 2009. À l’été 2008 elle jouit d’une résidence de trois mois pour débuter l’écriture de son nouveau texte, Bercail, à la Maison des Auteurs des Francophonies en Limousin en France. Co-fondatrice du Festival du Jamais Lu, elle en assure la direction artistique et générale depuis dix ans. Elle participe également à la réalisation de Carte Premières, un outil de promotion desservant la relève théâtrale.
Dans une vision plus militante, Marcelle Dubois à été membre du conseil d’administration de l’Association des Compagnies de Théâtre de 2007 à 2010 et s’est impliquée au sein du comité directeur des États Généraux du théâtre tenus par le Conseil Québécois du Théâtre à l’automne 2007.

+ d'information sur ce texte par l'auteur :
Marcelle Dubois, "Habiter les terres", comment est née l'envie d'écrire ce texte ?
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Le Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation artistique et culturelle, « Écritures contemporaines francophones et théâtre » a mis en place dans l'Académie de Limoges un comité de lecteurs lycéens du théâtre francophone. Dès 2005, des lycées d'autres académies et de l'étranger ont rejoint cette action. Pour l'année 2015-2016, il était composé d'environ 600 élèves de France (dont La Réunion), mais aussi d'Algérie, du Bénin et du Maroc.
Ce prix permet aux lycéens de plusieurs pays de découvrir des œuvres théâtrales modernes, atypiques, incisives, et pertinentes où l'acte de lire n'est plus seulement un rapport au texte mais aussi un rapport au monde.Il porte le nom de Sony Labou Tansi, grand auteur dramatique congolais dont l'œuvre marque l'histoire de la littérature francophone et qui fut un compagnon du festival des Francophonies en Limousin dès ses débuts. Sony Labou Tansi est décédé en 1995.

Le fonctionnement du prix

Au début de chaque année, les éditeurs sont sollicités et l'ensemble des textes qu'ils proposent est soumis à un premier comité de lecture réuni par les Francophonies en Limousin. Une sélection de 12 textes est faite et remise à un second comité de lecture "enseignants" qui fait la sélection finale des cinq titres présentés au jury "lycéens".
A partir de la rentrée scolaire en septembre, les lycéens membres du jury du prix Sony Labou Tansi 2017 découvrent les cinq œuvres sélectionnées :
Fin avril/début mai, à l'issue d'un vote, les lycéens de l'Académie de Limoges, réunis en atelier au CCM Jean Moulin à Limoges, et ceux des classes des autres établissements en France ou à l'étranger décernent le prix à l'un des cinq auteurs de la sélection.
Fin septembre, à l'occasion du Festival des Francophonies en Limousin, une lecture du texte primé est présentée à Limoges, suivie de la remise du Prix à l'auteur. En 2016 la lecture était dirigée par Elise Hôte et Renaud Frugier (Cie Méthylène Théâtre) avec des élèves ayant participé au Prix.

Les textes qui concouraient pour le prix 2017 étaient :

Hakim Bah (Guinée) : A bout de sueurs, Lansman
Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers
Marcelle Dubois (Canada-Québec) : Habiter les terres, Lansman
Mohamed El Khatib (France) : Finir en beauté, Les Solitaires intempestifs
Sébastien Joanniez (France) : Chouf, Espace 34.

Le Prix 2017 a été décerné à Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers

+ d'informations sur les auteurs et les textes (biographies, présentation des textes, ressources pédagogiques, interview, vidéo...) sur le site du prix Sony Labou Tansi des Lycéens ou sur theatre-contemporain.net

Ressources : site theatre-contemporain.net, Les Francophonies en Limousin, site du prix Sony Labou Tansi, Rectorat de l’Académie de Limoges et Canopé.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
06 juin 2017

CRITIQUE DE LECTEURS LYCEENS

CHOUF
Sébastien Joanniez
Editions Espaces 34, 2014

Une création sonore réalisée par Radio Critique pour Radio Théâtre

Chouf

Écrits au cours de voyages entre la France et l’Algérie, issus de rencontres ou totalement inventés, les textes de Chouf sont des pépites du passé, des bribes d’aujourd’hui, les éléments d’un pont qui se jette par-dessus la Méditerranée. Ici, la poésie tente de dire le silence et l’espoir. La page presque blanche allume des feux dans la nuit. Car l’Histoire n’a pas encore éteint nos souvenirs, ni coulé nos bateaux, ni entamé nos appétits.

Sébastien Joanniez

Né en 1974, Sébastien Joanniez commence par le théâtre, à Lyon, où il travaille comme auteurmetteur en scène et comédien.
Publiée chez différents éditeurs (Rouergue, Sarbacane, Espaces 34, Color Gang, Théâtrales), son oeuvre alterne littérature jeunesse et adultes, roman, théâtre, poésie, essai, album, chronique de voyage, cinéma, chanson.
Son roman Marabout d’ficelle (Éditions du Rouergue) a reçu le Prix J’aime lire (prix décerné par les enfants) au Salon de Montreuil en 2002. Devenu Ein Zwilling für Leo aux Editions Beltz (Allemagne), ce roman a été sélectionné au Deutscher Jugendliteraturpreis - Foire du livre de Francfort 2008.
Sa pièce, Désarmés - Cantique (Éditions Espaces 34), a obtenu le Prix Collidram (prix de littérature dramatique pour les collégiens) en 2008. Sa pièce Stroboscopie (Éditions Théâtrales) est finaliste du Grand Prix de littérature dramatique 2016.
Sa pièce Chouf (Éditions Espaces 34) est finaliste du Prix Sony Labou-Tansi 2017 (prix des lycéens francophone).
Sa pièce Moins un est finaliste de l’Inédithéâtre 2017 (prix des lycéens français).
Sa pièce En bas c'est moi (It's me down there), traduite en anglais par Simon Pare avec le soutien de la SACD, a été créé au hotINK International Play Reading Festival 2009 - New York.
Son roman Noir Grand (Éditions du Rouergue) est traduit et publié par Sanha Publishing en Corée du Sud (2014).
Auteur et comédien, il lit à haute voix ses textes, et participe à de nombreux projets (ateliers d’écriture, rencontres, scènes ouvertes...) dans les milieux scolaires, psychiatriques, pénitentiaires, associatifs, institutionnels.
Arrivé en Ardèche, il programme et organise le Festival Essayages depuis 2008, avec une multitude de partenaires, qui invite des auteurs à lire eux-mêmes un de leurs textes inachevés en public.
Il collabore fréquemment avec des musiciens, des plasticiens, des metteurs en scène, des comédiens, des cinéastes, répond à des commandes d’écriture, s’installe en résidence dans les classes, les immeubles, les théâtres, les bibliothèques, chez l’habitant, à l’étranger ou en France.

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Sébastien Joanniez, "Chouf", comment est née l'envie d'écrire ce texte ?
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Le Prix Sony Labou Tansi des Lycéens

Depuis 2003, le Pôle de Ressources pour l'Éducation artistique et culturelle, « Écritures contemporaines francophones et théâtre » a mis en place dans l'Académie de Limoges un comité de lecteurs lycéens du théâtre francophone. Dès 2005, des lycées d'autres académies et de l'étranger ont rejoint cette action. Pour l'année 2015-2016, il était composé d'environ 600 élèves de France (dont La Réunion), mais aussi d'Algérie, du Bénin et du Maroc.
Ce prix permet aux lycéens de plusieurs pays de découvrir des œuvres théâtrales modernes, atypiques, incisives, et pertinentes où l'acte de lire n'est plus seulement un rapport au texte mais aussi un rapport au monde.Il porte le nom de Sony Labou Tansi, grand auteur dramatique congolais dont l'œuvre marque l'histoire de la littérature francophone et qui fut un compagnon du festival des Francophonies en Limousin dès ses débuts. Sony Labou Tansi est décédé en 1995.

Le fonctionnement du prix

Au début de chaque année, les éditeurs sont sollicités et l'ensemble des textes qu'ils proposent est soumis à un premier comité de lecture réuni par les Francophonies en Limousin. Une sélection de 12 textes est faite et remise à un second comité de lecture "enseignants" qui fait la sélection finale des cinq titres présentés au jury "lycéens".
A partir de la rentrée scolaire en septembre, les lycéens membres du jury du prix Sony Labou Tansi 2017 découvrent les cinq œuvres sélectionnées :
Fin avril/début mai, à l'issue d'un vote, les lycéens de l'Académie de Limoges, réunis en atelier au CCM Jean Moulin à Limoges, et ceux des classes des autres établissements en France ou à l'étranger décernent le prix à l'un des cinq auteurs de la sélection.
Fin septembre, à l'occasion du Festival des Francophonies en Limousin, une lecture du texte primé est présentée à Limoges, suivie de la remise du Prix à l'auteur. En 2016 la lecture était dirigée par Elise Hôte et Renaud Frugier (Cie Méthylène Théâtre) avec des élèves ayant participé au Prix.

Les textes qui concouraient pour le prix 2017 étaient :

Hakim Bah (Guinée) : A bout de sueurs, Lansman
Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers
Marcelle Dubois (Canada-Québec) : Habiter les terres, Lansman
Mohamed El Khatib (France) : Finir en beauté, Les Solitaires intempestifs
Sébastien Joanniez (France) : Chouf, Espace 34.

Le Prix 2017 a été décerné à Léonore Confino (France) : Le Poisson belge, Actes Sud Papiers

+ d'informations sur les auteurs et les textes (biographies, présentation des textes, ressources pédagogiques, interview, vidéo...) sur le site du prix Sony Labou Tansi des Lycéens ou sur theatre-contemporain.net

Ressources : site theatre-contemporain.net, Les Francophonies en Limousin, site du prix Sony Labou Tansi, Rectorat de l’Académie de Limoges et Canopé.

Focus Limousin / / Francophonies Limousin / / Prix Sony Labou Tansi / 
Posté par : Radio Théâtre
26 mai 2017

REGARDS DE SPECTATEURS 
Michel Kiener / Laetitia Le Van 
Le Théâtre de l'Union, CDN Limousin, propose cette année à ses spectateurs des ateliers de critique, dirigés par le critique dramatique Jean-Pierre Han.
Aujourd'hui, Radio Théâtre vous propose de découvrir le fruit de ces ateliers, en lisant la critique des participants, Laetita Le Van, Michel Kiener.

Richard III : à trois, un défi réussi

Richard III - Loyaulté me lie, qui se joue jusqu'au vendredi 29 janvier au Théâtre de L'Union, CDN Limousin, embarque le spectateur dans une cavalcade audacieuse et puissante, inquiétante et fantasmagorique, inventive et surprenante pour incarner la figure maléfique de Richard III et mieux faire entendre la langue baroque et poétique de Shakespeare.

Monter un -nième Richard III est un défi. Jean Lambert-wild, le nouveau directeur du Théâtre de L'Union, s'est lancé dans cette création, construite avec l'actrice Elodie Bordas, les metteurs en scène Lorenzo Malaguerra et Gérald Garutti – qui signe par ailleurs la traduction du texte-, le compositeur Jean-Luc Therminarias et le plasticien Stéphane Blanquet. Un défi réussi, qui rend un hommage à la puissance et à l'exubérance du théâtre, et au théâtre baroque qui est celui de Shakespeare.

Ce Richard III, une farce ? C'est ce que le spectateur pourrait se dire, tant le parti-pris de Jean Lambert-wild de faire de Richard III un clown peut paraître inattendu. Cet "acteur-clown", impose, pourrait-on croire, ce personnage à la pièce. Or cette proposition forte fonctionne et favorise une lecture féconde, renouvelée de la pièce. Le clown arrive sautillant, frêle et déjà bondissant, avant de se grimer devant sa glace d'artiste de cirque. Clown diablotin et triste, qui se prépare à endosser son personnage masqué, grimé par les mots manipulateurs et les futures grimaces d'un joker. Bouffon, visible par son reflet dans le miroir, qui nous invite à comprendre que c'est à un spectacle, à un numéro d'acteur grinçant que nous allons assister. Richard III expose alors son projet, "profond dessein" de se "montrer criminel" pour conquérir le pouvoir et devenir roi. Mais la figure inquiétante avoue "un autre dessein, impénétrable et secret", que le spectacle donnera à voir progressivement. La machination peut se déployer. La machinerie du théâtre se déploie aussitôt, dépliant un décor de fête foraine ou de palais de la magie, ménageant quatre espaces, peints dans un graphisme aux couleurs rouges, vertes et noires, aux formes fantastiques, inquiétantes, enfantines et grotesques tout à la fois. La profusion frappe. Je me dis que je vais retrouver les audaces du théâtre de Shakespeare et les jubilations de ses métamorphoses.

La première est celle de monter à deux acteurs une pièce qui comporte une quarantaine de personnages. Jean-Lambert Wild joue la partition de Richard III et d'un des tueurs de Clarence, soulignant qu'il est toujours du côté de l'action et de la folie furieuse. Elodie Bordas, au travers d'une performance d'actrice remarquable, incarne les autres personnages. Une série de tableaux se succède alors, tous différents, jouant sur des espaces nouveaux, des figures fortement typées, déployant des effets de surprise scénographique continuels : ainsi la mère de Richard, Vierge noire, poupée superbe et macabre surgissant au centre du plateau ; Buckingham, en groom turc, bon serviteur au chapeau rouge, M. Loyal de cirque qui prépare et chauffe la salle pour servir son maître. Virtuose jeu d'équilibriste qui ne souffre aucune surenchère.

Richard III-Loyaulté me lie se décline à trois personnages, avec les deux acteurs et un troisième indispensable : celui du décor, de ses lumières, et de son accompagnement sonore, au service d'une cauchemar éveillé et d'une métaphore aussi vertigineuse que ludique du jeu politique et du théâtre.

Laetitia Le Van

 


Shakespeare et Kadhafi, Richard III à Limoges

Travail d'équipe, spectacle total et performances d'acteurs : ce Richard III, qu'ont inventé Jean Lambert-wild, récemment arrivé à la tête du Centre Dramatique National du Limousin, et ses complices, devrait faire date. Un Richard III donné dans une nouvelle traduction due à Lambert-wild et Gérard Garutti, donné et prononcé, donnée rare de nos jours. Ne manquez pas ce Shakespeare halluciné, tiré tout chaud de son Moyen Âge habituel, et plongez avec eux dans les folies meurtrières de notre siècle.

Dieu sait que le pari était osé ! L'immense plateau du Théâtre de l'Union, coupé par un extravagant théâtre de Guignol baroque, réduit la scène à un fronton de fête foraine. Deux acteurs, deux seulement, y font vivre une intrigue à rebonds. Prince bossu, rappelons-le, rescapé d'une guerre des Deux roses sans pitié, qui opposa en Angleterre, à la fin du Moyen âge, deux clans, les York et les Lancastre. Richard, cadet méprisé, exécute sans états d'âme frères et neveux, pour s'assurer la couronne de roi. Il revient à Jean Lambert-wild, clown blanc sinistre, face de craie et fraise au cou, d'incarner ce prince psychopathe, double d'un Staline relooké Kadhafi. Ou El-Assad, au choix. Sa famille et son clan, tout le monde y passe, à la mailloche et à la kalachnikov, jusqu'à dégoûter in fine son âme damnée, un Buckingham, devenu suspect à son tour. Aucune extravagance, aucun mensonge n'arrêtent ce pitre sanglant et manipulateur, dont les difformités physiques ne sont plus, à Limoges, qu'un prétexte à tirer vengeance de tous.

Clown, oui, pitre non ! C'est vrai, tout se joue sur le fil du rasoir, mais Lambert-wild sait « se tenir ». Il devra, au fil des séances, garder le cap. Faisons-lui confiance.

Face à lui, on a « posé » une Élodie Bordas d'anthologie : elle incarne à elle seule, impériale, tout ce qui tourne autour du roi et lui donne tout son sens. Tour à tour femme tragique, mère de rois, maire de Londres, courtisan, agent secret, Buckingham et j'en passe, elle « se la joue » déchirée ou désinvolte, au gré des rôles, servie par les trouvailles d'une mise en scène rigoureuse, en contrepoint diabolique d'un Richard énervé. Transfigurée par le frac et le fez des Jeunes-Turcs du sultan génocidaire Abdul-Hamid, elle délivre en pied de scène un long monologue face au peuple spectateur tétanisé, une performance qui lui aurait valu, eût-on été à l'opéra, une ovation. Du moins arrache-t-elle au gradin "soumis et humilié" les applaudissements serviles que réclame l'apprenti tyran !


À la fin, les deux acteurs viennent saluer en compagnie des machinistes : juste hommage. Le décor dans lequel virevoltent les deux marionnettes doit tout à une bande son d'horloger et à des trouvailles d'illusionnistes délivrées à la chaîne. Elles baladent sans temps faible le spectateur d'un bord à l'autre du décor jusqu'au bouquet final d'une grande subtilité. Guerre et Paix à domicile.

Un Shakespeare made in Limoges, plus que convaincant : décisif.

Michel Kiener

 

 
Que me faut-il détruire pour accéder au pouvoir ?
Ou : Comment ouvrir son chemin à la machette...


Du 19 au 29 janvier 2016, le Théâtre de L’Union, CDN du Limousin présente Richard III-Loyaulté me lie, dernière création de son nouveau directeur, Jean Lambert-wild. Traduite de Shakespeare par le metteur en scène-auteur Gérald Garrutti et Jean Lambert-wild, cette réflexion scénique sur le pouvoir est co-signée par l’actrice Elodie Bordas, le metteur en scène Lorenzo Malaguerra, le scénographe et plasticien Stéphane Blanquet, le compositeur Jean-Luc Therminarias et Gérald Garrutti.

Le parti pris de cette adaptation très personnelle, repose sur le choix de Jean Lambert-wild de ne pas « incarner lui-même » Richard III, mais de le faire jouer par Paillasse, le clown avec lequel il travaille depuis de nombreuses années, comme si tout ce récit n’était finalement que le monologue intérieur d’un homme qui s’interroge sur lui-même, sur le monde et sur la place qu’il y tient. Elodie Bordas, quand elle, incarne presque tous les autres personnages.

En choisissant de faire jouer Richard III par un clown, Jean Lambert-wild ouvre la porte à une série de situations absurdes et grotesques, qui nous apparaissent finalement d’un réalisme cruel quant à la manière dont un homme peut perdre la raison lorsqu’il s’entiche du pouvoir. Ce clown, comme le font encore aujourd’hui les représentants des grandes puissances oligarchiques, poursuit son objectif avec constance, bonne humeur et rigueur, détruisant au passage des vies humaines sur son chemin. L’on peut penser à la théorie du journaliste Christopher Lynn Hedges, La pathologie des super-riches, qui affirme que pour amasser des milliards compulsivement, vouloir augmenter sans limite sa gloire et son pouvoir, quitte à détruire l’environnement et à fouler au pied ses pairs, il faut souffrir d’une pathologie certaine, qu’on pourrait qualifier peut-être d’addiction terrible. Ou, autrement dit : "Assurément il faut être fou." Chris Hedge, développe les symptômes de ce mal que nous retrouvons chez Richard. Ces symptômes sont pour lui : le sentiment qu’autrui est remplaçable, l’absence de sympathie, et un égocentrisme forcené. Paillasse traduit cette réalité-là, de par son insouciance, son entrain, sa poursuite joyeuse et obsessionnelle de son objectif à coups d’assassinats en règles et son inintérêt pour les dommages humains collatéraux. On relèvera que pour donner corps à ce personnage d’un égoïsme monstrueux, Jean Lambert-wild a pris le soin d’approfondir et de nourrir son personnage, lui donnant le visage d’un homme parfaitement insensible à la douleur d’autrui, mais hyper centré sur ses propres blessure et sa propre personne.

Le choix de faire jouer successivement plusieurs des personnages par Elodie Bordas reflète à merveille cette inaptitude des puissants à considérer autrui, et il en va de même pour les personnages restants, qui sont incarnés par des visages crées à partir de logiciels d’animation projetés en vidéo, ou encore carrément par des automates directement intégrés à la structure scénique. Ce qui nous signifie une fois de plus que l’autre fait partie du décor mais ne compte pas, et constitue tout au plus une marche d’escalier, un simple vecteur me permettant l’accès à mon désir. Ces présences troublantes, dialoguent avec le décor peint, entre baroque et art brut, représentant des enlacements de motifs végétaux et anthropomorphiques, qui telle la forêt monstrueuse de nos consciences devient le lieu de l’inquiétante étrangeté, et dont les rideaux s’ouvrent ou se ferment sur les enclaves de la conscience du personnage. Le choix de faire jouer « les autres » par des marionnettes mécaniques ou numériques, signifiantes mais sans âmes, nous renseigne sur la manière sans émotion dont les individus en quête de pouvoir perçoivent les autres. Dans cette mise en scène, Richard est doué d’hyper empathie, décode à merveille le ressenti, les desseins des autres, et en tire le meilleur profit dans la poursuite de son objectif. Dans le même temps, il est inapte à tout élan de sympathie ou contagion émotionnelle, centré sur lui, absolument. Ce spectacle nous renseigne précisément sur la manière dont les puissants perçoivent le monde, et c’est glaçant. Force est de reconnaitre l’efficacité du procédé choisi ici : le recours à un imaginaire fantaisiste voire surréaliste, qui, justement parce qu’il est chimérique, chargé, multiple et à mille lieues du naturalisme, dessine les contours du portrait d’un puissant avec force détails et hyperréalisme.
Que dire pour conclure, sinon que ceux qui ont conscience du pouvoir et de l’enjeu politique que représente la direction d’un CDN, noteront qu’il est courageux pour qui se tient à cet endroit d’ouvrir cette réflexion sur les conditions d’accès au pouvoir.


 

Le Théâtre de l'Union, Centre Dramatique National du Limousin, propose cette année une curieuse expérience à ses spectateurs : endosser le costume du critique !
Trois ateliers de critique seront donc dirigés par Jean-Pierre Han au Théâtre de l'Union cette saison.
Ils auront pour but une réflexion collective autour des œuvres vues et le passage à l'acte... d'écrire.
C'est la dimension du plaisir d'écrire et d'être spectateur qui sera mise en avant lors de ces ateliers.
Aucun niveau spécifique n'est requis, les ateliers sont ouverts à tous.
Critique dramatique, Jean-Pierre Han mène de nombreux ateliers de critique en France et est, entre autres, directeur de la revue frictions.
Radio Théâtre est partenaire de cette action et publiera au fur et à mesure des critiques de spectateurs rédigées lors de ces ateliers.

Pour en savoir plus, vous pouvez écouter notre entretien avec Jean-Pierre Han.

Trois rendez-vous sont proposés cette saison, autour des spectacles Les épouxRichard III - Loyauté me lie - et Neva
Il faut de préférence que les personnes souhaitant participer à l’atelier d’écriture critique assistent aux représentations suivantes :
 
Les époux 
de David Lescot. 
Mise en scène Anna-Laure Liégeois, le festin.
- du 14 au 16 octobre 2015 -
Représentation atelier le vendredi 16 octobre.
L’atelier critique a eu lieu le vendredi 16/10/15 à 18h30 et le samedi 17/10/15 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Richard III - Loyauté me lie - 
Une adaptation du Richard III de William Shakespeare. 
Un spectacle de  Jean Lambert-wild, Elodie Bordas, Lorenzo Malaguerra, Gérald Garutti, Jean-Luc Therminarias et Stéphane Blanquet.
- du 19 au 29 janvier 2016 -
Représentation atelier le vendredi 22 janvier.
L’atelier critique a eu lieu le vendredi 22/01/16 à 18h30 et le samedi 23/01/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Neva 
de Guillermo Calderón.
Mise en scène Paul Golub.
- du 1er au 4 mars 2016 -
Représentation atelier le vendredi 4 mars.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 04/03/16 à 18h30 et le samedi 05/03/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.

Tarif : 15€ par atelier d'écriture / forfait de 40€ pour les 3 ateliers + places pour les spectacles 
Attention, nombre de places limité à 15 personnes par atelier. 
 
Pour plus d'infos, n'hésitez pas à contacter le 05 55 79 15 78 ou par mail à public@theatre-union.fr


RICHARD III - LOYAULTÉ ME LIE - WILLIAM SHAKESPEARE
Myself upon Myself

Avec Elodie Bordas et Jean Lambert-wild
Direction : Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Gérald Garutti
Musique et spatialisation en direct : Jean-Luc Therminarias
Scénographie : Stéphane Blanquet & Jean Lambert-wild
Assistant à la scénographie : Thierry Varenne
Lumières : Renaud Lagier
Costumes : Annick Serret Amirat
Armure en porcelaine de Limoges : Stéphane Blanquet et Christian Couty
Accessoires et marionnettes : Stéphane Blanquet et Olive
Direction technique : Claire Seguin
Traduction : Gérald Garutti & Jean Lambert-wild
Régie audiovisuelle : Alban Van Wassenhoven, Frédéric Maire
Régie son : Nourel Boucherk et Christophe Farion
Recherches et documentation : Alicya Karsenty
Assistanat à la dramaturgie : Zelda Bourquin et Guillaume Lambert
Décor construit : par les ateliers du Théâtre de l'Union sous la direction d'Alain Pinochet
Peintre décorateur : Claude DurandCostumes réalisés: par les ateliers de costumes du Théâtre de l'Union sous la direction d'Esther Pillot

FuturePerfect
Directeur artistique, fondateur de FuturePerfect : Wayne Ashley
Coordinatrice du projet : Lisa Reynolds
Conseiller technique, spécialiste du logiciel TouchDesigner : Barry Threw
Directeur technique du système d'animation Pipeline et Rigging: Raffaele Scaduto-Mendola

Avec la participation des acteurs et actrices de la séquence 8 de l'Académie de l'Union –Ecole Supérieure Professionnelle de Théâtre du Limousin pour la mise en place du bauprobe

Avec la participation de l'University of Texas, Austin pour l'élaboration du système d'animation et de traitement vidéos
Professeur de radio, télévision, film et musique : Bruce Pennycook
Professeur associé, intégration média pour performance : Charlie Otte
Professeur d'informatique : Don Fussell
Administrateur de production : David Vieira
Président département théâtre : Brant Pope
Concepteur de systèmes de production tactile : Jared LeClaire
Comédiens : Kate Bender, Ryan Belock
Conception vidéo et lumière : Matthew Smith
Assistantes réalisatrices : Nathalie Novacek, Stephanie Busing
Logiciel MAYA : Nidhi Reddy, Jeff Kurihara
Logiciel Face Shift : Joao Biera et Yago de Quay
Réservations SAC : Victoria Shostak
SAC A/V & IT : Richard Stimpert
et de Fusebox
Directeur artistique : Ron Berry
Directeur général : Brad Carlin
Producteur associé : Kim Turner

Production déléguée : Théâtre de l'Union-Centre Dramatique National du Limousin
Production : Théâtre de l'Union-Centre Dramatique National du Limousin, Comédie de Caen - Centre Dramatique National de Normandie, Futureperfect Productions, Le Volcan-scène nationale du Havre, L'Espace Jean Legendre -Théâtre de Compiégne, Le Théâtre du Crochetan à Monthey, Les Halles de Schaerbeek- accélérateur culturel européen, Bruxelles (en cours), La Compagnie C(h)aracteres
Avec le soutien pour la réalisation de l'armure de Richard III : de la manufacture Porcelaines de la Fabrique  
Avec le soutien pour la résidence à Austin et la tournée aux USA : du Fusebox Festival, de l'University of Texas, Austin (département théâtre et danse) et du Consulat général de France à Huston


Rédaction / / Focus Limousin / 
Posté par : Laetitia Le Van, Michel Kiener
10 mars 2017

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

Entretien Fabrice Caravaca / Benjamin Vareille

Les éditions Dernier Télégramme ont dix ans cette année. Fabrice Caravaca, qui les anime depuis leurs débuts, est le centre de cet entretien, où il s'agit d'ausculter autant le poète que l'éditeur. L'occasion de revenir sur la genèse de ce projet dont le programme est de se soucier par le livre de son objet, comme de son texte : le dialogue, c'est de s'effacer et de faire passer. Mais pas que. La maison défend des voix, des langages, qui s'emploient aujourd'hui au niveau national, avec les armes les plus modestes de ce côté-ci de l'arène, à nourrir une même émulsion.
L'entretien qui suit est extrait d'une série de trois rencontres d'une heure, réalisées entre avril et mai 2015, et orientées autour d'un lexique propre à celui de la maison d'édition.
En raison de la densité et la longueur de ce "dossier", Radio Théâtre le publiera en six parties, tout au long de l'été.

Vous vous apprêtez à lire la sixième partie de ce dossier, qui constituera avec la partie cinqLe discours (long cours)
N’hésitez pas à revenir en arrière pour lire la partie un et la partie deux qui constituent : Le Dialogue.
Puis la partie trois et la partie quatre, qui constituent : Les voix chorales.

 

Le discours (long cours) : Episode 6


LONG COURS (D’UN AUTEUR L’AUTRE)

Benjamin Vareille
- La rencontre avec Serge montre qu'il y a la rencontre avec la personne avant celle avec le texte. Est-ce que c'est souvent le cas avec les autres auteurs, que l'humain vienne avant le texte, ou pas ?

Fabrice Caravaca
- Non, pas tellement, ça dépend vraiment des histoires.

- Evidemment, je me doute que ça dépend des histoires...

- Oui, parce qu'il y a eu des personnes que je ne connaissais pas, et que j'ai vues en lecture : « Salut, est-ce que tu peux m'envoyer deux ou trois choses, ça m'intéresserait de prolonger la découverte... » Voilà. C'était le cas avec Marc Perrin, par exemple, que je vois à Midi Minuit Poésie à Nantes, l'année où la maison était invitée. Je lui ai dit que je voulais découvrir davantage son boulot. Aussi une histoire d'amitié avec Marc. Je lui fais confiance, pour son prochain texte qui va paraître en novembre. C'est une espèce de work in progress sur plusieurs années, un énorme boulot... On est en retard sur le projet, mais je ne veux pas le presser. Ça pose quelques problèmes en termes d'organisation de la maison d'édition, mais on s'arrange.

- Il ya des longs projets comme ça que tu as abandonnés ? Des choses que tu as laissé tomber à l'eau, qui malgré leur planning au long terme ont avorté ?

- Je n'ai pas souvenir de ça.

- Quand tu t'engages, tu t'engages...

- A priori... J'ai pu être maladroit une fois ou deux.

- Tu penses bien à quelque chose, sans quoi tu ne dirais pas cela. Mais un vrai projet posé sur la table, avec un vrai nom et un vrai discours derrière, en général ça n'avorte pas.

- En règle générale non.

- Il existe d'autres auteurs, poètes, qui tournent autour de toi et de ta ligne, dont l'influence éclaire la route, et certains dont l'importance a pu croître ou décroître chemin faisant. Jetons des noms : Kerouac, pour commencer. Est-il encore un phare, dans la mesure où il pourrait éclairer une direction que prendraient certains de tes choix, en tant qu'éditeur ?

- Non. Je crois que Kerouac c'est resté quelque chose de strictement personnel...

- Et pourtant, il y a le choix de Jack Micheline.

- Micheline, oui... Bon, mais ça reste personnel au final, c'est proche de Lucien...

- Je suis sûr que si on les prend, auteur après auteur, et que l'on fait sauter les boutons et les coutures on va trouver du personnel partout. J'essaie de le débusquer, là.

- Oui, il y en a, c'est évident.

- Parce que même sous une publication qui serait un one shot, chez toi, qui n'appellerait pas forcément à une suite ou une autre publication, il y a une histoire ou une collaboration qui peut s'inscrire sur un long terme, et représenter l'aboutissement d'un long argument, d'une discussion, d'une pensée qui a pris d'autres formes... Ou le début d'une autre pensée. Je pensais à d'autres auteurs comme Dostoïevski, que tu gardes près de toi.

- Oui, Dostoïevski serait beaucoup plus important maintenant, pour moi, que Kerouac, dans une certaine mesure. Kerouac c'est un copain qui est là...

- Dostoïevski, ce n'est pas un copain ?

- Bah non. Je peux l'admirer. Je peux difficilement admirer Kerouac, aujourd'hui. Mais je l'aime toujours. Le fait d'avoir plus précisément bossé sur lui fait qu'il y a eu un détachement à un moment ou à un autre. La Beat Generation m'intéresse toujours, évidemment, mais c'est là, à côté. Ça reste toujours présent. J'y ai trouvé des choses à un moment de ma vie, mais j'ai besoin d'autre chose maintenant. J'aimerais bien, comme ils disent, retomber en amour d'un auteur ou d'une époque pour faire tout ce travail de découverte et avancer. Kerouac, c'est du même coup lui qui me permet de lire Walt Whitman, des gens comme ça, jusqu'à Dostoïevski d'une certaine façon. Dans l'histoire de Kerouac, et de Ginsberg, c'est important.

- Whitman, dénominateur commun ?

- Dénominateur commun... [Silence] Ça pourrait. C'est compliqué, tu rentres sur un terrain où je dois analyser mes lectures, et c'est vrai que ça fait longtemps que je ne suis pas tombé sur quelque chose qui m'a complètement enthousiasmé et accompagné aussi longtemps. Effectivement, il y a Dostoïevski, d'autant plus avec la rencontre d'André Markovicz, même si l'on a très peu parlé de son travail de traduction. Je cherche plus dans les contemporains maintenant quelqu'un qui ferait...

- Qui servirait de carburant ?

- Oui, c'est ça, une forme de nourriture. Je cherche... Si, il y a Hans Henny Jahnn, qui m'avait beaucoup impressionné ! Kerouac m'intéresse parce qu'il bosse selon son idée, comme il dit, de faire la recherche de Proust en accéléré, et produit en fin de course une sorte de comédie humaine à la Balzac. C'est une histoire qu'il écrit, et c'est son histoire. On peut réfléchir ensuite à savoir si c'est sa biographie, ou pas... On s'en moque un peu. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui met tellement sa vie en jeu, que la littérature prend le pas sur sa propre existence.

- Ça été constitutif pour toi ? Un déblocage ?

- Oui, mais dans ce cas-là Henry Miller serait, avec Tropique du Cancer, plus un déclic que Kerouac. Bizarrement. Quand j'ai lu ce texte-là d'Heny Miller pour la deuxième fois, il y a une vingtaine d'années – la première fois je devais avoir dix-sept ans, j'ai beaucoup aimé mais cela m'échappait – et la deuxième fois donc je me suis dit d'accord, je comprends pourquoi j'aimais cette chose-là. Il y a quelqu'un qui s'implique totalement dans la vie et dans son écriture, et chez qui les deux sont intimement liées. Mais c'est Emerson qui dit cela aussi, que la littérature qui va venir sera une littérature qui parlera de soi, en ce qu'il y a de terriblement important là-dedans.

- D'universel ? Je jette un pavé dans ta mare...

- Oui. Enfin à un moment donné il y a une forme d'universel qui se met en place, évidemment. Mais l'idée, tu vois bien ce que ça peut être, de parler du quotidien. Il y a bien des façons de le faire. Et quand tu lis Miller ou Kerouac, ils parlent de leurs histoires mais ils vont en choisir les moments tout à fait particuliers qui sont porteurs de sens, à la fois pour eux et pour celui qui éventuellement va les lire. Et qui va construire sa vie avec cette histoire-là qu'il ne connaît pas, mais qui devient un peu la sienne, d'une façon ou d'une autre, et avoir une interpénétration. Puis, les contextes historiques, sociaux, et ainsi de suite, sont complètement différents. Difficile de pouvoir faire un télescopage historique. Cette littérature ne peut plus avoir lieu maintenant. Et pourtant je considère Kerouac.

- Hormis les auteurs, y aurait-il le père d'une pensée dans ton travail d'éditeur ?

- En termes d'éditeur, il y a des gens que je respecte beaucoup.

- Qui jalonnent ton travail ?

- Il y a eu la rencontre première avec Laurent Cauwet, quand même. C'est quelqu'un qui a été proche, qui a accompagné mon travail au début. C'est important ça. Et puis il y a tous ceux que j'ai rencontrés au fur et à mesure, que je vois de loin travailler avec leurs auteurs aussi. Et dans ceux qui ont commencé presque en même temps que moi, il y a des choses que je trouve plus que respectables, vraiment très bien.

- Tu parlais du fait que le personnel était intimement lié au professionnel chez toi, la question serait de savoir si tu te sens plus accompagnés par des auteurs que des éditeurs dans ton travail, ou l'inverse...

- Ce sera plus par les auteurs. Ceux qui sont là depuis le début, ceux avec qui s'est créée une part intime, justement. Lucien évidemment, qui est le premier à m'avoir fait confiance de sa génération, Serge aussi...

- Et Kerouac et Dostoïevski au milieu de Lucien et Serge... ne t'accompagnent-ils pas, dans ton travail d'éditeur ?

- Non, je ne crois pas, vraiment je ne pense pas.

- Pourtant la lecture est solitaire, et donc très riches en fantôme. On se sent très vite accompagné, on sent ceux qui se penchent sur notre épaule.

- Oui, c'est vrai, mais pas en tant qu'éditeur. Non, ce serait vraiment les auteurs avec qui je vis. Si l'on prend Manuel, c'est quelqu'un qui a une histoire avec l'édition. Parce qu'il a été libraire, et plus que ça, qu'il a participé à des revues...

- Il l'est encore !

- Oui, il a un très beau lieu à Besançon, qui s'appelle Le Marulaz. Ou Christophe, parce qu'il a été éditeur aussi. Lucien, parce qu'il avait la Station Underground d'Émerveillement Littéraire, où il faisait ses objets lui-même. Serge aussi, avec la revue Tribu. Ou Julien Blaine, qui a toute une expérience de l'édition, qui travaille avec plein d'éditeurs... C'est plus cela qui, au fond, vient accompagner, et éclairer de temps en temps mon parcours.

- Ce sont des auteurs, éditeurs... Ils n'ont pas qu'une seule casquette, eux-mêmes sont pluriels. Au milieu de la pluralité de gens qu'ils composent ensemble.

- Oui. C'est ça, plus que mes lectures personnelles, qui n'ont pas forcément d'implication dans les choix que je vais faire pour la maison d'édition.

- Qui, en tout cas, n'ont pas vocation à l'être ?

- Non. C'est-à-dire que je fais bien la différence entre ce que j'aime en tant que lecteur, et ce que je publie en tant qu'éditeur.

- Et tu crois qu'elles sont antagonistes ?

- Pas toujours antagonistes, heureusement. Parce que j'aime ce que je publie ! Mais je connais l'histoire de la maison d'édition, et ce n'est pas la même que la mienne. Alors elles sont intimement liées, mais ce n'est pas toujours la même que la mienne. J'ai mon histoire de lecteur, et il y a même des choses que l'on me propose, que je trouve tout à fait réussies, mais que je ne publierais pas dans la maison d'édition.

- Par choix éthique, ou par envie de se protéger, de protéger sa vie de lecteur ?

- Non, parce que je pense que ce n'est pas l'endroit pour ces textes-là, et que ce serait à côté de l'histoire que je construis...

- Et quel est le levier sensible qui t'indique que ce n'est pas le bon endroit ? Tu n'es plus objectif dès lors que, comme lecteur, tu avoues aimer le texte. Or si ce n'est plus objectif, ce n'est plus seulement un choix raisonné !

- C'est un choix raisonnable. Même si ce mot me fait un peu peur parfois... C'est-à-dire que je connais maintenant assez l'histoire de la maison pour savoir parfois où je souhaite l'amener. Je sais en tant qu'éditeur que je ne vais pas publier certains textes, même si je les apprécie en tant que lecteur, car ils ne peuvent pas à cet instant précis participer de cette histoire-là.

- Mmh. Bon, petite pause, tu reprends un demi et je reprends un café. Enfin je l'attends toujours. [intermède]

 

UN FEU NOURRICIER ET LE CORPS

- Le discours théorique dans lequel s'inscrivent tous ces dialogues, toutes ces voix, est-il assez dense pour appeler à un autre nom que celui d'une maison d'édition ? Autrement dit, tout comme le tout n'est pas seulement la somme des parties, peut-on trouver un terme fédérateur, pour toutes ses voix à ton catalogue et en comptant les histoires personnelles qui le traversent, en réduire l'entreprise et non la portée à une expression simple. Ou alors à une expression sibylline, si tu préfères ?

- Je crois comprendre ce que tu essaies de me dire... Je n'avais jamais pensé à cette chose-là, tu vois. Ce n'est pas mon propos. Les histoires personnelles, bon, je pense que c'est le cas de beaucoup d'éditeurs. Surtout dans ce milieu-là de la poésie. Mais cela me semble naturel que ces relations existent, et qu'elles existent comme ça. C'est la vie. Elle se manifeste dans un cadre particulier avec la maison.

- Tu vois, tu réponds, tu me dis que c'est « la vie ». Et ce ne serait pas juste ça, la vie ?

- Ce ne serait pas juste ça, la vie. C'est la vie aussi. Ou la vie avec. Quelque chose comme une part de vie, un tranche de vie si tu veux. Comme une tranche de gâteau, je ne sais pas...

- Ça devient sibyllin...

- [Rires] De fait je n'ai rien contre le discours théorique, c'est juste que je ne fréquente que peu ces textes...

- Pas besoin de les fréquenter, on parle de paysage, de zones, de lieux et de rhizomes.

- Oui, parce que j'ai lu un peu Deleuze. Je pense qu'il est très important de réfléchir sur comment la poésie se fait, ce qu'elle crée, quelles interrelations elle met en place ou pas, et quel est son positionnement aussi dans le monde tel qu'il est, quel est son rôle politique... Toutes ces questions, au bout des différents mouvements qui se sont organisés – alors je déteste cette histoire de mouvements, mais bon.

- Pourtant tu t'inclines devant Dada, et Dada c'est un mouvement.

- On ne peut pas dire que c'est un mouvement Dada, je ne pense pas qu'on puisse dire ça.

- On le dit.

- Non, c'est une énergie. À la fin, Dada ce n'est plus qu'une seule personne.

- Et Dernier Télégramme, c'est une énergie ?

- Oui. C'est une énergie, oui, c'est la mienne d'abord, et j'espère en avoir toujours suffisamment. Je la brûle un peu toute cette énergie, et pas toujours dans les bonnes directions. Je m'égare parfois, j'ai quelques maladresses.

- Ce qui nous intéresse sont ceux qui « brûlent, brûlent, brûlent »...

- Oui mais l'idée, ce n'est pas de faire feu de tous bois justement, pas plus que de faire un feu de paille.

- L'idée n'est pas de s'économiser non plus.

- Non, en effet. Si tu t'économises en faisant ces choses-là, autant ne pas les faire. Un feu, cela s'entretient. Il faut être capable soit de le rallumer, soit d'aller chercher les éléments nécessaires pour qu'il se nourrisse. Afin qu'il puisse à la fois éclairer et chauffer ce qui l'entoure.

- Une part du gâteau, une énergie, une flamme...

- Oui. Ce peut être aussi le fait que ce feu qui est là sert à brûler les mauvaises choses et à faire cuire ce qui, éventuellement, est véritablement consommable. Consommable dans le sens de nourricier.

- Un feu nourricier ?

- Oui, ce serait plutôt ça. Bon, on peut faire mieux que ce genre de métaphore. On en vient à ce qui semble évident et simple pour moi.

- Oui, c'est d'une simplicité élémentaire. C'est le cas de le dire.

- Si l'on dit ça, on va tout de suite être taxé de mauvais lyrisme.

- Par qui, les mauvais poètes ? On s'en moque.

- Mais il n'y a pas de mauvais poètes, il n'y a que des poètes... Non, je plaisante. Il y en a, évidemment. Le problème, c'est toujours ce que l'on entend par poète et ce que l'on entend par poésie. Il y a des gens qui se réclament de la poésie et qui au fond n'en sont pas. Et il y a des gens qui ne s'en réclament pas, et qui participent à mon avis beaucoup plus d'un élan poétique – dans ce pays, en Europe ou bien dans le monde – que certains poètes autoproclamés.

- Une vieille question que je t'ai déjà personnellement posée, et à laquelle je voudrais que tu répondes une fois encore. La plus petite unité de sens, si correspondances et rhizomes sont évacués avec toutes les considérations théoriques, si le dialogue est maintenu et la voix autant écrite que sonore, serait-ce le mot ? Le son ?

- La question théorique ne m'embarrasse pas. Il est juste question d'avoir les éléments nécessaires, à la fois théoriques et rhétoriques pour participer réellement de cette réflexion. Donc la plus petite unité de sens... Eh bien non, car moi je partirais de la plus grande unité de sens, qui émettrait les plus petites unités de sens. Je crois que ce qui compte, c'est le corps. Le corps, qui peut émettre un son, écrire un mot...

- D'accord. Le corps de l'auteur ?

- C'est plus que le corps de l'auteur. C'est le corps de l'auteur, mais – et c'est une tournure que j'utilise souvent – ce serait le corps du corps. Une forme d'essentiel du corps qui en est une forme de transcendance, et sa définition-même.

- On est dans le domaine de Laurent Albarracin, la définition tautologique.

- Oui, mais plus que tautologique. Comme chez Laurent, d'ailleurs, c'est toujours plus que tautologique. Comment définir ces choses-là, comment définir ce qui fait poème ou celui qui fait le poème ?

- Avant de définir la plus petite unité de sens, c'est ce que tu recherches ? Qu'est-ce qui fait poème ? Et la plus grande unité devient la première chose qui te saute au visage, le corps du corps ?

- Oui. Mais est-ce vraiment une unité, là. Je pense que c'est juste revenir à une histoire fondamentale. Il y a quelqu'un qui émet quelque chose. Voilà ce qui m'intéresse : comment est-il possible d'émettre, et comment est-il possible de recevoir. Et je crois que peut-être la plus grande question, pour moi, est comment recevoir. Une question à laquelle je n'ai pas de réponse concrète, en ce qui me concerne.

- Comment recevoir, cela nous éloigne encore un peu du cercle intime, et puisque l'on a bien pénétré dans le siècle immatériel : où en sommes-nous de « l'adieu à la page » cher à Bernard Heidsieck, disparu l'année dernière ?

- De l'adieu à la page ? Alors là, je pense qu'il n'y a pas du tout d'adieu à la page, et même plutôt qu'il y a, paradoxalement, une véritable affection de la page. C'est évident. Le livre papier reste quelque chose de tellement important pour les auteurs, et les lecteurs, en tout cas en ce qui concerne la poésie. Le livre est un lieu particulier, justement. C'est aussi en ça qu'une maison d'édition se reconnaît, par cette multiplicité de lieux-là, qui crée des espaces différents qui viennent se toucher, s'interpénétrer, se cogner, et qui s'inventent des frontières ou pas. Des frontières franchissables, ou non. C'est l'idée. Et le numérique c'est quoi ? C'est juste une frontière supplémentaire, un espace de plus, mais celui-ci est virtuel.

- La virtualité est la quasi-réalité...

- La virtualité est comme la virtuosité, pour moi. Des choses qui existent, mais qui m'intéressent peu. Je préfère les choses laborieuses, au sens le plus noble du terme.

- Or le labeur, c'est un long cours.

- Oui, c'est ça.

- Dernier télégramme, c'est cette hésitation curieuse mais avisée entre le message électrique et sa transcription papier, la pérennisation d'un entre-deux qui n'annule aucun parti mais tente de les réunir pour le mieux plutôt ?

- Ouais, si tu veux [rires]. La formule est rigolote.

- Oui, je le reformule. Dernier Télégramme, c'est un espace et un lieu, autant que le livre peut l'être. On interroge ce qui fait poème, ce qui fait la poésie, et l'unité de sens. C'est un entre-deux, plus qu'un simple juste milieu que tu évoquais.

- Oui, mais comme on interroge tout... Qu'est-ce que c'est qu'un objet, qu'un texte, qu'un texte dans un objet, qu'un texte qui émet un texte, et comment il l'émet. Ce sont toutes ces questions-là, qui sont évidemment toutes complémentaires, bien que paradoxales voire contradictoires. C'est-à-dire qu'il y a des temps et des espaces qui s'alignent. Ils sont multiples, parfois multipliés, et il arrive qu'ils s'excluent les uns les autres. Alors on passe d'un temps à un autre, mais pas comme l'on passe d'un livre à un autre. Il y a certes ce rapport temps et espace qui est permanent en toutes choses, mais il y a des temps et des espaces  pour la poésie. Certains fonctionnent, d'autres ne fonctionnent pas. Ce sont des positions. Pas des positionnements, même si l'allusion politique ne me déplait pas, ni des poses. Ce sont des positions. À la suite de quoi, il est parfois bon de s'arrêter, et de faire un état des lieux...

- Momentané ! Par la force des choses, ça l'est, et c'est une erreur de penser que ce n'est pas le cas.

- Oui, il faut toujours que ce soit momentané. Voilà. La maison d'édition se construit dans cette succession d'espaces et de temps particuliers qui se suivent, et s'interpénètrent, et durent.

- Dernier Télégramme fête ses dix ans !

- Ce sera véritablement en mars prochain, parce que les dix ans comptent depuis la sortie du premier livre. Peut-être une petite fête en mars.

- Oui. Maison d'édition à l'implantation locale fertile, puisque rayonnant au national. C'est la chrysalide qui s'ouvre, ou le cycle perpétuel qui se réinvente ? Ou tu t'en fous ?

- Un peu. [large sourire]

- Parfait. Merci Fabrice.

 

A suivre : QUESTIONNAIRE / COLLISIONS

Propos recueillis et mis en forme par Benjamin Vareille,
Au café le Limousin, à Limoges.


Lisez Questionnaire / Collisions, avec Fabrice Caravaca et Benjamin Vareille.
Découvrez le site des Editions Dernier Télégramme, dirigées par Fabrice Caravaca.

Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
11 févr. 2017

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

Entretien Fabrice Caravaca / Benjamin Vareille

Les éditions Dernier Télégramme ont dix ans cette année. Fabrice Caravaca, qui les anime depuis leurs débuts, est le centre de cet entretien, où il s'agit d'ausculter autant le poète que l'éditeur. L'occasion de revenir sur la genèse de ce projet dont le programme est de se soucier par le livre de son objet, comme de son texte : le dialogue, c'est de s'effacer et de faire passer. Mais pas que. La maison défend des voix, des langages, qui s'emploient aujourd'hui au niveau national, avec les armes les plus modestes de ce côté-ci de l'arène, à nourrir une même émulsion.
L'entretien qui suit est extrait d'une série de trois rencontres d'une heure, réalisées entre avril et mai 2015, et orientées autour d'un lexique propre à celui de la maison d'édition.
En raison de la densité et la longueur de ce "dossier", Radio Théâtre le publiera en six parties, tout au long de l'été.

Vous vous apprêtez à lire la cinquième partie de ce dossier, qui constituera avec la partie six : Le discours (long cours)
N’hésitez pas à revenir en arrière pour lire la partie un et la partie deux qui constituent : Le Dialogue.
Puis la partie trois et la partie quatre, qui constituent : Les voix chorales.

 

Le discours (long cours) : Episode 5


LE DISCOURS (GRIOT + MANON)

Benjamin Vareille
- Il va être question de ce qui se construit au long terme pour toi, la maison d'édition, les gens qui t'entourent, et à quel point ce long terme, ce long cours – pour reprendre une image prise du champ lexical proche de ta ligne – a à voir avec le discours.

Fabrice Caravaca
- Mais tu parlais de dialogue, et maintenant de discours. J'aimerais savoir quelle différence tu fais entre eux deux ?

- Ah. Disons que le discours peut ne pas être forcément reçu exclusivement par un ou plusieurs des membres qui y participent, tandis que le dialogue peut se faire l'exclusivité de ceux qui y participent. Là où le dialogue peut être confidentiel, le discours peut être public, d'une certaine façon.

- Oui, le dialogue c'est « deux », effectivement. Il peut y avoir création d'un discours, aussi, qui serait de l'ordre d'un discours politique, oui. D'accord. Mais il ne peut pas y avoir « faire discours », mais seulement « discours ».

- Justement, si je parle du discours maintenant, c'est que je sous-entends qu'il y a avant cela multiplicité des voix, et qu'en amont encore il y a dialogue. En traversant cela dans l'ordre nous arrivons à un tout unique, qui dialogue, qui retranscrit, qui est rendu public.

- A une forme d'énoncé, oui.

- Un énoncé que l'on peut retracer dans tes collaborations, longues et parfois noueuses avec certaines personnes. On a évoqué Manuel Daull, il y en a d'autres. Pour moi toutes les pièces déjà aperçues de ton travail ajoutées à ces collaborations sont le jalonnement d'un parler plus long, de sa construction tout du moins.

- D'accord. Ce que j'essaie de comprendre, c'est ce qui se joue dans la construction de ces histoires longues, avec une personne. On pourrait dire qu'il y a des amitiés qui se sont créées avec certains des auteurs. Mais la question que je me pose est : en quoi ces amitiés peuvent-elles mener à une réflexion particulière par rapport au travail qui est fait par ces auteurs-là ? Et aussi est-ce que cela peut modifier la vision que j'ai de leur travail, la vision que j'ai de l'ensemble du suivi autour de la maison d'édition et de l'accompagnement de leurs textes, comme des textes des nouveaux auteurs ou de ceux dont je suis moins intime, moins proche ? Je suis en train de me poser la question maintenant, je n'y avais pas réfléchi avant. Je suis content de revoir certaines personnes, de prendre des nouvelles, que certains en prennent... Mais je ne me suis jamais demandé quel enjeu cela pouvait avoir dans la construction d'un discours, dans la construction d'une réflexion autour de ce que c'est que ce travail-là, avec ces constitutions d'amitiés...

- On avait fini le précédent entretien en évoquant le fait que chacun ayant sa place dans un dialogue au sein de la maison d'édition – entre auteurs, avec l'éditeur, à travers des lectures où la place à l'autre est donnée – tous participaient de l'émulsion qui faisait que chacun était amené à entendre différemment ce qui se passait autour de lui, et donc qu'une richesse intrinsèque se créait, par le discours.

- Oui, parce que les auteurs de la maison, et pas que, se lisent entre eux. Enfin je pense que la plupart des auteurs lit ce que les autres auteurs font, en tout cas en partie. Mais pas seulement.

- Comment est-ce que le fait d'avoir été sous le même toit – celui de la maison d'édition – pour ces auteurs a modifié leur comportement, leur écriture ? Et comment avec certains de ces auteurs es-tu entré dans un long discours ?

- Alors il est évident que l'on ne peut pas être dans un rapport d'exclusivité, au niveau de la publication des auteurs. Mais en effet, il se crée des histoires tout à fait particulières qui font que des auteurs vont se tourner vers moi pour leur livre suivant. Ou en tout cas serais-je le premier interlocuteur à voir le texte avant qu'éventuellement il soit proposé à d'autres. Il peut aussi y avoir discussion sur l'intérêt, le bon sens, dans l'histoire d'un auteur, à aller voir chez un autre éditeur. 

- Tu penses à qui ?

- Il y a eu Fred Griot, qui lui était déjà publié sur le net, par Publinet notamment si je me souviens bien. Donc nous avons fait deux livres ensemble, ce sont deux livres « papiers », depuis Book 0, et je suis son travail qui m'intéresse. Jusqu'à ce qu'un troisième livre s'impose, et qu'il soulève la question, l'envie de passer à quelque chose de plus « gros » que Dernier Télégramme – ce que je trouve tout à fait honorable, et qui ne me pose aucun problème.

- Tu réponds à son envie de passer à quelque chose de plus gros, d'en parler avec lui, tu le mets en relation ?

- Pour les relations chacun se débrouille, parce que je ne connais pas forcément les plus gros, hormis quelques uns. Mais l’idée est évidente, que l'on puisse vouloir passer à un autre éditeur. Souvent, alors même que l'on est partie prenante pour continuer le chemin, l’auteur souhaite une plus large diffusion, voilà. C'est de viser des maisons d'édition qui ont une « frappe » beaucoup plus forte, en termes de mise en place et de communication. Ça s'entend, cette chose-là. Et même si l'on est en poésie, il y a des maisons d'édition qui pourront justement publier tels textes, qui ne seront pas sous le label « poésie », et auront une vie différente que si cela avait été à moi de les accompagner.

- Donc il y aura un troisième livre avec Fred ?

- Oui mais plus qu'un troisième, ce sera une somme, un truc autour de mille pages ! Cela va s'appeler Refonder, il s'agit de son journal, de ses notes d'écriture, depuis vingt ans je crois. Ce sera la première fois que je fais un ouvrage comme ça aussi, donc ce sera très intéressant, ce sont des gros projets. Mais là on a une matière particulière, parce que l'on a une réflexion autour de l'écriture – et pas seulement de sa propre écriture mais aussi autour de qu'est-ce que c'est que l'acte d'écrire, de faire poésie – d'un auteur de la maison d'édition sur plus de vingt ans.

- Quelque chose qui n'est possible que si tu as déjà collaboré avec cette personne avant, s'il a déjà publié des choses sous ton nom, et qui connote une certaine évolution...

- C'est mieux dans ce sens-là, oui. C'est peut-être pour ça aussi qu'il y a des refus ailleurs. En même temps c'est un texte qui peut vivre en soi.

- Oui, il n'est pas circonscrit à ton propre catalogue, je vois. Mais sa ligne d'écriture à lui a pu se construire en parallèle à ta propre ligne d'édition. Et comme c'est quelqu'un qui a vécu un peu avec la maison d'édition...

- Oui je pense qu'il a rencontré certaines personnes, comme Christophe Manon, qui est aussi devenu un de ses camarades. On a fait deux livres ensemble, avec Christophe, et pourtant il est devenu l'un des plus proches amis avec qui je suis.

- Tu es dans une vraie relation avec Christophe Manon. Tu as cité son livre comme l'un des plus représentatifs de ta ligne...

- Pour moi oui, il y a L'Éternité qui compte effectivement beaucoup. Après, nous avons fait Qui Vive. Il y a possibilité d'un troisième ouvrage. On devait faire un troisième ouvrage et c'est Christophe qui a décidé de ne pas le faire... Il y aura sûrement un troisième projet avec lui à un moment ou à un autre.

- Qui s'articulera sur quoi, à ton avis ?

- Je ne sais pas, j'avais déjà eu un texte, et il se trouve que ni Christophe ni moi n'arrivons à le retrouver dans nos ordinateurs... Et il avait décidé au cours de ce projet de ne pas le publier, pour des raisons tout à fait légitimes que je comprends, par rapport à son propre travail d'écriture. Il voulait aller vers autre chose, mais ce n'était pas le moment pour lui de publier ce texte-là. Donc il m'a envoyé un livre qui est prêt, que l'on pourrait publier maintenant si on le voulait. Ce sont deux textes qui ont déjà existé auparavant qu'il regroupe : un qui existait pour le Général Instin, une sorte de collectif – là, en ce moment à Paris, ils prennent une rue qu'ils essaient de posséder autrement, politiquement, avec plus de deux-cents auteurs qui réinventent des possibilités d'existence pour le Général Instin – et aussi des petits poèmes qu'il m'avait donné à un moment, au début de la maison d'édition, ce devait être en 2007. J'avais fait tirer à part ces petits poèmes-là, à cinquante exemplaires, et c'était juste un cadeau que j'avais fait aux auteurs de la maison d'édition, aux amis...

- Encore une fois ce genre de production, ce genre d'objet n'est possible qu'avec des personnes avec lesquelles tu es entré en confiance, en amitié, avec qui les relations personnelles se sont développées mais qui partagent aussi ce terrain qui s'est balisé en travaillant avec toi.

- Oui. Mais là il y a quelque chose qui me gêne. Je pense que ça peut être important pour certains auteurs de continuer le travail avec Dernier Télégramme, et puis de continuer une relation humaine avec moi, mais est-ce que ça change tant que ça leur écriture, ou leur discours, ou la construction de leur discours ? Je n'en suis pas si sûr...

- Ça le modifie, d'une certaine façon...

- Oui, bien sûr, mais je crois que c'est comme chaque rencontre. Tu te nourris d'elle et c'est un élément nouveau qui participe de ta réflexion...

 

ESPACES ET TERRITOIRES (DAULL + ROLLA)

- Par rapport à la réflexion, je parlais de jalonner, de baliser un travail. J'aime aussi l'idée, antagoniste – mais qui est très complémentaire alors – de brouiller les pistes. À chaque nouveau livre d'un auteur qui a déjà publié, il y a une volonté de remettre sur le métier quelque chose qui en partie a été, mais avec une envie de presque brouiller ces pistes ?

- Pas forcément, il y a des auteurs qui au contraire prolongent leur travail. Le premier livre peut être une forme d'essai, pas forcément concluant, mais en tout cas suffisamment pour moi pour être publié. Ensuite j'attends le deuxième pour voir, à partir de ce travail initial...

- L'interaction ?

- Je ne sais pas, je donne mon point de vue mais je laisse l'auteur continuer. On peut discuter effectivement de l'écriture.

- Et vous trouvez une direction. Et la direction est quelque chose d'important si l'on reprend la métaphore du terrain, du paysage, qui est en soubassement liée à ta maison d'édition, comme quand on parlait du rhizome...

- Oui, mais moi je ne crois pas influencer plus que ça les auteurs. C'est plutôt eux qui viennent construire l'identité de ce que je suis en train de faire, finalement, plus que l'inverse.

- Ils ne viennent pas dans un pays qui s'appelle déjà Dernier Télégramme, ils participent à la création de ce pays...

- Oui c'est ça. Bon, maintenant la situation est un peu différente d'il y a quelques années... Maintenant il y a un lieu qui existe et qui est là, où l'on est accueilli ou pas, on y vit ou on n'y vit pas, on y vient de temps en temps...

- C'est pour ça que je parle de brouiller les pistes, c'est bien d'avoir un lieu qui existe quand même...

- Là oui, c'est un lieu, mais avec des frontières qui n'en sont pas. Disons qu'il faudrait réfléchir en termes de territoires, de frontières et d'espaces...

- C'est ce que l'on essaye de faire...

- Je ne sais pas dans quel sens cela pourrait marcher, c'est peut-être paradoxal... Mais est-ce qu'il y a des espaces dans lesquels des territoires existent ; ou bien est-ce qu'il y a des territoires dans lesquels les espaces se déplacent ? Ça fait partie de mes réflexions du moment, en termes d'écriture personnelle. Ces trucs autour du territoire, de la frontière, des espaces, et comment cela se déplace ou pas, et quelle tectonique on peut inventer dans tout cela. L'idée c'est qu'il y ait des fractures aussi, des impossibilités de franchissement qui restent temporaires. Enfin que le territoire ne soit pas sans relief, quoi, qu'il y ait des falaises, des collines, des montagnes...

- Pour moi il y a relief, direction, paysage, vallonnement, dès lors qu'il y a plusieurs topos qui sont alignés les uns par rapport aux autres ; s'il y a un seul point, on ne peut pas créer d'espace. D'où l'intérêt d'en parler maintenant, surtout vis-à-vis des collaborations...

- Dans une certaine mesure, c'est comme s'il y avait plusieurs ports possibles où l'on pouvait s'amarrer – c'est comme ça que l'on dit, je crois. Il faut aussi que la maison d'édition reste un espace de joie et de liberté pour les auteurs qui y viennent. J'impose très peu de contraintes aux auteurs. Je peux demander de retravailler certaines choses, mais j'interviens très peu sur les textes. Je donne mon point de vue...

- À titre d'exemple – sachant que cela ne fait pas office de loi universelle – si l'on prend le cas de Manuel Daull ?

- Oui. Je n'ai quasiment jamais retouché un texte de Manuel.

- Et pourtant, c'est peut-être aussi pour cela que sa production à lui peut définir, de façon disons plus précise que certaines autres publications, cet espace ou ces frontières qui sont celles du Dernier Télégramme ?

- La relation avec Manuel, elle est tout à fait particulière, c'est une rencontre très importante humainement, et c'est toujours le cas. C'est une espèce de suivi, d'amitié qui est présente depuis 2007.

- Lui aussi est très intéressé par le « paysage incertain », pour reprendre le titre du livre.

- Il a un très grand travail autour des espaces justement, oui. Mais il est aussi plasticien, il met en place des installations qui réfléchissent à tout cela, qui posent des questions en tout cas sur ça. Et c'est pourquoi il nomme sa collection « Des Traversées ». Traversées de territoires, d'espaces...

- Qui a publié le Rolla...

- Voilà ! Si cette proposition d'Alexandre Rolla vient de Manuel, ce n'est pas par hasard. C'est un texte très simple, narration à la première personne – enfin « simple », faussement simple évidemment.

- On retrouve les préoccupations du travail de Manuel.

- Oui, il y a des choses qui font écho, un écho lointain, mais écho tout de même. Dans les deux cas, et cela se manifeste différemment, il y aurait l'idée d'occuper l'espace mais de s'effacer aussi dans l'espace, et de laisser l'espace prendre la place. Dans le texte Alexandre pose cette question à plusieurs reprises, de savoir si c'est nous qui modifions l'espace ou si c'est l'espace qui nous modifie ; est-ce que c'est nous qui traversons l'espace ou est-ce que c'est lui qui nous traverse ? Des questions comme ça qui paraissent évidentes, mais on ne se les pose pas si souvent que ça. Ce sont de grandes métaphysiques qui peuvent se mettre en place avec ce genre d'interrogation. Au fond, ces histoires d'amitiés viennent plus bouleverser mon propre travail d'auteur, dans le bon sens, pour le secouer et le nourrir, plutôt que l'inverse. Je me pose maintenant la question de savoir pourquoi quelqu'un, connaissant le catalogue et peut-être me connaissant moi, a le souhait de venir participer à cette histoire... Car si l'on veut en fin de compte être publié au Dernier Télégramme, il faut aussi vivre cette histoire-là. Et je ne sais pas comment elle peut se vivre, cette histoire, il y a plusieurs modes de fonctionnement. Il y a des auteurs avec qui je n'ai quasiment pas de contacts depuis que l'on a fait le livre, qui sont très lointain. D'autres en revanche avec qui l'on se voit une fois dans l'année, mais par contre je reçois un manuscrit, et le travail se poursuit. C'est compliqué tout ça. Ce sont des histoires de personne à personne, d'intimité, ça dépasse la maison d'édition. C'est quelque chose qui peut être éminemment personnel. Alors oui c'est moi, Fabrice Caravaca, qui anime le Dernier Télégramme, et c'est comme ça que j'ai rencontré certaines de ces personnes qui sont devenues des auteurs au catalogue. On se voit souvent lors de lectures, ou autour de manifestations qui sont en lien avec la poésie. Mais je crois que l'on parle d'autre chose, en fin de compte. Là ce sont des relations, comme je peux en avoir qui sont des amitiés avec d'autres personnes, et qui ne sont pas poètes. Quel est le juste milieu ? Il y a un point où l'auteur, pour moi, n'est pas simplement un auteur, ce n'est pas juste quelqu'un qui écrit. C'est quelqu'un qui mène aussi son histoire personnelle, avec l'écriture. J'aime beaucoup quand on arrête de parler littérature, et que l'on se met dans une autre forme d'existence.

- Il y a une façon de parler de la littérature, et une façon de la faire.

- Oui, et je crois que c'est peut-être ça, vivre des moments avec des gens...

- Qui fait la littérature ?

- Oui. On n'est pas obligé de parler de littérature pour être en littérature déjà. Et puis la littérature, c'est essentiellement la lecture, pour moi. Donc des choses qui se font seul, même si l'on peut partager des lectures, évidemment...

- Oui, la lecture ne se fait que dans la solitude.

- L'écriture et la lecture sont des moments de solitude. Il est évident que l'on peut parler de ses lectures, que l'on peut offrir un livre ou parler de son travail d'écriture, mais....

- Dans ce domaine plus qu'ailleurs, parce qu'il y a une puissance de la solitude il y a une puissance du besoin d'attachement qui est très fort...

- On a besoin de se construire une petite famille, à un moment ou un autre. Si le Dernier Télégramme peut le permettre à certains, une famille amicale, alors tant mieux. Je ne sais pas.

 

DIALOGUE REPRISÉ (SERGE PEY)

- Par rapport aux collaborations longues, qui sont celles qui font la maison et qui sont intimement liées à toi et à ton histoire personnelle, et sur ce qui est publié, j'évoquais une trame. Chaque auteur est comme une couture, une surpiqûre, chaque travail publié est comme une éternelle reprise du dialogue, une partie d'un discours « reprisé ».

- Oui, oui, oui.

- Donc un dialogue reprisé, qui s'invente encore, qui ne serait pas un bégaiement...

- Non, je ne veux pas de ça non plus. Pour moi, l'idée est qu'il n'y a pas qu'un seul discours dans le Dernier Télégramme, il y a une multiplicité de discours sinon cela n'a pas de sens. En effet, les gens peuvent se rencontrer par les textes, les histoires, un lieu qui existe, mais ça ne m'intéresse pas si le Dernier Télégramme n'avait qu'une idée, c'est-à-dire si je n'avais qu'une ligne éditoriale. Pas du tout. La ligne éditoriale c'est de ne pas en avoir véritablement une. D'être justement ouvert à ces possibles rencontres, où le dialogue se passe, et où il peut se créer quelque chose qui sera partageable par beaucoup plus. Une mise en place du discours tel que tu l'entendais au début. Ce qui est intéressant est qu'il y a plusieurs discours, qu'ils sont habités par un ou deux auteurs et également entendus pas les autres, mais pas forcément partagés. Partageables oui, mais pas nécessairement partagés. Il y a des voix différentes dans ce catalogue.

- Certaines s'excluent, des fois ?

- Je ne crois pas. Je crois que certaines ne s'apprécient pas forcément, mais sinon non.

- Tu parlais de prendre en défaut une ligne, un balisement qui soit extrêmement strict, aux frontières très marquées. Tu donnes une direction mais en lui opposant finalement une série de ramifications du discours. Parce qu'il y a multiplicité des voix, donc. Si certaines ne s'excluent pas, pourtant c'est cette même pluralité qui fait leur unicité. Toutes ces voix partent dans tous les sens ?

- Oui. Mais pas dans tous les sens, il y a des sens particuliers, des directions malgré tout. Il y a des voix auxquelles je ne fais pas écho...

- Tu penses à quoi ?

- Il y a des voix que je connais, d'auteurs, qui m'on laissé des manuscrits, mais ce n'est pas ce que j'ai envie de faire résonner, voilà. Ils seront mieux ailleurs, parce qu'il y a une identité qui se construit, très certainement par le discours...

- C'est le cas, je n'en doute pas. Le genre d'identité que les auteurs peuvent à un moment temporairement partager avec ta maison pendant qu'elle est temporairement celle de ta maison, puisque l'une comme l'autre sont vouées à évoluer de toute façon, et s'enrichir.

- Oui, ça bouge, c'est ça qui est enrichissant. Même s'il y a des formes de fidélité avec certains auteurs. Et puis il y a aussi des formes d'infidélité de ma part : il y a des gens que je n'ai pas accompagnés, ou que je n'ai pas continué à accompagner. C'est arrivé, parfois, ce qui est plus ou moins bien vécu.

- Il y a des textes que tu as décidé de laisser rouler seuls ?

- Il y a des textes que je n'ai pas souhaité publier, parce que ce n'était pas du tout le moment pour moi. Peut-être que deux années auparavant cela aurait été possible, mais ça ne l'était plus pour moi. Même si pour la plupart des projets, lorsqu'on prend la décision, ils ne voient le jour qu'un an et demi, deux ans après. Mais il y a des formes d'évidences aussi dans les relations, et dans ce soutien mutuel, constant, entre les auteurs et la maison d'édition.

- On peut parler de Serge Pey...

- Voilà, il y a Serge, avec qui l'on discute depuis longtemps de certains projets. Quand ils voient le jour je suis content ! Là il y a ce grand projet autour de ses écrits sur la préhistoire, et ça c'est important pour moi.

- Ce sera le combientième ?

- Le cinquième, ou le sixième, je crois.

- C'est un record dans ta maison ? Qui en a publié le plus chez toi ?

- Non. Le plus ce doit être Manuel, et après ce doit être Lucien Suel. Avec Lucien on en est à six livres, et je l'ai vu il n'y a pas très longtemps à Avignon pour une lecture commune, un très beau moment. Et il me parlait de la suite de son journal, qui sera terminée en 2017, donc je sais qui si la maison d'édition existe toujours pour 2018 j'aurai la suite du journal de Lucien. C'est lui qui le dit, et ce n'est pas totalement faux, je suis finalement devenu son principal éditeur de poésie.

- Pour Manuel aussi c'est le cas.

- Oui c'est vrai que c'est le cas. Après, Manuel n'écrit pas seulement de la poésie. Il fait aussi des romans. Des textes comme L(o)una qui serait une forme de roman en vers, alors je ne sais comment appeler ce qu'il écrit. On pourrait appeler ça de la poésie, mais cela revient à notre première discussion, car c'est un problème d'appeler ça poésie. C'est de la littérature, mais je ne sais pas ce qu'il faudrait mettre après, quel adjectif...

- Mais cette indétermination de ce qu'il écrit le pousse aussi d'une certaine façon à se ranger parmi les tiens, de ton côté. C'est une indétermination que tu cultives, aussi.

- Oui, et il sait ce qu'il fait. Dès le début nous avons dit que c'était de la poésie, alors... Par commodité, oui, mais ce n'est ni plus, ni moins. Je ne sais pas. Il y a l'invention d'une écriture, un travail autour, et c'est cela qui l'intéresse. Et il y a humainement une personne qui est présente.

- Qui est donc très proche non seulement de toi, mais du coup de la maison d'édition-même.

- Oui, qui soutient ce travail-là, et qui a pu se mettre dans des colères pour des choses qui concernaient la maison – et plus en colère que moi. Il y a des longs parcours, effectivement. C'est très intime avec Manuel, là où avec Lucien c'est différent. On s'appelle de temps en temps, mais peu en fin de compte. On sait que l'on est là, qu'il y a des rendez-vous pris de temps à autres. Et Serge oui, qui est une relation tout à fait particulière...

- C'était quoi, la première rencontre ?

- Je peux te raconter l'histoire telle que je la raconte habituellement. J'étais au marché de la poésie, je ne sais plus quelle année exactement, mais une des premières fois où j'y étais. Et je croise Serge dans les allées, et je lui dis : « Monsieur Pey, excusez-moi, est-ce que l'on pourrait discuter ? » Il me répond : « Non, je n'ai pas le temps, mais je vous laisse mon mail. » Je me suis dit que ça n'était pas une rencontre, donc je n'ai pas envoyé de mail. Ce n'est pas grave, hein. L'année suivante, Richard Martel était avec moi sur le stand pour la revue Inter et les éditions Intervention, or ils sont amis et se connaissent depuis très longtemps, par le milieu de la performance. Serge va voir Richard, on se présente, nous commençons à discuter, et puis j'avais peut-être bu un petit peu – très certainement d'ailleurs – mais je commence à parler à Serge en espagnol... Et je ne sais pas pourquoi. Ce n'est pas une provocation non, mais peut-être pour créer une forme d'intimité. Il me dit : « Tu parles en espagnol ? C'est bien, tu as un manuscrit demain sur ton stand. » Et puis : « Ah, tu parles un peu avec l'accent d'Amérique du sud, tu auras deux manuscrits sur ton stand... » Et ça continue sur je ne sais quoi, puis trois manuscrits... Et nous allons manger tous ensemble. Je suis très joyeux, je discute avec Serge après la présentation de Richard. Bon. Et le lendemain, j'arrive un peu à la bourre, et j'avais deux manuscrits qui étaient effectivement là, sur le stand. Il y avait les « corbeaux », enfin Qaù, Ne sois pas un poète sois un corbeau nous sommes une poignée de corbeaux sur la terre, et Dialectique de la Tour de Pise. Donc je lis les deux...

- Ce sont ses deux premiers volumes chez toi...

- Alors je l'appelle et je lui dis qu'il y en a un qui m'intéresse plus particulièrement sur les deux, et il me dit : « Tu viens chez moi, et on va discuter. »

- Où est-ce qu'il habite ?

- À Toulouse... donc je me rends à Toulouse. Très bel accueil, nous mangeons le soir, il doit se lever tôt, et il me dit de rester dormir. Il bosse le matin. Vers huit heure, je ne sais plus, je me lève, il prépare le thé. Je m'installe, et il me dit : « Voilà, maintenant je vais te parler. » Et en effet il me parle, peut-être deux heures, en tout cas longtemps. Et il m'explique quelles sont sa ou ses visions de la poésie, qui sont ses amis, ses ennemis, son parcours, ce qu'il a fait.

- Ses amis et ses ennemis ?

- Oui, c'est important ça... Donc il joue franc-jeu, et me dit : « maintenant c'est toi qui décides. Tu sais un peu plus qui je suis. » Et on est allé manger. Et depuis on a fait le premier, le deuxième, et ensuite ça a été les Chants électro-néolithiques, que je ne devais pas faire au départ. Cela continue comme ça, on échange ensemble, je vais le voir de temps en temps quand je passe à Toulouse, et lui est venu ici plusieurs fois faire des lectures, toujours avec grand bonheur. Nous avons nos discussions autour de projets qui doivent se faire, et cela va souvent avec un cadeau. Pour les deux premiers livres il m'offre un bâton, et pour le troisième il m'invite en Sardaigne avec Chiara, passer une semaine là-bas, pour un festival. C'est Chiara Mulas, sa femme, qui est une très grande performeuse. J'aime beaucoup son travail, et cette femme. C'est ce que j'apprécie. Je suis toujours très heureux de les voir. Voilà.

- Ils ont une influence sur toi, ils continuent de l'avoir...

- Disons que le travail de Serge, je le connais depuis longtemps, et ça évoque beaucoup de choses pour moi. Et il y a des thématiques qui sont les siennes qui me touchent tout particulièrement.

- Qui sont devenues les tiennes ?

- Non pas spécialement, qui étaient là, présentes, qui s'animent.

- Lesquelles ?

- Tout le travail sur la métaphore par exemple, que j'aime beaucoup chez Serge. Cette invention d'une langue qui nous semblerait facilement imitable, mais qui en fait ne l'est pas du tout. Qui est complètement unique. Et comment il crée le rythme, sa prise de parole aussi m'intéresse. Il y a plein de choses. Dans les thématiques, tout le travail sur la préhistoire m'intéresse depuis longtemps. Julien Blaine aussi, avec Heaume suite homme, est en lien avec la préhistoire, dans une autre mesure.

 

 A suivre...

Propos recueillis et mis en forme par Benjamin Vareille,
Au café le Limousin, à Limoges.


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Découvrez le site des Editions Dernier Télégramme, dirigées par Fabrice Caravaca.

 

Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
28 janv. 2017

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

Entretien Fabrice Caravaca / Benjamin Vareille

Les éditions Dernier Télégramme ont dix ans cette année. Fabrice Caravaca, qui les anime depuis leurs débuts, est le centre de cet entretien, où il s'agit d'ausculter autant le poète que l'éditeur. L'occasion de revenir sur la genèse de ce projet dont le programme est de se soucier par le livre de son objet, comme de son texte : le dialogue, c'est de s'effacer et de faire passer. Mais pas que. La maison défend des voix, des langages, qui s'emploient aujourd'hui au niveau national, avec les armes les plus modestes de ce côté-ci de l'arène, à nourrir une même émulsion.
L'entretien qui suit est extrait d'une série de trois rencontres d'une heure, réalisées entre avril et mai 2015, et orientées autour d'un lexique propre à celui de la maison d'édition.
En raison de la densité et la longueur de ce "dossier", Radio Théâtre le publiera en six parties, tout au long de l'été.

Vous vous apprêtez à lire la quatrième partie de ce dossier, qui constitue avec la partie troisLes voix chorales.
N’hésitez pas à revenir en arrière pour lire la partie un et la partie deux qui constituent : Le Dialogue.

 

 Les voix chorales : Episode 4


JACK MICHELINE

Benjamin Vareille
- J'ai choisi quelques auteurs, histoire de discuter de leur place. Tu parlais de culture rock, j'en ai pris certains qui a leur façon soulignent cette fibre chez toi. Alors évidemment, le premier est une évidence, parce qu'il me démangeait aussi – je vais te dire pourquoi – Jack Micheline. Poète Beat, on peut le dire ?

Fabrice Caravaca
- Non, il est n'est pas Beat...

- Assimilé au mouvement quand même, mais il est aussi indépendant. C'est les deux...

- Poète de rue, cela va mieux que poète Beat.

- La voix et le dialogue chez lui c'est avant tout un flux, un (contre-)courant. Un aspect que j'aime beaucoup en lisant Un Fleuve de vin rouge. Une volonté de retrouver les mélodies premières chez toi, comme Kerouac ?

- Oui c'est ça, c'est exactement ça. C'était une façon d'avoir Kerouac au catalogue, de manière directe et indirecte par ailleurs. Vu qu'il y a une petite introduction – bon il ne s'est pas foulé – mais c'est tout de même pas mal, ce petit mot sympathique qu'il met à l'intention de Jack Micheline. Pour moi c'était important. C'est aussi un cadeau que me fait Lucien Suel, parce que c'était lui qui avait publié ce texte-là dans sa collection/publication qui s'appelait S.U.E.L. : Station Underground d'Emerveillement Littéraire. Lui avait publié cette chose-là, mais puisqu'il avait arrêté de faire ces petits objets, ces livres qu'il faisait lui-même « à la maison », en petits tirages, il savait que j'aimais bien ce texte et donc m'a dit « si tu veux je te laisse celui-ci. » Puis j'ai fait le boulot pour contacter le fils de Jack Micheline, obtenir les droits, faire tout cela correctement. Et ça s'est très bien passé, y compris avec l'éditeur de ce texte – d'ailleurs je dois lui envoyer un petit mot – qui était très content. Je suis même intervenu sur la mise en page, parce que cela m'embêtait de garder cette mise en page-là comme c'est très compliqué de rendre hommage au texte original...

- La traduction est de qui ?

- La traduction est d'Alain Suel, le frère de Lucien. Donc, le fils de Micheline me dit qu'au départ le texte était justifié de manière très classique, comme ce que je lui proposais. Ce qui était pas mal, et l'on a gagné du temps pour la mise en page.

- Où habite-t-il ?

- Euh, je ne peux pas te dire, c'est passé par l'éditeur qui m'avait dit de le contacter. Puis il m'a dit que ça allait comme ça : pas de droits, et à partir du moment où je le faisais, je lui envoyais quelques exemplaires, et je le tenais au courant. Et effectivement c'est devenu une façon de revenir à ces premières amours pour moi, la littérature américaine, la Beat Generation... Dont Kerouac autour duquel j'ai fait pas mal de détours, pour reprendre l'expression de tout à l'heure. C'est aussi une façon de poursuivre le travail que nous faisons avec Lucien Suel, presque depuis le début de la maison d'édition.

- A propos de la voix et du dialogue, ici comme flux ou courant chez Micheline, c'est la part de son style à lui, ce côté à la fois flux mais aussi rugueux, ces remous caillouteux. C'est quelque chose qui te plait ?

- Oui, ça frotte un peu. Il y a une fausse simplicité souvent dans son écriture...

- C'est un truc un peu américain.

- Oui, on retrouve ça chez pas mal de ces auteurs. Chez Gregory Corso, ou d'autres de cette époque-là. Lui était un petit peu plus jeune, puisqu'il est mort il n'y a pas si longtemps. C'était quelqu'un qui a « rendu hommage » à Kerouac assez souvent, dans des salons, des rencontres.

- Je te dis à la faveur de quoi j'y ai pensé : j'ai remarqué qu'il était dans les éditions Mona Lisait, celles de Marie-Laure Dagoit.

- Alors Marie-Laure Dagoit, ce sont les éditions Derrière la salle de bain.

- Oui, mais elle l'avait édité à l'époque pour les librairies Mona Lisait.

- Ah oui, en fait elle l'avait édité après que Lucien ait terminé, et je ne pense pas que le texte y soit en intégralité.

- C'était donc avec l'accord de Lucien, ou pas ?

- Oui.

- Parce que le catalogue Derrière la salle de bain est un catalogue ultra riche en poésie Beat.

- Evidemment oui. Elle a un très beau catalogue, que j'aime beaucoup...

- Il y a des objets magnifiques oui...

- Et elle, pour le coup, est vraiment une éditrice indépendante. Elle se démerde toute seule, fait tout « à la maison »... Il y a là quelque chose d'assez exemplaire dans la démarche, et dans le choix des textes. Aussi bien des textes de poètes et d'écrivains morts qu'elle édite, que des choix de poètes vivants, contemporains, et qui ont notre âge. Ou peut-être plus vieux.

- Il y a même quelqu'un chez elle qui est à ton catalogue il me semble... ?

- Oui il y en a plusieurs même, je pense.

- Christophe Manon ?

- Oui Christophe Manon, voilà. Elle avait fait quelque chose avec Pierre Mikaïloff que j'ai publié une fois, et possiblement d'autres j'imagine.

- Elle a été la compagne de François Di Dio...

- Je ne suis pas trop ce genre de truc...

- Tu ne sais pas ? C'était sous l'influence de cette maison, Le Soleil noir, qui s'est transformé en Arachnoïde après, petit à petit...

- Ah oui ! J'aime beaucoup le travail de l'Arachnoïde. Je connais Olivier qui maintenant s'occupe de ça. De très beaux livres, avec une esthétique... Un garçon que je ne vois pas assez souvent, à part une fois ou deux dans l'année pour des salons. Un très chouette mec, très exigeant.

- Pour en revenir à Micheline. Tu es tombé comment sur le texte ?

- Comme je te l'ai dit, parce que je suivais ce que faisait Lucien. Donc j'achetais régulièrement ses publications, dont celle-ci. Et je me demande si la maison d'édition existait, alors. Je l'ai depuis longtemps, ils en avaient bien parlé avec Lucien, comme d'autres choses que j'ai bien aimées et qu'il a publiées.

- Ce genre de texte rentre dans une dynamique de publication justifiée, au regard du reste du catalogue ? Ou est-ce que tu penses qu'il y aurait encore matière à tirer de ce côté-là, si c'est un côté, précisément ?

- Non, c'est tout à fait exceptionnel pour ce livre. C'est un auteur mort. Je voulais même créer une collection spéciale, en me disant qu'il pourrait peut-être y avoir des rééditions, des choses comme ça. Mais j'ai préféré rester dans ce que je fais, les auteurs avec qui je travaille, justement pour qu'il y ait toujours cette possibilité de rencontres, de lectures, de moments partagés... Donc cela relèverait plus de mon histoire personnelle, que j'inclus dans l'histoire du catalogue – qui pour moi n'est pas sans lien, vu qu'il y a cet échange avec Lucien qui est important. Et puis nous partageons ce même amour pour la Beat Generation, Jack Kerouac... Et Lucien est traducteur de Kerouac, chez La Table Ronde : pour Le Livre des Esquisses, la traduction est de lui. D'ailleurs j'avais un projet avec Lucien, mais maintenant je pense qu'il n'aura pas lieu. Il m'a dit que ce serait un peu compliqué... Le fait est que Tristessa n'était plus disponible pendant très longtemps...

- Oui, mais il a été réédité en Folio.

- Oui, voilà. Et j'avais pensé à Lucien pour en faire une traduction, récupérer les droits chez Stock, ou voir chez Gallimard derrière. J'avais ça en tête depuis longtemps, et puis ça ne s'est pas fait, ce n'est pas grave. Je suis content que le livre soit à nouveau disponible.

- Tu sais qu'il y a The Sea is my Brother ? Chez Penguin, et il n'y a toujours pas de traduction. Le roman perdu...

- Ah... mais je ne suis pas sûr qu'il y en ait ! C'est une sorte de long poème je crois.

- Oui c'est entre les deux, mais on se rapproche du poème.

- Je ne me souviens plus à quel moment il écrit ça.

- Je crois que c'est au début des années quarante.

- Oui il me semble bien, parce que c'est avant l'écriture de Sur la Route c'est sûr.

- Et je crois que ce n'est pas si éloigné que ça...

- Pour simplifier, il commence l'écriture de Sur la Route à peu près en 1950, après la publication de The Town and the City.

- C'est ça, The Town étant considéré comme son coup d'envoi.

- Son premier livre oui, mais qui est très classique, et finalement très inspiré de Thomas Wolfe - c'est L'ange exilé, dans une certaine mesure, revisité.

- Ce ne sont pas des choses que l'on pourrait retrouver dans ton catalogue ? Pas forcément Kerouac, mais des choses qui se rapprochent de cette veine-là.

- C'est compliqué de faire ça. Mais je ne veux pas monter cette collection, comme je le disais, je ne crois pas que cela soit ce que j'ai vraiment envie de faire. D'autres le font très bien, et je suis plutôt sur cette poésie, cette littérature dont on est en train de parler.

EMMANUEL RABU

- Deuxième auteur dont je voudrais que l'on parle : je l'aime beaucoup, moi, il fait un peu figure d'outsider, et en même temps il est très bien dans ton catalogue, c'est Emmanuel Rabu.

- Oui, nous avons fait un seul livre ensemble. C'est un livre que j'aime beaucoup, c'était au début de la maison d'édition. Et c'est par l'entremise de Sylvain Courtoux, comme ils sont très amis ensemble. Il y a aussi un lien avec Emmanuel, même si l'on ne se donne pas trop de nouvelles. Il faisait la revue PlastiQ il y a une dizaine d'années, un peu plus. Il y avait un CD avec, et puis ils se sont arrêtés aussitôt. Et au même moment il y a eu le livre-CD de Julien Blaine au Blockhaus DY 10 de Nantes, où interviennent Rabu, Courtoux, Phil Tremble, etc.

- A l'initiative de Julien Blaine aussi ?

- En tout cas il était très content que ça se fasse ! Mais c'était un disque qui devait initialement sortir dans la revue PlastiQ. Et il me convient très bien, car l'on voit plusieurs aspects, du point de vue de l'écriture, du travail de Julien. Il y a son côté performer, et – ce qui est très important pour lui – l'attention qu'il porte à se faire bien entourer, et notamment dans la découverte. C'est-à-dire que les personnes qui à l'époque bossent avec lui n'ont peut-être pas trente ans, et lui reste toujours très attentif à ce qui se fait, aux nouvelles voix. J'aime beaucoup Julien pour ça. Donc, le texte d'Emmanuel Rabu : Cargo Culte. C'est important à plusieurs niveaux : d'abord pour la qualité d'invention littéraire de ce texte, et aussi parce que symboliquement cela fait vraiment écho au nom de la maison d'édition, au lien plus ou moins conscient qu'il y a avec Gainsbourg, et ainsi de suite...

- Précisément ! Il revient sur un nœud sémantique invisible, une perspective tramée, un télescopage « pop » dans cet essai, ce texte.

- Une histoire de télescopage historique, de mise en abîme permanente, c'est ça. J'ai toujours utilisé ce mot de télescopage pour lui, et « pop » cela peut très bien fonctionner.

- Je trouve que ça marche bien, et ça vient flirter de loin en loin avec des gens que j'aime beaucoup comme Jean-Jacques Schuhl... Que je t'invite à lire.

- Oui ? Je connais très peu, je n'ai pas assez lu pour avoir suffisamment d'éléments pour faire le lien.

- Alors on ouvre Cargo Culte, il y a le Spirit of Ecstasy de Rolls Royce, Ege Bamyasi, des instantanés sixties... La voix y est affaire d'écho et de correspondances, en champ et hors-champ...

- Oui, évidemment !

- C'est représentatif de ton catalogue aussi ?

- Oui, assez, effectivement. Même si dans le catalogue, concrètement, il y a moins ce côté expérimentation. Mais là, pour moi, ce n'est pas quelque chose de blanc. Sur la couverture nous voyons ces câbles, et il y a quelque chose qui est en train de faire du lien, d'une source à une autre – comme si il n'y avait pas une entrée et une sortie, mais que des entrées. Ce qui allait en ressortir, c'est une forme d'explosion du texte, et elle marche juste sur une phrase ou deux qui arrivent. C'est pour cela que l'on a pris un format assez grand, pour qu'il y ait une respiration dans la page, que cela devienne aussi très esthétique.

- C'est très électrique...

- Le choix de cette image, c'est Emmanuel qui l'a fait, au début. Je n'ai pas compris tout de suite où il voulait en venir avec ça, et, au fur et à mesure, deux ou trois petites choses me sont venues, et j'ai trouvé ça très judicieux.

- Une invitation à se brancher ?

- Aussi oui, mais à se brancher, et ne pas être « branché », c'est-à-dire à ne pas être à la mode, pas être « in ».

- Ah et « Qui est in, qui est out ? »...

- On peut toujours beaucoup s'amuser ...

PIERRE MIKAÏLOFF

- Toujours rock, et en poésie « plugged in » cette fois-ci, et pas « unplugged » – encore qu'avec des entrées...

- Donc là, c'est Pierre Mikaïloff j'imagine.

- Oui, pour le coup, il a retenu mon attention.

- Mais c'est un titre un peu à part dans le catalogue...

- Pour Au Son des Remington...

- C'est aussi une affaire de rencontre cette histoire. Pierre je l'avais rencontré en 2005, c'était dans le cadre de la formation, parce que son livre Some Clichés était un manuscrit qu'il avait envoyé aux éditions Le Passeur, et s'est retrouvé dans la formation. C'est mon camarade Jean-François Bourdic, des Fondeurs de Briques, qui avait travaillé dessus et défendu ce texte. Si tout s'était passé correctement dans cette formation le livre serait sorti au Passeur – mais ça ne s'est pas fait, donc. Et il y a eu sortie chez L'Harmattan – alors on pense ce que l'on veut de L'Harmattan – mais dans une collection où il y a eu un vrai suivi, et ce livre a obtenu ce qu'on peut appeler un petit succès. Et donc nous nous sommes croisés quelques fois avec Pierre, et je savais qu'il a cette chose-là, et l'on se retrouve en salon à Châteauroux. J'avais lu son texte, et c'était l'occasion de le voir en vrai et d'en parler. Après en avoir discuté, on l'a fait, tout simplement. C'est au fond une histoire d'amour ce texte, et j'aime comment il fonctionne avec ces toutes petites choses, ces tout petits poèmes qui sont là, et peuvent faire penser à une poésie américaine, comme Brautigan...

- Oui, il y a la galaxie Brautigan, Bukowski aussi, n'est pas très loin. Il a quelque chose de ces contemporains-là.

- Peut-être... Mais j'ai bien aimé ça et ça a été l'occasion de se revoir après puisque l'on a fait une poignée de rencontres ensemble, et qu'il est venu ici à Limoges. On avait fait une soirée au bar des Parachutistes Belges, et c'était sympa.

- Il a performé au sein des Désaxés dans les années quatre-vingt, aussi...

- Oui, il avait son groupe, et puis guitariste de Jacno...

- Et il a chroniqué des icônes pop, comme Daho, Birkin, avec Rock & Folk derrière...

- Oui, il fait beaucoup de choses comme ça, des sortes de biographies pour ces chanteurs oui. Il travaille aussi pour la télévision, avec des documentaires.

- Et ça a culminé au théâtre tout ça, avec le [Re]play Blessures (Avec Irène Jacob au Théâtre Marigny à Paris, en 2011) sur Bashung. Tu as vu ses pièces ? Il y avait Dernières nouvelles de Frau Major (Une production du théâtre Louis Aragon à Bordeau sous la férule de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, en 2013) aussi.

- J'ai écouté un peu ce qu'il faisait cet été, notamment sur Bashung, oui. Il y a des choses qui m'intéressent. C'est quelqu'un que j'aime bien, ce qui ne veut pas dire que tout ce qu'il fait m'intéresse forcément, mais c'est quelqu'un que j'apprécie.

- Quelqu'un qui a un parcours, qui est en dehors de ta maison d'édition, et qui au regard de ce qu'il est capable de faire, c'est-à-dire des pièces, des scénarii, de la prose autant que ce que l'on peut assimiler à de la poésie, est extrêmement polymorphe...

- Oui, et puis il fait partie du milieu de la musique à Paris, mais je le trouve très humble, moi. Il n'en fait pas des tonnes, et connait très bien tous ces gens-là. C'était rigolo de discuter avec lui, qu'il me raconte ses anecdotes.

- Représentatif de ton catalogue, et encore à part.

- Oui, il est part. Il a sa place, mais c'est une place à part, en cela qu'il est peut-être plus difficile de faire du lien avec d'autres textes.

- Dans quelle mesure ?

- Disons, par rapport à la notion de lyrisme dont on parlait tout à l'heure, et qui commence à devenir une mission de plus en plus importante dans le catalogue. Un peu comme Jack Micheline aussi – enfin tu prends tout de même trois textes qui ont des places tout à fait particulières dans le catalogue.

- Mais je n'ai d'yeux que pour les marginaux...

- Bon, pour Micheline c'est particulier, bien qu'il y ait toujours le lien avec Lucien. Pour Pierre et pour Emmanuel, il n'y a jamais eu de suite dans le travail, nous n'avons pas fait d'autres livres et chacun avait d'autres choses à faire. Il ne me semble d'ailleurs pas avoir eu de propositions de leur part par la suite.

- Et ça te plairait de refaire un truc avec Rabu ou Mikaïloff ?

- Je ne sais pas, tu sais, tout dépend du texte. Dans l'absolu ce n'est pas du tout impossible. Après, je vois ce que fait Emmanuel à titre d'exemple, je pense qu'il se débrouille très bien, n'a pas besoin de moi spécifiquement.

- Ce sont des auteurs qui ressemblent à des outsiders, et c'est ça que j'aime bien.

- Mais moi je ne comprends pas ce que outsiders veut dire...

- Des gens dont les textes sont un petit peu à part dans le catalogue, ils sont tous édités en quoi, hors collection ?

- Oui, ils tous dans la même collection...

- Et ils ont tous un apport qui est très ponctuel, un seul texte...

- Oui, c'est ça ! C'est ça aussi toute l'histoire.

- Et c'est cela qui fait le chœur, l'aspect choral de la maison d'édition et qui fédère des personnes d'horizons divers ?

- Oui, c'est aussi cela qui fait que l'on reste avec des gens longtemps, avec qui l'on va publier à plusieurs reprises. Et que d'autres sont là, sont des ponctuations dans l'histoire et qui néanmoins l'enrichissent terriblement.

ANDRÉ MARKOVICZ

- Le dernier auteur que je voulais que l'on aborde, c'est André Markovicz. Traducteur majeur, parce que Dostoïevski, Pouchkine, Shakespeare et puis Marlowe !

- Oui, c'est évident ! Pour moi, qui suis un grand fan de Dostoïevski – enfin « grand fan » - c'est un écrivain qui est vraiment au dessus du lot.

- Il a un côté passeur...

- Oui, c'est quelqu'un qui vient du théâtre, la traduction c'est aussi cela, comment permettre à la langue de Dostoïevski de prendre toute son ampleur... C'est vraiment étonnant. Je relis au fur et à mesure Dostoïevski dans sa traduction...

- Chez Babel.

- Chez Babel, oui. Là c'est une rencontre, mais pas juste d'André, c'est une rencontre collective par rapport à un projet.

- Ce projet, c'est le projet un peu monstre, on y arrive. Tu l'as dit il vient du théâtre, il a bossé avec Benno Besson, Anatoli Vassiliev, Mathias Langhoff, à travers Ostrovski et Tchekhov qui ont notamment été adaptés. Donc un peu metteur en scène de surcroit...

- Oui et c'est aussi un comédien, entre plein d'autres choses. Ce qui est intéressant ici, c'est l'histoire qu'il a eu avec une compagnie de théâtre qui s'appelle L'Unijambiste, à Rennes puisqu'il vit là-bas aussi – et eux sont en lien avec le Limousin. Comme ils travaillent ensemble, David Gauchard – qui est directeur, metteur en scène de cette compagnie – a ce texte qui s'appelle Herem, d'André...

- Sorte de gros œuvre, à collaboration tricéphale, c'est un projet très ambitieux.

- Oui, mais très simple. D'ailleurs la mise en scène est comme ça. C'est très dur de faire les choses simples, ainsi. C'est juste une lecture, en fin de compte, mais une lecture à trois voix. Et pas n'importe lesquelles puisqu'il y a celle d'André, l'auteur, celle de Vincent Mourlon, un comédien qui travaille souvent avec L'Unijambiste, que j'apprécie beaucoup, et il y a Arm, un rappeur, qui a notamment un projet - Psykicklyrikah - avec Olivier Mellano. Et Mellano, qui vit également à Rennes, comme Arm, fait un peu la bande son, dirons-nous, de ce projet. Quand l'on voit ça au théâtre, on n'a pas l'impression d'être au théâtre mais plutôt de voir un film, quelque chose qui nous place complètement hors du temps, avec cette histoire autour de la mort d'une personne. Parce que le terme « herem » c'est cela : c'est un terme juif qui veut dire « celui qui est mis au ban de la communauté, qui est répudié ». Là je reprends les mots de David Gauchard : Herem, c'est celui qui est mis hors de la vie, qui va vers la mort. C'est un texte que je trouve très ardu, pour moi, mais qui est magnifique. Une très belle écriture avec des références, que je n'ai pas toujours maitrisées à la première lecture évidemment ; l'intérêt est dans toute cette mise en voix, mise en musique, et mise en image aussi – il y a tout de même le travail de Dan Ramaën qui est sacrément important – car pendant la « représentation », il y a trois personnes qui lisent, il y a Olivier Mellano à la guitare, et un diaporama de plus de trois-cents images, photos, etc. Eux m'ont raconté l'histoire, comment cela se passait, comment se sont prises les photos, se sont faites les rencontres...

- C'est assez fou. Il y a une dimension déjà plurielle à considérer les acteurs de ce projet, puis plurielle aussi dans les voix, et à elle seule celle de Markovicz (traducteur, auteur, acteur...). Une sorte d'émulsion très stimulante ?

- Pour moi, rencontrer tous ces gens-là était tout à fait extraordinaire. Ce sont des personnes de grande simplicité, de grande humilité, de grand talent. Ils tenaient absolument à ce qu'il y ait objet qui se fasse à partir de cela, qu'il y ait une trace de leur travail qui reste, comme une sorte de testament – comme on parle de la mort, le mot est bien choisi. J'ai essentiellement travaillé avec Dan, c'était tout le travail de mise en page. Dan avait pris cela en charge tandis qu'Olivier s'occupait du son, et, chose assez belle dans cette histoire, ils ont accepté de faire ce travail avec moi.

- Comment la rencontre s'est-elle faite ?

- En fait, il y a eu plusieurs choses. Comme ils ont un lien avec la région, ils ont demandé au CRL s'il y avait un éditeur qui se proposerait. Ils avaient d'autres contacts avec d'autres éditeurs, mais ça n'a pas pu se faire. Ensuite il y a eu un autre lien en la personne de Yann Dissez, qui bossait à Rennes à l'époque, et dont le travail concerne le livre. Il fait un gros boulot en Poitou-Charentes, je crois. Et donc, je ne sais plus pourquoi, je me retrouve à Rennes, et nous discutons. J'avais d'abord vu ici David Gauchard et Pierre Ménasché, le trésorier de L'Unijambiste et qui habite en Creuse. Après quoi on lance le travail.

- Markovicz était présent ?

- Oui, je l'ai rencontré en vrai à Rennes. C'est un projet qui a pris un peu de temps, un peu de retard. Dan avait des exigences tout à fait légitimes au sujet de la qualité des photographies. On obtient ce livre-là, avec une grande partie de ses images, et donc le texte d'André, et un enregistrement d'une des représentations.

- Les mots, les sons, et les images qui se mélangent.

- Oui. Et je suis toujours en contact avec eux, de près ou de loin, avec Olivier et Dan surtout.

- A quel point Herem, le texte et le projet, peut-il au même titre que les auteurs dont on a parlé précédemment faire figure d'œuvre à part dans ton catalogue ?

- Déjà c'est un livre à part pour moi, personnellement, et le texte l'est de son fait. A priori, j'imagine que si j'avais repris le texte tel quel, je ne l'aurais pas publié. Il fallait vraiment qu'il y ait toute cette histoire-là pour que je prenne aussi la dimension du texte. Je pense que, en tant qu'éditeur ou lecteur, je n'avais pas tous les éléments en main pour saisir l'importance de ce texte. Donc je remercie tout le monde pour le travail qui a été fait, et pour la découverte d'André, de l'auteur, par le biais de cette collaboration.

IDENTITÉ COMME EFFACEMENT 

- Si tu devais prendre un texte, un auteur, parfaitement représentatif de ta ligne ?

- Oh, c'est compliqué, c'est vraiment dur comme question...

- Vas-y, tente. Le premier qui t'es venu à l'esprit, il y en a forcément un qui t'es venu.

- Non... enfin oui, bien évidemment... Ce serait L'Éternité, de Christophe Manon.

- Pourquoi ?

- Pour moi c'est un texte vraiment très important. Après quoi, ce qu'il y a de presque embarrassant c'est l'histoire humaine qui s'est créée entre lui et moi, cette amitié qui ne doit pas enlever mes capacités de jugement vis-à-vis de ce texte. Je crois que c'est un texte qui permet des échos, justement, et je crois que lui-même fait écho en chacun de nous quand on le lit. Il y a quelque chose qui se passe...

- Il y est question de quoi ?

- Pour reprendre les mots de Christophe, ce serait peut-être essayer de prendre conscience de cette possibilité de fraternité entre tous les êtres et toutes les choses.

- Cela rentre en écho avec tes propres textes, non ? Je pense à La Vie ...

- Oui, bien sûr, ça peut tout à fait oui. Même avec les textes de Serge Pey, ou de Manuel Daull notamment, il y a des proximités très fortes. Ce texte-là est important, comment il est arrivé, comment je l'ai défendu à l'époque, et l'on vient d'en refaire une nouvelle édition. Il y avait une série de cinq-cents exemplaires, j'en ai retiré une centaine, et en l'espace de quelques mois je peux en retirer une nouvelle centaine... Quand je suis en salon par exemple, que les gens ne connaissent pas, je leur dit de regarder par là. Ce n'est pas très cher, et en général, c'est un texte qui fonctionne très bien.

- C'est intéressant de chercher le pedigree de ta maison d'édition, à travers son aspect choral. Finalement une maison et ses identités, qui sont éclatées, se greffent autour d'une cause commune, qui est celle de donner définition de cette matière que l'on rapproche de la poésie.

- Je n'ai pas forcément souci de donner une définition, de mon côté...

- Mais c'est le mien de le faire...

- Ce qui m'intéresse – je me suis rendu compte qu'il y avait maintenant une quarantaine d'auteurs – c'est de voir, parmi ceux que je croise souvent comme les autres, qu'il y a toujours un intérêt commun pour leurs travaux respectifs. De voir comment, à un moment donné, le fait d'avoir été sous le même toit leur fait se parler autrement, ou tout du moins se parler à eux-mêmes différemment dans leur propre travail. Si la maison d'édition n'existait pas, je pense que ces rencontres se feraient d'une autre manière, mais peut-être la maison peut elle favoriser ces échanges et la découverte de l'autre – et comment cela vient interroger à chaque fois le travail de chacun.

 

 A suivre...

Propos recueillis et mis en forme par Benjamin Vareille,
Au café le Limousin, à Limoges.

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Découvrez le site des Editions Dernier Télégramme, dirigées par Fabrice Caravaca.

 

Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
11 déc. 2016

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

Entretien Fabrice Caravaca / Benjamin Vareille

Les éditions Dernier Télégramme ont dix ans cette année. Fabrice Caravaca, qui les anime depuis leurs débuts, est le centre de cet entretien, où il s'agit d'ausculter autant le poète que l'éditeur. L'occasion de revenir sur la genèse de ce projet dont le programme est de se soucier par le livre de son objet, comme de son texte : le dialogue, c'est de s'effacer et de faire passer. Mais pas que. La maison défend des voix, des langages, qui s'emploient aujourd'hui au niveau national, avec les armes les plus modestes de ce côté-ci de l'arène, à nourrir une même émulsion.
L'entretien qui suit est extrait d'une série de trois rencontres d'une heure, réalisées entre avril et mai 2015, et orientées autour d'un lexique propre à celui de la maison d'édition.
En raison de la densité et la longueur de ce "dossier", Radio Théâtre le publiera en six parties, tout au long de l'été.

Vous vous apprêtez à lire la troisième partie de ce dossier, qui constituera bientôt avec la quatrième : Les voix chorales.
N’hésitez pas à revenir en arrière pour lire la partie un et la partie deux qui constituent : Le Dialogue.

 

 Les voix chorales : Episode 3

 

PRÉTENTION LYRIQUE

Benjamin Vareille
- Le Dernier Télégramme semble poser la question où (en) est le dialogue, où (en) sont les voix ? Comme toutes les maisons d'édition ?

Fabrice Caravaca
- Alors... Le dialogue je pense que c'est quelque chose de permanent. Que ce soit dans cette maison d'édition que je défends, comme dans d'autres que je croise et que j'aime bien en poésie. Vu que ce sont essentiellement des voix d'hommes et de femmes qui sont toujours vivants, toutes ces personnes-là sont amenées à se rencontrer d'une façon ou d'une autre. Soit par la lecture des textes, soit par des rencontres dans les festivals ou les salons. Donc non seulement les auteurs se rencontrent mais les éditeurs se rencontrent aussi, et l'on voit bien comment des dialogues se constituent et que certaines voix et certains dialogues vont se mettre en place dans un endroit plus qu'un autre. Mais toujours avec la connaissance, la curiosité pour ce qu'il y a à côté. Comme s'il y avait toujours possibilité d'échange. Et d'ailleurs c'est tout à fait intéressant de constater qu'il y a des voix que l'on retrouve dans plusieurs catalogues, qui peuvent s'installer pendant un moment dans un endroit puis vont ailleurs, et reviennent...

- Comme le rhizome dont on parlait...

- Oui c'est ça, et moi j'aime bien qu'il n'y ait pas d'exclusivité.

- Emporté par le vent comme le pollen, et parsemé à tout va.

- On peut accompagner un auteur un moment, et lui peut s’en aller faire un tour ailleurs. Quand il revient c'est avec une nouvelle expérience en plus, et tout cela est très enrichissant. D'un point de vue concret, de toutes les façons, il est à peu près évident que pour les auteurs qui écrivent vraiment très régulièrement, il est impossible de publier l'ensemble de travaux ; il y a le fait qu'il se trouve des textes que l'on souhaitera plus suivre ou accompagner que d'autres.

- Donc quand se pose cette question d'où en est le dialogue, derrière il y a quelque chose qui se passe individuellement : cela revient à où en est la voix, où en est la parole. Tu dis qu'évidemment un auteur est là, écrit, puis est édité ailleurs, avant de revenir avec une nouvelle idée. D'une certaine façon, son propre discours à lui se construit aussi en fonction de ça.

- Oui, effectivement, oui.

- Est-ce que la question que la maison d'édition comme entité peut poser est là ?

- Je ne pense pas que ce soit la question principale, tout cela. Où en est le dialogue serait une question qui découlerait de questions peut-être encore plus larges...

- Oui, ce n'est pas une thématique propre.

- Non, et il est de toute façon difficile de dire qu'il y a une thématique propre à la maison d'édition – mise à part le fait que chaque auteur qui est publié a une démarche réflexive sur qu'est-ce que c'est que cette matière qu'il utilise, et comment il l'utilise.

- Sur la poésie, du coup.

- Oui. Ce pourrait être d'ailleurs une définition de la poésie, même si pour moi il n'existe pas de définition stricto sensu de la poésie. De toutes manières, dire que c'est une maison d'édition de poésie contemporaine, c'est une case. Nous faisons de la littérature. Pour moi c'est cela.

- C'est plus le questionnement de cette matière, de cette littérature-là – que l'on a tendance évidemment à rapprocher de la case poésie – ce questionnement perpétuel qui fait le programme de la maison d'édition et des auteurs qui l'accompagnent...

- La maison d'édition est surtout une construction à partir des rencontres de ces personnes, qui ont en commun ces textes...

- Il y a des thèmes récurrents ? Des thèmes qui surpiquent par-dessus ta ligne éditoriale, qui en sont le fil rouge, et que l'on pourrait isoler ?

- Oui, maintenant de plus en plus. C'est à la fois très sérieux et en même temps une sorte de blague, mais ce serait la question du lyrisme. Je pense que c'est véritablement quelque chose qui fait lien maintenant entre les différents textes et les différents auteurs. Tout cela fonctionne à partir d'une écriture qui serait une écriture du moi, mais d'un moi qui se mettrait en place simplement pour s'effacer le plus possible et laisser de la place à l'autre. L'autre qui serait potentiellement le lecteur, mais ça peut aller au-delà de ça. C'est une formule de Manuel Daull, encore une fois.

- Moi j'ai fait mienne une des formules de Maulpoix sur le lyrisme, que je trouve fantastique. Il parle des lointains intérieurs par les extrêmes détours. Le lyrisme est là, pour lui.

- C'est une très belle formule, je ne saurais pas dire beaucoup mieux...

- On entend en sous-texte le fait que le moi soit comme un centre, plus ou moins magnétique, mais que d'autres existent dans la périphérie, existent avec. Il y a aussi l'importance de la voix parlée, de l'oralité de leurs discours, dans ta ligne.

- Oui j'aime beaucoup cette idée-là. Alors c'est aussi une idée politique, le lyrisme, finalement.

- C'est politique le lyrisme ?

- Eh, dans une certaine mesure oui ! Parce que si c'est ce que l'on est en train de dire, là, ou que j'essaie de dire, dans la présence du moi mais qui tend à s'effacer le plus possible pour laisser la place à la présence de l'autre, alors nous sommes dans une dimension politique. On sort de soi. Ce serait une écriture du moi, mais sans l'ego. Ou une forme d'égotisme, je ne sais pas.

- D'accord, mais quand on parle le moi reste central, il y persiste quand même une forme d'ego. Il y a un orgueil à écrire. Qui peut-être léger, mais qui est nécessaire.

- Oui mais orgueil, le mot est peut-être un peu fort.

- Je n'ai pas dit hybris, tu vois.

- Je préfèrerais quelque chose de l'ordre de – on peut jouer sur les mots – de l'ordre d'une prétention, mais que l'on répartirait en deux mots, une pré-tension. Parce qu'il y a tension en soi, ou le sentiment d'une tension en soi, peut-être l'écriture se mettrait en route, et peut-être que c'est par l'écriture qu'il advient une possible connaissance de soi. Et cette connaissance de soi ne peut avoir lieu que si à un moment donné on l'oblitère dans une certaine mesure pour se mettre dans la possibilité de l'existence de l'autre. D'ailleurs le texte, écrit, ne peut exister qu'à partir du moment où il y a lecteur, où il y a rencontre avec quelqu'un – en tout cas dès lors qu'il y a publication. Car l'écriture peut avoir lieu sans publication. Ce que je trouve assez intéressant, et il est par ailleurs dommage, je trouve, qu'il soit si important pour la plupart des auteurs d'être publiés. Qu'il y ait l'objet livre.

- Ça rompt la tension ? Cela la diminue ?

- Dans une certaine mesure, oui. Mais le problème est que, en littérature comme en poésie comme partout, nous vivons dans ce monde-là. Et qu'est-ce qui fait sens dans ce monde-là maintenant, sinon de plus en plus un sens économique, dirons-nous ? Et donc l'on rentre souvent dans un processus identique pour les auteurs. C'est-à-dire que si l'on n'a pas une actualité éditoriale tous les deux ou trois ans, cela fait comme si l'on n'était pas en train d'écrire. Or l'écriture n'est pas forcément dans cette temporalité-là. Il faut parfois quatre ou cinq ans, voire plus, à mettre dans un projet, pour en être satisfait, puis aussi pour trouver un éditeur. Parce qu'il y a des textes qui peuvent être là depuis très longtemps et qui n'en trouvent pas. Evidemment, quand l'on est déjà dans ce milieu-là, celui de la poésie, on connaît trois personnes, on a un petit réseau, tout cela est moins grave. Mais quand l'on en a aucune connaissance et que l'on écrit de son côté, c'est assez dur je crois. Je me souviens de quand j'avais demandé un texte à Christophe Manon, après l'avoir vu lors d'un festival où l'on s'était plutôt bien entendu. Et il me dit : « je n'ai pas grand-chose sous le coude, mais je t'envoie un truc. C'est un fond de tiroir. » Donc un texte qu'il n'avait peut-être même proposé à personne, mais un texte qui existait pour autant, et qui avait été écrit, et qui pour lui j'imagine avait été non seulement du temps, de la réflexion, et avec une importance dans un cheminement personnel.

- Donc cela participait de la tension.

- Voilà, et quand il me donne le texte, une lecture suffit pour dire qu'il faut faire cette chose-là, et absolument.

- Et quand tu dis cela, c'est plus toi en tant qu'auteur, ou toi en tant qu'éditeur ?

- Là c'est en tant qu'éditeur, mais je me place aussi en tant que lecteur. En tant que lecteur j'ai un plaisir – mais plaisir ce n'est pas le mot, c'est au-delà... Il y a quelque chose qui se se passe avec ce texte-là, et qui justement alors crée en moi une certaine connivence mais aussi une forme de tension, qui amène à la réflexion.

- Pré-tension, je crois que l'image est assez forte.

- Avant la tension ! et comment la tension se met en place. Et comment rester dans cet état de ce qui va créer la tension, ou en tout cas quand l'on est dans la tension de pouvoir y rester un maximum. Ce n'est pas un maximum en fait, mais y rester le temps nécessaire pour que le texte advienne, ou que quelque chose se passe. Ce n'est pas forcément dans ce moment de tension que va se loger un texte, mais avoir connu ce moment de tension que le corps puisse garder cela. De faire que cela a eu lieu. Et qu'ainsi cela pourra peut-être avoir lieu, ou pourrait, en tant que texte. Mais aussi en tant que prise de parole, parce que la tension s'exerce aussi dans le moment où l'on prend la parole. Et prendre la parole est toujours ce qui se fait quand il y a des personnes physiques en face de soi.

 

LE CHŒUR ET LES DÉTOURS

- Justement tu anticipes, après la question du lyrisme, celle plus encore de la performance, de la lecture, à laquelle on peut rajouter les lyrics. Tout cela serait de la manière abouchée à cette matière-là – littéraire – dont on cherche la définition. On ne peut pas lui mettre l'étiquette poésie mais en même temps elle s'en rapproche ; on ne pourrait pas épuiser cette chose-là en parlant simplement de poésie. Comme tu l'as dit c'est plutôt de la littérature, et ça en déborde le sens. Pour toi l'oralité, la voix, la performance, la lecture en sont des prolongements nécessaires, quelque chose de primordial sur laquelle il faut suspendre son oreille ?

- Oui, pour moi il y a une évidence de la chose. C'est pourquoi je disais, tout à l'heure, que c'est parfois dommage qu'il y ait l'objet livre, qui devient une forme de nécessité – même si c'est le cadre de mon travail, de publier des livres. Mais une parole, une pensée, peuvent exister sans cela, et notamment maintenant avec les nouveaux outils technologiques ou informatiques qui le permettent de grandes possibilités. De fait, s'il n'y a pas ce passage par l'oralité – la prise de parole que l'on disait tout à l'heure – on ne va pas au bout de la chose, à mes yeux.

- Donc la maison d'édition, ou plutôt la publication d'un texte participe de cet élan-là, ne doit pas l'épuiser...

- C'est ça...

- ... le soutient, et même le sous-tend...

- ... oui, le sous-tend et le soutient, en ce sens que l'on essaye d'organiser les rencontres avec le public, des lectures, dans des lieux divers et variés.

- Tu penses que cela pourrait être de ces détours dont parle Maulpoix ?

- Ça pourrait, mais je ne pense pas spécialement que ce soient des détours.

- Je trouve ça nécessaire. Ce n'est pas détourner le regard, pour moi...

- Oui voilà, ce n'est pas cela qui te détournerait de la chose, bien au contraire... C'est faire des tours, cela m'intéresserait comme ça. Mais sans faire du lacanisme. Faire des tours avec la chose. On pourrait par métaphore aller plus loin, quand tu parles de lyrics, et dire comment une forme de danse se met en place. Et il y a différentes façons de danser : on peut danser seul, ou avec un autre, et puis la danse se crée logiquement si l'on imagine un bal avec plusieurs personnes qui dansent, d'autres qui les regardent danser, et puis l'orchestre, ou un chanteur, et toute une situation.

- Cette situation correspond aussi à la poésie.

- Oui, c'est – imaginons – un bal.

- Oui le danseur a autant d'importance que l'orchestre, les spectateurs...

- Tout cela fonctionne ensemble. L'orchestre ne peut pas jouer s'il n'y a pas de danseurs, et les danseurs danser si l'orchestre ne joue pas, et tout cela finit par créer une énergie. On rentre dans une forme d'entropie, on va dans ce sens-là oui.

- Je t'ai demandé quelle place occupaient ces détours, le fait de faire des tours avec la chose ; c'est une dynamique qui pour moi est chorale.

- Oui. De toute façon une maison d'édition se crée avec un ensemble d'auteurs, et un ensemble de personnes autour qui accompagnent le projet – aussi bien des amis qui peuvent accueillir des gens, qu'un certain nombre d'intervenant. Intervenir, pareillement : ce serait être entre, venir entre, et aussi venir avec. Chacun vient avec ce qu'il a pour que l'on partage tout. De manière un peu facile je pourrais dire que nous allons refaire cela cette année dans les Lectures au jardin. Il y a trois auteurs qui viennent, il y a ceux qui amènent à manger et à boire, et chacun partage, et l'on se retrouve ensemble à faire le tour de plusieurs choses. Ce qui compte c'est que le texte soit là, lu, performé, peu importe comment les auteurs travaillent avec leurs corps, leurs bouches et leurs mots. Mais il y a également tous les échanges qui se passent avant, ou après que eux aient fait leur « travail », et que ces moments-là aient été vécus par leurs textes et se poursuivent encore avec leurs mots – mais leurs mots dans un échange simple.

- Dès lors que le chœur – mais ce pourrait être sans « h » puisqu'il y a pulsation ou pouls – cesse de chanter, ce n'est pas pour autant qu'il cesse réellement de chanter...

- Evidemment. C'est peut-être pour ça aussi qu'il y a la collection avec CDs que j'ai appelée Echos. Pour que les choses durent dans le temps, et puis rebondissent.

SUITE ÉLECTRIQUE

- Depuis les années 1940 (même si l'on pourrait remonter avant, au Grand Jeu, à Dada etc.), par l'entremise des voix cabossées et staccato des rues et du jazz, de la Beat Generation, puis via la révolution contre-culturelle des années 60 et son rayonnement, les poètes électriques en France, nous expérimentons le décloisonnement des disciplines ou des registres, notamment du point de vue sonore. La transmedialité du nouveau millénaire, ces moyens technologiques que l'on a évoqués tout à l'heure aussi ont profondément réaligné le dialogue et les correspondances, retransformant cette matière par sa façon de l'aborder sans cesse en évolution. A travers ses voix parlées, chantées, filtrées, ton catalogue peut-il être un oscilloscope de certaines de ces révolutions ?

- C'est compliqué. Je ne m'en fais pas le traqueur, ce n'est pas mon objectif. Il se trouve que je travaille avec des gens qui, comme Serge Pey ou Julien Blaine, viennent vraiment de ce que l'on a pu appeler la poésie sonore, ou poésie action. Mais ils ne sont pas quinze mille. Je crois qu'il y a peut-être eu comme un problème avec ces nouvelles possibilités techniques de la prise de son, de bidouillage par exemple, et donc d'expérimentation avec les machines. Oh il y a de très belles choses qui se sont faites, mais je pense que beaucoup de personnes s'y sont mises en pensant faire acte poétique pour finalement se retrouver des techniciens. Il n'y a pas d'invention propre. Je me rends compte que je reste plutôt classique, de mon côté, mes références allant davantage vers Dada.

- Il y a des choses intéressantes du côté de Brion Gysin, du côté de Giorno et Dial a poem...

- Oui, bien sûr, des gens comme ça me conviennent tout à fait. J'adore les travaux qui sont fait avec du son, avec un instrument qui peut être aussi expérimental... Mais l'informatique me pose un problème ; je ne sais pas ce que c'est que cette chose-là, véritablement. J'ai un problème avec ça.

- Trop artificiel ?

- Je crois que l'essentiel dans tout ça est qu'évidemment nous avons connaissance de ce qui s'est fait avant – connaissance partielle, parcellaire, certainement – et sûrement ce que nous connaissons de ce passé artistique, poétique, a des influences sur le travail qui se fait maintenant, c'est logique...

- L'écho de ces choses-là se retrouve dans ta maison d'édition ; enregistrer le pouls de ce qui t'entoure c'est aussi ramasser l'écho même lointain de ces expérimentations, non ?

- Mais je ne trouve pas qu'il y ait tant d'expérimentation que ça dans le catalogue, hormis deux ou trois petites choses, naturellement. [Silence] Je reste sur un rapport assez classique – ce n'est peut-être pas le mot – dans un rapport simple avec ça : des gens qui jouent de la guitare, par exemple, qu'en faisons-nous...

- On parlait des frères Soletti, à ce propos...

- Oui, la première fois que j'entends Patrice je me dis qu'il se passe quelque chose, que l'on doit discuter ensemble, mais nous avons peut-être mis quatre ans pour aboutir à un projet. Nous nous sommes revus, recroisés, avons mené divers projets ensemble, soit dont il était à l'initiative, soit à mon invitation. Ce sont des personnes qui sont dans ma vie, qui ont quelque chose dans leurs mains, et en l'occurrence, là, c'était une guitare. Et une pratique très rigoureuse de l'instrument qui justement, comme le poète travaille sur les mots, la syntaxe, et comment le langage arrive à faire sens en transformant cette matière, devient la même chose pour lui avec un instrument et des sons. Tu peux faire une belle mélodie sur une guitare, qui a du sens aussi, mais quand tu arrives à en sortir autre chose...

- S'échapper là aussi de la discipline et de l'étiquette...

- L'idée c'est : comment toujours être avec la chose et en même temps en permanence dans ses à-côtés, voire dans ses lointains.

- Si tu enregistres cette poésie, si ce dont on parle se rapprochait le plus de ta définition de la poésie, alors enregistrer la guitare de Soletti et prendre les textes de son frère, c'est la même chose, la même matière poétique ?

- Oui on peut dire ça. Pour moi ce n'est pas gênant.

- Mais c'est un décloisonnement qui est déjà possible dans ton esprit ?

- Oui, maintenant c'est possible, mais pour moi il y a une forme d'évidence dans la chose. Je ne me pose pas trop de questions. Peut-être aussi parce que j'ai ma culture autour des musiques improvisées ou expérimentales, la culture rock que je peux avoir.

 

 A suivre...

Propos recueillis et mis en forme par Benjamin Vareille,
Au café le Limousin, à Limoges.

Lisez la suite...
Découvrez le site des Editions Dernier Télégramme, dirigées par Fabrice Caravaca.

 

Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
04 nov. 2016

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

Entretien Fabrice Caravaca / Benjamin Vareille

Les éditions Dernier Télégramme ont dix ans cette année. Fabrice Caravaca, qui les anime depuis leurs débuts, est le centre de cet entretien, où il s'agit d'ausculter autant le poète que l'éditeur. L'occasion de revenir sur la genèse de ce projet dont le programme est de se soucier par le livre de son objet, comme de son texte : le dialogue, c'est de s'effacer et de faire passer. Mais pas que. La maison défend des voix, des langages, qui s'emploient aujourd'hui au niveau national, avec les armes les plus modestes de ce côté-ci de l'arène, à nourrir une même émulsion.
L'entretien qui suit est extrait d'une série de trois rencontres d'une heure, réalisées entre avril et mai 2015, et orientées autour d'un lexique propre à celui de la maison d'édition.
En raison de la densité et la longueur de ce "dossier", Radio Théâtre le publiera en six parties, tout au long de l'été.

Vous vous apprêtez à lire la deuxième partie de ce dossier, qui constitue avec la partie un : Le Dialogue.
N’hésitez pas à revenir en arrière pour lire le premier épisode de l'entretien.

 

 Le Dialogue : Episode 2


PAYSAGE, STRUCTURES ET COLLECTIONS

Benjamin Vareille :
- On vient d'évoquer une série d'expériences qui de 2005 à 2007 t'amènent aux premiers textes, aux lectures, à l'édition pour l'association Dernier Télégramme. Qui se transforme donc en maison d'édition très officiellement, depuis.

Fabrice Caravaca :
- Oui c'est ça. Maintenant je mets « Éditions », et non pas « Association ». C'est Éditions Dernier Télégramme parce que c'est l'activité principale, et avec ce qui en découle : à savoir la création d'évènements, les lectures, rencontres, ateliers pour les auteurs, etc.

- Justement, la structure du Dernier Télégramme évolue, elle change avec le temps, s'enrichit...

- Alors le bureau de l'association a changé, par exemple. Le bureau s'est posé depuis 2008 à l'adresse d'une amie qui a sa maison, et elle ne bouge pas. Moi j'ai déménagé presque tous les six mois ou tous les ans depuis 2005, donc c'était compliqué à chaque fois de changer. Là c'est bien d'avoir l'adresse de fixée... Ou alors il fallait faire poste restante, ce qui aurait été intéressant aussi... Je m'installe donc à Limoges en octobre 2005, pour diverses raisons, dont amoureuses. Et une des raisons est aussi que dans ce territoire-là il y a un accueil favorable à mon projet, en tout cas à cette première édition et ce qui suit...

- Tu as des aides ? Du CNL, du Centre Régional du Livre en Limousin, etc.

- Au début c'est la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports qui, comme j'avais moins de trente ans, avait des dispositifs avec encore un peu d'argent qui m'ont permis – et il me semble que leur budget est devenu tellement ridicule que c'est compliqué aujourd'hui – d'obtenir pour la publication du livre de Sylvain Courtoux, Action Writing : Manuel, mille euro. Avec la grande chance d'avoir la quatrième de couverture écrite par Christian Prigent, ce qui permet aussi quant on appelle des libraires de servir de caution. Car c'est très difficile quand l'on commence d'appeler les libraires et de leur dire : « c'est une nouvelle maison d'éditions, j'ai ça à vous présenter... » Sylvain n'était pas spécialement connu, et moi encore moins. Mais la deuxième année, c'est-à-dire après 2006, j'ai une aide beaucoup plus conséquente sur l'ensemble du projet, et avec les premières aides de la Région Limousin aussi. Donc les choses s'organisent. J'ai un tout petit peu d'argent qui me permet de mettre en place des projets, et donc de pouvoir imaginer qu'il va y avoir ce qui, presque un an après, sera la publication de cinq ou six ouvrages dans l'année avec un travail de diffusion qui se passe autrement que ce que je pouvais faire tout seul. Là aussi, grâce à la rencontre avec Laurent Cauwet de Al Dante, qui a été de grand conseil, un soutien qui m'a accompagné au début.

- La charpente est là, les bureaux se posent. Partant de là la structure en interne se modifie. Dès lors qu'il y a plusieurs publications et que toutes se retrouvent dans un axe qui diffère, proposant une variation autour d'une même idée, c'est l'occasion pour toi de créer des sous-post-offices, des bureaux, pour suivre le mouvement. Moins des labels que de centres de tri, les facettes d'un prisme que se veut être la maison d'édition : tu as des collections...

- Oui, et les collections vont se mettre en place dès 2006 en fait, avec la collection Longs Courriers et la collection Echos. Je m'en occupe depuis le début et Manuel Daull dirige seulement la collection Traversées, ce qui est assez récent, depuis deux ans.

- Parle-nous des collections...

- La première collection c'est donc Longs Courriers. J'avais envie de faire des petits objets, pas trop chers, et c'était aussi l'occasion pour moi de mettre dans ces objets des textes autres que ceux que je pourrais mettre en hors-collection, avec l'ensemble des ouvrages. Puis c'était l'occasion de rencontrer d'autres personnes, d'autres écritures. Or j'avais pris contact quelques années auparavant avec Lucien Suel, quelqu'un dont j'apprécie les différentes démarches, le travail – c'était l'occasion pour moi de l'appeler. J'avais pensé l'objet, déjà ; l'objet a un tout petit peu changé mais je savais qu'il serait de ce format, quatorze sur vingt-deux si je ne me trompe pas. Je savais qu'il y aurait seize pages, et au début je pensais faire une sorte de pliage qui serait à l'intérieur, et avec un poster d'un côté et le texte de l'autre, bref des choses que l'on voit assez souvent... Mais en fait j'ai fait un cahier de seize pages avec agrafes, couverture à rabats...

- Inspiré par quoi ?

- Inspiré par un texte qu'avait publié Le Temps qu'il fait d'Eric Chevillard. Un petit objet comme ça, je ne sais pas si cela avait été pour offrir ou autre. Parce que Le Temps qu'il fait faisait ça, et à chaque fin d'année offrait à ses lecteurs, ses auteurs, ses soutiens un objet particulier. Ils ont d'ailleurs fait de très belles choses.

- Les livres-objets, qui se font de plus en plus aujourd'hui... C'est quelque chose qui dans la démarche poétique contemporaine compte beaucoup aussi !

- Et puis ça permet de faire circuler des petits textes, mais qui font connaître des auteurs et des travaux particuliers. J'avais même fait à l'époque une petite collection d'A3 avec un pliage spécial, qui formait un carré... Il devait y avoir Edith Azam, Jacques Sivan, Vannina Maestri, et Charles Pennequin ! C'est quelque chose que j'ai arrêté parce que ça prenait beaucoup de temps, mais c'était sympa. Mais pour la collection Long Courriers j'ai donc appelé Lucien Suel, qui me dit : « oui, pas de souci, mais indique-moi le format. » Il a fait un texte spécialement pour ça. Après quoi il y a les rencontres avec Jacques et Vannina qui se sont faites grâce à Laurent Cauwet, qui m'ont envoyé un petit truc dans le cadre de cette collection.

- Quoi d'autre comme collection ?

- Echos ! Ce sont les deux collections qui arrivent presque la même année. Echos c'est tout le travail autour du son, de l'oralité, de la voix que l'on entend pour le coup, puisqu'il y a un CD à chaque fois. Le premier de cette collection-là sera l'enregistrement de la première soirée que l'on organise le 31 mars 2006, dans la galerie d'un ami qui n'existe plus maintenant, la galerie OLGA. Nous faisons la première rencontre là-bas, ça se passe très bien, et nous faisons en sorte d'enregistrer la soirée à dessein de sortir ce disque-là. On a continué presque la même année en faisant un disque à nouveau, avec le travail de Marc Guillerot qui exerçait son talent dans le collectif de L'Oreille Electronique.

- Mouvement ?

- Je ne sais pas si on peut appeler ça un mouvement, mais c'est quelque chose de très beau. J'ai découvert ça quand j'étais encore à la fac et musicalement ils ont ouvert pleins de portes. Et puis Marc est devenu mon ami, par ce lien de travail que l'on a eu mais aussi parce que je le suis devenu avec des amis à lui, toute une connexion qui s'est faite, et qui compte ici à Limoges un petit réseau d'amitié qui s'est créé autour de personnes qui sont dans la création, autant que celles qui viennent soutenir des démarches.

- Des démarches différentes qui chez toi sont toutes déclinées dans différentes collections, comme autant de déclinaisons de dialogues, de gens qui t'entourent. Une autre collection, Traversées...

- La collection des Traversées est la toute dernière. En fait c'est un peu une suggestion de Manuel, à laquelle je dis oui avant de lui demander de me proposer des choses. Il serait bon que l'on sorte un deuxième livre dans cette collection...

- C'était le Rolla ?

- Oui, Alexandre Rolla. C'est une collection qui va fonctionner autour des notions de paysage, de territoire, toutes ces choses-là qui sont des thématiques très chères à Manuel.

- Quelle autre collection ?

- La collection Correspondances, aux deux volumes maintenant...

- Au pluriel aussi, comme Traversées d'ailleurs, et Longs Courriers...

- Oui tout est au pluriel en général.

- Tout au pluriel, oui, car pluralité des voix...

- Oui c'est pour ça aussi, et pluralité des personnes qui sont là... Alors, je n'ai pas une grande connaissance de l'art contemporain, de ce que l'on appelle comme ça, et j'ai donc rencontré certaines personnes, et puis peut-être suis-je allé voir plus d'expos, eu quelques lectures supplémentaires, et je me suis dit que ça pourrait être pas mal de faire en sorte qu'un(e) plasticien(ne) et un écrivain se rencontrent et qu'il y ait un vrai dialogue qui se crée. Pas juste que l'un fasse le commentaire de l'autre. Mais l'idée de cette collection ne vient pas spécialement de moi en fait, c'est une rencontre aussi. C'est Hélène Leflaive qui à l'époque était à Limoges et avait reçu un soutien de la Direction de la Jeunesse et des Sports, et on s'était rencontrés. Elle m'avait montré son travail et avait bien envie de faire un truc, mais ça m'avait semblé curieux à l'époque de faire un livre avec son seul travail de plasticienne.

- Cela sortait peut-être un peu de ce qui devenait ta ligne éditoriale, par défaut ?

- Oui, c'est ça. Alors je lui dis que j'allais y réfléchir. Vu ce qu'elle avait fait, et connaissant la gentillesse et l'intérêt que Lucien Suel peut avoir pour ce genre de démarche, j'ai contacté Lucien, et puis je les ai laissés faire tous les deux. Et l'on s'est retrouvés une fois ou deux pour le travail et cela s'est très bien passé.

- Quand est-ce que ça s'est passé ?

- J'imagine en 2008. Et il y a encore la collection 8.

- Huit comme l'infini ?

- Oui, il est mis comme le chiffre, mais je pense qu'il faut le faire tomber, tu vois. L'infini, c'est une collection avec textes mais pas le nom de l'auteur, voilà. L'idée c'est effectivement que des personnalités existent, mais que le texte doit quand même primer dans tout ça.

- Encore une fois avant que le texte puisse s'effacer, c'est l'auteur qui s'efface...

- Oui l'auteur doit s'effacer d'abord, et le texte ensuite, pour que le nouveau texte rentre comme dans l'histoire de la construction d'un grand palimpseste général...

- Où le langage prévaut ?

- Oui, où la voix est donnée à l'autre, car c'est à l'autre d'écrire son histoire par dessus celle-ci et ainsi de suite...

TROPIQUES DE L'EDITION

- Longs courriers, Correspondances, Echos, Traversées... on est dans une forme de topos, de tropisme du langage, de la langue, du dialogue...

- Oui !

- Il y a bribes, connexions, ou parasitages, en fonction des collections. Les mots sont des sons articulés, des bruits parmi d'autres aussi, au même niveau que la musique donc ?

- On peut dire au même niveau, oui. Les deux s'accompagnent, font quelque chose ensemble. Si l'un n'est pas là, l'autre ne peut pas exister de cette façon. En plus, dans la collection Echos, il y a un travail de Pierre et Patrice Soletti où l'on trouve trois courts textes de Pierre et un CD de son frère, et c'est un CD où il n'y a que de la guitare. Après on en fait ce que l'on veut : soit on écoute le CD seul, soit en lisant le livre, toutes les combinaisons sont possibles.

- Est-ce que ça rentre dans le tropisme du langage que les éditions Dernier Télégramme étayent ?

- En fait, il y a beaucoup de choses qui se mettent en place sans qu'il y ait consciemment une volonté à ce niveau.

- Quand tu regardes ça a posteriori, tu te dis que cela rentre tout de même dans une logique qui était à l'œuvre, inconsciemment ?

- Je me rends compte qu'il y a une logique, évidemment, depuis quelques temps. Je vois également, et c'est étonnant, que cette logique n'est pas permanente, elle est vraiment évolutive, et avec pleins de petites exceptions : comme quand j'ai fait Galaxie Pandora, qui est une sorte de roman graphique, avec Jacques Sivan et Cédric Pigot. C'est une belle proposition qui arrive à un moment où je me dis qu'il est possible de l'accompagner...

- Il y a beaucoup de parasitage dessus ! On revient à l'idée de bribes, du palimpseste dont tu parlais, parce qu'ici les voix se superposent. En le feuilletant on retrouve l'ambiance du roman graphique, puis des images parasitées, dont certaines à la base qui sont numérisées, on y croise un tableau de James Ensor quasiment détourné, un discours très proche de celui d'Orwell...

- Pour simplifier c'est toute une réflexion sur ce que l'on appelle, au sens premier du terme, le ou les fascismes. Et les références que tu donnes y sont à un moment ou à un autre convoquées, en effet.

- Tu parlais de tes Correspondances, on pense aux baudelairiennes...

- Oui, moi pas ! Parce que j'ai très peu lu Baudelaire, et je ne peux pas en faire référence, sans la connaissance pour.

- Prises dans un sens encore en travail à ce moment, on peut pourtant entendre les correspondances baudelairiennes comme le fait que les choses, les objets, les disciplines dialoguent, se répondent entre elles. De ce point de vue-là on peut parler d'interdisciplinarité déjà, un siècle avant la postmodernité...

- Oui, moi je veux bien qu'il y ait concepts, mais je suis peu théoricien. Non pas que cela ne m'intéresse pas, mais je suis plus tourné vers une histoire de réels au pluriel qui se mettent en place. Pour moi les concepts de postmodernité ou d'interdisciplinarité relèvent d'une forme d'évidence. En plus, on pourrait faire commencer la postmodernité à différents endroits, avec un le bon discours intellectuel derrière ; tout comme il suffit, pour parler d'interdisciplinarité, d'aller voir chez Dada, et nous y sommes.

- On pourrait encore parler de synesthésie, où la musique vient répondre aux textes, à l'oralité, etc. Il peut donc y avoir des théories dans lesquelles se placent les œuvres, malgré elles, ou malgré toi. Mais ces choses-là, pour toi, arrivent de facto. Pas de théorisation derrière, d'où un travail original va procéder ?

- Non, aucune théorisation, vraiment.

- D'emblée l'on est dans un espace de moindre limite – avec un désir de re-topographier, inconscient de ta part ; pas de territoires qui s'excluent ?

- Il y a une infinité de territoires, si l'on préfère. On retournerait là, et c'est un peu de la théorie pour le coup, à quelque chose qui m'avait beaucoup touché et que je n'ai pas encore assez approfondi, c'est-à-dire certains concepts – j'allais dire complexes ! tu vois – certains concepts deleuziens. Le concept de ligne de fuite, la déterritorialisation, le devenir... des choses qui m'ont beaucoup touché.

- La déterritorialisation c'est assez bluffant, on à l'impression de revenir à la Waste Land de T.S. Eliot. Peut-être que ta façon d'aborder ton catalogue, de publier, se situe là-dedans ? Une sorte de carte, de champ de voix/voies ?

- Oui. Mais par exemple, et ça peut paraître bêta de dire ça, mais je ne sais pas ce que c'est que la poésie. J'appelle ça « éditions de poésie contemporaine », et je veux bien que l'on appelle ça poésie, mais j'aimerais bien que l'on me donne une définition de la poésie. C'est autre chose que nous sommes en train de faire, d'autres et moi. Je crois que c'est de la littérature qui vient tutoyer d'autres formes de littérature comprenant la musique, les arts...

- Mise à bas des limites, des frontières ?

- Oui, si l'on veut. Mais le problème de la poésie c'est qu'elle nous limite tellement dans le regard de l'autre, de celui qui est potentiellement lecteur, et qui pourrait découvrir ça.

- Seulement dans la mesure où le regard de l'autre est déjà compassé par la définition qu'il possède de la poésie et qui en est réductrice...

- Souvent, mettre une définition sur une chose de cette portée en réduit le champ, et son impact aussi évidemment.

- Tu parlais d'un champ ouvert, finalement rhizomatique, à la Deleuze...

- Cette idée de rhizome me plait beaucoup, plus que l'idée de racine, effectivement. Si l'on regarde dans le catalogue, beaucoup de textes sont nés dans ces environs. Chaque texte qui influence un autre texte, piochant les uns chez les autres... Je pense à Christophe Manon et à d'autres, et à des mots, des phrases parfois entières de camarades qui se sont retrouvés dans les leurs. C'est très important : comment l'on se nourrit entre nous, et du rapport au monde que l'on peut essayer d'entrevoir.

- Le Dernier Télégramme en est-il la voix, de ces messages qui se superposent, le sonar, le transcripteur ?

- Ça peut être tout ça. Dans l'idée du nom de la maison d'édition, le télégramme est tout simplement un mode communication où le message codé est envoyé à quelqu'un capable de le décoder. Mais il le décodera à sa façon, c'est ce que nous faisons. Et il est intéressant que le message que l'on envoie ne soit pas entendu avec l'exacte intention de celui qui l'envoie, qu'il y ait transformation du message à terme. On transforme déjà la matière « mot » dans le télégramme pour qu'elle soit transformée ensuite par celui qui reçoit.

- Est-ce moins le passage, le relai, que son enveloppe, sa gaine, son désir de recoudre le morcelé, de ramasser l'écho, de confondre le divisé et les voix qui s'excluaient ?

- Il faut les deux. Mais ces voix ne s'excluent pas. Si l'on reprend l'image du sonar, on parle d'échos qui à un instant donné se percutent et renvoient d'autres sons ailleurs, qui eux-mêmes vont en rencontrer d'autres, ce qui rejoint ce que l'on disait par rapport au rhizome...

- Et par rapport au dialogue aussi...

- Oui parce qu'il faut qu'il y ait dialogue, cette idée que l'on est au moins deux. Je pense que c'est cela : envoyer quelque chose à quelqu'un, qui ne peut avoir d'existence qu'à partir du moment où l'autre le comprend et le prend avec lui, d'une façon ou d'une autre. Et qu'il en prenne possession. Le destinataire en est la condition et une forme de finalité, transitaire, parce que le destinataire est amené à devenir celui qui expédiera quelque chose lui aussi, à nouveau.

 

 A suivre...

Propos recueillis par Benjamin Vareille,
Au café le Limousin, à Limoges.

Lisez la suite...
Découvrez le site des Editions Dernier Télégramme, dirigées par Fabrice Caravaca.

 

Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
12 oct. 2016

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

Entretien Fabrice Caravaca / Benjamin Vareille

Les éditions Dernier Télégramme ont dix ans cette année. Fabrice Caravaca, qui les anime depuis leurs débuts, est le centre de cet entretien, où il s'agit d'ausculter autant le poète que l'éditeur. L'occasion de revenir sur la genèse de ce projet dont le programme est de se soucier par le livre de son objet, comme de son texte : le dialogue, c'est de s'effacer et de faire passer. Mais pas que. La maison défend des voix, des langages, qui s'emploient aujourd'hui au niveau national, avec les armes les plus modestes de ce côté-ci de l'arène, à nourrir une même émulsion.
L'entretien qui suit est extrait d'une série de trois rencontres d'une heure, réalisées entre avril et mai 2015, et orientées autour d'un lexique propre à celui de la maison d'édition.
En raison de la densité et la longueur de ces rencontres, Radio Théâtre les publiera en plusieurs épisodes.

 

Le Dialogue : Episode 1 


PREMIERS CONTACTS ET DERNIER PASSEUR

On évoque le début... Dix années depuis la création de ce qui est d'abord une association en mars 2005, et dont l'idée germe dans le cadre d'une formation à Nantes six mois durant avant de poursuivre sa croissance au Temps qu'il fait, à Cognac, les deux mois de stage qui suivront et sous l'œil protecteur de Georges Monti. Le souci de l'objet, d'un certain rapport au livre et à son format compasse régulièrement la curiosité de Fabrice à ce moment, devant les contraintes que le réel économique oppose à la réalité d'un texte : « c'est l'objet mais aussi le support qui va s'adapter à son contenu, le texte fournissant le cadre dans lequel il doit s'installer. C'est bien d'avoir comme une espèce de format que l'on utilise sur une base régulière, mais en même temps d'imaginer d'autres formats possibles pour des textes particuliers. Il y a des contraintes économiques à anticiper mais néanmoins il faut privilégier le texte, prévoir la façon dont il vient s'inscrire là-dedans. »
Et en service manuscrits improvisé chez Monti, un éveil. « Il était un peu emmerdé, ne savait pas trop quoi me foutre dans les pattes, il ne prenait pas de stagiaire normalement. » On lui donne des choses à lire, lui demande de se familiariser avec la ligne, de connaître le catalogue. Puis arrive la lecture des textes entrant : « je mettais un petit mot ici, je mettais de côté, et lui me faisait entièrement confiance, il ne regardait pas trop derrière. J'y ai appris plein de choses, comme lire la lettre qui amène le texte par exemple. Etc. Puis je suis tombé sur des textes qui moi m'intéressaient, mais intéressaient moins Georges. »

Benjamin Vareille :
- Donc avec ces textes devant lesquels tu te retrouves à faire ou simuler un choix quasi-éditorial, tu te mets déjà dans la peau de l'éditeur que tu vas devenir ?

Fabrice Caravaca :
- Oui, avec certains de ces textes que j'avais beaucoup aimés et devant lesquels je me disais tiens ! qui est-ce que ça peut bien intéresser ? Moi ça m'intéresse en tant que lecteur, et après, qui ? Un texte notamment, sur une sorte de voyage aux Etats-Unis d'Amérique, c'était plutôt bien fait, mais c'était le rapport à Kerouac qui me revenait au travers.

- Donc des choses qui étaient constitutives pour toi. Un dialogue se crée ?

- Oui. Georges Monti, ce n'est pas quelqu'un qui parle beaucoup. Mais il a un vrai investissement politique, un vrai engagement, et dans ses centres d'intérêts littéraires qui sont bien sûr très larges nous en avions en commun, notamment Jack Kerouac et François Augiéras. Je me souviens bien de deux discussions, et une en particulier sur Augiéras où j'ai vraiment beaucoup appris. Or dans la formation de Nantes, on était amenés à travailler aussi dans le choix de manuscrits pour la publication : il s'agissait des manuscrits qui arrivaient à la formation et que l'on devait traiter dans la maison d'édition, comme l'on y apprenait l'ensemble des métiers de la chaine du livre pour être capable ensuite d'intervenir à tous les niveaux. Donc on faisait des livres. Et un des premiers projets que j'avais souhaité amener était l'éventuelle publication d'une partie de la correspondance d'Augiéras. Qui s'est avérée évidemment impossible à mettre en place.

- Ce projet peut-être te met alors le pied à l'étrier, du moins te fait prendre conscience que tu n'es pas qu'un lecteur, que ta posture peut aussi être celle d'un passeur ?

- Eh justement, le nom de la maison d'édition à Nantes s'appelait Le Passeur... Qui a un très beau catalogue d'ailleurs. Mais qui n'existe plus car la formation n'existe plus – nous étions les derniers stagiaires là-bas.

- Avant le Dernier Télégramme, être un dernier passeur c'est déjà pas mal...

- Mais moi j'étais juste un petit participant de cette histoire, avec tous les autres, nous étions vingt-quatre. Mais c'était intéressant parce que l'on s'est alors rendu compte que parfois il fallait prendre parti. Par exemple nous avions fait huit livres, et l'ensemble des livres était prêt, les fichiers étaient prêts à partir chez l'imprimeur, nous avions fait le boulot avec le diffuseur et distributeur qui était Belles Lettres, et ainsi de suite. Et l'on a fait le choix – qui était très compliqué – de ne pas faire imprimer ces livres-là. Hum. On ne voulait pas que ces livres sortent sans savoir ce qu'allait devenir la formation, et donc sans être certains qu'il y aurait une véritable existence de ces livres. Et la formation disparaissant la maison d'édition a cessé aussi de vivre. Le fond a dû être vendu. Mais ce qui s'est passé pour nos projets ensuite, c'est que dans les deux ou trois ans qui ont suivi sept sur les huit ont été publiés par des grosses maisons d'éditions, comme Gallimard. Le seul projet qui n'a pas connu le même sort c'était un des premiers textes de Charles Duits, qui était édité chez Minuit et Denoël à l'époque.

- Duits était déjà décédé, comment la question s'est-elle réglée avec les ayant-droits avant que la formation ne s'achève ?

- On avait pris contact avec son fils, il a fallu faire du contrat. On lui explique comment ça marche, il accepte, il demande un peu plus... C'était extrêmement intéressant parce qu'il a fallu aller à la bibliothèque nationale récupérer le manuscrit, photocopier l'ensemble, tout retaper, et ainsi de suite. Mais c'est à ce moment-là, en mars 2005, que l'on sait que de toute façon il y a peu de chance que la formation dure, et que nous partons tous, chacun de son côté, en stage chez les professionnels. Et l'on ne s'est pas vraiment retourné, ou retrouvé. A part quelques uns que j'ai revus grâce à la maison d'édition, et le seul avec qui j'ai gardé le contact depuis dix ans maintenant qui est Jean-François des Fondeurs de Briques.

 

INTERRUPTIONS ET CONTINUITE DU COURANT

- Donc la genèse du Dernier Télégramme se passe comme ça : ce sont différentes rencontres avec des personnalités du même paysage, qui sont des passeurs aussi, entre lesquelles tu viens t'inscrire et avec lesquelles le dialogue se noue très tôt...

- Avec Jean-François par exemple, quand nous étions dans la formation, nous avions fait plusieurs réunions de travail pour créer une ambition ensemble. Lui avait cette envie très forte, qu'il a concrétisée deux ans plus tard. Et puis moi comme j'avais déjà monté la structure de l'association, je ne savais pas trop encore ce que je voulais y mettre, mais je savais qu'il y aurait des livres. Et j'avais dans l'idée, peut-être, que ce soit aussi comme une sorte de collectif de musiciens ou d'artistes, où l'on organise des évènements, tout ça. Et c'est vraiment petit à petit que le côté édition a pris sa part. C'était très compliqué, en parallèle, de créer un collectif d'artistes. J'avais des amis avec qui nous avions fait des choses ensuite mais dont rien n'avait abouti...

- Par manque de quoi ?

- Par manque parfois d'envie, par manque de contacts, de réseaux, et ainsi de suite. Se sont perdus quelques projets qui auraient pu devenir très beaux.

- Par dialogue interrompu ?

- C'est ça. Mais par contre il y a des gens importants avec qui j'ai toujours gardé le contact, des amis à moi. Mon frère, aussi, qui est né juste après moi, Frédéric. Je sais qu'en tant qu'auteur, ma première véritable lecture publique, je l'ai faite essentiellement sur sa musique. Je lisais avec la musique électronique qu'il faisait, en autodidacte. C'était compliqué pour moi de me retrouver devant le public comme ça. Car ma première lecture date de bien avant la formation, j'étais étudiant encore, je devais être en licence, avoir dans les vingt-deux ans, je ne sais plus... Bon et je me retrouve à lire dans le off du festival du Théâtre du Cloître à Bellac, en 1999 ou 2000 peut-être. Ça s'était très mal passé. Parce qu'ils ne s'attendaient pas à ça. Mon frère était à l'Université de Limoges, et il avait un pote qui était en lien avec Bellac, qui lui a dit que dans le off il pouvait venir faire de la musique avec des potes à lui. Eux n'étaient pas prêts, ils avaient de quoi faire trente ou quarante-cinq minutes de son. Donc on me dit : « tu n'as qu'à venir, on joue un peu puis une pause lecture d'un quart d'heure et l'on reprend après toi. » Bon j'étais encore vraiment – je le suis toujours d'ailleurs – en recherche au niveau de l'écriture, donc j'avais pas mal de petits poèmes, et je me suis dit que pour un quart d'heure de lecture ce serait bien d'avoir une pièce qui se déroule. Et je choisis un texte, qui est effectivement un texte un peu jeune mais que j'aime bien – je l'ai relu il n'y a pas si longtemps. Un texte avec beaucoup de vocabulaire en lien avec la sexualité. Et il y a eu une réaction du public assez étonnante, très tôt à vrai dire, au bout d'une minute.

- Mitigée ou uniforme, tu veux dire ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Assez uniforme. C'est-à-dire que l'on m'a sifflé, on m'a demandé d'arrêter, etc. Mais bon, quand tu commences à lire, tu ne t'arrêtes pas tu vois, tu ne t'arrêtes pas. Et c'est à la fois très difficile, mais c'est aussi une belle expérience parce que tu apprends comme ça. Ce qui est assez rigolo, c'est que le mec qui était au son me coupait le micro, mais il y a eu deux trois personnes qui étaient venues là, que je connaissais plus de loin que de près, et un parmi eux est vraiment intervenu auprès du technicien du son en disant : « qu'est-ce que c'est que ces histoires, on ne coupe pas le micro à quelqu'un qui parle, on le laisse finir et ensuite on discute ! » Surtout que si l'on m'avait laissé finir le texte on aurait compris la finalité de l'utilisation de ce vocabulaire-là. C'était plutôt quelque chose qui voulait parler de notre rapport au cosmos, et dire que notre corps, sa sexualité, étaient des façons de vivre et faire vivre ce rapport, même métaphoriquement.

- Et chercher à créer le dialogue, alors que l'on te coupe le micro, ce qui est très fort symboliquement !

- Et le dialogue ne prend pas spécialement. Je devais être hébergé le soir chez ce copain-là de mon frère, dont les parents venaient de repartir, et il me dit que ce n'était peut-être pas la meilleure chose de venir dormir à la maison. Mais c'est intéressant cette forme de censure qui se passe, dans un festival de théâtre, alors que c'est le off ; il y a des questions à se poser sur ce que l'on veut y partager culturellement. D'autant plus que dans le spectacle d'avant il y avait eu des choses assez osées, mais là c'était l'institution. Et l'institution légitimait le spectacle qui était donc plus facile à accepter, peut-être.

- Au-delà du semi-fiasco que cette lecture représentait, tu as quand même un retour dessus, une première expérience qui t'aiguille, qui te donne quelque chose d'autre...

- Oui et à ce moment-là j'avais vu peu de lectures publiques, de performances encore. C'était des choses qui m'intéressaient, mais je n'étais pas encore vraiment dedans...

 

LE DIALOGUE

- Pour en revenir à la maison d'édition, quant au départ tu montes l'association tu es seul. Tu parlais de collectif mais il finit par être évacué, ou alors l'idée reste ?

- Non, il se reconstruit autrement après. L'idée de collectif va se remettre en place ensuite, avec le catalogue. Mais la maison est encore une association, et donc dans le bureau il y a mon frère, un ami, des potes quoi. Il n'y a que moi qui bosse, mais eux sont là et on se dit que peut-être on fera des choses ensemble un jour prochain...

- Ce que tu racontes se passe en 2005, et aujourd'hui cela fait dix ans que tu animes les éditions Dernier Télégramme. Tu as bien vu la différence au cours de ces années, la difficulté aujourd'hui de savoir nager pour un éditeur, avant de savoir surnager. C'est capital d'être à flot, de faire vivre le catalogue. Or tu es seul aux commandes, tu as le veto, tu gères les manuscrits, tu dialogues avec les auteurs, et tu es présent jusqu'au massicot et même après. Qu'est-ce que tout cela sous-entend ?

- Oui, en effet. Avant tout ça il y a le choix du premier texte. Je savais qu'il y aurait un livre parce que j'avais ce premier texte, à la suite d'un échange que j'avais eu avec Sylvain Courtoux, qui est poète ici, à Limoges.

- C'était l'époque de Courtoux, Jérôme Bertin, Les Majorettes de la Baule, etc. ?

- Entre autres. Moi je connaissais essentiellement Jérôme Bertin, quand j'étais étudiant. Il s'est passé pas mal de choses et l'on s'entendait bien, même si nos rapports sont différents maintenant. On a chacun fait notre chemin après avoir travaillé ensemble un moment. Mais le premier texte que j'obtiens vient de Sylvain, que je ne connais pas encore très bien à ce moment-là, mais qui a envie de tenter l'expérience pour de multiples raisons, dont certaines que je peux imaginer et d'autres sûrement pas.

- À cet instant, on évoque une « maison d'édition » ?

- Oui fatalement. Parce que j'imagine que je ne veux pas faire juste un livre et que ça s'arrête comme ça, ce qui n'aurait pas eu de sens. Il faut qu'il y ait une petite histoire qui se mette en place aussi pour que ce livre-là existe.

- Il faut que le dialogue s'établisse...

- Voilà, et donc avec Sylvain cela s'est très bien passé. Et puis c'était pas mal de commencer cette histoire que je n'avais pas encore définie, alors que je ne savais pas exactement comment les choses allaient se dérouler, ni ce que j'allais réellement mettre dedans. Donc tout ça est lié effectivement à des rencontres, mais des rencontres que j'ai suscitées et d'autres qui se sont faites par des formes de hasard. Alors quand je monte l'association, il y a déjà cette idée de livre, et je sais que le fait de connaître Jérôme et Sylvain, qui eux ont déjà un parcours dans ce milieu que moi je n'ai pas précisément...

- Tu écris pourtant déjà !

- Oui j'écris, enfin je cherche, pour moi... Disons pour simplifier que j'écris depuis le lycée, mais en me rendant bien compte que ce n'est pas abouti et qu'il y a encore un long chemin à faire, et notamment au fur et à mesure que je continue de rencontrer les auteurs vivants de poésie contemporaine, et notamment ceux de ma génération. Et je me dis waow... d'accord, il y a des choses à faire, des choses à lire aussi, et il y a comment on met en place une écriture. Mais ce n'est pas mon propos quand, au départ, je crée l'association, même si je sais que ça va me permettre très certainement d'avancer, moi, personnellement, dans mon travail. Et puis d'avancer humainement, ça c'est évident. Donc, grâce à ce petit contact que j'ai avec Jérôme et Sylvain, je peux alors me permettre, lorsque je me rends à une lecture comme Midi Minuit Poésie qui est un festival à Nantes qui existait déjà à l'époque, et que je rencontre Julien Blaine d'aller discuter avec lui, lui dire que je connais Jérôme, et que je suis en train de monter une association qui a vocation à être éditrice aussi. Et à lui de me répondre que c'est super, qu'il m'envoie un texte, comme ça je peux faire un site internet et le mettre dessus... Et au début c'était vraiment comme ça, pendant un an : il y a eu quelques textes sur un site, que me donnaient des gens que j'avais rencontrés. Quand je rencontre Charles Pennequin de la même façon à une lecture, il me dit également « pas de problème. » Et Charles a été l'un des premiers à venir ici, gratuitement, pour la première lecture qui a eu lieu en mars 2006. Et c'est pourquoi je dis « dix ans » bien que pour moi, souvent, « dix ans » veut dire mars 2006, puisque c'est là que le premier livre est vraiment arrivé, là où le premier évènement s'est mis en place, et pour la même année trois livres qui sortent, plus un enregistrement sonore. Donc là tu commences à te dire qu'il y a certaines pistes qui se concrétisent, même si tu ne sais pas exactement ce que va être le chemin ; il y a encore pas mal de possibilités, de carrefours présents.

- Oui, ça reste dans une forme encore éclatée...

- De toute façon dans le catalogue on peut trouver une ligne, mais il y a quand même des petits endroits où l'on retrouve des choses qui sont beaucoup plus expérimentales, comme ça. Même si je fais beaucoup moins de choses « expérimentales » au sens premier du terme comme j'ai pu le faire au début.

 

LIGNE(S) ET FRONT

- Dès lors qu'il devient clair que ton association a une vocation à éditer les textes de personnes avec lesquelles tu es en dialogue, il y a forcément une histoire de ligne éditoriale à respecter, donc un leitmotiv, un fil rouge. Il y a le fait que le catalogue doit avoir une certaine cohérence...

- Oui. Mais « ligne éditoriale », ce sont des mots que l'on déteste souvent, parce que ça veut dire « programme éditorial ».

- Mais parce qu'on l'imagine toujours avec une batterie de personnes qui doivent s'entendre sur une sorte de compromis intelligent, de commodité, ou de contrainte. Mais toi tu es seul, il n'y a pas de comité...

- Non, il n'y a pas de comité, c'est moi qui décide toujours. Après, je peux me faire suggérer des choses, mais ça reste informel. Il existe aussi des connexions entre auteurs qui me disent « tiens, jettes un œil là-dessus... » Parfois, en effet, cela a fonctionné. Mais de belles rencontres comme celle de Manuel Daull, personne ne m'a jamais suggéré ça. C'est un truc que je reçois par la poste.

- Quelle année, la première rencontre avec Manuel ?

- La première rencontre en physique c'était pour la sortie de son livre, quand il est venu à Limoges faire la lecture, et son intervention aussi à la galerie Lavitrine. Ça, il a fallu l'organiser... Je ne sais plus si c'est 2007 ou 2008. Et Manuel, je sais qu'il m'envoie ses manuscrits – parce qu'il est libraire à cette époque-là, aux Sandales d'Empédocle à Besançon. Et donc je l'appelle, il prend le livre en dépôt, il le lit, ça l'intéresse... et il m'envoie peut-être trois manuscrits en même temps. Je recevais peu de manuscrits à l'époque, donc j'avais un peu plus de temps pour les lire. Et je lis ça. Et je réponds non pour les trois, en lui disant qu'il y en a un qui me plait, en tant que lecteur, mais... À ce moment de mon histoire, disons que je ne sais pas quoi en faire, que j'ai l'impression que ça ne correspond pas à ce que je veux faire, même si à titre personnel de lecteur ça me plait beaucoup. Et c'est un an après, quasiment jour pour jour – je crois que c'est après un lendemain de cuite, un truc comme ça – mais j'avais dû y réfléchir pendant pas mal de temps à cette histoire, je prends le téléphone et je l'appelle. Le plus poli possible, en lui disant que l'on va le faire. Et cela dure depuis ; il y a cinq livres, et une histoire d'amitié qui se met en place... Bon je vais reprendre une pression. Tu veux autre chose toi ?

- Non ça va. [interlude] Tu disais à l'instant t'être retrouvé avec un texte qui t'a amené à une sorte de réflexion, t'a taraudé pendant un an. Tu bosses seul, pas de comité, c'est encore un format associatif mais qui se transforme petit à petit en matrice éditoriale ; c'est aussi intéressant pour toi cette façon dont les choses se présentent, la façon de recevoir le texte et de vivre avec, la façon dont le dialogue s'établit avec l'auteur, et le fait d'avoir le temps ? Pas quelque chose dont tu peux jouir plus facilement maintenant...

- J'ai eu le temps, mais il y a tellement plus de manuscrits reçus, de livres faits dans l'année, et c'est plus compliqué. Plus le temps que l'on veut pour soi au milieu...

- Quand tu prends le choix d'éditer après cette période, ce petit temps, c'est un dialogue avec soi qui se voit tout à coup projeté au dehors ?

- Mais je l'ai avec d'autres parfois, sur certains projets. Je sais qu'il peut m'arriver d'en parler avec certains amis ici, qui sont soutiens de la maison d'édition, d'une façon ou d'une autre. Notamment Laurence Chevalier ou Olivier Orus. Je dis que je pense faire ça, ou je laisse parfois un manuscrit chez eux pour qu'ils puissent y jeter un œil, quelque chose comme ça.

- Un comité informel...

- Voilà, et je leur parle des choses qui vont advenir. Pas toujours de tout, mais quand même une bonne partie.

 

PRENDRE PAROLE AU PLURIEL

- À ce moment-là de ton aventure, ou même en général, à ton avis : éditer, est-ce que c'est parler à haute voix ?

- Non, je ne crois pas. Non ça n'a rien à voir. Editer, c'est une façon de se taire plutôt. Enfin ça permet au livre d'exister, mais pour moi le livre c'est juste un support supplémentaire pour une pensée. C'est celui peut-être qui permet un dialogue silencieux avec un potentiel lecteur... Et prendre parole avec, c'est autrement. Alors évidemment, quand je traine dans des bars, ou d'autres lieux, je peux parler de ce que je vais publier, ou de ce qui est publié...

- Mais l'acte en soi c'est différent. C'est-à-dire l'acte de publier, d'éditer un texte dont tu as déjà parlé, qui trouve ses fondements dans un dialogue avec un auteur, dans un partenariat si tu veux...

- Oui, enfin c'est plutôt ça. Editer, c'est le réel dialogue avec l'auteur, et selon une potentialité d'autre dialogues, mais de dialogues silencieux.

- Cette potentialité de dialogues, elle est intéressante. Il y a les auteurs, qui sont le bois du partenariat. Avec eux le dialogue se crée, se développe, et de celui-ci nait un projet, une envie, et cette potentialité qui serait une troisième voie/voix ?

- Oui. L'idée de faire un livre, c'est qu'à un moment donné il soit lu. On peut le faire du mieux que l'on peut avec les moyens que l'on a, mais s'il n'y a pas le désir d'ouvrir, d'amener à la découverte de ces textes-là, de ces livres-là... Pour moi la voix, la parole, c'est justement quand les auteurs la prennent vraiment en présence du public ou d'un public potentiel, toujours. On ne sait jamais qui va venir aux rencontres, qui est prêt à la rencontre. Ce n'est pas parce que nous y étions prêts, avec l'auteur, à cette rencontre-là, que forcément l'autre va y être – c'est-à-dire l'autre, le potentiel lecteur ou auditeur. Car il y a aussi des gens qui rencontrent la poésie de certains auteurs que je publie, ceux qui font donc des interventions publiques, et qui n'achèteront jamais un livre. Mais qui vont rencontrer quand même une voix, et une personne. Et à la limite c'est peut-être cela le plus important pour moi, que le fait qu'il y ait un livre qui existe.

- Donc éditer c'est (faire) aller à la rencontre de, mais pas que...

- Mais c'est d'abord faire un objet. Et ce qu'il devient... Cela doit juste être un outil supplémentaire.

- Pour alimenter le dialogue ?

- Oui c'est ça. Parce que beaucoup de gens qui écrivent considèrent qu'une fois que l'on a fait un livre, c'est comme une reconnaissance. Ce que je peux très bien comprendre moi aussi, en tant qu'auteur, quand j'ai eu mon premier texte publié : l'impression de quelque chose de différent qui se passe. Mais finalement je crois que c'est dans le moment de lecture publique qui se passe quelque chose. Ou le moment où tu discutes avec quelqu'un pour qu'il te parle de son histoire au travers du livre ou de ce qu'il a entendu. Puisque l'idée n'est pas l'histoire que nous racontons, mais l'histoire que celui qui est en face raconte avec le texte. C'est-à-dire que logiquement, pour moi, il doit y avoir un effacement de ce texte premier que l'auteur écrit pour qu'il y ait une nouvelle histoire et un nouveau texte qui se placent. Avec des formes diverses et variées évidemment, avec les moyens de chacun. Mais au bout du compte ce qu'il faut, et je reprends une formule de Manuel Daull pour le citer à nouveau, c'est un effacement de soi, afin que l'autre advienne.

- Effacement auctorial, et effacement du texte qui une fois édité finit par provoquer une ouverture, une faille où d'autres voix peuvent advenir... À travers le texte c'est une rencontre avec la maison d'édition, avec toi, et avec l'auteur derrière. D'où une forme de superposition ou de fragmentation de la voix. Quand on lit un texte publié par ta maison d'édition, est-ce qu'on lit le texte d'un auteur, un texte choisi par Fabrice Caravaca, ou un texte qui s'inscrit davantage dans le dialogue qui est créé par l'association et les éditions Dernier Télégramme ?

- Il peut y avoir les trois. Et parfois ensemble, car ce ne sont pas les mêmes histoires à chaque fois selon les textes et les auteurs. Il y a des textes et des auteurs qui amènent un travail particulier et font que ces trois choses-là y sont ou bien n'y sont pas. Il y a un seul auteur mort dans le catalogue, tous les autres sont des auteurs vivants, de générations différentes, et qui à soixante-quinze pourcent très largement font des interventions publiques. Soit des lectures, soit des performances, soit des ateliers d'écriture, soit des expositions, car c'est une intervention publique aussi. Voilà ce qui me plait, l'idée est là. C'est comme si en faisant cette maison d'édition, et c'est au fur et à mesure que je m'en rends compte, ce que j'essayais de mettre en place était une histoire de vie pour moi. Comme si je voulais que cette vie soit belle, et me faire terriblement plaisir. C'est plus ou moins le cas parce que ce ne sont pas toujours des moments de plaisir, et que c'est compliqué de mener à bien cette entreprise, d'autant plus avec certaines revendications difficiles à assumer, ou pas tout à fait exactes. Comme quand je dis que je suis éditeur indépendant – dans quelle mesure je le suis ? Indépendant ça voudrait dire quoi ? La maison d'édition existe parce qu'il y a des partenaires publics, et s'il n'y a pas ces aides de la Région Limousin, du Centre National du livre, etc., il devient beaucoup plus difficile pour moi d'exister – comment j'existe, comment la maison d'édition peut-elle exister ? Il faut réfléchir à toutes ces notions-là.

- Toi-même tu es poète, tu as publié chez d'autres (Les Fondeurs de Briques, Æncrages & Co, etc.) et publié ces mêmes autres. On en revient à la croisée des chemins essentiels en édition...

- Pas tant que ça en fin de compte ! Parce que la seule personne qui m'ait édité et que j'ai éditée c'est Pierre Soletti.

- Et Laurent ?

- Ah mais Laurent Albarracin c'est Le Cadran Ligné, oui c'est une édition...

- Oui mais si l'on considère ce que tu viens de dire, que finalement l'on peut s'effacer derrière l'objet, la création, on peut finalement dire qu'une plaquette n'a pas plus de poids ou moins de poids. Mais il y a un échange. Il y a une collaboration, ou un échange de bons procédés ?

- Il faut être honnête là-dessus, je ne pense pas que ce soit un échange de bons procédés. Il peut y avoir de bonnes intentions vis-à-vis de quelqu'un, mais l'on rentre après dans des histoires d'amitiés. Et l'une des plus belles preuves de ces histoires d'amitiés, quand un auteur ami nous laisse à lire un texte, c'est avoir l'honnêteté de lui dire qu'on ne le trouve pas abouti, ou qu'il ne convient pas à ce moment-là, à ce que l'on a envie de faire. Et c'est arrivé, et c'est toujours un moment assez délicat. Mais si l'on se dit que la personne est dans cette histoire commune, elle est normalement à même de comprendre cela.

- C'est la condition de l'édition. C'est sa richesse conditionnelle et sa condition...

- Oui sinon cela ne marche pas. Si parce qu'untel est ton ami tu le publies, cela pose un problème, ou parce que tu as fait un premier livre tu en fais un deuxième... Non, tu fais un deuxième parce qu'il y a un travail en amont qui a été fait. Moi j'aime beaucoup ça avec certains auteurs, notamment ceux que j'ai publiés pour la première fois dans leur histoire, et je suis content de voir la suite, comment ça avance. Il se trouve que j'ai plutôt de la chance parce que souvent, le deuxième texte est tout à fait à la hauteur, et voire dépasse le premier dans un sens. Le travail d'écriture avance, et c'est super de voir ça, et le fait d'avoir fait confiance à quelqu'un à un moment donné.

- Sans c(h)œur ou éclats (de voix, encore), pas de collaboration possible ?

- Si. Dans l'absolu, si. Mais ce sont d'autres histoires. Idéalement je préfère qu'il y ait chœur et éclats de voix, oui, évidemment. Et il peut y avoir des éclats de voix dans ces histoires-là, ça arrive, tout n'est pas si calme que ça. J'ai eu beaucoup de chance jusqu'à présent.

 

 A suivre...

Propos recueillis et mis en forme par Benjamin Vareille,
Au café le Limousin, à Limoges.

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Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
11 sept. 2016

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

"Je retrouve Fabrice Caravaca au coin de la rue Aigueperse d'abord, où les bureaux actuels du Dernier Télégramme sont posés, un coin blanc sous le ciel gris, d'où nous partons finalement pour le bas du quartier Carnot. L'entretien, à l'occasion des dix ans de la maison d'édition va se dérouler dans le demi-jour du Limousin, café bar où l'efficace double-entendre du mot queer est si soudainement évident, où l'on boit dans de vieilles tasses au vert céladon dépoli. Deux salles peut-être étroites que les murs de gaze rouge étouffent, entourés d'une accumulation kitsch qui pousse à l'esthétique camp autant que l'authenticité des intentions rend maladroite. Quelques plâtres d'angelots font le tapin surveillés par des intrigantes belle époque aux épaules dénudées, les croûtes côtoient les miniatures, les pendules aux angles menaçants tic-toquent sans bruit non loin du cadre d'un Tadzio regency, à peine caché se meurt un éventail de plumes jais, détricoté par des araignées toxico. Playlist : Dalida veut Mourir sur scène, Orlando quelques Derniers baisers (comme Nancy Holloway), et Del Shannon juste Runaway...
Histoire d'esquisser les contours de Fabrice Caravaca, de débusquer le garçon et sa culture derrière les atours de l'éditeur, un questionnaire s'imposait."

Benjamin Vareille

 

Questionnaire / Collisions


HORS D'OEUVRE

Benjamin Vareille
- Un livre qui a tout changé ?

Fabrice Caravaca
- Tropique du Cancer, Henry Miller.

- Un seul vers ?

- "We lived long together / a life filled, / if you will, / with flowers. So that I was cheered / when I came first to know / that there were flowers also / in hell."
Asphodel, William Carlos Williams.

- Un héros de fiction ?

- Rahan.

- Un auteur ?

- Jack Kerouac.

- Un film ?

- Apocalypse Now, de F.F. Coppola.

- Tu regardes des séries ?

- Rarement.

- Un metteur en scène / réalisateur ?

- Dziga Vertov. Ou Sam Peckinpah.

- Un album ?

- Music to Play in the Dark, de Coil.

- Un morceau ?

- L'Écho, de Dominique A.

- Un groupe ?

- The Doors.

- Une toile, un peintre ?

- N'importe laquelle d'Albrecht Dürer.

- Un dessinateur ?

- Manu Larcenet.

- Un photographe ?

- Robert Frank.

- Une performance ?

- Une de Chiara Mulas.

- Un courant artistique ?

- Dada.

- Une héroïne de la vie réelle ?

- Ma mère.

- Une devise ?

- Une phrase de Robert Filliou : « L'art, c'est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art. »

- Un objet, un gris-gris ?

- Une enveloppe.

- Une saison ?

- L'été.

- Une ville ?

- Limoges.

- Un lieu ?

- Le cimetière de Domme.

- Un parfum, naturel ou pas ?

- La transpiration. Il y a des odeurs faciles qui aident à l'identification, et que je reconnais.

- Une erreur fréquente ?

- Plus un état de fait. Mes pertes de mémoires quand je bois.

- Ton état d'esprit actuel ?

- Anxieux.


 

Ce questionnaire ferme le champ d'une série d'entretiens avec Fabrice Caravaca, au sujet de sa maison d'édition Dernier Télégramme, réalisés par Benjamin Vareille, entre avril et mai 2015, à raison de trois rencontres d'une heure chacune.

Radio Théâtre tient à remercier Benjamin Vareille pour le soin qu'il a porté à ce dossier, pour la finesse de ses questions, pour la méticulosité de son travail de retranscription, et pour son enthousiasme.

 

Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
15 févr. 2016

ENTRETIEN AVEC MAX EYROLLE


Dans le cadre des représentations de Que veux-tu que je te dise que tu ne saches déjà et de L'éternité (Détails)
Au théâtre Expression7 le 17 décembre 2015 et le 18 et 19 décembre à 20h30

Une interview réalisée par : Sabine Penaud
Musique et technique : Bastien Desvilles

Max Eyrolle, artiste aux multiples facettes (auteur, metteur en scène, peintre et directeur du théâtre Expression 7) vous invite à découvrir son dernier spectacle, tiré de ses deux livres de poésie. Préambule avec une exposition des dernières peintures de Max Eyrolle. Puis lecture-spectacle de Que veux-tu que je te dise que tu ne saches déjà ? recueil de poésies, fait de petites réflexions semées au cours du temps, et de L’éternité (détails), de courtes histoires d‘amour.

Le résultat est une œuvre extrêmement nue, minimaliste où Gérard Pailler, fil conducteur de la pièce, boxe les mots, balancés comme des coups de poing par Andrée Eyrolle, Julie Lalande, Sandro Pécout et Johanne Hallez, fidèles compagnons de route de Max Eyrolle, pour évoquer les rêves, les pensées de cet homme qui se trouve au milieu de la scène, centré et pourtant décentré, muet, humilié, représentant l’humain confronté à la matière. Des pensées qui tournent comme si l’homme tricotait des idées pour rien...
Une pièce poétique, subtile et terrible, faite de sensations, de petits bouts de vie, de bouts de temps, oscillant entre la caresse et la gifle et qui, malgré le silence de la construction, réussit à raconter une histoire très singulière et mais universelle, dans laquelle chacun se retrouve.

Un moment de partage, parfois chanté, parfois silencieux, dans lequel les amoureux des mots et de la poésie trouveront leur quota d’émotions.

Max Eyrolle, est auteur, metteur en scène et peintre. Il dirige depuis 1984 sa compagnie et le Théâtre Expression7. Il met en scène des textes de Beckett, Dario Fo, Molière, Tchekhov, Genet, Muller, Duras, Noëlle Renaude... ainsi que ses propres textes (dont Les Éphémères en 1987, Les 7 vies de Julie Lalande en 1998, La Mélancolie des fous de Bassan en 2002, Lucette Boyer pure Aubrac en 2007, Le jeu de l’oie de Monsieur Pailler en 2009 et Louis et Louisa en 2010).
Amoureux des espaces nus, son travail évolue vers un minimalisme essentiel. Tout s’articule autour de la recherche des émotions pures.

LES ACTEURS :

Julie Lalande : Diplômée en théâtre-interprétation à Sainte-Hyacinthe au Québec, Julie Lalande a suivi de nombreux stages sous la direction de Jean-Pierre Bergeron et Pol Pelletier au Quebec. Assistante de Patrick Saucier à la mise en scène à plusieurs reprises, elle a interprété de nombreuses pièces d’Ionesco, Molière, Gogol, Feydeau, Pinter... Elle a travaillé de 1990 à 1998 sous la direction de Mario Borges (Le Journal d’un fou, La Leçon, La Déposition, Le Médecin malgré lui), d’Alexandre Hausvater (Jeux de massacre), de Jacques Rossi (L’Amant), de Max Eyrolle (Les Enquêtes du commissaire Maillard, Les 7 vies de Julie Lalande, Julie chante, Les Nouvelles de Tchékhov ...) Elle a joué avec les compagnies du Boléro (Montréal), des Moutons noirs (Québec), Asphodèle (Limoges), dans le cadre du Festival des Francophonies en Limousin en 1996 dans Leçons de flanâge (spectacle franco-québecois) au Festival off d’Avignon en 2003 dans Les 7 vies de Julie Lalande.

Sandro Pécout : Né à Limoges, un samedi de 1969. En 1985, alors qu’il pense devenir jockey, il se consacre entièrement à l’écriture de poésies. Alors qu’il voyage en 1987, il découvre son envie de théâtraliser ses textes et donne spontanément ses premières représentations. Il concrétise et devient aide régisseur en 1991. Simultanément il crée ses propres spectacles tout en alternant avec des rôles divers, en collaboration avec plusieurs compagnies du Limousin. Depuis 1997 il publie des livres aux éditions « Le bruit des autres » (Limoges) : L’alphabet lunatique (théâtre, 2002), Oignons et jours sereins (poésie, 1998), Untel et Celui-là / Au milieu de la mer (théâtre,1997) plus un quatrième opus qui est prévu pour ses 40 ans, en 2009. De 2002 à 2007 il anime des ateliers d’écriture dans plusieurs contextes (avec le Centre Régional du Livre : prisons, collèges lycées…), ainsi que des ateliers de sensibilisation au théâtre pour le conte de la compagnie O’Navio. En 2007 il peaufine son solo Le tournant de l’impasse. Depuis 2006 il travaille en tant que comédien pour le Théâtre Expression 7 – Cie Max Eyrolle.

Gérard Pailler : A partir de sa formation d’enseignant d’éducation physique spécialisé dans des personnes en situation de Handicap, particulière- ment sensoriel, Gérard Pailler a développé un travail en atelier sur le corps, en psychomotricité, sophrologie et expression corporelle. Il est formateur dans ces disciplines, avec pour objectif de permettre à tout un chacun de se réapproprier un mouvement ludique et expressif et de développer sa créativité. La rencontre avec des comédiens l’a amené à basculer vers la pratique théâtrale dans les années 80, aussi en animation d’ateliers que comme interprète sur le plateau. Il a notamment collaboré avec la Compagnie Daniel Gilet, avec Andrée Eyrolle à l’Unité Théâtre Enfant, à la création de spectacles son et lumière en région Limousin. Et il devient un collaborateur privilégié de la Compagnie Max Eyrolle à partir de 1985. Il anime les ateliers du Lundi et participe à de nombreuses créations de la compagnie aussi bien en tant que comédien que décorateur

 

Note d’intention 

« J’ai rêvé d’un espace noir, fortement troué d’éclats blancs. J’ai rêvé d’un boxeur au centre du plateau qui frappe sur un sac de sable... L’écriture n’est-elle pas un combat ? Chaque coup n’est-il pas un mot ?
J’ai rêvé de comédiens presque silencieux qui marchent comme des ombres vers la lumière des projecteurs. Et puis des voix incertaines, coups de canif dans le silence. J’ai rêvé d’une poésie dure et tendre, cailloux dans le courant des ruisseaux pleins d’eau et de larmes. 
» Max Eyrolle 

« Des poèmes empreints de sensibilité, de simplicité et d’interrogations. Il écrit comme il peint, dans le désordre amoureux des couleurs et des mots. Toute une moisson de mots. À en rire et à en pleurer. À garder au fond de soi pour les jours de disette.» Danièle Restoin

« C’est comme un océan de blanc, c’est tranchant comme une lame de sang, c’est drôle comme une forteresse de plumes, c’est triste comme devenir grand. » Julie Carnis


4ème de couverture de Que veux-tu que je te dise que tu ne saches déjà ?

J’avais déjà écrit de la poésie, comme on dit, cela fait des années, beaucoup d’années. Et puis, comme cela, elle est revenue dans ma vie d’un seul coup sans crier gare ! Les retrouvailles furent difficiles, un peu comme de vieux amants qui ont perdu les gestes mais ont gardé l’amour. C’est ma peau qui s’est souvenue de l’étreinte des mots, du sentiment des beautés perdues.
Alors les nuits furent plus courtes et la tâche difficile. On ne retrouve pas impunément ses vieilles passions.
Alors, un livre est né : petits bouts de vie raccordés les uns aux autres, bribes du temps, un peu comme ces pelotes de laine longtemps enfermées dans un carton dont les couleurs passées font rêver pour s’habiller demain. Max Eyrolle

Préface de L’éternité (détails) par Julie Carnis

Quelques pages, c’est tout. Et il n’en faudrait pas davantage sans quoi le lecteur risquerait d’y perdre plus que le souffle.
Quelques pages noircies de mots blancs, qui se tournent comme claquent les portes, au visage. C’est un murmure, un soupir qui hante l’auteur entre les lignes.
C’est aussi beau que c’est dur. C’est comme un drap grand comme un continent. On voudrait sortir sa tête, mais on a beau tirer, le drap ne finit pas. C’est comme ça, chaque rive se dérobe vous entraînant dans les tiroirs d’une âme qui vous est aussi chère qu’elle vous est inconnue.
C’est doux comme un océan de blanc, c’est tranchant comme une larme de sang, c’est drôle comme une forteresse de plumes, c’est triste comme devenir grand.
Non, cette histoire n’est pas d’amour ; Elle ne fut qu’un compte à rebours.

Extraits de la préface par Danièle Restoin de Que veux-tu que je te dise que tu ne saches déjà ?

Écrire comme on peint. Dans le désordre amoureux des couleurs et des mots.
Des mots–aquarelle dans lesquels on glisse avec ravissement et qui accrochent un coin de ciel, un battement d’ailes, une esquisses de souvenirs.

Des mots–eau fraîche qu’on boit jusqu’à plus soif et qui glissent entre nos doigts comme des larmes.
Des mots–coquillage qu’on porte à l’oreille pour écouter la valse lente d’un temps oublié.
Des mots–rouleau de printemps qui roulent avec nous, ivres de soleil dans l’herbe humide d’un matin de juin.
Des mots–épouvantail qui grincent des dents et jouent avec nos angoisses, rires mort-nés d’un monde absurde.
Des mots–Petit Poucet à semer le long du sentier où le visage d’une mère s’est perdu dans un rêve d’enfance.
Toute une moisson de mots. À en rire et à en pleurer. À garder au profond de soi pour les jours de disette.

Les portes ouvriront une heure avant le début du spectacle, vous pourrez y rencontrer l’auteur, découvrir ses nouveaux tableaux et ses livres (Éditions Le bruit des autres)… autour d’un verre.

 

Interview / / Focus Limousin / 
Posté par : Sabine Penaud
11 sept. 2015

RENCONTRE AVEC JEAN-PIERRE HAN

Le Théâtre de l'Union, Centre Dramatique National du Limousin, propose cette année une curieuse expérience à ses spectateurs : endosser le costume du critique !
Trois ateliers de critique seront donc dirigés par Jean-Pierre Han au Théâtre de l'Union cette saison.
Ils auront pour but une réflexion collective autour des œuvres vues et le passage à l'acte... d'écrire.
C'est la dimension du plaisir d'écrire et d'être spectateur qui sera mise en avant lors de ces ateliers.
Aucun niveau spécifique n'est requis, les ateliers sont ouverts à tous.
Critique dramatique, Jean-Pierre Han mène de nombreux ateliers de critique en France et est, entre autres, directeur de la revue frictions.
Radio Théâtre est partenaire de cette action et publiera au fur et à mesure des critiques de spectateurs rédigées lors de ces ateliers.


Les ateliers de critique dramatique

"Le but du jeu (il faut considérer l'exercice proposé comme un jeu même s'il est sérieux) est d'accroître le plaisir du spectateur pour prolonger celui qu'il a pu éprouver lors de la vision du spectacle. Brecht disait que la connaissance accroît le plaisir ; c'est effectivement pour accroître le plaisir du spectateur que nous proposons ces ateliers. La position du spectateur lors de la vision d'un spectacle est toujours plus aiguë dès lors qu'il sait devoir parler et écrire sur ce à quoi il a participé, dès lors aussi qu'il est en devoir de partager ses impressions avec autrui.

Nous proposons un exercice en trois temps :

– Dans un premier temps le critique chargé d'animer l'atelier donnera aux participants quelques règles du jeu et conseils concernant l'exercice consistant à écrire sur le spectacle. De même qu'il pourra éventuellement donner quelques précisions concernant le spectacle lui-même. Ce faisant il brossera un bref tableau de ce qu'est la pratique de la critique professionnelle, fonction qui reste souvent obscure pour le commun des mortels et qui est donc sujette à de nombreuses fausses idées, en même temps qu'elle continue à exercer un certain pouvoir de fascination.
Commande est donc passée d'écrire une critique du spectacle selon des normes précises.

– Deuxième temps : il concerne le visionnage du spectacle.

– Le troisième temps est consacré à la lecture elle-même critique des textes écrits et lus par les participants.

Cet exercice devrait permettre de mieux envisager la fonction de spectateur, de prendre davantage de plaisir à la vision d'un spectacle. Les différents regards et approches du spectacle étudié devraient s'agencer comme les pièces d'un puzzle pour former un grand et unique tableau de sa vision. L'exercice ainsi proposé oblige le participant à bien organiser son discours sur le sujet donné. Il l'oblige aussi à bien envisager les avis et les discours des autres participants du groupe.
Le travail effectué permet ainsi d'approfondir son rapport à l'écriture, mais aussi à celui de la lecture. Le travail en groupe est important dans la mesure où devrait se faire jour le plaisir d'une communauté retrouvée. Celle des spectateurs amoureux du théâtre et qui veulent en tirer le maximum de plaisir."

J.-P. Han


Trois rendez-vous sont proposés cette saison, autour des spectacles Les époux, Richard III - Loyauté me lie - et Neva
Il faut de préférence que les personnes souhaitant participer à l’atelier d’écriture critique assistent aux représentations suivantes :
 
Les époux
de David Lescot.
Mise en scène Anna-Laure Liégeois, le festin.
- du 14 au 16 octobre 2015 -
Représentation atelier le vendredi 16 octobre.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 16/10/15 à 18h30 et le samedi 17/10/15 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Richard III - Loyauté me lie -
Une adaptation du Richard III de William Shakespeare.
Un spectacle de  Jean Lambert-wild, Elodie Bordas, Lorenzo Malaguerra, Gérald Garutti, Jean-Luc Therminarias et Stéphane Blanquet.
- du 19 au 29 janvier 2016 -
Représentation atelier le vendredi 22 janvier.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 22/01/16 à 18h30 et le samedi 23/01/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Neva 
de Guillermo Calderón.
Mise en scène Paul Golub.
- du 1er au 4 mars 2016 -
Représentation atelier le vendredi 4 mars.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 04/03/16 à 18h30 et le samedi 05/03/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.


Tarif : 15€ par atelier d'écriture / forfait de 40€ pour les 3 ateliers + places pour les spectacles
Attention, nombre de places limité à 15 personnes par atelier. 
 
Pour plus d'infos, n'hésitez pas à contacter le 05 55 79 15 78 ou par mail à public@theatre-union.fr

Découvrez la revue frictions, dirigée par Jean Pierre Han.

Interview / / Focus Limousin / 
Posté par : Bastien Desvilles
21 août 2015

RENCONTRE AVEC JANI NUUTINEN

Rencontre avec Jani Nuutinen, dans le cadre des représentations d'Intumus Stimulus,
au festival la Route du Sirque 2015, 
Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin.


Musique et technique : Bastien Desvilles

Intumus Stimulus


Intumus stimulus
est un spectacle de magie mentale imaginé par Jani Nuutinen. C’est un spectacle qui explore les sens humains, leurs capacités, leurs limites, leurs défauts et leurs atouts. Un spectacle qui nous fait croire à l’existence de la perception extrasensorielle. 
Une soirée où l'on peut se rencontrer humblement. Coupé de nos a priori et de nos pensées rationnelles, un moment où on se calme, on s’écoute et on laisse entrer l'inconnu - un moment étrange où tout semble possible. 

Comme une suite à Une séance peu ordinaire, créée à la demande du Sirque en 2009 pour être jouée chez l’habitant, Jani Nuutinen poursuit son exploration de la magie mentale. A l’intérieur de sa nouvelle petite structure autoportée, le finlandais, directeur de cirque, homme-orchestre, nous fait redécouvrir nos cinq sens, leurs capacités, leurs défauts, leurs limites et leurs atouts.
Se couper du monde de l’extérieur, de ses a priori et de ses pensées rationnelles, pour pouvoir écouter ses sens, douter, aimer, avoir peur ou encore s’émerveiller dans cette séance de magie peu ordinaire entrecoupée de moments de dégustations et de discussions…
Le cirque et la magie fusionnent dans l’imaginaire de Jani Nuutinen. Une création singulière où tout semble possible, un saut sans filet avec des techniques expérimentales et faillibles, un pas vers le vrai mentalisme.



Au festival La Route du Sirque



À partir de 15 ans
Chapiteau Circo Aereo – Pelouse centrale
Durée 1h40 – Tarifs 20€/15€/8€

Vendredi 14 août > 19h00
Samedi 15 août > 19h00

Mardi 18 août > 19h30 
Mercredi 19 août > 19h30
Vendredi 21 août > 19h30
Samedi 22 août > 20h00   

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com


Intumus Stimulus


Ecriture, mise en scène et interprétation :
Jani Nuutinen 
Régie générale : Nicolas Flacard 
Costumes : Isabelle Decoux 
Regard extérieur : Jean-François Bourinet 
Cuisine : Rebecca Marlot 
Création culinaire : Mélanie Leduc

Production Circo Aereo
Coproduction Cirque-Théâtre d’Elbeuf – Pôle National des Arts du Cirque Haute Normandie ; Agora – Pôle National des Arts du Cirque  Boulazac Aquitaine ; Le Sirque – Pôle National des Arts du Cirque Nexon Limousin ; Théâtre Jean-Lurçat – Scène Nationale d’Aubusson ; La Mégisserie – EPCC de Saint-Junien ; Théâtre de Cusset – scène conventionnée cirque
Soutiens Espace Périphérique – Mairie de Paris – Parc de la Villette ; DGCA – Aide à la création pour les arts du cirque ; Conseil Régional du Limousin – Aide à la création ; SPEDIDAM – Aide à la création diffusion
Circo Aereo est conventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication / Direction Régionale des Affaires Culturelles du Limousin pour son projet artistique sur la période 2014 – 2016.


Visitez le site de la compagnie Circo Aereo
Découvrez l'intégralité de notre dossier sur La Route du Sirque.

                                                                          

Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
19 août 2015

RENCONTRE AVEC MARTIN PALISSE

Rencontre avec Martin Palisse, dans le cadre des avant-premières de Slow Futur avec Zombie Zombie, 
au festival la Route du Sirque 2015, 
organisé par le Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin

La création de Slow Futur aura lieu du 11 au 14 novembre 2015,
au Théâtre National de Bretagne à Rennes, dans le cadre du festival Mettre en Scène.


Musique et technique : Bastien Desvilles


Slow futur


Après POST et Still life (présentés en 2011 et 2014), Elsa Guérin et Martin Palisse poursuivent leur recherche sur le jonglage et son potentiel chorégraphique, dramatique et poétique. Dans Slow futur, ils mettent en scène une manière de faire corps et d’être ensemble face à l’avancée inexorable du temps : deux humains, un long tapis roulant… qui défile comme le temps qui passe, comme la vie…
Portés par une musique originale et live du groupe Zombie Zombie, ludique, effrénée et envoûtante, les deux tentent l’unité face au mouvement qui les emporte.
Dispositif scénographique et agrès de cirque, le tapis devient le sujet d’une curieuse écriture chorégraphique à la fois verticale (le jonglage) et horizontale (le déplacement).
Entre immobilité en mouvement, ralentis hypnotiques et accélérations saisissantes, Slow futur déroule une montée en puissance, immergeant acteurs et spectateurs dans une expérience physique du son et de la lumière.
Martin Palisse dirige le Sirque – Pôle National des Arts du Cirque de Nexon en Limousin. 


Avant-premières au festival La Route du Sirque,
avec Zombie Zombie

Dès 8 ans
Chapiteau Sirque
Durée 1h – Tarifs 20€/15€/8€ 

Vendredi 14 août > 21h00
Samedi 15 août > 21h00
Dimanche 16 août > 20h00

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com


Slow Futur

Conception, mise en scène et scénographie :
Elsa Guérin & Martin Palisse 
Musique originale : Zombie Zombie 
Interprétation : Elsa Guérin, Martin Palisse, Etienne Jaumet, Cosmic Neman, Dr Schonberg 
Création, construction installation lumineuse et régie lumière : Thibault Thelleire (création avec Elsa Guérin & Martin Palisse) 
Construction scénographique : (tapis roulant) Stephan Duve 
Régie son et plateau, direction technique : Gildas Céleste

Production Cirque Bang Bang
Coproduction Festival Mettre en scène – Théâtre National de Bretagne à Rennes ; Le Sirque – Pôle national des arts du cirque de Nexon en Limousin ; Le Carré Magique de Lannion-Trégor – Pôle national des arts du cirque en Bretagne ; La Verrerie d’Alès – Pôle national cirque Languedoc-Roussillon ; La Cité du cirque – Pôle régional des arts du cirque au Mans ; Sémaphore – scène conventionnée théâtre et chanson à Cébazat ; Théâtre de Cusset – scène conventionnée cirque ; La Maison des jonglages – scène conventionnée jonglage(s) à La Courneuve.


Ecoutez l'interview d'Elsa Guérin, au sujet de Slow Futur.
Découvrez l'intégralité de notre dossier sur La Route du Sirque.

 

Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
18 août 2015

RENCONTRE AVEC PHIA MÉNARD

Rencontre avec Phia Ménard, dans le cadre des représentations de L’après-midi d’un foehn Version 1,
au festival la Route du Sirque 2015,
organisé par le Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin

Musique et technique : Bastien Desvilles



L’après-midi d’un foehn version 1
 Note d'intention


"Combien de temps vit un sac plastique ? Entre la mélasse du pétrole et son utilisation, combien de temps ?
Rien, comparé au temps où il va errer sur la planète au gré des vents et des tourbillons.
Libérer ses mains, se tenir debout ou à l’envers, être l’objet de tous les mouvements.
Juste un bruit et la caresse de l’air.
Le dispositif de cette performance est celui d’une turbine simple permettant de créer un vortex. Les objets façonnés à partir de sacs plastiques évoluent dans l’espace réagissant au mouvement de l’air contrôlé par la protagoniste.
Là commence sa vraie vie, celle de son autonomie, poche anonyme parmi les poches du monde entier, en
route pour une éternité putrescible !
Et surtout pourvu qu’il y ait du vent pour franchir les obstacles, pour franchir les océans et les montagnes et faire d’autres rencontres, et se frotter à de nouvelles vies.
Et si nous aussi, humains, accrochés au sol, nous pouvions nous échapper de la gravitation pour enfin flirter avec le libre arbitre des vents, et nous laisser transporter dans les valses de l’air ?
Et si en toute insouciance, nous nourrissions notre soif de défricher des territoires inconnus, de mener des
combats incertains pour faire de chacun de nos membres une partie de nous, autonome et incontrôlée."


Phia Ménard, août 2010


Au festival La Route du Sirque

Dés 5 ans
Salle Georges Méliès
                                                                                                  
Durée 25 min.  – Tarif 6€ 

Vendredi 14 août > 16h30 et 18h00

Samedi 15 août > 16h30 et 18h00
Dimanche 16 août > 16h30 et 18h00
Mardi 18 août > 16h30 et 18h00
Mercredi 19 août > 17h00 et 18h30
Jeudi 20 août > 17h00 et 18h30
Vendredi 21 août > 17h00 et 18h30
Samedi 22 août > 16h30 et 18h00

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com



L’après-midi d’un foehn Version 1


Conception et écriture :
Phia Ménard
Assistée de : Jean-Luc Beaujault
Interprétation : Jean-Louis Ouvrard
Création de la bande sonore : Ivan Roussel d’après l’oeuvre de Claude Debussy
Régie de tournée : Olivier Gicquiaud
Diffusion de la bande son en alternance : Olivier Gicquiaud, Claire Fesselier, Ivan Roussel, Mateo Provost
Marionnettes : Conception Phia Ménard  / Réalisation Claire Rigaud
Administration, Diffusion : Claire Massonnet
Chargées de production : Clarisse Mérot et Honorine Meunier
Chargé de communication : Adrien Poulard

La Compagnie Non Nova est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC
des Pays de la Loire, le Conseil Régional des Pays de la Loire, le Conseil Départemental de Loire-Atlantique
et la Ville de Nantes. Elle reçoit le soutien de l’Institut Français et de la Fondation BNP Paribas.

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est artiste associée à l’Espace Malraux Scène nationale de Chambéry et de la Savoie, au Théâtre Nouvelle Génération - Centre Dramatique National de Lyon et au Centre Chorégraphique National de Caen / Basse-Normandie.

Remerciements chaleureux à Pierre Orefice, aux enseignantes et élèves de l’Ecole Gaston Serpette / Nantes
(Maternelle et Cours Préparatoire année 2008/2009), à Pierre Watelet et Mathilde Carton du Muséum
d’Histoire Naturelle / Nantes, et Pascal Leroux du Collectif la Valise / Nantes.

Visitez le site de la compagnie Non Nova
Découvrez l'intégralité de notre dossier sur La Route du Sirque.

 

Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
17 août 2015

RENCONTRE AVEC ELSA GUÉRIN

Rencontre avec Elsa Guérin, dans le cadre des avant-premières de Slow Futur avec Zombie Zombie, 
au festival la Route du Sirque 2015, 
organisé par le Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin

La création de Slow Futur aura lieu du 11 au 14 novembre 2015,
au Théâtre National de Bretagne à Rennes, dans le cadre du festival Mettre en Scène.


Musique et technique : Bastien Desvilles


Slow futur


Après POST et Still life (présentés en 2011 et 2014), Elsa Guérin et Martin Palisse poursuivent leur recherche sur le jonglage et son potentiel chorégraphique, dramatique et poétique. Dans Slow futur, ils mettent en scène une manière de faire corps et d’être ensemble face à l’avancée inexorable du temps : deux humains, un long tapis roulant… qui défile comme le temps qui passe, comme la vie…
Portés par une musique originale et live du groupe Zombie Zombie, ludique, effrénée et envoûtante, les deux tentent l’unité face au mouvement qui les emporte.
Dispositif scénographique et agrès de cirque, le tapis devient le sujet d’une curieuse écriture chorégraphique à la fois verticale (le jonglage) et horizontale (le déplacement).
Entre immobilité en mouvement, ralentis hypnotiques et accélérations saisissantes, Slow futur déroule une montée en puissance, immergeant acteurs et spectateurs dans une expérience physique du son et de la lumière.



Avant-premières au festival La Route du Sirque,
avec Zombie Zombie

Dès 8 ans
Chapiteau Sirque
Durée 1h – Tarifs 20€/15€/8€ 

Vendredi 14 août > 21h00
Samedi 15 août > 21h00
Dimanche 16 août > 20h00

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com


Slow Futur

Conception, mise en scène et scénographie :
 Elsa Guérin & Martin Palisse 
Musique originale : Zombie Zombie 
Interprétation : Elsa Guérin, Martin Palisse, Etienne Jaumet, Cosmic Neman, Dr Schonberg 
Création, construction installation lumineuse et régie lumière : Thibault Thelleire (création avec Elsa Guérin & Martin Palisse) 
Construction scénographique : (tapis roulant) Stephan Duve 
Régie son et plateau, direction technique : Gildas Céleste

Production Cirque Bang Bang
Coproduction Festival Mettre en scène – Théâtre National de Bretagne à Rennes ; Le Sirque – Pôle national des arts du cirque de Nexon en Limousin ; Le Carré Magique de Lannion-Trégor – Pôle national des arts du cirque en Bretagne ; La Verrerie d’Alès – Pôle national cirque Languedoc-Roussillon ; La Cité du cirque – Pôle régional des arts du cirque au Mans ; Sémaphore – scène conventionnée théâtre et chanson à Cébazat ; Théâtre de Cusset – scène conventionnée cirque ; La Maison des jonglages – scène conventionnée jonglage(s) à La Courneuve.


Ecoutez l'interview de Martin Palisse, au sujet de Slow Futur.
Découvrez l'intégralité de notre dossier sur La Route du Sirque.


Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
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