Radio critique

11 déc. 2016

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

Entretien Fabrice Caravaca / Benjamin Vareille

Les éditions Dernier Télégramme ont dix ans cette année. Fabrice Caravaca, qui les anime depuis leurs débuts, est le centre de cet entretien, où il s'agit d'ausculter autant le poète que l'éditeur. L'occasion de revenir sur la genèse de ce projet dont le programme est de se soucier par le livre de son objet, comme de son texte : le dialogue, c'est de s'effacer et de faire passer. Mais pas que. La maison défend des voix, des langages, qui s'emploient aujourd'hui au niveau national, avec les armes les plus modestes de ce côté-ci de l'arène, à nourrir une même émulsion.
L'entretien qui suit est extrait d'une série de trois rencontres d'une heure, réalisées entre avril et mai 2015, et orientées autour d'un lexique propre à celui de la maison d'édition.
En raison de la densité et la longueur de ce "dossier", Radio Théâtre le publiera en six parties, tout au long de l'été.

Vous vous apprêtez à lire la troisième partie de ce dossier, qui constituera bientôt avec la quatrième : Les voix chorales.
N’hésitez pas à revenir en arrière pour lire la partie un et la partie deux qui constituent : Le Dialogue.

 

 Les voix chorales : Episode 3

 

PRÉTENTION LYRIQUE

Benjamin Vareille
- Le Dernier Télégramme semble poser la question où (en) est le dialogue, où (en) sont les voix ? Comme toutes les maisons d'édition ?

Fabrice Caravaca
- Alors... Le dialogue je pense que c'est quelque chose de permanent. Que ce soit dans cette maison d'édition que je défends, comme dans d'autres que je croise et que j'aime bien en poésie. Vu que ce sont essentiellement des voix d'hommes et de femmes qui sont toujours vivants, toutes ces personnes-là sont amenées à se rencontrer d'une façon ou d'une autre. Soit par la lecture des textes, soit par des rencontres dans les festivals ou les salons. Donc non seulement les auteurs se rencontrent mais les éditeurs se rencontrent aussi, et l'on voit bien comment des dialogues se constituent et que certaines voix et certains dialogues vont se mettre en place dans un endroit plus qu'un autre. Mais toujours avec la connaissance, la curiosité pour ce qu'il y a à côté. Comme s'il y avait toujours possibilité d'échange. Et d'ailleurs c'est tout à fait intéressant de constater qu'il y a des voix que l'on retrouve dans plusieurs catalogues, qui peuvent s'installer pendant un moment dans un endroit puis vont ailleurs, et reviennent...

- Comme le rhizome dont on parlait...

- Oui c'est ça, et moi j'aime bien qu'il n'y ait pas d'exclusivité.

- Emporté par le vent comme le pollen, et parsemé à tout va.

- On peut accompagner un auteur un moment, et lui peut s’en aller faire un tour ailleurs. Quand il revient c'est avec une nouvelle expérience en plus, et tout cela est très enrichissant. D'un point de vue concret, de toutes les façons, il est à peu près évident que pour les auteurs qui écrivent vraiment très régulièrement, il est impossible de publier l'ensemble de travaux ; il y a le fait qu'il se trouve des textes que l'on souhaitera plus suivre ou accompagner que d'autres.

- Donc quand se pose cette question d'où en est le dialogue, derrière il y a quelque chose qui se passe individuellement : cela revient à où en est la voix, où en est la parole. Tu dis qu'évidemment un auteur est là, écrit, puis est édité ailleurs, avant de revenir avec une nouvelle idée. D'une certaine façon, son propre discours à lui se construit aussi en fonction de ça.

- Oui, effectivement, oui.

- Est-ce que la question que la maison d'édition comme entité peut poser est là ?

- Je ne pense pas que ce soit la question principale, tout cela. Où en est le dialogue serait une question qui découlerait de questions peut-être encore plus larges...

- Oui, ce n'est pas une thématique propre.

- Non, et il est de toute façon difficile de dire qu'il y a une thématique propre à la maison d'édition – mise à part le fait que chaque auteur qui est publié a une démarche réflexive sur qu'est-ce que c'est que cette matière qu'il utilise, et comment il l'utilise.

- Sur la poésie, du coup.

- Oui. Ce pourrait être d'ailleurs une définition de la poésie, même si pour moi il n'existe pas de définition stricto sensu de la poésie. De toutes manières, dire que c'est une maison d'édition de poésie contemporaine, c'est une case. Nous faisons de la littérature. Pour moi c'est cela.

- C'est plus le questionnement de cette matière, de cette littérature-là – que l'on a tendance évidemment à rapprocher de la case poésie – ce questionnement perpétuel qui fait le programme de la maison d'édition et des auteurs qui l'accompagnent...

- La maison d'édition est surtout une construction à partir des rencontres de ces personnes, qui ont en commun ces textes...

- Il y a des thèmes récurrents ? Des thèmes qui surpiquent par-dessus ta ligne éditoriale, qui en sont le fil rouge, et que l'on pourrait isoler ?

- Oui, maintenant de plus en plus. C'est à la fois très sérieux et en même temps une sorte de blague, mais ce serait la question du lyrisme. Je pense que c'est véritablement quelque chose qui fait lien maintenant entre les différents textes et les différents auteurs. Tout cela fonctionne à partir d'une écriture qui serait une écriture du moi, mais d'un moi qui se mettrait en place simplement pour s'effacer le plus possible et laisser de la place à l'autre. L'autre qui serait potentiellement le lecteur, mais ça peut aller au-delà de ça. C'est une formule de Manuel Daull, encore une fois.

- Moi j'ai fait mienne une des formules de Maulpoix sur le lyrisme, que je trouve fantastique. Il parle des lointains intérieurs par les extrêmes détours. Le lyrisme est là, pour lui.

- C'est une très belle formule, je ne saurais pas dire beaucoup mieux...

- On entend en sous-texte le fait que le moi soit comme un centre, plus ou moins magnétique, mais que d'autres existent dans la périphérie, existent avec. Il y a aussi l'importance de la voix parlée, de l'oralité de leurs discours, dans ta ligne.

- Oui j'aime beaucoup cette idée-là. Alors c'est aussi une idée politique, le lyrisme, finalement.

- C'est politique le lyrisme ?

- Eh, dans une certaine mesure oui ! Parce que si c'est ce que l'on est en train de dire, là, ou que j'essaie de dire, dans la présence du moi mais qui tend à s'effacer le plus possible pour laisser la place à la présence de l'autre, alors nous sommes dans une dimension politique. On sort de soi. Ce serait une écriture du moi, mais sans l'ego. Ou une forme d'égotisme, je ne sais pas.

- D'accord, mais quand on parle le moi reste central, il y persiste quand même une forme d'ego. Il y a un orgueil à écrire. Qui peut-être léger, mais qui est nécessaire.

- Oui mais orgueil, le mot est peut-être un peu fort.

- Je n'ai pas dit hybris, tu vois.

- Je préfèrerais quelque chose de l'ordre de – on peut jouer sur les mots – de l'ordre d'une prétention, mais que l'on répartirait en deux mots, une pré-tension. Parce qu'il y a tension en soi, ou le sentiment d'une tension en soi, peut-être l'écriture se mettrait en route, et peut-être que c'est par l'écriture qu'il advient une possible connaissance de soi. Et cette connaissance de soi ne peut avoir lieu que si à un moment donné on l'oblitère dans une certaine mesure pour se mettre dans la possibilité de l'existence de l'autre. D'ailleurs le texte, écrit, ne peut exister qu'à partir du moment où il y a lecteur, où il y a rencontre avec quelqu'un – en tout cas dès lors qu'il y a publication. Car l'écriture peut avoir lieu sans publication. Ce que je trouve assez intéressant, et il est par ailleurs dommage, je trouve, qu'il soit si important pour la plupart des auteurs d'être publiés. Qu'il y ait l'objet livre.

- Ça rompt la tension ? Cela la diminue ?

- Dans une certaine mesure, oui. Mais le problème est que, en littérature comme en poésie comme partout, nous vivons dans ce monde-là. Et qu'est-ce qui fait sens dans ce monde-là maintenant, sinon de plus en plus un sens économique, dirons-nous ? Et donc l'on rentre souvent dans un processus identique pour les auteurs. C'est-à-dire que si l'on n'a pas une actualité éditoriale tous les deux ou trois ans, cela fait comme si l'on n'était pas en train d'écrire. Or l'écriture n'est pas forcément dans cette temporalité-là. Il faut parfois quatre ou cinq ans, voire plus, à mettre dans un projet, pour en être satisfait, puis aussi pour trouver un éditeur. Parce qu'il y a des textes qui peuvent être là depuis très longtemps et qui n'en trouvent pas. Evidemment, quand l'on est déjà dans ce milieu-là, celui de la poésie, on connaît trois personnes, on a un petit réseau, tout cela est moins grave. Mais quand l'on en a aucune connaissance et que l'on écrit de son côté, c'est assez dur je crois. Je me souviens de quand j'avais demandé un texte à Christophe Manon, après l'avoir vu lors d'un festival où l'on s'était plutôt bien entendu. Et il me dit : « je n'ai pas grand-chose sous le coude, mais je t'envoie un truc. C'est un fond de tiroir. » Donc un texte qu'il n'avait peut-être même proposé à personne, mais un texte qui existait pour autant, et qui avait été écrit, et qui pour lui j'imagine avait été non seulement du temps, de la réflexion, et avec une importance dans un cheminement personnel.

- Donc cela participait de la tension.

- Voilà, et quand il me donne le texte, une lecture suffit pour dire qu'il faut faire cette chose-là, et absolument.

- Et quand tu dis cela, c'est plus toi en tant qu'auteur, ou toi en tant qu'éditeur ?

- Là c'est en tant qu'éditeur, mais je me place aussi en tant que lecteur. En tant que lecteur j'ai un plaisir – mais plaisir ce n'est pas le mot, c'est au-delà... Il y a quelque chose qui se se passe avec ce texte-là, et qui justement alors crée en moi une certaine connivence mais aussi une forme de tension, qui amène à la réflexion.

- Pré-tension, je crois que l'image est assez forte.

- Avant la tension ! et comment la tension se met en place. Et comment rester dans cet état de ce qui va créer la tension, ou en tout cas quand l'on est dans la tension de pouvoir y rester un maximum. Ce n'est pas un maximum en fait, mais y rester le temps nécessaire pour que le texte advienne, ou que quelque chose se passe. Ce n'est pas forcément dans ce moment de tension que va se loger un texte, mais avoir connu ce moment de tension que le corps puisse garder cela. De faire que cela a eu lieu. Et qu'ainsi cela pourra peut-être avoir lieu, ou pourrait, en tant que texte. Mais aussi en tant que prise de parole, parce que la tension s'exerce aussi dans le moment où l'on prend la parole. Et prendre la parole est toujours ce qui se fait quand il y a des personnes physiques en face de soi.

 

LE CHŒUR ET LES DÉTOURS

- Justement tu anticipes, après la question du lyrisme, celle plus encore de la performance, de la lecture, à laquelle on peut rajouter les lyrics. Tout cela serait de la manière abouchée à cette matière-là – littéraire – dont on cherche la définition. On ne peut pas lui mettre l'étiquette poésie mais en même temps elle s'en rapproche ; on ne pourrait pas épuiser cette chose-là en parlant simplement de poésie. Comme tu l'as dit c'est plutôt de la littérature, et ça en déborde le sens. Pour toi l'oralité, la voix, la performance, la lecture en sont des prolongements nécessaires, quelque chose de primordial sur laquelle il faut suspendre son oreille ?

- Oui, pour moi il y a une évidence de la chose. C'est pourquoi je disais, tout à l'heure, que c'est parfois dommage qu'il y ait l'objet livre, qui devient une forme de nécessité – même si c'est le cadre de mon travail, de publier des livres. Mais une parole, une pensée, peuvent exister sans cela, et notamment maintenant avec les nouveaux outils technologiques ou informatiques qui le permettent de grandes possibilités. De fait, s'il n'y a pas ce passage par l'oralité – la prise de parole que l'on disait tout à l'heure – on ne va pas au bout de la chose, à mes yeux.

- Donc la maison d'édition, ou plutôt la publication d'un texte participe de cet élan-là, ne doit pas l'épuiser...

- C'est ça...

- ... le soutient, et même le sous-tend...

- ... oui, le sous-tend et le soutient, en ce sens que l'on essaye d'organiser les rencontres avec le public, des lectures, dans des lieux divers et variés.

- Tu penses que cela pourrait être de ces détours dont parle Maulpoix ?

- Ça pourrait, mais je ne pense pas spécialement que ce soient des détours.

- Je trouve ça nécessaire. Ce n'est pas détourner le regard, pour moi...

- Oui voilà, ce n'est pas cela qui te détournerait de la chose, bien au contraire... C'est faire des tours, cela m'intéresserait comme ça. Mais sans faire du lacanisme. Faire des tours avec la chose. On pourrait par métaphore aller plus loin, quand tu parles de lyrics, et dire comment une forme de danse se met en place. Et il y a différentes façons de danser : on peut danser seul, ou avec un autre, et puis la danse se crée logiquement si l'on imagine un bal avec plusieurs personnes qui dansent, d'autres qui les regardent danser, et puis l'orchestre, ou un chanteur, et toute une situation.

- Cette situation correspond aussi à la poésie.

- Oui, c'est – imaginons – un bal.

- Oui le danseur a autant d'importance que l'orchestre, les spectateurs...

- Tout cela fonctionne ensemble. L'orchestre ne peut pas jouer s'il n'y a pas de danseurs, et les danseurs danser si l'orchestre ne joue pas, et tout cela finit par créer une énergie. On rentre dans une forme d'entropie, on va dans ce sens-là oui.

- Je t'ai demandé quelle place occupaient ces détours, le fait de faire des tours avec la chose ; c'est une dynamique qui pour moi est chorale.

- Oui. De toute façon une maison d'édition se crée avec un ensemble d'auteurs, et un ensemble de personnes autour qui accompagnent le projet – aussi bien des amis qui peuvent accueillir des gens, qu'un certain nombre d'intervenant. Intervenir, pareillement : ce serait être entre, venir entre, et aussi venir avec. Chacun vient avec ce qu'il a pour que l'on partage tout. De manière un peu facile je pourrais dire que nous allons refaire cela cette année dans les Lectures au jardin. Il y a trois auteurs qui viennent, il y a ceux qui amènent à manger et à boire, et chacun partage, et l'on se retrouve ensemble à faire le tour de plusieurs choses. Ce qui compte c'est que le texte soit là, lu, performé, peu importe comment les auteurs travaillent avec leurs corps, leurs bouches et leurs mots. Mais il y a également tous les échanges qui se passent avant, ou après que eux aient fait leur « travail », et que ces moments-là aient été vécus par leurs textes et se poursuivent encore avec leurs mots – mais leurs mots dans un échange simple.

- Dès lors que le chœur – mais ce pourrait être sans « h » puisqu'il y a pulsation ou pouls – cesse de chanter, ce n'est pas pour autant qu'il cesse réellement de chanter...

- Evidemment. C'est peut-être pour ça aussi qu'il y a la collection avec CDs que j'ai appelée Echos. Pour que les choses durent dans le temps, et puis rebondissent.

SUITE ÉLECTRIQUE

- Depuis les années 1940 (même si l'on pourrait remonter avant, au Grand Jeu, à Dada etc.), par l'entremise des voix cabossées et staccato des rues et du jazz, de la Beat Generation, puis via la révolution contre-culturelle des années 60 et son rayonnement, les poètes électriques en France, nous expérimentons le décloisonnement des disciplines ou des registres, notamment du point de vue sonore. La transmedialité du nouveau millénaire, ces moyens technologiques que l'on a évoqués tout à l'heure aussi ont profondément réaligné le dialogue et les correspondances, retransformant cette matière par sa façon de l'aborder sans cesse en évolution. A travers ses voix parlées, chantées, filtrées, ton catalogue peut-il être un oscilloscope de certaines de ces révolutions ?

- C'est compliqué. Je ne m'en fais pas le traqueur, ce n'est pas mon objectif. Il se trouve que je travaille avec des gens qui, comme Serge Pey ou Julien Blaine, viennent vraiment de ce que l'on a pu appeler la poésie sonore, ou poésie action. Mais ils ne sont pas quinze mille. Je crois qu'il y a peut-être eu comme un problème avec ces nouvelles possibilités techniques de la prise de son, de bidouillage par exemple, et donc d'expérimentation avec les machines. Oh il y a de très belles choses qui se sont faites, mais je pense que beaucoup de personnes s'y sont mises en pensant faire acte poétique pour finalement se retrouver des techniciens. Il n'y a pas d'invention propre. Je me rends compte que je reste plutôt classique, de mon côté, mes références allant davantage vers Dada.

- Il y a des choses intéressantes du côté de Brion Gysin, du côté de Giorno et Dial a poem...

- Oui, bien sûr, des gens comme ça me conviennent tout à fait. J'adore les travaux qui sont fait avec du son, avec un instrument qui peut être aussi expérimental... Mais l'informatique me pose un problème ; je ne sais pas ce que c'est que cette chose-là, véritablement. J'ai un problème avec ça.

- Trop artificiel ?

- Je crois que l'essentiel dans tout ça est qu'évidemment nous avons connaissance de ce qui s'est fait avant – connaissance partielle, parcellaire, certainement – et sûrement ce que nous connaissons de ce passé artistique, poétique, a des influences sur le travail qui se fait maintenant, c'est logique...

- L'écho de ces choses-là se retrouve dans ta maison d'édition ; enregistrer le pouls de ce qui t'entoure c'est aussi ramasser l'écho même lointain de ces expérimentations, non ?

- Mais je ne trouve pas qu'il y ait tant d'expérimentation que ça dans le catalogue, hormis deux ou trois petites choses, naturellement. [Silence] Je reste sur un rapport assez classique – ce n'est peut-être pas le mot – dans un rapport simple avec ça : des gens qui jouent de la guitare, par exemple, qu'en faisons-nous...

- On parlait des frères Soletti, à ce propos...

- Oui, la première fois que j'entends Patrice je me dis qu'il se passe quelque chose, que l'on doit discuter ensemble, mais nous avons peut-être mis quatre ans pour aboutir à un projet. Nous nous sommes revus, recroisés, avons mené divers projets ensemble, soit dont il était à l'initiative, soit à mon invitation. Ce sont des personnes qui sont dans ma vie, qui ont quelque chose dans leurs mains, et en l'occurrence, là, c'était une guitare. Et une pratique très rigoureuse de l'instrument qui justement, comme le poète travaille sur les mots, la syntaxe, et comment le langage arrive à faire sens en transformant cette matière, devient la même chose pour lui avec un instrument et des sons. Tu peux faire une belle mélodie sur une guitare, qui a du sens aussi, mais quand tu arrives à en sortir autre chose...

- S'échapper là aussi de la discipline et de l'étiquette...

- L'idée c'est : comment toujours être avec la chose et en même temps en permanence dans ses à-côtés, voire dans ses lointains.

- Si tu enregistres cette poésie, si ce dont on parle se rapprochait le plus de ta définition de la poésie, alors enregistrer la guitare de Soletti et prendre les textes de son frère, c'est la même chose, la même matière poétique ?

- Oui on peut dire ça. Pour moi ce n'est pas gênant.

- Mais c'est un décloisonnement qui est déjà possible dans ton esprit ?

- Oui, maintenant c'est possible, mais pour moi il y a une forme d'évidence dans la chose. Je ne me pose pas trop de questions. Peut-être aussi parce que j'ai ma culture autour des musiques improvisées ou expérimentales, la culture rock que je peux avoir.

 

 A suivre...

Propos recueillis et mis en forme par Benjamin Vareille,
Au café le Limousin, à Limoges.

Lisez la suite...
Découvrez le site des Editions Dernier Télégramme, dirigées par Fabrice Caravaca.

 

Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
04 nov. 2016

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

Entretien Fabrice Caravaca / Benjamin Vareille

Les éditions Dernier Télégramme ont dix ans cette année. Fabrice Caravaca, qui les anime depuis leurs débuts, est le centre de cet entretien, où il s'agit d'ausculter autant le poète que l'éditeur. L'occasion de revenir sur la genèse de ce projet dont le programme est de se soucier par le livre de son objet, comme de son texte : le dialogue, c'est de s'effacer et de faire passer. Mais pas que. La maison défend des voix, des langages, qui s'emploient aujourd'hui au niveau national, avec les armes les plus modestes de ce côté-ci de l'arène, à nourrir une même émulsion.
L'entretien qui suit est extrait d'une série de trois rencontres d'une heure, réalisées entre avril et mai 2015, et orientées autour d'un lexique propre à celui de la maison d'édition.
En raison de la densité et la longueur de ce "dossier", Radio Théâtre le publiera en six parties, tout au long de l'été.

Vous vous apprêtez à lire la deuxième partie de ce dossier, qui constitue avec la partie un : Le Dialogue.
N’hésitez pas à revenir en arrière pour lire le premier épisode de l'entretien.

 

 Le Dialogue : Episode 2


PAYSAGE, STRUCTURES ET COLLECTIONS

Benjamin Vareille :
- On vient d'évoquer une série d'expériences qui de 2005 à 2007 t'amènent aux premiers textes, aux lectures, à l'édition pour l'association Dernier Télégramme. Qui se transforme donc en maison d'édition très officiellement, depuis.

Fabrice Caravaca :
- Oui c'est ça. Maintenant je mets « Éditions », et non pas « Association ». C'est Éditions Dernier Télégramme parce que c'est l'activité principale, et avec ce qui en découle : à savoir la création d'évènements, les lectures, rencontres, ateliers pour les auteurs, etc.

- Justement, la structure du Dernier Télégramme évolue, elle change avec le temps, s'enrichit...

- Alors le bureau de l'association a changé, par exemple. Le bureau s'est posé depuis 2008 à l'adresse d'une amie qui a sa maison, et elle ne bouge pas. Moi j'ai déménagé presque tous les six mois ou tous les ans depuis 2005, donc c'était compliqué à chaque fois de changer. Là c'est bien d'avoir l'adresse de fixée... Ou alors il fallait faire poste restante, ce qui aurait été intéressant aussi... Je m'installe donc à Limoges en octobre 2005, pour diverses raisons, dont amoureuses. Et une des raisons est aussi que dans ce territoire-là il y a un accueil favorable à mon projet, en tout cas à cette première édition et ce qui suit...

- Tu as des aides ? Du CNL, du Centre Régional du Livre en Limousin, etc.

- Au début c'est la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports qui, comme j'avais moins de trente ans, avait des dispositifs avec encore un peu d'argent qui m'ont permis – et il me semble que leur budget est devenu tellement ridicule que c'est compliqué aujourd'hui – d'obtenir pour la publication du livre de Sylvain Courtoux, Action Writing : Manuel, mille euro. Avec la grande chance d'avoir la quatrième de couverture écrite par Christian Prigent, ce qui permet aussi quant on appelle des libraires de servir de caution. Car c'est très difficile quand l'on commence d'appeler les libraires et de leur dire : « c'est une nouvelle maison d'éditions, j'ai ça à vous présenter... » Sylvain n'était pas spécialement connu, et moi encore moins. Mais la deuxième année, c'est-à-dire après 2006, j'ai une aide beaucoup plus conséquente sur l'ensemble du projet, et avec les premières aides de la Région Limousin aussi. Donc les choses s'organisent. J'ai un tout petit peu d'argent qui me permet de mettre en place des projets, et donc de pouvoir imaginer qu'il va y avoir ce qui, presque un an après, sera la publication de cinq ou six ouvrages dans l'année avec un travail de diffusion qui se passe autrement que ce que je pouvais faire tout seul. Là aussi, grâce à la rencontre avec Laurent Cauwet de Al Dante, qui a été de grand conseil, un soutien qui m'a accompagné au début.

- La charpente est là, les bureaux se posent. Partant de là la structure en interne se modifie. Dès lors qu'il y a plusieurs publications et que toutes se retrouvent dans un axe qui diffère, proposant une variation autour d'une même idée, c'est l'occasion pour toi de créer des sous-post-offices, des bureaux, pour suivre le mouvement. Moins des labels que de centres de tri, les facettes d'un prisme que se veut être la maison d'édition : tu as des collections...

- Oui, et les collections vont se mettre en place dès 2006 en fait, avec la collection Longs Courriers et la collection Echos. Je m'en occupe depuis le début et Manuel Daull dirige seulement la collection Traversées, ce qui est assez récent, depuis deux ans.

- Parle-nous des collections...

- La première collection c'est donc Longs Courriers. J'avais envie de faire des petits objets, pas trop chers, et c'était aussi l'occasion pour moi de mettre dans ces objets des textes autres que ceux que je pourrais mettre en hors-collection, avec l'ensemble des ouvrages. Puis c'était l'occasion de rencontrer d'autres personnes, d'autres écritures. Or j'avais pris contact quelques années auparavant avec Lucien Suel, quelqu'un dont j'apprécie les différentes démarches, le travail – c'était l'occasion pour moi de l'appeler. J'avais pensé l'objet, déjà ; l'objet a un tout petit peu changé mais je savais qu'il serait de ce format, quatorze sur vingt-deux si je ne me trompe pas. Je savais qu'il y aurait seize pages, et au début je pensais faire une sorte de pliage qui serait à l'intérieur, et avec un poster d'un côté et le texte de l'autre, bref des choses que l'on voit assez souvent... Mais en fait j'ai fait un cahier de seize pages avec agrafes, couverture à rabats...

- Inspiré par quoi ?

- Inspiré par un texte qu'avait publié Le Temps qu'il fait d'Eric Chevillard. Un petit objet comme ça, je ne sais pas si cela avait été pour offrir ou autre. Parce que Le Temps qu'il fait faisait ça, et à chaque fin d'année offrait à ses lecteurs, ses auteurs, ses soutiens un objet particulier. Ils ont d'ailleurs fait de très belles choses.

- Les livres-objets, qui se font de plus en plus aujourd'hui... C'est quelque chose qui dans la démarche poétique contemporaine compte beaucoup aussi !

- Et puis ça permet de faire circuler des petits textes, mais qui font connaître des auteurs et des travaux particuliers. J'avais même fait à l'époque une petite collection d'A3 avec un pliage spécial, qui formait un carré... Il devait y avoir Edith Azam, Jacques Sivan, Vannina Maestri, et Charles Pennequin ! C'est quelque chose que j'ai arrêté parce que ça prenait beaucoup de temps, mais c'était sympa. Mais pour la collection Long Courriers j'ai donc appelé Lucien Suel, qui me dit : « oui, pas de souci, mais indique-moi le format. » Il a fait un texte spécialement pour ça. Après quoi il y a les rencontres avec Jacques et Vannina qui se sont faites grâce à Laurent Cauwet, qui m'ont envoyé un petit truc dans le cadre de cette collection.

- Quoi d'autre comme collection ?

- Echos ! Ce sont les deux collections qui arrivent presque la même année. Echos c'est tout le travail autour du son, de l'oralité, de la voix que l'on entend pour le coup, puisqu'il y a un CD à chaque fois. Le premier de cette collection-là sera l'enregistrement de la première soirée que l'on organise le 31 mars 2006, dans la galerie d'un ami qui n'existe plus maintenant, la galerie OLGA. Nous faisons la première rencontre là-bas, ça se passe très bien, et nous faisons en sorte d'enregistrer la soirée à dessein de sortir ce disque-là. On a continué presque la même année en faisant un disque à nouveau, avec le travail de Marc Guillerot qui exerçait son talent dans le collectif de L'Oreille Electronique.

- Mouvement ?

- Je ne sais pas si on peut appeler ça un mouvement, mais c'est quelque chose de très beau. J'ai découvert ça quand j'étais encore à la fac et musicalement ils ont ouvert pleins de portes. Et puis Marc est devenu mon ami, par ce lien de travail que l'on a eu mais aussi parce que je le suis devenu avec des amis à lui, toute une connexion qui s'est faite, et qui compte ici à Limoges un petit réseau d'amitié qui s'est créé autour de personnes qui sont dans la création, autant que celles qui viennent soutenir des démarches.

- Des démarches différentes qui chez toi sont toutes déclinées dans différentes collections, comme autant de déclinaisons de dialogues, de gens qui t'entourent. Une autre collection, Traversées...

- La collection des Traversées est la toute dernière. En fait c'est un peu une suggestion de Manuel, à laquelle je dis oui avant de lui demander de me proposer des choses. Il serait bon que l'on sorte un deuxième livre dans cette collection...

- C'était le Rolla ?

- Oui, Alexandre Rolla. C'est une collection qui va fonctionner autour des notions de paysage, de territoire, toutes ces choses-là qui sont des thématiques très chères à Manuel.

- Quelle autre collection ?

- La collection Correspondances, aux deux volumes maintenant...

- Au pluriel aussi, comme Traversées d'ailleurs, et Longs Courriers...

- Oui tout est au pluriel en général.

- Tout au pluriel, oui, car pluralité des voix...

- Oui c'est pour ça aussi, et pluralité des personnes qui sont là... Alors, je n'ai pas une grande connaissance de l'art contemporain, de ce que l'on appelle comme ça, et j'ai donc rencontré certaines personnes, et puis peut-être suis-je allé voir plus d'expos, eu quelques lectures supplémentaires, et je me suis dit que ça pourrait être pas mal de faire en sorte qu'un(e) plasticien(ne) et un écrivain se rencontrent et qu'il y ait un vrai dialogue qui se crée. Pas juste que l'un fasse le commentaire de l'autre. Mais l'idée de cette collection ne vient pas spécialement de moi en fait, c'est une rencontre aussi. C'est Hélène Leflaive qui à l'époque était à Limoges et avait reçu un soutien de la Direction de la Jeunesse et des Sports, et on s'était rencontrés. Elle m'avait montré son travail et avait bien envie de faire un truc, mais ça m'avait semblé curieux à l'époque de faire un livre avec son seul travail de plasticienne.

- Cela sortait peut-être un peu de ce qui devenait ta ligne éditoriale, par défaut ?

- Oui, c'est ça. Alors je lui dis que j'allais y réfléchir. Vu ce qu'elle avait fait, et connaissant la gentillesse et l'intérêt que Lucien Suel peut avoir pour ce genre de démarche, j'ai contacté Lucien, et puis je les ai laissés faire tous les deux. Et l'on s'est retrouvés une fois ou deux pour le travail et cela s'est très bien passé.

- Quand est-ce que ça s'est passé ?

- J'imagine en 2008. Et il y a encore la collection 8.

- Huit comme l'infini ?

- Oui, il est mis comme le chiffre, mais je pense qu'il faut le faire tomber, tu vois. L'infini, c'est une collection avec textes mais pas le nom de l'auteur, voilà. L'idée c'est effectivement que des personnalités existent, mais que le texte doit quand même primer dans tout ça.

- Encore une fois avant que le texte puisse s'effacer, c'est l'auteur qui s'efface...

- Oui l'auteur doit s'effacer d'abord, et le texte ensuite, pour que le nouveau texte rentre comme dans l'histoire de la construction d'un grand palimpseste général...

- Où le langage prévaut ?

- Oui, où la voix est donnée à l'autre, car c'est à l'autre d'écrire son histoire par dessus celle-ci et ainsi de suite...

TROPIQUES DE L'EDITION

- Longs courriers, Correspondances, Echos, Traversées... on est dans une forme de topos, de tropisme du langage, de la langue, du dialogue...

- Oui !

- Il y a bribes, connexions, ou parasitages, en fonction des collections. Les mots sont des sons articulés, des bruits parmi d'autres aussi, au même niveau que la musique donc ?

- On peut dire au même niveau, oui. Les deux s'accompagnent, font quelque chose ensemble. Si l'un n'est pas là, l'autre ne peut pas exister de cette façon. En plus, dans la collection Echos, il y a un travail de Pierre et Patrice Soletti où l'on trouve trois courts textes de Pierre et un CD de son frère, et c'est un CD où il n'y a que de la guitare. Après on en fait ce que l'on veut : soit on écoute le CD seul, soit en lisant le livre, toutes les combinaisons sont possibles.

- Est-ce que ça rentre dans le tropisme du langage que les éditions Dernier Télégramme étayent ?

- En fait, il y a beaucoup de choses qui se mettent en place sans qu'il y ait consciemment une volonté à ce niveau.

- Quand tu regardes ça a posteriori, tu te dis que cela rentre tout de même dans une logique qui était à l'œuvre, inconsciemment ?

- Je me rends compte qu'il y a une logique, évidemment, depuis quelques temps. Je vois également, et c'est étonnant, que cette logique n'est pas permanente, elle est vraiment évolutive, et avec pleins de petites exceptions : comme quand j'ai fait Galaxie Pandora, qui est une sorte de roman graphique, avec Jacques Sivan et Cédric Pigot. C'est une belle proposition qui arrive à un moment où je me dis qu'il est possible de l'accompagner...

- Il y a beaucoup de parasitage dessus ! On revient à l'idée de bribes, du palimpseste dont tu parlais, parce qu'ici les voix se superposent. En le feuilletant on retrouve l'ambiance du roman graphique, puis des images parasitées, dont certaines à la base qui sont numérisées, on y croise un tableau de James Ensor quasiment détourné, un discours très proche de celui d'Orwell...

- Pour simplifier c'est toute une réflexion sur ce que l'on appelle, au sens premier du terme, le ou les fascismes. Et les références que tu donnes y sont à un moment ou à un autre convoquées, en effet.

- Tu parlais de tes Correspondances, on pense aux baudelairiennes...

- Oui, moi pas ! Parce que j'ai très peu lu Baudelaire, et je ne peux pas en faire référence, sans la connaissance pour.

- Prises dans un sens encore en travail à ce moment, on peut pourtant entendre les correspondances baudelairiennes comme le fait que les choses, les objets, les disciplines dialoguent, se répondent entre elles. De ce point de vue-là on peut parler d'interdisciplinarité déjà, un siècle avant la postmodernité...

- Oui, moi je veux bien qu'il y ait concepts, mais je suis peu théoricien. Non pas que cela ne m'intéresse pas, mais je suis plus tourné vers une histoire de réels au pluriel qui se mettent en place. Pour moi les concepts de postmodernité ou d'interdisciplinarité relèvent d'une forme d'évidence. En plus, on pourrait faire commencer la postmodernité à différents endroits, avec un le bon discours intellectuel derrière ; tout comme il suffit, pour parler d'interdisciplinarité, d'aller voir chez Dada, et nous y sommes.

- On pourrait encore parler de synesthésie, où la musique vient répondre aux textes, à l'oralité, etc. Il peut donc y avoir des théories dans lesquelles se placent les œuvres, malgré elles, ou malgré toi. Mais ces choses-là, pour toi, arrivent de facto. Pas de théorisation derrière, d'où un travail original va procéder ?

- Non, aucune théorisation, vraiment.

- D'emblée l'on est dans un espace de moindre limite – avec un désir de re-topographier, inconscient de ta part ; pas de territoires qui s'excluent ?

- Il y a une infinité de territoires, si l'on préfère. On retournerait là, et c'est un peu de la théorie pour le coup, à quelque chose qui m'avait beaucoup touché et que je n'ai pas encore assez approfondi, c'est-à-dire certains concepts – j'allais dire complexes ! tu vois – certains concepts deleuziens. Le concept de ligne de fuite, la déterritorialisation, le devenir... des choses qui m'ont beaucoup touché.

- La déterritorialisation c'est assez bluffant, on à l'impression de revenir à la Waste Land de T.S. Eliot. Peut-être que ta façon d'aborder ton catalogue, de publier, se situe là-dedans ? Une sorte de carte, de champ de voix/voies ?

- Oui. Mais par exemple, et ça peut paraître bêta de dire ça, mais je ne sais pas ce que c'est que la poésie. J'appelle ça « éditions de poésie contemporaine », et je veux bien que l'on appelle ça poésie, mais j'aimerais bien que l'on me donne une définition de la poésie. C'est autre chose que nous sommes en train de faire, d'autres et moi. Je crois que c'est de la littérature qui vient tutoyer d'autres formes de littérature comprenant la musique, les arts...

- Mise à bas des limites, des frontières ?

- Oui, si l'on veut. Mais le problème de la poésie c'est qu'elle nous limite tellement dans le regard de l'autre, de celui qui est potentiellement lecteur, et qui pourrait découvrir ça.

- Seulement dans la mesure où le regard de l'autre est déjà compassé par la définition qu'il possède de la poésie et qui en est réductrice...

- Souvent, mettre une définition sur une chose de cette portée en réduit le champ, et son impact aussi évidemment.

- Tu parlais d'un champ ouvert, finalement rhizomatique, à la Deleuze...

- Cette idée de rhizome me plait beaucoup, plus que l'idée de racine, effectivement. Si l'on regarde dans le catalogue, beaucoup de textes sont nés dans ces environs. Chaque texte qui influence un autre texte, piochant les uns chez les autres... Je pense à Christophe Manon et à d'autres, et à des mots, des phrases parfois entières de camarades qui se sont retrouvés dans les leurs. C'est très important : comment l'on se nourrit entre nous, et du rapport au monde que l'on peut essayer d'entrevoir.

- Le Dernier Télégramme en est-il la voix, de ces messages qui se superposent, le sonar, le transcripteur ?

- Ça peut être tout ça. Dans l'idée du nom de la maison d'édition, le télégramme est tout simplement un mode communication où le message codé est envoyé à quelqu'un capable de le décoder. Mais il le décodera à sa façon, c'est ce que nous faisons. Et il est intéressant que le message que l'on envoie ne soit pas entendu avec l'exacte intention de celui qui l'envoie, qu'il y ait transformation du message à terme. On transforme déjà la matière « mot » dans le télégramme pour qu'elle soit transformée ensuite par celui qui reçoit.

- Est-ce moins le passage, le relai, que son enveloppe, sa gaine, son désir de recoudre le morcelé, de ramasser l'écho, de confondre le divisé et les voix qui s'excluaient ?

- Il faut les deux. Mais ces voix ne s'excluent pas. Si l'on reprend l'image du sonar, on parle d'échos qui à un instant donné se percutent et renvoient d'autres sons ailleurs, qui eux-mêmes vont en rencontrer d'autres, ce qui rejoint ce que l'on disait par rapport au rhizome...

- Et par rapport au dialogue aussi...

- Oui parce qu'il faut qu'il y ait dialogue, cette idée que l'on est au moins deux. Je pense que c'est cela : envoyer quelque chose à quelqu'un, qui ne peut avoir d'existence qu'à partir du moment où l'autre le comprend et le prend avec lui, d'une façon ou d'une autre. Et qu'il en prenne possession. Le destinataire en est la condition et une forme de finalité, transitaire, parce que le destinataire est amené à devenir celui qui expédiera quelque chose lui aussi, à nouveau.

 

 A suivre...

Propos recueillis par Benjamin Vareille,
Au café le Limousin, à Limoges.

Lisez la suite...
Découvrez le site des Editions Dernier Télégramme, dirigées par Fabrice Caravaca.

 

Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
12 oct. 2016

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

Entretien Fabrice Caravaca / Benjamin Vareille

Les éditions Dernier Télégramme ont dix ans cette année. Fabrice Caravaca, qui les anime depuis leurs débuts, est le centre de cet entretien, où il s'agit d'ausculter autant le poète que l'éditeur. L'occasion de revenir sur la genèse de ce projet dont le programme est de se soucier par le livre de son objet, comme de son texte : le dialogue, c'est de s'effacer et de faire passer. Mais pas que. La maison défend des voix, des langages, qui s'emploient aujourd'hui au niveau national, avec les armes les plus modestes de ce côté-ci de l'arène, à nourrir une même émulsion.
L'entretien qui suit est extrait d'une série de trois rencontres d'une heure, réalisées entre avril et mai 2015, et orientées autour d'un lexique propre à celui de la maison d'édition.
En raison de la densité et la longueur de ces rencontres, Radio Théâtre les publiera en plusieurs épisodes.

 

Le Dialogue : Episode 1 


PREMIERS CONTACTS ET DERNIER PASSEUR

On évoque le début... Dix années depuis la création de ce qui est d'abord une association en mars 2005, et dont l'idée germe dans le cadre d'une formation à Nantes six mois durant avant de poursuivre sa croissance au Temps qu'il fait, à Cognac, les deux mois de stage qui suivront et sous l'œil protecteur de Georges Monti. Le souci de l'objet, d'un certain rapport au livre et à son format compasse régulièrement la curiosité de Fabrice à ce moment, devant les contraintes que le réel économique oppose à la réalité d'un texte : « c'est l'objet mais aussi le support qui va s'adapter à son contenu, le texte fournissant le cadre dans lequel il doit s'installer. C'est bien d'avoir comme une espèce de format que l'on utilise sur une base régulière, mais en même temps d'imaginer d'autres formats possibles pour des textes particuliers. Il y a des contraintes économiques à anticiper mais néanmoins il faut privilégier le texte, prévoir la façon dont il vient s'inscrire là-dedans. »
Et en service manuscrits improvisé chez Monti, un éveil. « Il était un peu emmerdé, ne savait pas trop quoi me foutre dans les pattes, il ne prenait pas de stagiaire normalement. » On lui donne des choses à lire, lui demande de se familiariser avec la ligne, de connaître le catalogue. Puis arrive la lecture des textes entrant : « je mettais un petit mot ici, je mettais de côté, et lui me faisait entièrement confiance, il ne regardait pas trop derrière. J'y ai appris plein de choses, comme lire la lettre qui amène le texte par exemple. Etc. Puis je suis tombé sur des textes qui moi m'intéressaient, mais intéressaient moins Georges. »

Benjamin Vareille :
- Donc avec ces textes devant lesquels tu te retrouves à faire ou simuler un choix quasi-éditorial, tu te mets déjà dans la peau de l'éditeur que tu vas devenir ?

Fabrice Caravaca :
- Oui, avec certains de ces textes que j'avais beaucoup aimés et devant lesquels je me disais tiens ! qui est-ce que ça peut bien intéresser ? Moi ça m'intéresse en tant que lecteur, et après, qui ? Un texte notamment, sur une sorte de voyage aux Etats-Unis d'Amérique, c'était plutôt bien fait, mais c'était le rapport à Kerouac qui me revenait au travers.

- Donc des choses qui étaient constitutives pour toi. Un dialogue se crée ?

- Oui. Georges Monti, ce n'est pas quelqu'un qui parle beaucoup. Mais il a un vrai investissement politique, un vrai engagement, et dans ses centres d'intérêts littéraires qui sont bien sûr très larges nous en avions en commun, notamment Jack Kerouac et François Augiéras. Je me souviens bien de deux discussions, et une en particulier sur Augiéras où j'ai vraiment beaucoup appris. Or dans la formation de Nantes, on était amenés à travailler aussi dans le choix de manuscrits pour la publication : il s'agissait des manuscrits qui arrivaient à la formation et que l'on devait traiter dans la maison d'édition, comme l'on y apprenait l'ensemble des métiers de la chaine du livre pour être capable ensuite d'intervenir à tous les niveaux. Donc on faisait des livres. Et un des premiers projets que j'avais souhaité amener était l'éventuelle publication d'une partie de la correspondance d'Augiéras. Qui s'est avérée évidemment impossible à mettre en place.

- Ce projet peut-être te met alors le pied à l'étrier, du moins te fait prendre conscience que tu n'es pas qu'un lecteur, que ta posture peut aussi être celle d'un passeur ?

- Eh justement, le nom de la maison d'édition à Nantes s'appelait Le Passeur... Qui a un très beau catalogue d'ailleurs. Mais qui n'existe plus car la formation n'existe plus – nous étions les derniers stagiaires là-bas.

- Avant le Dernier Télégramme, être un dernier passeur c'est déjà pas mal...

- Mais moi j'étais juste un petit participant de cette histoire, avec tous les autres, nous étions vingt-quatre. Mais c'était intéressant parce que l'on s'est alors rendu compte que parfois il fallait prendre parti. Par exemple nous avions fait huit livres, et l'ensemble des livres était prêt, les fichiers étaient prêts à partir chez l'imprimeur, nous avions fait le boulot avec le diffuseur et distributeur qui était Belles Lettres, et ainsi de suite. Et l'on a fait le choix – qui était très compliqué – de ne pas faire imprimer ces livres-là. Hum. On ne voulait pas que ces livres sortent sans savoir ce qu'allait devenir la formation, et donc sans être certains qu'il y aurait une véritable existence de ces livres. Et la formation disparaissant la maison d'édition a cessé aussi de vivre. Le fond a dû être vendu. Mais ce qui s'est passé pour nos projets ensuite, c'est que dans les deux ou trois ans qui ont suivi sept sur les huit ont été publiés par des grosses maisons d'éditions, comme Gallimard. Le seul projet qui n'a pas connu le même sort c'était un des premiers textes de Charles Duits, qui était édité chez Minuit et Denoël à l'époque.

- Duits était déjà décédé, comment la question s'est-elle réglée avec les ayant-droits avant que la formation ne s'achève ?

- On avait pris contact avec son fils, il a fallu faire du contrat. On lui explique comment ça marche, il accepte, il demande un peu plus... C'était extrêmement intéressant parce qu'il a fallu aller à la bibliothèque nationale récupérer le manuscrit, photocopier l'ensemble, tout retaper, et ainsi de suite. Mais c'est à ce moment-là, en mars 2005, que l'on sait que de toute façon il y a peu de chance que la formation dure, et que nous partons tous, chacun de son côté, en stage chez les professionnels. Et l'on ne s'est pas vraiment retourné, ou retrouvé. A part quelques uns que j'ai revus grâce à la maison d'édition, et le seul avec qui j'ai gardé le contact depuis dix ans maintenant qui est Jean-François des Fondeurs de Briques.

 

INTERRUPTIONS ET CONTINUITE DU COURANT

- Donc la genèse du Dernier Télégramme se passe comme ça : ce sont différentes rencontres avec des personnalités du même paysage, qui sont des passeurs aussi, entre lesquelles tu viens t'inscrire et avec lesquelles le dialogue se noue très tôt...

- Avec Jean-François par exemple, quand nous étions dans la formation, nous avions fait plusieurs réunions de travail pour créer une ambition ensemble. Lui avait cette envie très forte, qu'il a concrétisée deux ans plus tard. Et puis moi comme j'avais déjà monté la structure de l'association, je ne savais pas trop encore ce que je voulais y mettre, mais je savais qu'il y aurait des livres. Et j'avais dans l'idée, peut-être, que ce soit aussi comme une sorte de collectif de musiciens ou d'artistes, où l'on organise des évènements, tout ça. Et c'est vraiment petit à petit que le côté édition a pris sa part. C'était très compliqué, en parallèle, de créer un collectif d'artistes. J'avais des amis avec qui nous avions fait des choses ensuite mais dont rien n'avait abouti...

- Par manque de quoi ?

- Par manque parfois d'envie, par manque de contacts, de réseaux, et ainsi de suite. Se sont perdus quelques projets qui auraient pu devenir très beaux.

- Par dialogue interrompu ?

- C'est ça. Mais par contre il y a des gens importants avec qui j'ai toujours gardé le contact, des amis à moi. Mon frère, aussi, qui est né juste après moi, Frédéric. Je sais qu'en tant qu'auteur, ma première véritable lecture publique, je l'ai faite essentiellement sur sa musique. Je lisais avec la musique électronique qu'il faisait, en autodidacte. C'était compliqué pour moi de me retrouver devant le public comme ça. Car ma première lecture date de bien avant la formation, j'étais étudiant encore, je devais être en licence, avoir dans les vingt-deux ans, je ne sais plus... Bon et je me retrouve à lire dans le off du festival du Théâtre du Cloître à Bellac, en 1999 ou 2000 peut-être. Ça s'était très mal passé. Parce qu'ils ne s'attendaient pas à ça. Mon frère était à l'Université de Limoges, et il avait un pote qui était en lien avec Bellac, qui lui a dit que dans le off il pouvait venir faire de la musique avec des potes à lui. Eux n'étaient pas prêts, ils avaient de quoi faire trente ou quarante-cinq minutes de son. Donc on me dit : « tu n'as qu'à venir, on joue un peu puis une pause lecture d'un quart d'heure et l'on reprend après toi. » Bon j'étais encore vraiment – je le suis toujours d'ailleurs – en recherche au niveau de l'écriture, donc j'avais pas mal de petits poèmes, et je me suis dit que pour un quart d'heure de lecture ce serait bien d'avoir une pièce qui se déroule. Et je choisis un texte, qui est effectivement un texte un peu jeune mais que j'aime bien – je l'ai relu il n'y a pas si longtemps. Un texte avec beaucoup de vocabulaire en lien avec la sexualité. Et il y a eu une réaction du public assez étonnante, très tôt à vrai dire, au bout d'une minute.

- Mitigée ou uniforme, tu veux dire ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Assez uniforme. C'est-à-dire que l'on m'a sifflé, on m'a demandé d'arrêter, etc. Mais bon, quand tu commences à lire, tu ne t'arrêtes pas tu vois, tu ne t'arrêtes pas. Et c'est à la fois très difficile, mais c'est aussi une belle expérience parce que tu apprends comme ça. Ce qui est assez rigolo, c'est que le mec qui était au son me coupait le micro, mais il y a eu deux trois personnes qui étaient venues là, que je connaissais plus de loin que de près, et un parmi eux est vraiment intervenu auprès du technicien du son en disant : « qu'est-ce que c'est que ces histoires, on ne coupe pas le micro à quelqu'un qui parle, on le laisse finir et ensuite on discute ! » Surtout que si l'on m'avait laissé finir le texte on aurait compris la finalité de l'utilisation de ce vocabulaire-là. C'était plutôt quelque chose qui voulait parler de notre rapport au cosmos, et dire que notre corps, sa sexualité, étaient des façons de vivre et faire vivre ce rapport, même métaphoriquement.

- Et chercher à créer le dialogue, alors que l'on te coupe le micro, ce qui est très fort symboliquement !

- Et le dialogue ne prend pas spécialement. Je devais être hébergé le soir chez ce copain-là de mon frère, dont les parents venaient de repartir, et il me dit que ce n'était peut-être pas la meilleure chose de venir dormir à la maison. Mais c'est intéressant cette forme de censure qui se passe, dans un festival de théâtre, alors que c'est le off ; il y a des questions à se poser sur ce que l'on veut y partager culturellement. D'autant plus que dans le spectacle d'avant il y avait eu des choses assez osées, mais là c'était l'institution. Et l'institution légitimait le spectacle qui était donc plus facile à accepter, peut-être.

- Au-delà du semi-fiasco que cette lecture représentait, tu as quand même un retour dessus, une première expérience qui t'aiguille, qui te donne quelque chose d'autre...

- Oui et à ce moment-là j'avais vu peu de lectures publiques, de performances encore. C'était des choses qui m'intéressaient, mais je n'étais pas encore vraiment dedans...

 

LE DIALOGUE

- Pour en revenir à la maison d'édition, quant au départ tu montes l'association tu es seul. Tu parlais de collectif mais il finit par être évacué, ou alors l'idée reste ?

- Non, il se reconstruit autrement après. L'idée de collectif va se remettre en place ensuite, avec le catalogue. Mais la maison est encore une association, et donc dans le bureau il y a mon frère, un ami, des potes quoi. Il n'y a que moi qui bosse, mais eux sont là et on se dit que peut-être on fera des choses ensemble un jour prochain...

- Ce que tu racontes se passe en 2005, et aujourd'hui cela fait dix ans que tu animes les éditions Dernier Télégramme. Tu as bien vu la différence au cours de ces années, la difficulté aujourd'hui de savoir nager pour un éditeur, avant de savoir surnager. C'est capital d'être à flot, de faire vivre le catalogue. Or tu es seul aux commandes, tu as le veto, tu gères les manuscrits, tu dialogues avec les auteurs, et tu es présent jusqu'au massicot et même après. Qu'est-ce que tout cela sous-entend ?

- Oui, en effet. Avant tout ça il y a le choix du premier texte. Je savais qu'il y aurait un livre parce que j'avais ce premier texte, à la suite d'un échange que j'avais eu avec Sylvain Courtoux, qui est poète ici, à Limoges.

- C'était l'époque de Courtoux, Jérôme Bertin, Les Majorettes de la Baule, etc. ?

- Entre autres. Moi je connaissais essentiellement Jérôme Bertin, quand j'étais étudiant. Il s'est passé pas mal de choses et l'on s'entendait bien, même si nos rapports sont différents maintenant. On a chacun fait notre chemin après avoir travaillé ensemble un moment. Mais le premier texte que j'obtiens vient de Sylvain, que je ne connais pas encore très bien à ce moment-là, mais qui a envie de tenter l'expérience pour de multiples raisons, dont certaines que je peux imaginer et d'autres sûrement pas.

- À cet instant, on évoque une « maison d'édition » ?

- Oui fatalement. Parce que j'imagine que je ne veux pas faire juste un livre et que ça s'arrête comme ça, ce qui n'aurait pas eu de sens. Il faut qu'il y ait une petite histoire qui se mette en place aussi pour que ce livre-là existe.

- Il faut que le dialogue s'établisse...

- Voilà, et donc avec Sylvain cela s'est très bien passé. Et puis c'était pas mal de commencer cette histoire que je n'avais pas encore définie, alors que je ne savais pas exactement comment les choses allaient se dérouler, ni ce que j'allais réellement mettre dedans. Donc tout ça est lié effectivement à des rencontres, mais des rencontres que j'ai suscitées et d'autres qui se sont faites par des formes de hasard. Alors quand je monte l'association, il y a déjà cette idée de livre, et je sais que le fait de connaître Jérôme et Sylvain, qui eux ont déjà un parcours dans ce milieu que moi je n'ai pas précisément...

- Tu écris pourtant déjà !

- Oui j'écris, enfin je cherche, pour moi... Disons pour simplifier que j'écris depuis le lycée, mais en me rendant bien compte que ce n'est pas abouti et qu'il y a encore un long chemin à faire, et notamment au fur et à mesure que je continue de rencontrer les auteurs vivants de poésie contemporaine, et notamment ceux de ma génération. Et je me dis waow... d'accord, il y a des choses à faire, des choses à lire aussi, et il y a comment on met en place une écriture. Mais ce n'est pas mon propos quand, au départ, je crée l'association, même si je sais que ça va me permettre très certainement d'avancer, moi, personnellement, dans mon travail. Et puis d'avancer humainement, ça c'est évident. Donc, grâce à ce petit contact que j'ai avec Jérôme et Sylvain, je peux alors me permettre, lorsque je me rends à une lecture comme Midi Minuit Poésie qui est un festival à Nantes qui existait déjà à l'époque, et que je rencontre Julien Blaine d'aller discuter avec lui, lui dire que je connais Jérôme, et que je suis en train de monter une association qui a vocation à être éditrice aussi. Et à lui de me répondre que c'est super, qu'il m'envoie un texte, comme ça je peux faire un site internet et le mettre dessus... Et au début c'était vraiment comme ça, pendant un an : il y a eu quelques textes sur un site, que me donnaient des gens que j'avais rencontrés. Quand je rencontre Charles Pennequin de la même façon à une lecture, il me dit également « pas de problème. » Et Charles a été l'un des premiers à venir ici, gratuitement, pour la première lecture qui a eu lieu en mars 2006. Et c'est pourquoi je dis « dix ans » bien que pour moi, souvent, « dix ans » veut dire mars 2006, puisque c'est là que le premier livre est vraiment arrivé, là où le premier évènement s'est mis en place, et pour la même année trois livres qui sortent, plus un enregistrement sonore. Donc là tu commences à te dire qu'il y a certaines pistes qui se concrétisent, même si tu ne sais pas exactement ce que va être le chemin ; il y a encore pas mal de possibilités, de carrefours présents.

- Oui, ça reste dans une forme encore éclatée...

- De toute façon dans le catalogue on peut trouver une ligne, mais il y a quand même des petits endroits où l'on retrouve des choses qui sont beaucoup plus expérimentales, comme ça. Même si je fais beaucoup moins de choses « expérimentales » au sens premier du terme comme j'ai pu le faire au début.

 

LIGNE(S) ET FRONT

- Dès lors qu'il devient clair que ton association a une vocation à éditer les textes de personnes avec lesquelles tu es en dialogue, il y a forcément une histoire de ligne éditoriale à respecter, donc un leitmotiv, un fil rouge. Il y a le fait que le catalogue doit avoir une certaine cohérence...

- Oui. Mais « ligne éditoriale », ce sont des mots que l'on déteste souvent, parce que ça veut dire « programme éditorial ».

- Mais parce qu'on l'imagine toujours avec une batterie de personnes qui doivent s'entendre sur une sorte de compromis intelligent, de commodité, ou de contrainte. Mais toi tu es seul, il n'y a pas de comité...

- Non, il n'y a pas de comité, c'est moi qui décide toujours. Après, je peux me faire suggérer des choses, mais ça reste informel. Il existe aussi des connexions entre auteurs qui me disent « tiens, jettes un œil là-dessus... » Parfois, en effet, cela a fonctionné. Mais de belles rencontres comme celle de Manuel Daull, personne ne m'a jamais suggéré ça. C'est un truc que je reçois par la poste.

- Quelle année, la première rencontre avec Manuel ?

- La première rencontre en physique c'était pour la sortie de son livre, quand il est venu à Limoges faire la lecture, et son intervention aussi à la galerie Lavitrine. Ça, il a fallu l'organiser... Je ne sais plus si c'est 2007 ou 2008. Et Manuel, je sais qu'il m'envoie ses manuscrits – parce qu'il est libraire à cette époque-là, aux Sandales d'Empédocle à Besançon. Et donc je l'appelle, il prend le livre en dépôt, il le lit, ça l'intéresse... et il m'envoie peut-être trois manuscrits en même temps. Je recevais peu de manuscrits à l'époque, donc j'avais un peu plus de temps pour les lire. Et je lis ça. Et je réponds non pour les trois, en lui disant qu'il y en a un qui me plait, en tant que lecteur, mais... À ce moment de mon histoire, disons que je ne sais pas quoi en faire, que j'ai l'impression que ça ne correspond pas à ce que je veux faire, même si à titre personnel de lecteur ça me plait beaucoup. Et c'est un an après, quasiment jour pour jour – je crois que c'est après un lendemain de cuite, un truc comme ça – mais j'avais dû y réfléchir pendant pas mal de temps à cette histoire, je prends le téléphone et je l'appelle. Le plus poli possible, en lui disant que l'on va le faire. Et cela dure depuis ; il y a cinq livres, et une histoire d'amitié qui se met en place... Bon je vais reprendre une pression. Tu veux autre chose toi ?

- Non ça va. [interlude] Tu disais à l'instant t'être retrouvé avec un texte qui t'a amené à une sorte de réflexion, t'a taraudé pendant un an. Tu bosses seul, pas de comité, c'est encore un format associatif mais qui se transforme petit à petit en matrice éditoriale ; c'est aussi intéressant pour toi cette façon dont les choses se présentent, la façon de recevoir le texte et de vivre avec, la façon dont le dialogue s'établit avec l'auteur, et le fait d'avoir le temps ? Pas quelque chose dont tu peux jouir plus facilement maintenant...

- J'ai eu le temps, mais il y a tellement plus de manuscrits reçus, de livres faits dans l'année, et c'est plus compliqué. Plus le temps que l'on veut pour soi au milieu...

- Quand tu prends le choix d'éditer après cette période, ce petit temps, c'est un dialogue avec soi qui se voit tout à coup projeté au dehors ?

- Mais je l'ai avec d'autres parfois, sur certains projets. Je sais qu'il peut m'arriver d'en parler avec certains amis ici, qui sont soutiens de la maison d'édition, d'une façon ou d'une autre. Notamment Laurence Chevalier ou Olivier Orus. Je dis que je pense faire ça, ou je laisse parfois un manuscrit chez eux pour qu'ils puissent y jeter un œil, quelque chose comme ça.

- Un comité informel...

- Voilà, et je leur parle des choses qui vont advenir. Pas toujours de tout, mais quand même une bonne partie.

 

PRENDRE PAROLE AU PLURIEL

- À ce moment-là de ton aventure, ou même en général, à ton avis : éditer, est-ce que c'est parler à haute voix ?

- Non, je ne crois pas. Non ça n'a rien à voir. Editer, c'est une façon de se taire plutôt. Enfin ça permet au livre d'exister, mais pour moi le livre c'est juste un support supplémentaire pour une pensée. C'est celui peut-être qui permet un dialogue silencieux avec un potentiel lecteur... Et prendre parole avec, c'est autrement. Alors évidemment, quand je traine dans des bars, ou d'autres lieux, je peux parler de ce que je vais publier, ou de ce qui est publié...

- Mais l'acte en soi c'est différent. C'est-à-dire l'acte de publier, d'éditer un texte dont tu as déjà parlé, qui trouve ses fondements dans un dialogue avec un auteur, dans un partenariat si tu veux...

- Oui, enfin c'est plutôt ça. Editer, c'est le réel dialogue avec l'auteur, et selon une potentialité d'autre dialogues, mais de dialogues silencieux.

- Cette potentialité de dialogues, elle est intéressante. Il y a les auteurs, qui sont le bois du partenariat. Avec eux le dialogue se crée, se développe, et de celui-ci nait un projet, une envie, et cette potentialité qui serait une troisième voie/voix ?

- Oui. L'idée de faire un livre, c'est qu'à un moment donné il soit lu. On peut le faire du mieux que l'on peut avec les moyens que l'on a, mais s'il n'y a pas le désir d'ouvrir, d'amener à la découverte de ces textes-là, de ces livres-là... Pour moi la voix, la parole, c'est justement quand les auteurs la prennent vraiment en présence du public ou d'un public potentiel, toujours. On ne sait jamais qui va venir aux rencontres, qui est prêt à la rencontre. Ce n'est pas parce que nous y étions prêts, avec l'auteur, à cette rencontre-là, que forcément l'autre va y être – c'est-à-dire l'autre, le potentiel lecteur ou auditeur. Car il y a aussi des gens qui rencontrent la poésie de certains auteurs que je publie, ceux qui font donc des interventions publiques, et qui n'achèteront jamais un livre. Mais qui vont rencontrer quand même une voix, et une personne. Et à la limite c'est peut-être cela le plus important pour moi, que le fait qu'il y ait un livre qui existe.

- Donc éditer c'est (faire) aller à la rencontre de, mais pas que...

- Mais c'est d'abord faire un objet. Et ce qu'il devient... Cela doit juste être un outil supplémentaire.

- Pour alimenter le dialogue ?

- Oui c'est ça. Parce que beaucoup de gens qui écrivent considèrent qu'une fois que l'on a fait un livre, c'est comme une reconnaissance. Ce que je peux très bien comprendre moi aussi, en tant qu'auteur, quand j'ai eu mon premier texte publié : l'impression de quelque chose de différent qui se passe. Mais finalement je crois que c'est dans le moment de lecture publique qui se passe quelque chose. Ou le moment où tu discutes avec quelqu'un pour qu'il te parle de son histoire au travers du livre ou de ce qu'il a entendu. Puisque l'idée n'est pas l'histoire que nous racontons, mais l'histoire que celui qui est en face raconte avec le texte. C'est-à-dire que logiquement, pour moi, il doit y avoir un effacement de ce texte premier que l'auteur écrit pour qu'il y ait une nouvelle histoire et un nouveau texte qui se placent. Avec des formes diverses et variées évidemment, avec les moyens de chacun. Mais au bout du compte ce qu'il faut, et je reprends une formule de Manuel Daull pour le citer à nouveau, c'est un effacement de soi, afin que l'autre advienne.

- Effacement auctorial, et effacement du texte qui une fois édité finit par provoquer une ouverture, une faille où d'autres voix peuvent advenir... À travers le texte c'est une rencontre avec la maison d'édition, avec toi, et avec l'auteur derrière. D'où une forme de superposition ou de fragmentation de la voix. Quand on lit un texte publié par ta maison d'édition, est-ce qu'on lit le texte d'un auteur, un texte choisi par Fabrice Caravaca, ou un texte qui s'inscrit davantage dans le dialogue qui est créé par l'association et les éditions Dernier Télégramme ?

- Il peut y avoir les trois. Et parfois ensemble, car ce ne sont pas les mêmes histoires à chaque fois selon les textes et les auteurs. Il y a des textes et des auteurs qui amènent un travail particulier et font que ces trois choses-là y sont ou bien n'y sont pas. Il y a un seul auteur mort dans le catalogue, tous les autres sont des auteurs vivants, de générations différentes, et qui à soixante-quinze pourcent très largement font des interventions publiques. Soit des lectures, soit des performances, soit des ateliers d'écriture, soit des expositions, car c'est une intervention publique aussi. Voilà ce qui me plait, l'idée est là. C'est comme si en faisant cette maison d'édition, et c'est au fur et à mesure que je m'en rends compte, ce que j'essayais de mettre en place était une histoire de vie pour moi. Comme si je voulais que cette vie soit belle, et me faire terriblement plaisir. C'est plus ou moins le cas parce que ce ne sont pas toujours des moments de plaisir, et que c'est compliqué de mener à bien cette entreprise, d'autant plus avec certaines revendications difficiles à assumer, ou pas tout à fait exactes. Comme quand je dis que je suis éditeur indépendant – dans quelle mesure je le suis ? Indépendant ça voudrait dire quoi ? La maison d'édition existe parce qu'il y a des partenaires publics, et s'il n'y a pas ces aides de la Région Limousin, du Centre National du livre, etc., il devient beaucoup plus difficile pour moi d'exister – comment j'existe, comment la maison d'édition peut-elle exister ? Il faut réfléchir à toutes ces notions-là.

- Toi-même tu es poète, tu as publié chez d'autres (Les Fondeurs de Briques, Æncrages & Co, etc.) et publié ces mêmes autres. On en revient à la croisée des chemins essentiels en édition...

- Pas tant que ça en fin de compte ! Parce que la seule personne qui m'ait édité et que j'ai éditée c'est Pierre Soletti.

- Et Laurent ?

- Ah mais Laurent Albarracin c'est Le Cadran Ligné, oui c'est une édition...

- Oui mais si l'on considère ce que tu viens de dire, que finalement l'on peut s'effacer derrière l'objet, la création, on peut finalement dire qu'une plaquette n'a pas plus de poids ou moins de poids. Mais il y a un échange. Il y a une collaboration, ou un échange de bons procédés ?

- Il faut être honnête là-dessus, je ne pense pas que ce soit un échange de bons procédés. Il peut y avoir de bonnes intentions vis-à-vis de quelqu'un, mais l'on rentre après dans des histoires d'amitiés. Et l'une des plus belles preuves de ces histoires d'amitiés, quand un auteur ami nous laisse à lire un texte, c'est avoir l'honnêteté de lui dire qu'on ne le trouve pas abouti, ou qu'il ne convient pas à ce moment-là, à ce que l'on a envie de faire. Et c'est arrivé, et c'est toujours un moment assez délicat. Mais si l'on se dit que la personne est dans cette histoire commune, elle est normalement à même de comprendre cela.

- C'est la condition de l'édition. C'est sa richesse conditionnelle et sa condition...

- Oui sinon cela ne marche pas. Si parce qu'untel est ton ami tu le publies, cela pose un problème, ou parce que tu as fait un premier livre tu en fais un deuxième... Non, tu fais un deuxième parce qu'il y a un travail en amont qui a été fait. Moi j'aime beaucoup ça avec certains auteurs, notamment ceux que j'ai publiés pour la première fois dans leur histoire, et je suis content de voir la suite, comment ça avance. Il se trouve que j'ai plutôt de la chance parce que souvent, le deuxième texte est tout à fait à la hauteur, et voire dépasse le premier dans un sens. Le travail d'écriture avance, et c'est super de voir ça, et le fait d'avoir fait confiance à quelqu'un à un moment donné.

- Sans c(h)œur ou éclats (de voix, encore), pas de collaboration possible ?

- Si. Dans l'absolu, si. Mais ce sont d'autres histoires. Idéalement je préfère qu'il y ait chœur et éclats de voix, oui, évidemment. Et il peut y avoir des éclats de voix dans ces histoires-là, ça arrive, tout n'est pas si calme que ça. J'ai eu beaucoup de chance jusqu'à présent.

 

 A suivre...

Propos recueillis et mis en forme par Benjamin Vareille,
Au café le Limousin, à Limoges.

Lisez la suite de cet entretien...
Découvrez le site des Editions Dernier Télégramme, dirigées par Fabrice Caravaca.

 

Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
11 sept. 2016

LES ÉDITIONS DERNIER TÉLÉGRAMME : « POST OFFICE FRANÇAIS »

"Je retrouve Fabrice Caravaca au coin de la rue Aigueperse d'abord, où les bureaux actuels du Dernier Télégramme sont posés, un coin blanc sous le ciel gris, d'où nous partons finalement pour le bas du quartier Carnot. L'entretien, à l'occasion des dix ans de la maison d'édition va se dérouler dans le demi-jour du Limousin, café bar où l'efficace double-entendre du mot queer est si soudainement évident, où l'on boit dans de vieilles tasses au vert céladon dépoli. Deux salles peut-être étroites que les murs de gaze rouge étouffent, entourés d'une accumulation kitsch qui pousse à l'esthétique camp autant que l'authenticité des intentions rend maladroite. Quelques plâtres d'angelots font le tapin surveillés par des intrigantes belle époque aux épaules dénudées, les croûtes côtoient les miniatures, les pendules aux angles menaçants tic-toquent sans bruit non loin du cadre d'un Tadzio regency, à peine caché se meurt un éventail de plumes jais, détricoté par des araignées toxico. Playlist : Dalida veut Mourir sur scène, Orlando quelques Derniers baisers (comme Nancy Holloway), et Del Shannon juste Runaway...
Histoire d'esquisser les contours de Fabrice Caravaca, de débusquer le garçon et sa culture derrière les atours de l'éditeur, un questionnaire s'imposait."

Benjamin Vareille

 

Questionnaire / Collisions


HORS D'OEUVRE

Benjamin Vareille
- Un livre qui a tout changé ?

Fabrice Caravaca
- Tropique du Cancer, Henry Miller.

- Un seul vers ?

- "We lived long together / a life filled, / if you will, / with flowers. So that I was cheered / when I came first to know / that there were flowers also / in hell."
Asphodel, William Carlos Williams.

- Un héros de fiction ?

- Rahan.

- Un auteur ?

- Jack Kerouac.

- Un film ?

- Apocalypse Now, de F.F. Coppola.

- Tu regardes des séries ?

- Rarement.

- Un metteur en scène / réalisateur ?

- Dziga Vertov. Ou Sam Peckinpah.

- Un album ?

- Music to Play in the Dark, de Coil.

- Un morceau ?

- L'Écho, de Dominique A.

- Un groupe ?

- The Doors.

- Une toile, un peintre ?

- N'importe laquelle d'Albrecht Dürer.

- Un dessinateur ?

- Manu Larcenet.

- Un photographe ?

- Robert Frank.

- Une performance ?

- Une de Chiara Mulas.

- Un courant artistique ?

- Dada.

- Une héroïne de la vie réelle ?

- Ma mère.

- Une devise ?

- Une phrase de Robert Filliou : « L'art, c'est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art. »

- Un objet, un gris-gris ?

- Une enveloppe.

- Une saison ?

- L'été.

- Une ville ?

- Limoges.

- Un lieu ?

- Le cimetière de Domme.

- Un parfum, naturel ou pas ?

- La transpiration. Il y a des odeurs faciles qui aident à l'identification, et que je reconnais.

- Une erreur fréquente ?

- Plus un état de fait. Mes pertes de mémoires quand je bois.

- Ton état d'esprit actuel ?

- Anxieux.


 

Ce questionnaire ferme le champ d'une série d'entretiens avec Fabrice Caravaca, au sujet de sa maison d'édition Dernier Télégramme, réalisés par Benjamin Vareille, entre avril et mai 2015, à raison de trois rencontres d'une heure chacune.

Radio Théâtre tient à remercier Benjamin Vareille pour le soin qu'il a porté à ce dossier, pour la finesse de ses questions, pour la méticulosité de son travail de retranscription, et pour son enthousiasme.

 

Interview / / Focus Limousin / / Dernier Télégramme / 
Posté par : Benjamin Vareille
04 mars 2016

COMMENT TOMBE-T-ON DANS LE SPECTACLE VIVANT ? 
DE L'ENFANCE A LA PROFESSIONANALISATION.


Jacquemine Geffrault a trente-et-un ans.

Elle est née à Brest et a étudié à Limoges.
Aujourd'hui, elle vit à Paris dans le XXe, quartier de la Réunion.

Elle est belle, brune, grande et ténébreuse. Elle possède un physique singulier, taillé pour le cinéma. De plus, elle est loin d'avoir sa langue dans sa poche.
Jacquemine est technicienne lumière, et vous pouvez donc en déduire qu'elle est dotée d'une volonté d'acier, car l'un ne va pas sans l'autre.
Vous pouvez également en déduire que c'est une personne compétente, car l'un ne va pas sans l'autre dans ce métier, surtout quand on est une femme. 
Jacquemine est intermittente depuis 2007.

 

 "Le spectacle vivant occupe une place centrale dans ma vie sociale. Ça a d'abord été un divertissement, puis un loisir pratiqué dans le cadre associatif, le sujet de mes études et enfin mon métier. De mon enfance à aujourd'hui, plusieurs expériences de la scène ont été déterminantes dans mon parcours."

 

DECOUVERTE DU PLATEAU
Mon enfance a été rythmée par des sorties culturelles dans le cadre scolaire et familial. Aller voir un spectacle était un moment privilégié et heureux. De 7 à 14 ans j'ai participé à plusieurs ateliers théâtre suivis de représentations en public. Je me souviens plus particulièrement de la visite des coulisses du Quartz (scène nationale de Brest) lors d'une sortie scolaire : l'obscurité de la cage de scène, le vertige des cintres, le silence dans la salle vide, nos voix qui résonnent... La chorégraphie discrète des différents corps de métier m'ont subjuguée. Le frisson des premiers pas sur ce plateau m'est resté en mémoire. Ce jour-là, je me suis promis de reproduire l'expérience.

VIE ASSOCIATIVE
La vie culturelle et associative de Brest est dynamique !
Enfant, j'en ai profité.
Adolescente, j'y ai participé.
A 17 ans, avec des amis du lycée, nous créons une association qui a pour objectif d'organiser des concerts (punk, ska, rap). En parallèle, nous encadrons des stages découvertes (musique, arts plastiques, films d'animation) pour des enfants et des handicapés. Les résultats de ces stages sont ensuite présentés sous la forme de concerts, d'expositions, et de projections. Riche de cette première expérience associative, je fais de l'organisation d'événements culturels un de mes "loisirs" favoris.

L'ART AU LYCEE
Au lycée, je choisis l'option théâtre. Grâce à la comédienne Delphine Simon, je découvre Dario Fo, Rodrigo Garcia, Jean-Luc Lagarce... Le baccalauréat obtenu, je décide de poursuivre mes études à l'Université de Rennes en Licence Arts du Spectacles, option arts plastiques. Je participe à un atelier théâtre proposé par un groupe d'étudiants. Je m'inscris à un module de photographie. J'apprends à composer une image avec les directions de lumière et la perspective, tout en tenant compte de la complexité technique de l'argentique. Cette expérience me sera utile plus tard lorsqu'il faudra reproduire l'exercice sur un plateau.

PREMIER FRISSON
De cette époque, je conserve notamment un souvenir marquant : le concert des Béruriers Noirs (groupe de punk alternatif) programmé par le festival des Transmusicales. Ils n'étaient pas montés sur scène depuis treize ans. C'était en 2003, le Festival d'Avignon venait d'être annulé. La Faculté de Rennes II était bloquée. Les étudiants rejoignaient les intermittents dans la rue. Le climat politique a bien sûr joué un rôle indéniable mais quand la lumière s'est éteinte, tout a commencé. Je crois qu'il y a eu une sorte de transe collective dans la salle. L'interaction entre le public et les artistes est parfois surprenante.

LA VIE D'ETUDIANTE
Après avoir validé une première année en Licence Arts du Spectacle, je décide de poursuivre mes études à l'Université de Limoges. Je souhaite travailler rapidement. J'intègre le Deust Métiers de la Culture option administration culturelle. J'adhère à une association qui organise des concerts. Je participe à la programmation, la communication, l'accueil des artistes, la billetterie et je sers le public au bar pendant les concerts.

FORMATION PROFESSIONNELLE
Après la réussite du DEUST mais une recherche d'emploi infructueuse, je présente mon dossier au Greta de Limoges pour une formation rémunérée d'assistant technicien lumière. Dans le cadre de cette formation, je réalise deux stages : le premier au Quartz et au Vauban (salle de concert de Brest) pendant 3 semaines ; le deuxième à Audiolite (entreprise prestataire de service) pendant deux mois. Je vis mes premières expériences de la scène, cette fois-ci dans un cadre professionnel.

LES PREMIERS PAS, DOUX ET ABRUPTS
Fraîchement sortie de la faculté, je compose avec un univers jusqu'ici inconnu : viril et manuel ! J'apprends à câbler, souder, charger un camion, participer à la maintenance des projecteurs. Après un mois au dépôt d'Audiolite, je marche enfin sur scène au sein de l'équipe d'intermittents. Je touche à ma première console au Vauban pendant un concert de Nouvelle Vague sur une de mes chansons préférées : Guns of brixton, des Clash. J'adore ça. 
Ce premier mois de stage au dépôt m'a d'abord paru long, pénible et injuste. J'étais impatiente d'apprendre le métier : monter un plan de feu, régler des projecteurs, programmer une console. Finalement, je leur en suis reconnaissante. Avant d'apprendre le métier comme je le pensais, j'ai appris l'endurance, l'esprit d'équipe et les bases de l'électricité. Par la suite, j'ai toujours considéré que travailler sur un plateau était une chance.
J'obtiens mon certificat d'assistant technicien lumière en 2007 et j'emménage à Brest. Pendant mes premières années de travail, je suis embauchée comme road, électro et régisseuse lumière. A chaque poste, j'apprends beaucoup sur les métiers du spectacle. Le Quartz, le Vauban, Audiolite, la Carène (Salle de Musique Actuelle) sont mes principaux employeurs. En plus, j'anime un atelier théâtre tous les mercredis pour différents groupes de 3 à 14 ans dans un patronage laïc.

LA CREATION
Ce que je préfère dans mon métier, c'est construire les tableaux lumineux et envoyer la conduite pendant le spectacle. Je cherche donc un maximum d'opportunités pour faire de la régie lumière pour des groupes de musique ou des compagnies.
J'adhère à l'association Conne Action, qui a pour objectif de promouvoir la scène féminine (punk, électro) en organisant des concerts.
J'aime travailler à la Carène. L'équipe de techniciens lumière a une de démarche de recherche. Lors des festivals, nous n'hésitons pas à mettre la salle à nu, utiliser les projecteurs automatiques sans leurs carcasses, éclairer les chaînes des palans...
Je fabrique des gobos en plaque offset, puis en verre.
Je rencontre une sculptrice qui m'apprend la soudure à l'arc pour modifier des projecteurs...

ZENITHS ET POURSUITE
Puis en 2010, je suis embauchée comme poursuiteuse et électro pour le spectacle Mozart l'opéra Rock. Je m'installe donc à Paris. Travailler auprès de Jacques Rouveyrollis (concepteur lumière de Mozart l'opéra rock) est impressionnant et passionnant. Après deux ans de tournée, Régie Lumière (entreprise prestataire de service) devient mon employeur principal. Je travaille comme technicienne lumière pour plusieurs concerts dans les salles parisiennes (Olympia, Zénith, Bercy, Stade de France...). J'aime le travail d'équipe. Je suis fière de faire partie de cette fourmilière capable de monter une scène en trois heures et du dépassement de soi exigé par nos horaires et par le travail en hauteur. Pendant les concerts, j'observe la façon dont le pupitreur exploite le plan de feu et les réactions du public.

PROFESSIONELLE ET SPECTATRICE
En parallèle, j'ai continué à travailler pour des groupes de musique et des compagnies. Je retrouve sur ces contrats le plaisir de la création lumière, de la recherche et de l'échange avec les artistes. Sur mon temps libre, je vais au théâtre (Théâtre de la Commune, de Châtelet, de la Ville, Odéon, Festival d'Automne). Mon expérience professionnelle et associative, mon expérience de spectatrice, continuent à nourrir aujourd'hui ma façon de faire de la conception lumière.

 

 

Jacquemine Geffrault, avril 2015, Paris.

 

Rédaction / 
Posté par : Jacquemine Geffrault
15 févr. 2016

ENTRETIEN AVEC MAX EYROLLE


Dans le cadre des représentations de Que veux-tu que je te dise que tu ne saches déjà et de L'éternité (Détails)
Au théâtre Expression7 le 17 décembre 2015 et le 18 et 19 décembre à 20h30

Une interview réalisée par : Sabine Penaud
Musique et technique : Bastien Desvilles

Max Eyrolle, artiste aux multiples facettes (auteur, metteur en scène, peintre et directeur du théâtre Expression 7) vous invite à découvrir son dernier spectacle, tiré de ses deux livres de poésie. Préambule avec une exposition des dernières peintures de Max Eyrolle. Puis lecture-spectacle de Que veux-tu que je te dise que tu ne saches déjà ? recueil de poésies, fait de petites réflexions semées au cours du temps, et de L’éternité (détails), de courtes histoires d‘amour.

Le résultat est une œuvre extrêmement nue, minimaliste où Gérard Pailler, fil conducteur de la pièce, boxe les mots, balancés comme des coups de poing par Andrée Eyrolle, Julie Lalande, Sandro Pécout et Johanne Hallez, fidèles compagnons de route de Max Eyrolle, pour évoquer les rêves, les pensées de cet homme qui se trouve au milieu de la scène, centré et pourtant décentré, muet, humilié, représentant l’humain confronté à la matière. Des pensées qui tournent comme si l’homme tricotait des idées pour rien...
Une pièce poétique, subtile et terrible, faite de sensations, de petits bouts de vie, de bouts de temps, oscillant entre la caresse et la gifle et qui, malgré le silence de la construction, réussit à raconter une histoire très singulière et mais universelle, dans laquelle chacun se retrouve.

Un moment de partage, parfois chanté, parfois silencieux, dans lequel les amoureux des mots et de la poésie trouveront leur quota d’émotions.

Max Eyrolle, est auteur, metteur en scène et peintre. Il dirige depuis 1984 sa compagnie et le Théâtre Expression7. Il met en scène des textes de Beckett, Dario Fo, Molière, Tchekhov, Genet, Muller, Duras, Noëlle Renaude... ainsi que ses propres textes (dont Les Éphémères en 1987, Les 7 vies de Julie Lalande en 1998, La Mélancolie des fous de Bassan en 2002, Lucette Boyer pure Aubrac en 2007, Le jeu de l’oie de Monsieur Pailler en 2009 et Louis et Louisa en 2010).
Amoureux des espaces nus, son travail évolue vers un minimalisme essentiel. Tout s’articule autour de la recherche des émotions pures.

LES ACTEURS :

Julie Lalande : Diplômée en théâtre-interprétation à Sainte-Hyacinthe au Québec, Julie Lalande a suivi de nombreux stages sous la direction de Jean-Pierre Bergeron et Pol Pelletier au Quebec. Assistante de Patrick Saucier à la mise en scène à plusieurs reprises, elle a interprété de nombreuses pièces d’Ionesco, Molière, Gogol, Feydeau, Pinter... Elle a travaillé de 1990 à 1998 sous la direction de Mario Borges (Le Journal d’un fou, La Leçon, La Déposition, Le Médecin malgré lui), d’Alexandre Hausvater (Jeux de massacre), de Jacques Rossi (L’Amant), de Max Eyrolle (Les Enquêtes du commissaire Maillard, Les 7 vies de Julie Lalande, Julie chante, Les Nouvelles de Tchékhov ...) Elle a joué avec les compagnies du Boléro (Montréal), des Moutons noirs (Québec), Asphodèle (Limoges), dans le cadre du Festival des Francophonies en Limousin en 1996 dans Leçons de flanâge (spectacle franco-québecois) au Festival off d’Avignon en 2003 dans Les 7 vies de Julie Lalande.

Sandro Pécout : Né à Limoges, un samedi de 1969. En 1985, alors qu’il pense devenir jockey, il se consacre entièrement à l’écriture de poésies. Alors qu’il voyage en 1987, il découvre son envie de théâtraliser ses textes et donne spontanément ses premières représentations. Il concrétise et devient aide régisseur en 1991. Simultanément il crée ses propres spectacles tout en alternant avec des rôles divers, en collaboration avec plusieurs compagnies du Limousin. Depuis 1997 il publie des livres aux éditions « Le bruit des autres » (Limoges) : L’alphabet lunatique (théâtre, 2002), Oignons et jours sereins (poésie, 1998), Untel et Celui-là / Au milieu de la mer (théâtre,1997) plus un quatrième opus qui est prévu pour ses 40 ans, en 2009. De 2002 à 2007 il anime des ateliers d’écriture dans plusieurs contextes (avec le Centre Régional du Livre : prisons, collèges lycées…), ainsi que des ateliers de sensibilisation au théâtre pour le conte de la compagnie O’Navio. En 2007 il peaufine son solo Le tournant de l’impasse. Depuis 2006 il travaille en tant que comédien pour le Théâtre Expression 7 – Cie Max Eyrolle.

Gérard Pailler : A partir de sa formation d’enseignant d’éducation physique spécialisé dans des personnes en situation de Handicap, particulière- ment sensoriel, Gérard Pailler a développé un travail en atelier sur le corps, en psychomotricité, sophrologie et expression corporelle. Il est formateur dans ces disciplines, avec pour objectif de permettre à tout un chacun de se réapproprier un mouvement ludique et expressif et de développer sa créativité. La rencontre avec des comédiens l’a amené à basculer vers la pratique théâtrale dans les années 80, aussi en animation d’ateliers que comme interprète sur le plateau. Il a notamment collaboré avec la Compagnie Daniel Gilet, avec Andrée Eyrolle à l’Unité Théâtre Enfant, à la création de spectacles son et lumière en région Limousin. Et il devient un collaborateur privilégié de la Compagnie Max Eyrolle à partir de 1985. Il anime les ateliers du Lundi et participe à de nombreuses créations de la compagnie aussi bien en tant que comédien que décorateur

 

Note d’intention 

« J’ai rêvé d’un espace noir, fortement troué d’éclats blancs. J’ai rêvé d’un boxeur au centre du plateau qui frappe sur un sac de sable... L’écriture n’est-elle pas un combat ? Chaque coup n’est-il pas un mot ?
J’ai rêvé de comédiens presque silencieux qui marchent comme des ombres vers la lumière des projecteurs. Et puis des voix incertaines, coups de canif dans le silence. J’ai rêvé d’une poésie dure et tendre, cailloux dans le courant des ruisseaux pleins d’eau et de larmes. 
» Max Eyrolle 

« Des poèmes empreints de sensibilité, de simplicité et d’interrogations. Il écrit comme il peint, dans le désordre amoureux des couleurs et des mots. Toute une moisson de mots. À en rire et à en pleurer. À garder au fond de soi pour les jours de disette.» Danièle Restoin

« C’est comme un océan de blanc, c’est tranchant comme une lame de sang, c’est drôle comme une forteresse de plumes, c’est triste comme devenir grand. » Julie Carnis


4ème de couverture de Que veux-tu que je te dise que tu ne saches déjà ?

J’avais déjà écrit de la poésie, comme on dit, cela fait des années, beaucoup d’années. Et puis, comme cela, elle est revenue dans ma vie d’un seul coup sans crier gare ! Les retrouvailles furent difficiles, un peu comme de vieux amants qui ont perdu les gestes mais ont gardé l’amour. C’est ma peau qui s’est souvenue de l’étreinte des mots, du sentiment des beautés perdues.
Alors les nuits furent plus courtes et la tâche difficile. On ne retrouve pas impunément ses vieilles passions.
Alors, un livre est né : petits bouts de vie raccordés les uns aux autres, bribes du temps, un peu comme ces pelotes de laine longtemps enfermées dans un carton dont les couleurs passées font rêver pour s’habiller demain. Max Eyrolle

Préface de L’éternité (détails) par Julie Carnis

Quelques pages, c’est tout. Et il n’en faudrait pas davantage sans quoi le lecteur risquerait d’y perdre plus que le souffle.
Quelques pages noircies de mots blancs, qui se tournent comme claquent les portes, au visage. C’est un murmure, un soupir qui hante l’auteur entre les lignes.
C’est aussi beau que c’est dur. C’est comme un drap grand comme un continent. On voudrait sortir sa tête, mais on a beau tirer, le drap ne finit pas. C’est comme ça, chaque rive se dérobe vous entraînant dans les tiroirs d’une âme qui vous est aussi chère qu’elle vous est inconnue.
C’est doux comme un océan de blanc, c’est tranchant comme une larme de sang, c’est drôle comme une forteresse de plumes, c’est triste comme devenir grand.
Non, cette histoire n’est pas d’amour ; Elle ne fut qu’un compte à rebours.

Extraits de la préface par Danièle Restoin de Que veux-tu que je te dise que tu ne saches déjà ?

Écrire comme on peint. Dans le désordre amoureux des couleurs et des mots.
Des mots–aquarelle dans lesquels on glisse avec ravissement et qui accrochent un coin de ciel, un battement d’ailes, une esquisses de souvenirs.

Des mots–eau fraîche qu’on boit jusqu’à plus soif et qui glissent entre nos doigts comme des larmes.
Des mots–coquillage qu’on porte à l’oreille pour écouter la valse lente d’un temps oublié.
Des mots–rouleau de printemps qui roulent avec nous, ivres de soleil dans l’herbe humide d’un matin de juin.
Des mots–épouvantail qui grincent des dents et jouent avec nos angoisses, rires mort-nés d’un monde absurde.
Des mots–Petit Poucet à semer le long du sentier où le visage d’une mère s’est perdu dans un rêve d’enfance.
Toute une moisson de mots. À en rire et à en pleurer. À garder au profond de soi pour les jours de disette.

Les portes ouvriront une heure avant le début du spectacle, vous pourrez y rencontrer l’auteur, découvrir ses nouveaux tableaux et ses livres (Éditions Le bruit des autres)… autour d’un verre.

 

Interview / / Focus Limousin / 
Posté par : Sabine Penaud
11 sept. 2015

RENCONTRE AVEC JEAN-PIERRE HAN

Le Théâtre de l'Union, Centre Dramatique National du Limousin, propose cette année une curieuse expérience à ses spectateurs : endosser le costume du critique !
Trois ateliers de critique seront donc dirigés par Jean-Pierre Han au Théâtre de l'Union cette saison.
Ils auront pour but une réflexion collective autour des œuvres vues et le passage à l'acte... d'écrire.
C'est la dimension du plaisir d'écrire et d'être spectateur qui sera mise en avant lors de ces ateliers.
Aucun niveau spécifique n'est requis, les ateliers sont ouverts à tous.
Critique dramatique, Jean-Pierre Han mène de nombreux ateliers de critique en France et est, entre autres, directeur de la revue frictions.
Radio Théâtre est partenaire de cette action et publiera au fur et à mesure des critiques de spectateurs rédigées lors de ces ateliers.


Les ateliers de critique dramatique

"Le but du jeu (il faut considérer l'exercice proposé comme un jeu même s'il est sérieux) est d'accroître le plaisir du spectateur pour prolonger celui qu'il a pu éprouver lors de la vision du spectacle. Brecht disait que la connaissance accroît le plaisir ; c'est effectivement pour accroître le plaisir du spectateur que nous proposons ces ateliers. La position du spectateur lors de la vision d'un spectacle est toujours plus aiguë dès lors qu'il sait devoir parler et écrire sur ce à quoi il a participé, dès lors aussi qu'il est en devoir de partager ses impressions avec autrui.

Nous proposons un exercice en trois temps :

– Dans un premier temps le critique chargé d'animer l'atelier donnera aux participants quelques règles du jeu et conseils concernant l'exercice consistant à écrire sur le spectacle. De même qu'il pourra éventuellement donner quelques précisions concernant le spectacle lui-même. Ce faisant il brossera un bref tableau de ce qu'est la pratique de la critique professionnelle, fonction qui reste souvent obscure pour le commun des mortels et qui est donc sujette à de nombreuses fausses idées, en même temps qu'elle continue à exercer un certain pouvoir de fascination.
Commande est donc passée d'écrire une critique du spectacle selon des normes précises.

– Deuxième temps : il concerne le visionnage du spectacle.

– Le troisième temps est consacré à la lecture elle-même critique des textes écrits et lus par les participants.

Cet exercice devrait permettre de mieux envisager la fonction de spectateur, de prendre davantage de plaisir à la vision d'un spectacle. Les différents regards et approches du spectacle étudié devraient s'agencer comme les pièces d'un puzzle pour former un grand et unique tableau de sa vision. L'exercice ainsi proposé oblige le participant à bien organiser son discours sur le sujet donné. Il l'oblige aussi à bien envisager les avis et les discours des autres participants du groupe.
Le travail effectué permet ainsi d'approfondir son rapport à l'écriture, mais aussi à celui de la lecture. Le travail en groupe est important dans la mesure où devrait se faire jour le plaisir d'une communauté retrouvée. Celle des spectateurs amoureux du théâtre et qui veulent en tirer le maximum de plaisir."

J.-P. Han


Trois rendez-vous sont proposés cette saison, autour des spectacles Les époux, Richard III - Loyauté me lie - et Neva
Il faut de préférence que les personnes souhaitant participer à l’atelier d’écriture critique assistent aux représentations suivantes :
 
Les époux
de David Lescot.
Mise en scène Anna-Laure Liégeois, le festin.
- du 14 au 16 octobre 2015 -
Représentation atelier le vendredi 16 octobre.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 16/10/15 à 18h30 et le samedi 17/10/15 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Richard III - Loyauté me lie -
Une adaptation du Richard III de William Shakespeare.
Un spectacle de  Jean Lambert-wild, Elodie Bordas, Lorenzo Malaguerra, Gérald Garutti, Jean-Luc Therminarias et Stéphane Blanquet.
- du 19 au 29 janvier 2016 -
Représentation atelier le vendredi 22 janvier.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 22/01/16 à 18h30 et le samedi 23/01/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.
 
Neva 
de Guillermo Calderón.
Mise en scène Paul Golub.
- du 1er au 4 mars 2016 -
Représentation atelier le vendredi 4 mars.
L’atelier critique aura lieu le vendredi 04/03/16 à 18h30 et le samedi 05/03/16 de 10h à 12h et de 14h à 16h.


Tarif : 15€ par atelier d'écriture / forfait de 40€ pour les 3 ateliers + places pour les spectacles
Attention, nombre de places limité à 15 personnes par atelier. 
 
Pour plus d'infos, n'hésitez pas à contacter le 05 55 79 15 78 ou par mail à public@theatre-union.fr

Découvrez la revue frictions, dirigée par Jean Pierre Han.

Interview / / Focus Limousin / 
Posté par : Bastien Desvilles
21 août 2015

RENCONTRE AVEC JANI NUUTINEN

Rencontre avec Jani Nuutinen, dans le cadre des représentations d'Intumus Stimulus,
au festival la Route du Sirque 2015, 
Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin.


Musique et technique : Bastien Desvilles

Intumus Stimulus


Intumus stimulus
est un spectacle de magie mentale imaginé par Jani Nuutinen. C’est un spectacle qui explore les sens humains, leurs capacités, leurs limites, leurs défauts et leurs atouts. Un spectacle qui nous fait croire à l’existence de la perception extrasensorielle. 
Une soirée où l'on peut se rencontrer humblement. Coupé de nos a priori et de nos pensées rationnelles, un moment où on se calme, on s’écoute et on laisse entrer l'inconnu - un moment étrange où tout semble possible. 

Comme une suite à Une séance peu ordinaire, créée à la demande du Sirque en 2009 pour être jouée chez l’habitant, Jani Nuutinen poursuit son exploration de la magie mentale. A l’intérieur de sa nouvelle petite structure autoportée, le finlandais, directeur de cirque, homme-orchestre, nous fait redécouvrir nos cinq sens, leurs capacités, leurs défauts, leurs limites et leurs atouts.
Se couper du monde de l’extérieur, de ses a priori et de ses pensées rationnelles, pour pouvoir écouter ses sens, douter, aimer, avoir peur ou encore s’émerveiller dans cette séance de magie peu ordinaire entrecoupée de moments de dégustations et de discussions…
Le cirque et la magie fusionnent dans l’imaginaire de Jani Nuutinen. Une création singulière où tout semble possible, un saut sans filet avec des techniques expérimentales et faillibles, un pas vers le vrai mentalisme.



Au festival La Route du Sirque



À partir de 15 ans
Chapiteau Circo Aereo – Pelouse centrale
Durée 1h40 – Tarifs 20€/15€/8€

Vendredi 14 août > 19h00
Samedi 15 août > 19h00

Mardi 18 août > 19h30 
Mercredi 19 août > 19h30
Vendredi 21 août > 19h30
Samedi 22 août > 20h00   

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com


Intumus Stimulus


Ecriture, mise en scène et interprétation :
Jani Nuutinen 
Régie générale : Nicolas Flacard 
Costumes : Isabelle Decoux 
Regard extérieur : Jean-François Bourinet 
Cuisine : Rebecca Marlot 
Création culinaire : Mélanie Leduc

Production Circo Aereo
Coproduction Cirque-Théâtre d’Elbeuf – Pôle National des Arts du Cirque Haute Normandie ; Agora – Pôle National des Arts du Cirque  Boulazac Aquitaine ; Le Sirque – Pôle National des Arts du Cirque Nexon Limousin ; Théâtre Jean-Lurçat – Scène Nationale d’Aubusson ; La Mégisserie – EPCC de Saint-Junien ; Théâtre de Cusset – scène conventionnée cirque
Soutiens Espace Périphérique – Mairie de Paris – Parc de la Villette ; DGCA – Aide à la création pour les arts du cirque ; Conseil Régional du Limousin – Aide à la création ; SPEDIDAM – Aide à la création diffusion
Circo Aereo est conventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication / Direction Régionale des Affaires Culturelles du Limousin pour son projet artistique sur la période 2014 – 2016.


Visitez le site de la compagnie Circo Aereo
Découvrez l'intégralité de notre dossier sur La Route du Sirque.

                                                                          

Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
19 août 2015

RENCONTRE AVEC MARTIN PALISSE

Rencontre avec Martin Palisse, dans le cadre des avant-premières de Slow Futur avec Zombie Zombie, 
au festival la Route du Sirque 2015, 
organisé par le Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin

La création de Slow Futur aura lieu du 11 au 14 novembre 2015,
au Théâtre National de Bretagne à Rennes, dans le cadre du festival Mettre en Scène.


Musique et technique : Bastien Desvilles


Slow futur


Après POST et Still life (présentés en 2011 et 2014), Elsa Guérin et Martin Palisse poursuivent leur recherche sur le jonglage et son potentiel chorégraphique, dramatique et poétique. Dans Slow futur, ils mettent en scène une manière de faire corps et d’être ensemble face à l’avancée inexorable du temps : deux humains, un long tapis roulant… qui défile comme le temps qui passe, comme la vie…
Portés par une musique originale et live du groupe Zombie Zombie, ludique, effrénée et envoûtante, les deux tentent l’unité face au mouvement qui les emporte.
Dispositif scénographique et agrès de cirque, le tapis devient le sujet d’une curieuse écriture chorégraphique à la fois verticale (le jonglage) et horizontale (le déplacement).
Entre immobilité en mouvement, ralentis hypnotiques et accélérations saisissantes, Slow futur déroule une montée en puissance, immergeant acteurs et spectateurs dans une expérience physique du son et de la lumière.
Martin Palisse dirige le Sirque – Pôle National des Arts du Cirque de Nexon en Limousin. 


Avant-premières au festival La Route du Sirque,
avec Zombie Zombie

Dès 8 ans
Chapiteau Sirque
Durée 1h – Tarifs 20€/15€/8€ 

Vendredi 14 août > 21h00
Samedi 15 août > 21h00
Dimanche 16 août > 20h00

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com


Slow Futur

Conception, mise en scène et scénographie :
Elsa Guérin & Martin Palisse 
Musique originale : Zombie Zombie 
Interprétation : Elsa Guérin, Martin Palisse, Etienne Jaumet, Cosmic Neman, Dr Schonberg 
Création, construction installation lumineuse et régie lumière : Thibault Thelleire (création avec Elsa Guérin & Martin Palisse) 
Construction scénographique : (tapis roulant) Stephan Duve 
Régie son et plateau, direction technique : Gildas Céleste

Production Cirque Bang Bang
Coproduction Festival Mettre en scène – Théâtre National de Bretagne à Rennes ; Le Sirque – Pôle national des arts du cirque de Nexon en Limousin ; Le Carré Magique de Lannion-Trégor – Pôle national des arts du cirque en Bretagne ; La Verrerie d’Alès – Pôle national cirque Languedoc-Roussillon ; La Cité du cirque – Pôle régional des arts du cirque au Mans ; Sémaphore – scène conventionnée théâtre et chanson à Cébazat ; Théâtre de Cusset – scène conventionnée cirque ; La Maison des jonglages – scène conventionnée jonglage(s) à La Courneuve.


Ecoutez l'interview d'Elsa Guérin, au sujet de Slow Futur.
Découvrez l'intégralité de notre dossier sur La Route du Sirque.

 

Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
18 août 2015

RENCONTRE AVEC PHIA MÉNARD

Rencontre avec Phia Ménard, dans le cadre des représentations de L’après-midi d’un foehn Version 1,
au festival la Route du Sirque 2015,
organisé par le Pôle National des Arts du Cirque Nexon – Limousin

Musique et technique : Bastien Desvilles



L’après-midi d’un foehn version 1
 Note d'intention


"Combien de temps vit un sac plastique ? Entre la mélasse du pétrole et son utilisation, combien de temps ?
Rien, comparé au temps où il va errer sur la planète au gré des vents et des tourbillons.
Libérer ses mains, se tenir debout ou à l’envers, être l’objet de tous les mouvements.
Juste un bruit et la caresse de l’air.
Le dispositif de cette performance est celui d’une turbine simple permettant de créer un vortex. Les objets façonnés à partir de sacs plastiques évoluent dans l’espace réagissant au mouvement de l’air contrôlé par la protagoniste.
Là commence sa vraie vie, celle de son autonomie, poche anonyme parmi les poches du monde entier, en
route pour une éternité putrescible !
Et surtout pourvu qu’il y ait du vent pour franchir les obstacles, pour franchir les océans et les montagnes et faire d’autres rencontres, et se frotter à de nouvelles vies.
Et si nous aussi, humains, accrochés au sol, nous pouvions nous échapper de la gravitation pour enfin flirter avec le libre arbitre des vents, et nous laisser transporter dans les valses de l’air ?
Et si en toute insouciance, nous nourrissions notre soif de défricher des territoires inconnus, de mener des
combats incertains pour faire de chacun de nos membres une partie de nous, autonome et incontrôlée."


Phia Ménard, août 2010


Au festival La Route du Sirque

Dés 5 ans
Salle Georges Méliès
                                                                                                  
Durée 25 min.  – Tarif 6€ 

Vendredi 14 août > 16h30 et 18h00

Samedi 15 août > 16h30 et 18h00
Dimanche 16 août > 16h30 et 18h00
Mardi 18 août > 16h30 et 18h00
Mercredi 19 août > 17h00 et 18h30
Jeudi 20 août > 17h00 et 18h30
Vendredi 21 août > 17h00 et 18h30
Samedi 22 août > 16h30 et 18h00

Billetterie : 05 55 00 98 36 / billetterie@sirquenexon.com



L’après-midi d’un foehn Version 1


Conception et écriture :
Phia Ménard
Assistée de : Jean-Luc Beaujault
Interprétation : Jean-Louis Ouvrard
Création de la bande sonore : Ivan Roussel d’après l’oeuvre de Claude Debussy
Régie de tournée : Olivier Gicquiaud
Diffusion de la bande son en alternance : Olivier Gicquiaud, Claire Fesselier, Ivan Roussel, Mateo Provost
Marionnettes : Conception Phia Ménard  / Réalisation Claire Rigaud
Administration, Diffusion : Claire Massonnet
Chargées de production : Clarisse Mérot et Honorine Meunier
Chargé de communication : Adrien Poulard

La Compagnie Non Nova est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC
des Pays de la Loire, le Conseil Régional des Pays de la Loire, le Conseil Départemental de Loire-Atlantique
et la Ville de Nantes. Elle reçoit le soutien de l’Institut Français et de la Fondation BNP Paribas.

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est artiste associée à l’Espace Malraux Scène nationale de Chambéry et de la Savoie, au Théâtre Nouvelle Génération - Centre Dramatique National de Lyon et au Centre Chorégraphique National de Caen / Basse-Normandie.

Remerciements chaleureux à Pierre Orefice, aux enseignantes et élèves de l’Ecole Gaston Serpette / Nantes
(Maternelle et Cours Préparatoire année 2008/2009), à Pierre Watelet et Mathilde Carton du Muséum
d’Histoire Naturelle / Nantes, et Pascal Leroux du Collectif la Valise / Nantes.

Visitez le site de la compagnie Non Nova
Découvrez l'intégralité de notre dossier sur La Route du Sirque.

 

Interview / / Focus Limousin / / La Route du Sirque / 
Posté par : Bastien Desvilles
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